Piratage(s)

décembre 9, 2009

Pearltrees – Changer l’Histoire, sans la modifier

Classé dans : Technologie — Vogelsong @ 12:30
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Éditer le web, rien que ça ! Encapsuler des fragments d’Internet, les organiser, les partager, leur donner du sens. Pearltrees, entreprise du net installée à Paris réussit ce pari. Mais Pearltrees c’est aussi une éthique, une approche participative et démocratique en son sein comme avec ses utilisateurs. P. Lamothe CEO, ambitieux et juste assez idéaliste, pour toucher aux buts aborde aussi son projet comme une expérience politique et médiatique. Dans ce cadre, ses réponses loin des poncifs californiens sont une réelle bouffée d’oxygène.

Loin des gesticulations nombrilistes, P. Lamothe aborde posément les questions économiques relatives à la concurrence, aux cotisations sur les salaires et à la gestion interne. Première surprise, à contre-courant des flagellations hexagonales habituelles, il loue le talent et la créativité du net français concentré à Paris.

Il existe un microcosme dans la capitale propice au développement.  Les meilleurs créatifs, capables de penser des ergonomies futuristes y sont regroupés. Mais sévissent aussi les plus brillants mathématiciens (en général masculins) rompus aux codages d’algorithmes complexes.

Il écarte rapidement les lourdeurs financières du marché du travail français. L’équation économique d’une start-up se résout par la prolificité et la faculté d’innover. Ergoter sur le coût du travail n’a pas de sens quand on évolue dans un environnement foisonnant comme les nouvelles technologies. Dans ce registre, il ne s’alarme pas d’une possible concurrence “à bas coûts” de Pearltrees-like qui ne manqueront pas d’émerger. Il martèle que, de la capacité d’adaptation et de création résultera la différence, pas des charges sociales.

De plus, le cadre légal français, souvent dépeint comme contraignant, voire stérilisant n’est pas pour le patron de Pearltrees une source d’angoisses. Il précise même plutôt goguenard que tous les outils légaux sont disponibles pour permettre une gestion de l’activité. Un vrai discours de rupture. Mais la pratique l’est aussi. Le turn-over tant loué par les expatriés ne semble pas être un objectif, ni une habitude. Au fil des échanges, il met l’accent sur la motivation, la participation des salariés. Pas fasciné par les théories managériales, il préfère une approche consensuelle de la prise de décision, “le management, je ne sais pas ce que sais, je l’ai étudié une année, et personne n’a su me l’expliquer“. Il privilégie un fonctionnement interne axé sur la collaboration. Il ne cache pas non plus que Pearltrees connaît ses moments de tensions, ses crises, et dans ces cas il tranche. Il affirme aussi comme une évidence, la “démocratie” est une problématique forte, mais pas une finalité. Question de survie.

La communauté est en croissance constante (+30% par mois). La start-up parisienne a fait le tour du monde, et s’implante fortement aux USA où le nombre d’utilisateurs a rapidement atteint celui de la France. Avec un niveau de pratique mature. De bon augure. Car compte tenu de la taille du marché, c’est bien là-bas que peut se réaliser le coup décisif. Le modèle économique repose sur la ” valeur utilisateur”. Contrairement aux sites d’informations, la récurrence des visites sur Pearltrees décuple l’impact et la valorisation de son espace.

Les questions éthiques traversent le net. L’émergence de réseaux sociaux, espaces où les utilisateurs sont à la source du contenu, soulève des questions de protection de la vie privée. C’est évidemment le cas pour Pearltrees. Depuis le début du projet, l’équipe gère en totale transparence ces aspects. Le web comme espace ouvert et participatif est la clef de voûte du projet d’édition pensé par P. Lamothe et son équipe.

