Piratage(s)

novembre 10, 2009

Le mur de la fuite

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 8:50
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La médiacratie cherche dans les décombres de ses archives une très bonne nouvelle à resservir à une population groggy par la crise du capitalisme. En 1989, le mur de Berlin tombait. La clameur est consensuelle dans les rédactions mobilisées autour de cet évènement. Même les politiciens sont de la partie. Tous y étaient, il parait. La liberté n’a pas de prix, la fin de l’Histoire non plus. Et c’est au marteau-pilon qu’un message binaire est incrusté, plus ou moins grossièrement, dans l’esprit des citoyens. Si les populations de l’Est aspiraient à autre chose qu’un glacis administratif et dictatorial, on se garde bien d’évoquer les espoirs déçus et poudres de perlimpinpin de la société de marché.

Bethlehem_Wall_Graffiti_1Les benêts médiatiques français, tel B. Guetta se complaisent à refaire les procès du bon et mauvais citoyen. La situation est confortable pour celui qui bénéficie des mannes de sa position dominante. Lors de la matinale de France inter il demandera encore une fois à C. Fiterman d’expier au nom du PCF l’intervention de Prague de 1968, soit 21 ans avant la chute du mur. Sur France Inter on atteint le summum quand le service publique passe des publicités d’assurance de santé racontant comment des allemands de l’Est aujourd’hui paraplégiques sautèrent le mur. Un exécrable cynisme mercantile.

Le vieux réflexe thatchérien, du communisme comme modèle unique en opposition à la sacro-sainte loi du marché est le pavé habituel lancé dans le jardin déjà bien garni des progressistes. Toute intervention de l’état, à quelques degrés que cela soit, hors des préceptes de F. v. Hayek ou M. Friedman s’apparente à du communisme rampant dans le meilleur des cas, sinon à du stalinisme sanguinaire.

Devant un système qui se délite, rien de mieux qu’un système déjà délité. Pour s’extraire du mauvais coup des subprimes, un flash-back sur les années brejnéviennes est du meilleur effet. Du pain béni pour les médias et politiciens déjà à court d’arguments pour faire passer la refondation ou la moralisation du capitalisme. Une première embardée a failli précipiter le monde d’après le communisme dans le ravin en 2008. La seconde qui se profile pourrait bien être la dernière. Les comptables morbides du soviétisme pourraient alors en avoir plein leurs calculettes. Mais pour l’instant, à Berlin on savoure, on fête.

Chacun célèbre ce qu’il veut autour de cet effondrement. Chacun y voit sa propre victoire. Le triomphe définitif de l’individualisme en abime. Pour les uns, c’est une réunification nationale et culturelle, pour d’autre l’opportunité de voyager ou d’acheter des savons de couleurs différentes, quand beaucoup y voient à juste titre la fin de la censure d’état.

Les médias y festoient comme des people, virevoltants autour de l’évènement sans aucun recul. Une séquence ininterrompue de “reportages” émotionnels. La question récurrente de la semaine : “que faisiez-vous au moment de la chute ?”. Et tout le petit monde du landerneau médiatique a sa petite histoire. Une bonne partie prétend même avoir vécu in situ ce moment unique. En être. C’est tout ce qui compte 20 années plus tard.

Un parallèle saisissant avec les commémorations de mai 1968. D. Cohn-Bendit mettait fin quarante ans après à l’espoir de changement de société. Lui l’avait fait sa petite révolution. Une bonne tranche. Il pouvait avec tout le recul nécessaire dire aux générations d’après, “ne le faites pas cela mène à rien”. Une petite pédagogie de la soumission à usage du néolibéralisme. Une uni-latéralité néo-conservatrice que l’on retrouve pour les évènements de novembre 1989. Le seul rêve permis n’ira jamais au-delà du marché partout, pour tous et tout le temps. La preuve : le mur.

La commémoration de la chute du mur est une fuite du réél. Le bon moyen d’éviter un constat lapidaire sur ce qu’il est advenu du monde d’après. Mis à part annoncer la victoire par K.O. d’un système sur un autre, et clamer la fin de l’Histoire, rien de concret n’a été avancé pour le monde restant. Quelle influence la chute du mur a-t-elle eue sur la démocratie de la planète ? Les pays du Moyen-Orient par exemple, parfait paradis capitalistes, mais pas de démocraties. La question cruciale de l’extrême pauvreté n’a pas été résolue après 1989. Qu’en est-il des famines et épidémies d’Afrique que ce vent de liberté devait balayer ? Bien peu de monde n’ose y répondre, bien peu de monde ose s’y pencher. Et il est bien plus confortable d’évoquer la Traban, les nuits d’ivresse berlinoises et le champagne de la liberté.

