Piratage(s)

février 6, 2010

Un microcosme exalté souffle sur le voile

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 11:28
Tags: , , , ,

Ilham Moussaïd porte le voile. Elle est française, étudiante, féministe, et quatrième sur la liste NPA du Vaucluse. C’est trop. Beaucoup trop pour un pays comme la France. Beaucoup trop pour une nation en plein maelstrom identitaire. Le pays des Lumières, l’ex-fille aînée de l’église, ne tolère pas qu’une candidate locale fasse état de son appartenance religieuse. En France quand on est musulman, on l’est avant toute autre chose. On l’est avant d’être militant, citoyen et peut être même humain.

Un vil coup monté par la mouvance bobo-alter-trotskiste pour faire tourner les rotatives à plein régime. En plein fiasco bessonien sur l’identité nationale, le parti d’O. Besancenot plonge dans le marketing politique en promouvant une jeune musulmane. Une militante qui porte chèche et voile, mais surtout qui gère les comptes locaux du parti, s’engage dans les quartiers et accompagne les enfants en difficulté scolaire. Il semble que ce pedigree ne suffise pas à faire tomber l’anathème qui pèse sur la mahométane. En France, il vaut mieux noyauter, pantoufler et monter les échelons à l’hélium des structures partisanes, tout en présentant un profil « convenable » plutôt que s’impliquer socialement en montrant une appartenance à l’islam. « Ce qui est incompréhensible et inadmissible, c’est que le NPA qui lutte contre l’aliénation, la soumission des femmes, pour l’égalité, puisse lui-même créer cette confusion » se fend F. Hollande pour parler de I. Moussaïd. À gauche, la bien-pensance est sans limites. Les nouveaux exégètes du NPA pointent, de leur gros doigt, les contradictions trotskistes. On se lamente devant une musulmane qui se revendique laïque et féministe. Qui a le toupet de le montrer. Mais plus drolatique, venant d’un dirigeant socialiste, c’est la désinvolture avec laquelle il peut fustiger une « confusion », alors qu’il porte l’héritage de trente années de reniement sur l’égalité et la solidarité. Le Parti socialiste concernant l’Europe par exemple n’a jamais entretenu de confusion ? Une confusion d’une portée infiniment plus importante qu’une militante voilée d’une formation à 5%. Bien évidemment, les partis sont inattaquables sur la parité. La confusion ou le double langage n’est pas une pratique coutumière en politique. F. Hollande et nombre de responsables, qui se pensent progressistes, s’étonnent d’une paille de la gauche radicale, sans gêne quant à leurs propres poutres.

Ce sont toujours les mêmes qui trinquent. En l’occurrence les femmes. En France, pour lutter contre l’asservissement religieux, on prévoit de punir les femmes. Seulement les femmes. « À foi égale », une femme sera expulsée d’un lycée, empêchée de se présenter sur une liste électorale, alors qu’un homme n’encourt aucune sanction, ni prohibition. La bataille pour la laïcité se cantonne à éliminer du paysage les signes distinctifs. N. Sarkozy prononça un discours moyenâgeux à Latran, C. Boutin proche des milieux fondamentalistes chrétiens occupa des postes gouvernementaux. Les cohortes du parti présidentiel sont garnis de culs bénis, quant à la gauche elle regorge de gentils militants qui se présentent eux-même comme « cathos de gauche ». Quant aux démocrates-chrétiens, ils ont prospéré dans tous les pays européens. Mais tous ces points semblent largement échapper aux fanatiques de l’égalité. Il est préférable de porter le fer sur une militante radicale.

Car de manière sous-jacente c’est la dimension ethnicoreligieuse qui pose problème. Les amalgames instantanés véhiculés par l’ambiance méphitique de ce pays permettent tous les écarts. Il faut sans cesse réitérer des banalités pour s’extirper de l’embrouillamini nauséeux : Arabes, musulmans, immigrés, délinquants, terroristes. Et dans le contexte post 2002, tout n’est que phantasme sur la république en danger. E. Zemmour, l’éditocrate racialiste voit une cinquième colonne sarrasine mobilisée par les communistes pour piller le pays, « une nouvelle chaire à canon pour la révolution ». Comme si le NPA avait un projet sérieux de révolution.