L’utilisateur est responsable de ce qu’il place dans ses perles. L’ouverture prochaine à des API (Application Programming Interface) permettra, comme sur Twitter, d’aborder l’ensemble de l’interface pour y analyser les données. Bien que cette collecte soit “problématique”, elle reste dans les standards des autres réseaux sociaux. La question cruciale concerne la responsabilisation des utilisateurs sur ce qu’ils mettent en ligne les concernant. Par contre, la zone privée de Pearltrees (en développement) disposera de serveurs sécurisés. P. Lamothe affirme que la sûreté des données privées est primordiale. Il propose en ultime recours, si l’environnement hexagonal ne donne pas satisfaction, d’installer des machines en Belgique ou ailleurs.

Il n’y a pas de censure, ni de contrôle sur le contenu de Pearltrees, quelle que soit la thématique des perles. Bien qu’en profond désaccord avec certains sujets, le staff n’intervient jamais. L’approche est similaire pour des informations notoirement erronées. P. Lamothe rétorque que les inepties sont légions sur le net et dans la presse. Pourquoi pas dans Pearltrees ? Toutes les idées ont le droit d’être exposées et l’essentiel est de pouvoir en débattre ouvertement.

Quand on aborde la question de l’échange de fichiers, il a la dent dure contre les instigateurs d’HADOPI. Il faut “pardonner” à des gens qui légifèrent sans connaître l’Internet, ni ses usages. Le partage est un droit, comme celui de regarder la TV. Il est conscient que ces gesticulations n’ont d’intérêts que pour les sociétés gestionnaires de droits, il fait remarquer, un brin amusé, que P. Bruel s’était plaint, pas Mozart.

Pearltrees est un média participatif. Dans un univers sclérosé où une petite minorité fabrique l’information et la diffuse, la vraie révolution poindrait d’une nouvelle pratique. Issue d’une interface qui permettrait de démocratiser la construction médiatique. Dans le flux constant d’informations qui s’évaporent, Pearltrees capte les éléments saillants, les mémorise.

Quoi de plus efficace pour collecter des éléments pour forger un argumentaire fracassant issu des articles de presse, des billets blogs ? Il est alors un outil politique, un outil de diffusion d’idées et de débats.

L’agencement des perles ouvre des schémas pouvant aller de “l’encyclopédie” (des dizaines de perles structurées avec méthodologie) au “tract” (quatre perles argumentaires).

Utiliser Pearltrees, c’est participer à la structuration des évènements, au lieu d’écouter une élite engoncée les déclamer. P. Lamothe lucide sur les lourdeurs de l’environnement médiatique, caresse ce dessein. En ce sens, il mène un projet politique. Il donne des instruments de contre-pouvoirs à tous les utilisateurs du net. Il propose à chacun d’éditer, d’agencer, de partager. Et de changer l’Histoire, sans la modifier

Pearltrees n’est pas un objet à vocation politique unique. Les perles de toutes sortes y foisonnent au gré des humeurs : bandes dessinées, musique, cuisine, voyages, architecture, bonnes ou mauvaises blagues. Pourtant, la création de perles regroupant par thèmes, par exemple, la production quotidienne de Juan de Sarkofrance, les chroniques de guerre de SebMusset constituerait des objets politiques utiles pour comprendre et analyser la situation dans laquelle la France est plongée. Et peut être en sortir.

Vogelsong – 8 décembre 2009 – Paris

décembre 2, 2009

Immigration, xénophobie, débat douteux : le rôle indispensable de la presse

Classé dans : Médiatique — Vogelsong @ 9:45
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Comment justifier l’indispensable rôle d’analyse et de recul de la presse, et à ce point, se vautrer dans la fange comme le font les journalistes sur la votation suisse à propos des minarets ? En phase avec le sujet gouvernemental du moment, l’identité nationale, les joueurs de tam-tam médiatiques n’ont pas eu à se faire prier pour donner une résonance assourdissante à ce qui, tout au plus, était une votation démocratique. Une valeur tout à fait relative selon le sujet et le résultat dans les contrées civilisées.