La chute des régimes hypersociaux ne peut être une fin en soi, même si c’est un progrès. L’occasion de sortir de l’horizon étriqué du tout marché est gâchée par paresse ou intérêts. Il est plus facile de commérer béatement. Il est aussi plus aisé d’amalgamer les mouvements syndicaux, les aspirations au progrès social avec le socialisme. On fait alors l’économie d’un débat, mais surtout d’un système.

Vogelsong – 9 novembre 2009 – Paris

novembre 6, 2009

J.L. Mélenchon fait feu de tout bois

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 6:51
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Débonnaire, J.L. Mélenchon dispense une petite leçon de Web participatif dans un bar branché de la capitale. Son espace “à lui”, son blog qu’il présente et qu’il distingue nettement du parti de gauche. Un espace où “il fait ce qu’il veut”, où tous les convives sont tenus à l’argumentaire sous peine de bannissement. Ce n’est pas le “jet lag” dû à son retour du Panama qui empêchera ce tribun de digresser comme il l’affectionne. Une volée de bois vert au plagiaire E. Besson et son équipe “d’incapables”, quelques mots sur son mandat, les élections régionales en ligne de mire et l’Amérique du Sud, une terre exaltante d’expériences sociales.

gaucheDans le fond, il n’y a que deux manières de lire l’action politique de J.L. Mélenchon. Certains le perçoivent comme un opportuniste qui, à la faveur du débat constitutionnel sur le TCE est passé du statut de paisible sénateur socialiste à la posture du leader de la cause du peuple contre l’oligarchie bruxelloise, et qui plus tard, a réussi son OPA sur le Parti communiste. Dans cette dynamique, il souhaite pousser son avantage jusqu’à reproduire l’opération avec le Nouveau Parti Anticapitaliste. D’autres voient en lui un homme dont les convictions n’ont guère varié, de ses premiers combats universitaires pour le PCI à la fondation de son Parti de Gauche. Les deux se confondent tant J. L. Mélenchon semble être un redoutable stratège politique.

Aujourd’hui, J.L. Mélenchon suit les pas d’O. Lafontaine, ancien taulier de la Social-démocratie allemande, qui avec son mouvement Die Linke a débordé le SPD sur sa gauche et l’a plongé dans une crise sans précédent. Mais l’objectif du député européen du Grand Sud Ouest n’est pas de “moraliser le PS”, ni de le “métamorphoser” mais d’imposer une “refondation de la gauche” dont il prendrait le leadership. Visiblement il n’attend plus rien du parti de centre gauche dont il rappelle les tentations centristes par des alliances avec MODEM. Selon ses proches, il s’est transfiguré depuis la rupture. Il respire un nouvel air, celui de la liberté et de nouveaux idéaux politiques.

Mais après tout peut-on lui en vouloir ? Il a durant des décennies tenté d’influer sur la ligne directrice du PS, de la Nouvelle École Socialiste à la Gauche Socialiste, il a multiplié les tentatives. Aujourd’hui, il n’est plus décidé à regarder en arrière. Son obsession, c’est “talonner le PS” afin de “devenir la formation qui dispute la tête de la gauche”. Malheureusement pour lui, le NPA se fait désirer, les “discussions unitaires” en vue des régionales n’ont pas donné pour l’instant, les résultats escomptés. Pourtant, il s’agit d’un enjeu politique crucial, “les régions doivent devenir un pôle de résistance à la droite”. A titre personnel, il ne s’interdit rien, en particulier la tête de liste aux régionales en Île-de-France, il badine “la région parisienne, ça m’intéresse, après tout j’ai été élu là bas durant 25 ans”. Et dans cette perspective se déclare non cumulard.