Enfin, l’aliénation. Car il est certain qu’un voile est toujours une aliénation. Telle, qu’une fille de 22 ans, étudiante en BTS, décide de faire partie d’un mouvement politique de gauche. Elle déclare « défendre l’avortement et l’homosexualité ». La soumise va jusqu’à se présenter devant le suffrage démocratique. Un exemple irréfutable d’ostracisme anti-laïc. Car toute vérité en politique est un mensonge, une féministe voilée relève de la manipulation.

La République se vit cheveux aux vents. Symbole ultime dans la libre pensée. La musulmane n’a pas le droit au chapitre, tant qu’elle ne quittera pas ses ostensibles défroques. Chapeautée par des féministes et des « sages » qui savent mieux ce qui est bon pour elle. On lui préfère une citoyenne à la conscience molle exhibant string Prada et nombril. Ces intransigeants ne mégotent pas sur les valeurs fondamentales de notre société, particulièrement en ce qui concerne une jeune fille voilée. Ce sont d’ailleurs les mêmes, qui pour sauvegarder la pureté laïque de la grande nation française infligeront des contraventions au petit millier de femmes déjà cloîtrées qui portent la burqa.

Vogelsong – 6 février 2010 – Paris

Billets connexes :

février 5, 2010

La régression, sans tabou

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:42
Tags: , , ,

Aborder les sujets importants sans tabou est une spécialité de la droite française décomplexée. Parangon de l’exercice, J. F. Copé avocat-politicien multicarte profère continuellement sa maxime “sans tabou et sans langue de bois”. Dans sa quête de réformes, l’UMP fidèle à sa doctrine impose une remise à plat des vieilles lunes qui empêchent le pays d’entrer dans l’âge moderne. Évidemment, ce ne sont que fariboles pour distraire la galerie de journalistes transcripteurs du sérail mondain. Car les tabous de la classe dominante sont circonscrits à des thèmes soigneusement choisis. Une stratégie verbale d’immobilisme et de conservation.

Championne du changement, la droite française à l’entame de chaque négociation met en avant son volontarisme pour rompre avec les idées reçues. Il y a toujours sur un plateau de télévision ou à la radio, un X. Bertrand, F. un Lefebvre, un J. F. Copé ou un quelconque sbire du sarkozysme pour affirmer qu’il faut briser les tabous. Dans l’étroite envergure d’analyse que permet la doxa libérale, la question des retraites ne peut, par exemple, être résolue que par l’allongement de la durée de cotisation. L’inexpugnable citadelle de nantis qui désirent cesser la besogne après trente-sept années de complet labeur, se voit ostraciser dans la catégorie des gardiens de la vieille religion des privilèges indus. Car comme le veut la rengaine baverezienne bien apprise : “Comme l’espérance de vie augmente, la durée temps du travail doit augmenter”. Vérité axiomatique immanente. L’étirement illimité du temps de travail est inéluctable. Mais on ne sait finalement pas pourquoi. Pour la droite, les retraites sont un tabou que personne ne veut remettre en cause. Si ce n’est que depuis plus de 10 ans, sous forme ultra répétitive, éditorialistes, politiciens désinhibés et scribouillards de la pensée molle en parlent pour définir “un mal bien français”.

Les spécialistes en mutations sociales du parti sarkozien évoquent continuellement la compétitivité pour déployer leurs plans de conquêtes. Le tabou de la flexibilité doit être oblitéré, ce que proclame l’inspirateur sarkozyste N. Baverez, “sans flexibilité accrue du travail, sans souplesse des modes de production et des entreprises, la croissance intensive, seul antidote durable au chômage et à l’exclusion, restera inatteignable”. Repris en cœur par le nabab de Libération, L. Joffrin, “Le tabou, c’est la flexibilité”. CQFD, à “gauche” et à droite. La société française est bloquée. On n’ose pas prendre les décisions vitales pour les pérennités de notre pays. Par manque de courage, on n’aborde pas les problèmes vitaux. Un tabou. Encore. Sauf que la presse économique ne parle que de cela.