Sur les ondes de France inter le 1er décembre, R. Dati députée européenne conservatrice dispose d’une demi-heure pour faire la preuve (pour qui y prête vraiment attention) de sa fatuité et de son incapacité à comprendre autre chose que la stratégie d’ascension personnelle dans les alcôves du pouvoir. N. Demorand lui passe aimablement les plats sur le sujet attendu, la votation helvète. Refusant de s’exprimer sur le fond, l’ex-favorite de l’Élysée déclare qu’il s’agit d’un vote démocratique incontestable. C’est la grande nouveauté en France, la voix d’un peuple serait indiscutable ! À ce propos, la brochette de journalistes europhiles ne relèvera pas que lorsqu’il s’agit de l’hexagone, démocratie moraliste, phare de la pensée des lumières, on se soucie peu d’un référendum largement écarté par une population rétive aux ouvertures mirifiques et consensuelles de l’Eurocratie. Non. Au lieu de cela, on pratique le massage médiatique à base d’expertise de la “beurrette” qui a réussi et dont le point de vue sur l’Islam, donc de l’intégrisme est irréfragable. Le journalisme d’entertainment a atteint la masse critique du marketing éditorial. On ne se soucie plus des sujets et de la manière dont on les aborde. On applique juste la méthode qui veut qu’en complète conjonction avec l’agenda du pouvoir, un thème pile dans la cible soit porté jusqu’au pinacle. Le même jour par exemple, Libération consacrera un dossier complet à E. Besson. Le Figaro, jamais en reste, fait les gorges chaudes de ce type de construction polémique avec une rédaction en quasi-liesse titrant “Le débat sur l’Islam rebondit en France”. C’est à la traîne du pouvoir, sanglé d’œillères, que sur toutes les ondes on ressasse jusqu’à la nausée ces thèmes crasseux. On peut pourtant se douter que les magnifiques plumes qui composent l’aréopage médiatique français sont assez sagaces pour percevoir les montages de communication distillés par les “spin doctors” autour du pouvoir. Pourtant limpide, depuis quelques semaines. On a commencé par lancer un débat “sans tabous” sur la burqa, 500 cas référencés par les renseignements généraux. Une bonne occasion de ressortir l’épouvantail E. Raoult, vieux compagnon de route de l’extrême droite. Puis E. Besson déclare ouverte la messe nationale sur l’identité française dont l’ambiance sonore est agrémentée des Caterpillar de la jungle et des immigrés noirs avec travail, mais sans papiers et braillant dans les rues. Il suivra la polémique Ndiaye qui va remettre définitivement en selle E. Raoult. TF1 n’est pas en reste, l’emblématique H. Roselmack dégaine son reportage de fabrication maison sur l’abattage à domicile d’un mouton pour l’Aïd. Le journalisme avachi a de beaux jours. La votation suisse, comme une bénédiction finira (pour l’instant) de baigner ce spongieux débat. Les immigrés ont du mal à passer les frontières, il n’en est pas de même pour les questions douteuses. Les douaniers de l’information ont grand ouvert les barrières, quitte à provoquer un appel d’air fétide.

Pas sagace du tout, ou bien complaisante, la presse ? Plutôt à l’agonie. Elle se meurt, avec elle sa capacité à offrir aux citoyens qui cherchent, une perspective intelligente et raisonnée. Il suffit d’écouter geindre les caciques des médias “mainstream” promettant une information en profondeur et de qualité. Il suffit de les écouter vitupérer sur les égouts d’Internet. Le cloaque aujourd’hui c’est le tout venant de la médiacratie en perdition financière qui se raccroche à ce qu’elle peut, des bâtons merdeux transmis par le pouvoir comme des témoins d’une vie politique qui s’étiole.