Hier soir, J. L. Mélenchon était donc forcément angoissé, “pourtant si on rassemble, on va faire un carton” lançait t-il un brin bravache. La décision interviendra ce week-end lors du conseil national du NPA, avant une réunion avec O. Besancenot qui aura lieu le mercredi 11. Maussade, il maugréé qu’”Il serait bon qu’ils abrègent nos souffrances”. Déterminé et combatif, “si ce n’est pas cette fois-ci nous essayerons, encore…”.

L’ancien sénateur de l’Essonne multiplie les voyages en Amérique Latine afin d’aller à la rencontre de ce continent qui n’a pas renoncé à sa part d’utopie. Quand il parle du Président Bolivien E. Morales, J. L. Mélenchon se prend à rêver à haute voix, “on lui donnait même pas 5% et au final, il a été élu au 1er tour avec 53% des voix”. De rencontres en rencontres, ce cofondateur de l’Institut Bolivar cultive son ouverture vers le monde et tente de relever les expériences réussies afin d’en tirer les leçons.

Lorsqu’il revient en France, c’est donc naturellement avec une certaine émotion qu’il évoque le thème de l’immigration qui pour lui représente toujours une “déchirure”. Il refuse le débat sur l’identité nationale et réaffirme le droit du sol, « ces discussions doivent s’arrêter à la carte d’identité, si vous en rajoutez, vous ne serez plus en mesure de maitriser les dérives que cela va engendrer. ». Les périodes sombres sont propices à ce type de thématiques, pour J.L. Mélenchon, un seul slogan acceptable “faire France de tout bois !”. Accueillir tout ceux qui le veulent. Aujourd’hui il semble épanoui et sincère lorsqu’il évoque son bonheur d’être à “l’intersection entre les travailleurs et le peuple français, pas celui qui se pose des questions sur son identité mais celui qui l’accomplit dans sa bataille sociale et républicaine.”


J.L. Mélenchon assume son image de grande-gueule, de bateleur des sans voix comme il le dit lors de l’émission web “arrêt sur image“. Il se dit aussi prêt à changer de stratégie si cela s’avère nécessaire, car “La civilisation de l’image n’a pas de mémoire”. Stagner à 6% aux élections ne fait visiblement pas partie de son programme. Il fait remarquer que le mauvais score des Européennes s’inscrivait dans un scrutin à forte abstention. C’est évidemment de ce côté-là que ce briscard de la politique tourne son regard malicieux.

Reversus & Vogelsong – Paris – 6 novembre 2009

Son : Intox2007

novembre 3, 2009

Discussion avec J. Dray – Morceaux de choix

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:00
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J. Dray s’entretient plus de deux heures avec des blogueurs dans l’antre de Vendredi Hebo. Les discussions portent sur l’affaire judiciaire qui le concerne. Il livre aussi son sentiment sur le moribond parti socialiste, les récentes polémiques en sarkozie, et la réforme de la justice. Des morceaux sonores choisis dans ce programme roboratif.

  • Internet

C’est la seconde fois en moins de quatre mois que J. Dray donne une interview à des blogueurs. Qu’il considère comme sérieux, voire des fois meilleurs que certains journalistes. Il revient sur J. Séguéla, et ses déclarations débiles, les citoyens internautes dont le meilleur d’entre eux, Sarkofrance :

Il prend l’exemple de l’activisme du net sur l’EPAD pour expliquer en partie l’échec de la candidature du fils du président. :

  • L’affaire Dray, la justice

Plutôt serein sur le dénouement, J. Dray égraine chaque étape de son épreuve récente. Il tient pour principaux responsables de ses déboires ses “amis” du parti socialiste. Il espère faire sortir du bois ceux qui l’on plongé dans ce calvaire en se présentant aux élection régionales en 2010, mais sans précipitation, “le poker m’a appris la patience“. Marqué, déçu par l’attitude des dirigeants du PS, J. Dray ne souhaite pas rompre définitivement (pour le moment), “dans les histoires d’amour, je ne suis pas pour les ruptures brutales“. Il met aussi en cause l’UMP et en particulier le ministre du Budget E. Woerth qui fit une gestion très politique du dossier :

J. Dray raconte comment la presse s’est enlisée, toujours à l’affut des scoops, publiant à peu près n’importe quoi pour alimenter la rubrique “politiciens verreux”. Il évoque des échanges vifs au tribunal en particulier avec les représentants du journal Libération :

C’est l’occasion pour lui de donner son sentiment sur la réforme judiciaire :

Dans la perspective de cette réforme, J. Dray fait une conjecture sur ce qu’aurait pu être son affaire  Un juge d’instruction indépendant là depuis le début aurait éventuellement évité l’instrumentalisation de la presse par la justice et des coûts exorbitants.