Vogelsong – 1 décembre 2009 – Paris

novembre 28, 2009

L’héritage du CNR battu en brèche

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 5:09
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L’union des représentants de la Résistance pour l’action dans le présent et dans l’avenir, dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourrait freiner leur action et ne servir que l’ennemi.” – LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE


Faire table rase du passé. D. Kessler*, figure influente du patronat français se réjouissait lorsque N. Sarkozy accédait à la présidence de la République. La promesse de mise en coupe réglée du consensus établi au Conseil National de la Résistance (CNR). Fondement du modèle social français, il constitue, pour les chantres de la mondialisation, une plateforme dont il faut nécessairement se soustraire pour rentrer de plain-pied dans l’économie globalisée. Les petits apprentis du libéralisme oublient que l’assentiment national de l’époque avait une portée philosophique et sociale. Des domaines de plus en plus étrangers aux frénétiques de la marchandisation du monde.

La crise du capitalisme a douché les ardeurs du duo MEDEF / UMP. Le président de la République victime des évènements a du remettre à plus tard ses grands projets de démolition du modèle social. Un schéma économique boursouflé et handicapant qui met, aux dires de la colombe L. Parisot, la France à la traîne dans la compétition avec les pays à bas coûts salariaux. L’aplanissement social ne date pas d’hier. Dans l’hexagone depuis 25 ans, quelle que soit la couleur du gouvernement en place, les protections présentées comme des entraves au développement et à la liberté ont été méthodiquement oblitérées. En pratique, la gouvernance Sarkozy a dû refréner ses ardeurs après un départ en trombe. De telle manière qu’à mi-mandat, les éditorialistes et commentateurs trouvent au président des vertus interventionnistes, voire néo-keynésiennes. La première mesure de N. Sarkozy fut de supprimer la carte scolaire. Toujours en délicatesse avec la culture et le savoir, cet ignare, sous couvert de liberté éducative, préfère ouvrir aux quatre vents les mobilités scolaires toujours avantageuses aux plus nantis, que de favoriser la mixité. Un objectif bien trop difficile à atteindre. Il instaura ensuite un bouclier fiscal pour préserver les plus riches de l’impôt, pauvres fortunés ! Puis fidèle à sa faribole de campagne (travailler plus pour gagner plus) proposera aux Français, en complet contresens avec l’histoire, de turbiner davantage. Dernière mesure dont plus personne ne cause, le gouffre qui sépare aujourd’hui le réel et les promesses étant si grand après la crise de 2008. Elle porte un coup d’arrêt aux grandes manœuvres. Pourtant l’activisme visant la destruction des accords d’après-guerre continue de plus bel, mais sur un autre registre. Très focalisés sur les ravages de la “marchéisation” de l’école, des services publics et de la santé, d’autres dangers sortent du champ de l’analyse. Le grand renversement souhaité par l’oligarchie constitue aussi une remise en question complète des valeurs.

À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, le patronat essentiellement collaborationniste a, bon gré, mal gré accepté le large consensus du CNR. Les gaullistes évitèrent l’hypothèse de la République soviétique, les communistes instillèrent des avancées conséquentes, crédibilisant leur mouvement. En creux, la mise à l’écart de l’extrême droite dans la gestion des affaires du pays. L’instauration tacite d’un accord national démocratique de salubrité pour éviter de remettre dans le circuit de l’administration française les tenants d’une idéologie méphitique.

En 2007, N. Sarkozy accède à la plus haute fonction de l’État en singeant le programme du Front National, parti d’extrême droite xénophobe. Ce n’est pas (seulement) une rupture économique, mais historique que la droite française opère. Finies les oeillades discrètes aux classes populaires frontistes, finis les dérapages contrôlés, la droite classique donne aujourd’hui dans la xénophobie ordinaire, l’abjection d’État. Décomplexée dans son bourrage de charters et dans son exhibitionnisme nationaliste et identitaire, l’administration trahit sa glorieuse mémoire. Elle plonge la France dans la fange.