J. Dray ne se prive pas pour égratigner E. Joly qui fit “la peau” de R. Dumas. Moins immaculée que sa légende et son entrée à Europe Écologie ne le laisse entendre :

Quant à l’affaire Clearstream, elle relève selon lui d’un traquenard de pieds nickelés, où D. de Villepin se fait berner par des amateurs, où N. Sarkozy au courant depuis toujours, laisse ses adversaires s’enfoncer :

  • La polémique R. Polanski/F. Mitterrand

Le député s’attache d’abord à démonter le mécanisme d’accaparement médiatique monté par le Front National, point de départ de l’affaire “Mitterrand”. La “sortie” de M. Le Pen sur le sujet n’est pas  dû au hasard. Le visionnage de l’émission montre qu’en effet la lecture des passages du livre “la mauvaise vie” était préméditée :

B. Hamon reste son ennemie intime au PS, il admet ouvertement l’avoir dans le collimateur. L’antagonisme entre les deux hommes date. Il critique vertement ses prises de paroles, en particulier lors des affaires récentes (Polanski, Mitterrand) pour en conclure sur sa non-légitimité, “il se met dans les pas du Front National !“.

Il reste mesuré sur ces affaires et leurs protagonistes. À l’argument de la scission peuple versus élites, il répond que le peuple est une construction dont il faut se méfier. La thèse des castes dirigeantes qui s’autorisent tout, se pardonnent tout ne convainc pas J. Dray.

  • Le parti socialiste, la gauche

Malgré d’immenses déceptions, J. Dray ne souhaite pas pour l’instant quitter le parti. Mais il constate le vide idéologique, programmatique et l’inaltérable guerre des égos. Pour exister dans ce régime, “il faut être présidentiable” :

Il continue de pilonner le porte-parole du PS, B. Hamon. Symptomatique d’un parti à la dérive et dé-crédibilisé.

J. Dray ouvre des pistes de réflexion pour les progressistes. Embryon programmatique  où il met au premier plan la problématique sociale. La base de tous les combats. La droite a gagné idéologiquement en instillant la peur. Renverser la tendance et reprendre la main  : “la justice sociale contre la peur” :

La décroissance est une insulte. Comme beaucoup d’hommes politiques il est  ligoté dans une communication politique “positive”, et ce terme n’est pas vendeur. Donc rejeté. De plus, il voit dans les décroissants une secte malthusienne :

  • La sarkozie

Dans l’affaire de l’EPAD, J. Dray a soutenu mollement J. Sarkozy. Considérant qu’il y a eu des excès. Il ne voulait pas participer à l’hallali général. Il conteste l’argument de l’âge et les diplômes. Le député propose de se concentrer sur l’arrivisme du candidat et l’aspect moins visible d’une toile beaucoup plus importante tissée par l’Élysée. Et dont on parle peu comme la nomination de H.Proglio :

Malgré tout, le président de la République est pris dans des contradictions inextricables. Entre des discours d’ordre moral, et ce qu’il montre de son mode de vie : La “carlisation”

Articles connexes :

- Poor lonesome cowboy de Laure Leforestier

- Julien Dray revoit des blogueurs politiques de Juan (Sarkofrance)

Vogelsong – 2 novembre 2009 – Paris

octobre 28, 2009

Immigration : arme d’élection massive pour les néolibéraux

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:45
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Prototype même du débat piégé, l’immigration et la focale sur l’identité nationale reviennent sur le devant de la scène. La droite possède sur le sujet un avantage comparatif qu’elle met à profit chaque fois que cela est judicieux. Politiquement. Il est pourtant impossible de s’y soustraire sous prétexte qu’il détournerait des vrais enjeux, et des vrais échecs de l’homme de Neuilly-sur-Seine, c’est-à-dire l’économique et le social. Pour une simple raison, les deux sujets, immigration et questions économiques et sociales sont intimement liées. Il suffit juste d’avoir le courage de s’y frotter.

multiJe suis frappé que lorsqu’on parle d’expulsion d’afghans le seul commentaire que vous avez envie de faire, c’est sur une banderole*” lance E. Frassin à l’historien sarkozyste M. Gallo lors de la matinale de France Inter. Comme un symptôme de la réduction du débat à son niveau le plus insignifiant. Lorsque l’administration française renvoie trois afghans, l’intellectuel de palais ne s’interroge que sur la portée d’une banderole d’opposants aux expulsions déployée à l’aéroport. Il est vrai qu’il est là, en toute neutralité, pour faire l’apologie des mesures d’”éloignement” mises en place par B. Hortefeux remplacé avantageusement par E. Besson.

Le ministère de l’Immigration et de l’identité nationale est conçu comme une arme d’élection massive. Le deal proposé par le candidat N. Sarkozy était expulsion contre intégration. Il proposait aux “Français” de mettre sous l’éteignoir leur indignation et apitoiement sur la misère du monde pour mieux s’occuper de ceux qui étaient déjà parmi la communauté nationale. Voilà pour la partie “soft” du message. L’objectif en réalité, faire main basse sur les 3 à 5 millions d’électeurs frontistes. Leur donner une légitimité au sein de la très respectable formation de droite néo-libérale UMP.

Le levier de la peur de l’autre, de la stigmatisation tous azimuts démontre son efficacité depuis trente ans. Quelle meilleure tête de gondole pour le libéralisme économique que l’étranger fainéant profitant du laxisme social et des avantages du modèle français. Les déficits de l’état, le trou de la sécurité sociale, le chômage de “nos enfants” ont des causes diffuses, mais identifiables dans le magma médiatique des afflictions touchant la France éternelle de Clovis. Identifiables car bien orientées par la communication et la vulgate politique “moderne”. Identifiés comme “autres” : les Roumains de gare, les Tsiganes de stades, les afghans de jungles, pour en arriver finalement aux piliers de cages d’escaliers. Eux, qui sont français, nés à Bondy ou à Rouen. Là réside la magie électoral(ist)e de la France de droite. La fausse promesse de changer le visible, le paysage épidermique de cette vieille nation percluse de rigidités mentales : la France du travail, des robes vichy, des godillots parés de terre glaise.

Ce dispositif xénophobe nourrit l’idéologie de marché parce qu’elle sape l’idée de redistribution et d’état providence. E. Besson est le meilleur ambassadeur de ce qu’il appelle lui-même “une gauche moderne”. Une gauche qui renie définitivement l’égalité et la redistribution. Une “gauche” finalement ralliée au Sarkozysme, comme dernier stade de dégénérescence.

J. Delpla*, membre du conseil économique et social et zélateur ultralibéral parle du facteur ethnique pour expliquer le naufrage de l’état providence. Bien que la structure sociale soit très différente entre la France et les USA, il fait référence aux mesures du Président Johnson (1965), qui prévoyait dans sa lutte contre la pauvreté que “pour chaque dollar alloué par l’État local à un programme de lutte contre la pauvreté, le gouvernement fédéral donne un autre dollar. […] les États sudistes pauvres ont très peu utilisé cette facilité, car la majorité électorale ne voulait pas payer pour les Noirs. En revanche, les riches États du Nord, avec une forte homogénéité ethnique (Minnesota et Wisconsin), surtout peuplés de descendants d’immigrants d’Europe du Nord, ont largement utilisé le programme Johnson“.

Que la proximité ethnique soit une variable au consentement à la solidarité, peut-être. Là où cela pose un sérieux problème politique et éthique, c’est l’instrumentalisation de la différence “raciale”** pour soumettre le corps social à la doxa de l’individualisme. E. Besson en charge de l’exécution des basses œuvres du gouvernement Sarkozy annonce un vaste débat sur l’identité nationale. La sarkozie dans le marigot se refait, comme toujours, une jeunesse sur le dos des dominés. L’état va mobiliser ses moyens (“préfecture, sous préfecture et forces vives de la nation“***) pour faire la promotion d’un thème central de la vitrine politique du parti au pouvoir. Bien secondé dans cette tâche par l’institut Montaigne, un “think tank” libéral où siègent et pensent le décliniste libéral N. Baverez et C. Bébéar président d’honneur d’AXA.