Quand le volet économique de la rupture rencontre un écueil, la rupture politique continue. En ce domaine rien ne peut l’arrêter. Pas de crise économique pour démontrer que le système est inepte. Le gouvernement joue à fond la haine reptilienne de l’autre. Et ce ne sont pas les micro-manifestations de la CIMADE, de RESF et d’autres qui démontreront l’inhumanité du régime qui sévit.

Kessler et les dominants qu’il représente mesurent la portée des régressions. Il est peu probable que leurs godillots médiatiques soient à la même enseigne. Que dire alors des citoyens noyés sous la nécessité de modernité, d’efficience productiviste pour les besoins de la compétitivité commerciale globalisée . Si en trois ans de règne sarkozyste, le programme économique du CNR a continué régulièrement de perdre des plumes, on ne peut en dire autant de l’universalisme de son message. De ce qui faisait le rapport à l’autre et du bannissement de la bête immonde fascisante. Et là se situent la rétrogression massive, l’abaissement national. La tache indélébile qu’une génération de citoyens, de commentateurs, d’élus contemplent sidérés et atones.

*D. Kessler, ancien vice-président du MEDEF, a déclaré dans le magazine Challenges (4 octobre 2007) qu’il fallait “défaire méthodiquement le programme du CNR” en précisant : “le gouvernement s’y emploie”.

Vogelsong – 28 novembre 2009 – Paris

novembre 21, 2009

N. Sarkozy et les muets qui l’accompagnent

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 10:00

Nous sommes sortis du boulangisme, nous sommes sortis du pétainisme, nous sommes sortis du bonapartisme, nous sortirons du sarkozysme“. V. Peillon a probablement raison. La France, un jour, en sortira. Reste à savoir comment ? Il n’est pas une semaine sans que l’homme dénué de surmoi, par ses frasques, ses inepties, ses lacunes ne rende fantasque l’idée même de politique. La France “d’après” aura traversé un (voire deux) quinquennat(s) de gribouilles idéologiques de réformes partielles et partiales. Où l’inepte côtoie le crasseux. N. Sarkozy est un suradapté du pouvoir et un inapte à l’action. Ceux qui l’accompagnent, coupables de mutisme.

Les chroniques du sarkozysme évoqueront l’inconséquence d’une société, endormie, enivrée, sidérée par le spectacle permanent qui s’offre à elle. Le même état de semi-coma qui étreint le spectateur après des heures pesantes de télévision. C’est 10 ans qu’il faudra endurer.

N. Sarkozy s’est octroyé un casting de rêve dès son accession à la plus haute fonction nationale. La composition du gouvernement se plie à l’objectif majeur de mettre en exergue l’homme de l’Élysée. Les médias s’extasient sur la diversité et les équilibres magnifiques trouvés dans la nouvelle équipe. L’”ouverture” fut aussi louée. En ce sens, la communication élyséenne fit merveille. Toute référence à la traîtrise, la versatilité, et l’attirance du décorum monarchique de la République avec tous les avantages que le statut de ministre permet, ont été soigneusement passés sous silence. Les médias, en ce sens, ont bien joué le rôle de critiques alliés du pouvoir. Ils ont habilement détourné l’attention sur la capacité des ministres à gouverner. À mi-mandat et un ravalement ministériel plus tard, c’est l’inaction et l’incapacité à trouver des solutions qui contrastent avec une hyperactivité psychotique et stérile. Tous les ministres ont fait la preuve de leur inutilité chacun leur tour (et pour certains, des fois, de concert). Le sarkozysme a inventé et mis en application le concept de gouvernement fantôme. Un gouvernement de faire-valoir, qui par son incompétence permet à l’élu de 2007 de briller de mille feux. Le premier ministre F. Fillon, préposé aux algues vertes et aux quolibets des élus locaux, inaugure le rôle finalement paisible de représentant. Une sorte de VRP taciturne, la part d’ombre du vibrionnant président. Pas un maroquin ne sort du lot. Et ce ne sont pas les lauriers décernés à C. Lagarde par le très libéral Financial Times qui changeront quelque chose au bilan de la ministre des Finances. Elle caquette dans les médias son indigeste menu de “réformes”, à base de concurrence générale, de baisses d’impôts catégorielles enrobées dans un training de communication qui fait des émules au sein du gouvernement. En particulier, L. Wauquiez qui reprend le gimmick lagardien “petit un, petit deux…”, un gimmick qui donne étrangement le sentiment à l’interlocuteur qu’il est un benêt. Le gouvernement Fillon grouille de zombies. F. Amarra croupit dans ce marigot conservateur. Désignée pour son accent, et sa langue de bois des quartiers. Après deux ans et demi de soumission, elle se retrouve complètement éteinte, empêtrée dans ses contradictions. Elle s’occupait des filles en errance des quartiers, maintenant elle occupe un poste. On pourra comme cela faire un catalogue des inutiles, des scélérats. De toute manière, pas un ne sort du sac.