L’opposition de gauche sur le sujet tient la posture habituelle. Elle crie à raison au coup électoral. Ses bilans successifs ne plaident pas en sa faveur. Elle a tout au plus ralenti la déconstruction sociale favorable au règne sans partage du marché. Pour la “nouvelle” droite libérale, la peur de l’autre est un instrument de coercition efficace. Elle organise un désordre favorable à l’instauration d’une pensée dominante basée sur l’individu, la transaction commerciale et l’émotion. Un monde où l’autre n’est plus un autre moi, mais un vulgaire, autre.

*Plutôt bienveillant avec l’immigration

** le terme race n’est pas pertinent, il n’ y a pas scientifiquement de race noire, jaune, rouge ou bleue à proprement parlé, il y la race humaine n’en déplaise à E. Zemmour et autres grands penseurs médiatiques.

*** Selon les dires d’E. Besson

Vogelsong – 27 octobre 2009 – Paris

octobre 19, 2009

Entretien avec N. Dupont-Aignan – Le pouvoir a perdu le pouvoir

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:30
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Il reste encore à droite, après la mise au pli Sarkozienne, un mouvement politique républicain, souverainiste et gaulliste. N. Dupont-Aignan fondateur de “Debout la République” a fait sécession en 2007 des cohortes bien alignées de l’UMP. Cet homme ancré à droite s’indigne de la trahison du peuple et dresse un constat peu amène sur le sarkozysme, la gauche laxiste, la construction européenne. Dépositaire de valeurs conservatrices et attaché à la nation, il se présente, malgré de faibles scores, comme un concurrent respectable et une alternative crédible.

Perte de valeurs, trahison du peuple, délocalisation du pouvoir

Drapeau_France_1N. Dupont-Aignan n’est pas avare de critiques, et il en délivre magnanimement à droite comme à gauche. Le diagnostic sur la perte des valeurs est terrible. A droite. Le RPR avait commencé a tourner le dos au Gaullisme, l’UMP a définitivement rompu. La nouvelle stratégie des conservateurs hexagonaux s’oriente plutôt vers le libéralisme économique. La création de “Debout la République” à l’intérieur de la structure n’empêchera pas la marginalisation des idées gaulliennes. Après l’avènement de N. Sarkozy, la page historique (gaulliste) est définitivement tournée. En 2007, la rupture est consommée, “la fondation de l’UMP a soldé ce qui restait de gaullistes au RPR”. C’est donc à l’extérieur du parti hégémonique que s’incarneront les idées du Général selon N. Dupont-Aignan.

La gauche s’est aussi fourvoyée. Elle traîne depuis 20 ans sa trahison populaire, et a perdu toute crédibilité. Elle n’a pas su empêcher la paupérisation des couches peu favorisées, ni s’opposer efficacement au détricotage des services publics. En plus d’être laxiste, le parti socialiste “s’est embourgeoisé“. Loin du peuple, loin de ses bases, le député de l’Essonne croit que “la solution ne viendra pas de cette gauche molle“, en ce sens “le parti de gauche ne s’y est pas trompé“.

Au delà des clivages droite-gauche, ce qui fonde l’exception française est piétinée par la caste oligarchique qui nous gouverne“.Tous les partis de gouvernement ont livré la France aux forces économiques globales. La mondialisation, par le changement d’échelle des forces économiques qu’elle implique est contradictoire avec le maintien de la démocratie au niveau national. Le pouvoir s’est délocalisé, “Bruxelles pour la commission, Luxembourg pour la cour de justice, Francfort pour la BCE, la Chine pour les règles du commerce internationales, les USA pour le dollar“. L’abandon du pouvoir aux intérêts extérieurs qui entraîne des féodalités intérieures débouche sur le discrédit de l’action politique, “le pouvoir a perdu le pouvoir“. Les hommes politiques ont scié la branche sur laquelle ils étaient assis en se dépossédant de leurs moyens d’action. Ils ont livré les instruments qui permettaient de gouverner, on “est donc réduit au ministère de la parole”.

Projets et Perspectives

N. Dupont-Aignan souhaite revenir aux fondamentaux de la République qu’il résume comme : “La démocratie du peuple, pour le peuple, par le peuple“. Il se démarque du libéralisme et de l’antiétatisme communément rabâché à droite, “la République c’est aussi un état fort, un état stratège“. Dans ce registre, il met l’accent sur “l‘école publique méritocratique, qui élève au lieu d’abaisser“, puis sur les services publics qu’il veut “très présents sur tout le territoire“. Somme toute, il s’accroche au maintien d’une particularité nationale.

Face à l’atteinte de l’exception française, le défi est d’expliquer aux Français qu’ils ne s’en sortiront pas s’ils ne reprennent par leur destin en mains, “une nation (comme la France) ne peut pas se suicider“. Il faut, selon N. Dupont-Aignan sortir de la résignation et de la retraite du “jardin familial“, face à l’impression d’impuissance, subir son sort et se replier sur des intérêts domestiques. Pour en sortir, deux défis prioritaires doivent être relevés : l’emploi dans la guerre économique mondiale, et la cohésion nationale et sociale. Sans ces deux axes, “nous aurons la paupérisation d’un côté, la guerre civile de l’autre !“.

Pour survivre dans la jungle commerciale globalisée, “on ne peut avoir des charges plus élevées que les autres, un euro surévalué, et un libre échange total. Soit, la France sort de l’euro pour dévaluer dans un libre échange intégral, soit l’Europe met en place un protectionnisme, soit les normes sociales européennes se mettent à niveau et nous vivrons comme des chinois !”. N. Dupont-Aignant se prononce nettement en faveur du protectionnisme avec une stratégie économique de puissance. D’ailleurs, il partage les thèses d’E. Todd du livre “Après la démocratie” sur l’impasse du libre échange et l’impérieuse nécessité d’une régulation des échanges internationaux. À terme, les déficits publics ne pourront pas supporter la charge que fait peser la mondialisation. À quinze ans, à paramètres constants, si rien ne change, c’est le déclin, le “décrochage massif” qui attend la France.

Politique internationale et construction européenne

Si le Sarkozysme n’a qu’une seule cohérence, c’est l’alignement au néo-conservatisme (atlantiste) US. La France abandonne ici encore sont exception. La particularité des relations avec les pays arabes, l’indépendance par rapport aux USA installaient l’hexagone comme une puissance spécifique, écoutée, entendue, certaines fois. Comme présidentiable, N. Sarkozy n’avait pas annoncé l’intégration dans l’OTAN, il a envoyé plus de 3 5000 soldats en Afghanistan. Le coulage dans la masse des forces proaméricaines relègue définitivement la France au rang de puissance secondaire, et de plus “c’est une politique qui ne rapporte rien“.

La construction européenne s’est faite aux dépens des peuples. La mythification du concept Europe met la France en danger vis-à-vis de ses voisins. Selon N. Dupont-Aignan, naïfs, les Français “rêvent la vie“. Cette Europe fantasmée pourra “peut-être” naître dans 200 ans. L’Euro, pour la France, est un boulet qui “va exploser dans les deux trois ans qui viennent“. Plus globalement, l’inconsistance caractérise la tour de Babel européenne, une concurrence d’intérêts divergents où Français, Anglais, Allemands, pays d’Europe centrale et orientale n’ont pas de projets communs autres que simuler une entente. La sortie de l’ornière européenne passe par la coopération au coup par coup entre états volontaires, car ” l’Europe des 27 n’est plus l’Europe des 6“. Et ce malgré les mirifiques promesses sur les institutions qu’est censé apporter le traité de Lisbonne. Le député concède que “L’Europe est indispensable pour que la France pèse dans le monde“. Mais “la France est en position minoritaire sur tous les sujets qui font son exception, c’est-à-dire la laïcité, le protectionnisme, les services publics“. L’hexagone est (devenu) “l’associé minoritaire de l’Europe“. Il en conclut par delà les affichages béats que “l’Europe sera estimée des habitants quand elle aura produit des résultats pour les habitants“.

Censuré lors du résultat des élections, N. Dupont-Aignant déclare être dangereux pour la cohésion de l’UMP, ” je ne suis pas un extrémiste de droite, un De Villiers ou un Le Pen, je suis un type raisonnable qui ne rentre pas dans la ligne et qui ne dit pas des choses “raisonnables”, mais des choses plus vraies que vraies“.

Voir aussi :

ReversusEntretien avec Nicolas Dupont-Aignan

Intox 2007 – Le plan secret de NDA

N. Dupont-Aignan sur la liberté et Internet

Vogelsong – 18 octobre 2009 – Paris

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