N. Sarkozy a poussé à son paroxysme les travers de la démocratie représentative. Il a mis en vitrine le gouvernement, mis au frigidaire les parlementaires, pendu à un croc de boucher ses faux amis du RPR, fait une OPA sur le complexe médiatico-politique du pays. Une stratégie de pouvoir, mais pas une stratégie d’action Politique. C’est-à-dire de volontarisme au service de son pays. C’est pourtant à ce titre qu’il s’est présenté.

Seul objectif pour cet individu et ses suivants, la (re)conquête par la légitimité des urnes. Sésame et seul prétexte dans les démocraties pour faire tout ce que l’on veut, sans rendre de comptes. Dans cette dégénérescence, les plus pathétiques sont ceux qui savent, qui voient, mais qui suivent. Tous les hommes de droite ne sont pas pourris. Beaucoup issus du Gaullisme ont une haute idée de ce qu’est la République, le peuple. La machine à gagner que N. Sarkozy a mis en branle fait taire toute idée de contestation voire même de dialogue contradictoire. La révélation du désastre démocratique qu’est ce régime est remise à plus tard. Dans la démocratie représentative sarkozienne, la victoire s’obtient au prix de l’immobilisme (le vrai), du silence et du sacrifice populaire.

Le sarkozysme s’écrasera, inéluctablement. Alors, reviendront au bercail républicain les moutons du bling-bling. L’amnésie médiatique, la puissance de la communication gomment les renoncements au gré du moment. Les dégâts seront-ils alors assez conséquents pour que l’on se souvienne d’eux, et de leur mortelle passivité.

Vogelsong – 20 novembre 2009 – Paris

novembre 10, 2009

Le mur de la fuite

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 8:50
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La médiacratie cherche dans les décombres de ses archives une très bonne nouvelle à resservir à une population groggy par la crise du capitalisme. En 1989, le mur de Berlin tombait. La clameur est consensuelle dans les rédactions mobilisées autour de cet évènement. Même les politiciens sont de la partie. Tous y étaient, il parait. La liberté n’a pas de prix, la fin de l’Histoire non plus. Et c’est au marteau-pilon qu’un message binaire est incrusté, plus ou moins grossièrement, dans l’esprit des citoyens. Si les populations de l’Est aspiraient à autre chose qu’un glacis administratif et dictatorial, on se garde bien d’évoquer les espoirs déçus et poudres de perlimpinpin de la société de marché.

Bethlehem_Wall_Graffiti_1Les benêts médiatiques français, tel B. Guetta se complaisent à refaire les procès du bon et mauvais citoyen. La situation est confortable pour celui qui bénéficie des mannes de sa position dominante. Lors de la matinale de France inter il demandera encore une fois à C. Fiterman d’expier au nom du PCF l’intervention de Prague de 1968, soit 21 ans avant la chute du mur. Sur France Inter on atteint le summum quand le service publique passe des publicités d’assurance de santé racontant comment des allemands de l’Est aujourd’hui paraplégiques sautèrent le mur. Un exécrable cynisme mercantile.

Le vieux réflexe thatchérien, du communisme comme modèle unique en opposition à la sacro-sainte loi du marché est le pavé habituel lancé dans le jardin déjà bien garni des progressistes. Toute intervention de l’état, à quelques degrés que cela soit, hors des préceptes de F. v. Hayek ou M. Friedman s’apparente à du communisme rampant dans le meilleur des cas, sinon à du stalinisme sanguinaire.

Devant un système qui se délite, rien de mieux qu’un système déjà délité. Pour s’extraire du mauvais coup des subprimes, un flash-back sur les années brejnéviennes est du meilleur effet. Du pain béni pour les médias et politiciens déjà à court d’arguments pour faire passer la refondation ou la moralisation du capitalisme. Une première embardée a failli précipiter le monde d’après le communisme dans le ravin en 2008. La seconde qui se profile pourrait bien être la dernière. Les comptables morbides du soviétisme pourraient alors en avoir plein leurs calculettes. Mais pour l’instant, à Berlin on savoure, on fête.

Chacun célèbre ce qu’il veut autour de cet effondrement. Chacun y voit sa propre victoire. Le triomphe définitif de l’individualisme en abime. Pour les uns, c’est une réunification nationale et culturelle, pour d’autre l’opportunité de voyager ou d’acheter des savons de couleurs différentes, quand beaucoup y voient à juste titre la fin de la censure d’état.

Les médias y festoient comme des people, virevoltants autour de l’évènement sans aucun recul. Une séquence ininterrompue de “reportages” émotionnels. La question récurrente de la semaine : “que faisiez-vous au moment de la chute ?”. Et tout le petit monde du landerneau médiatique a sa petite histoire. Une bonne partie prétend même avoir vécu in situ ce moment unique. En être. C’est tout ce qui compte 20 années plus tard.

Un parallèle saisissant avec les commémorations de mai 1968. D. Cohn-Bendit mettait fin quarante ans après à l’espoir de changement de société. Lui l’avait fait sa petite révolution. Une bonne tranche. Il pouvait avec tout le recul nécessaire dire aux générations d’après, “ne le faites pas cela mène à rien”. Une petite pédagogie de la soumission à usage du néolibéralisme. Une uni-latéralité néo-conservatrice que l’on retrouve pour les évènements de novembre 1989. Le seul rêve permis n’ira jamais au-delà du marché partout, pour tous et tout le temps. La preuve : le mur.

La commémoration de la chute du mur est une fuite du réél. Le bon moyen d’éviter un constat lapidaire sur ce qu’il est advenu du monde d’après. Mis à part annoncer la victoire par K.O. d’un système sur un autre, et clamer la fin de l’Histoire, rien de concret n’a été avancé pour le monde restant. Quelle influence la chute du mur a-t-elle eue sur la démocratie de la planète ? Les pays du Moyen-Orient par exemple, parfait paradis capitalistes, mais pas de démocraties. La question cruciale de l’extrême pauvreté n’a pas été résolue après 1989. Qu’en est-il des famines et épidémies d’Afrique que ce vent de liberté devait balayer ? Bien peu de monde n’ose y répondre, bien peu de monde ose s’y pencher. Et il est bien plus confortable d’évoquer la Traban, les nuits d’ivresse berlinoises et le champagne de la liberté.

La chute des régimes hypersociaux ne peut être une fin en soi, même si c’est un progrès. L’occasion de sortir de l’horizon étriqué du tout marché est gâchée par paresse ou intérêts. Il est plus facile de commérer béatement. Il est aussi plus aisé d’amalgamer les mouvements syndicaux, les aspirations au progrès social avec le socialisme. On fait alors l’économie d’un débat, mais surtout d’un système.

Vogelsong – 9 novembre 2009 – Paris

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