Égrainer le chapelet de tabous anti sociaux dont la médiasphère aux ordres rebat continuellement les oreilles relèverait de la besogne “sisyphienne”.

Si l’on veut respecter les codes de la bienséance d’une société, il y a des sujets qu’il ne faut pas aborder. Sous peine de désordonner une hiérarchie tranquille et bien établie. Faire croire que l’on brise des tabous en vociférant sur des sujets déjà largement abordés, comme la remise en cause des acquis sociaux permet de dissimuler les vrais enjeux d’un ébranlement du système. Une stratégie déceptive relevant du novlangue, une application parfaite de la “doublepensée”, qui permet de redéfinir, et surtout d’exclure la pensée déloyale.

Les relations incestueuses qu’entretiennent pouvoir politique, pouvoir médiatique et pouvoirs financiers sortent du cadre habituel des débats qu’organisent sans “langue de bois” les myrmidons de l’UMP. De même que la politique excrémentielle de haine de l’autre que charrie le pouvoir sarkozien. Mais dans la bouche des penseurs de l’UMP, point de tabous ici.

J. F. Copé comme ses séides du parti présidentiel pratique la parole flottante. Affublant de “tabous” les sujets rigoureusement sélectionnés donnant l’impression du mouvement, de la réforme et de la modernité. Mais n’étant que régression, préservation et accaparement de privilèges par des catégories de population déjà nanties. Toute parole est vérité. Pérorer qu’un acquis social est un tabou dans un environnement social en complète déliquescence, et en faire une vérité donne à penser que la démocratie poursuit sa dégénérescente mutation. Vers une logocratie où règne la vérité officielle par le verbe. Un régime insane, où les mots n’ont plus de sens, mais sont un outil de domination.

Sources :
M. Naussbaum - “Un monde sans pitié” - Le dossier G. Orwell du magazine littéraire
S. Fontenelle - Citations de N. Baverez et L. Joffrin

Vogelsong – 4 février 2010 – Paris

janvier 31, 2010

Un républicain à l’assaut des médias : J.L. Mélenchon

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 3:48
Tags: , , , ,

J.L. Mélenchon est un bon client des médias. Gouaille, finesse, esclandres, sa présence sur un plateau promet du sang, des cris et du spectacle. Il porte cependant un jugement lucide sur la comédie qu’il doit jouer à chaque passage dans le grand barnum journalistique. Ancien plumitif de la presse régionale, il déconstruit les us, travers du métier qui selon lui révèle une perversion profonde du monde contemporain. Un monde de clients plus que de citoyens, où l’intérêt particulier, soumis aux desiderata égoïstes supplante la sagesse républicaine du choix hors préjugés, où le citoyen sorti de son humus pense le collectif, pour le meilleur.

Idéal républicain

La vertu républicaine suppose que l’individu se détache de ses petits affects, de ses petites volontés égotiques pour penser la société, le bien commun. La République est ce qui est bon pour tous par delà les choix individuels étriqués. Cette façon d’aborder les rapports sociaux est en complet décalage avec le modèle individualiste et libéral qui baigne les sociétés contemporaines. Pour penser l’intérêt général, il est nécessaire que tous les citoyens soient correctement éclairés. Outre l’instruction dispensée par le système scolaire, la manière de transmettre l’information est primordiale. La hausse du niveau d’instruction aurait pu laisser penser que le peuple sortirait de la révérence par rapport à la parole officielle. Au milieu du 20e siècle, ce fut un objectif atteignable. Pourtant, avec l’avènement des médias de masse, ce sont des vérités immanentes proférées à longueur de journée qui l’ont emporté, malgré tout. L’esprit critique n’a pas étendu son emprise, l’ère médiatique a tout renversé, tout inondée par un flot continuel d’informations disparates, impossibles à traiter, à analyser par une humanité normale. Pour que le système républicain fonctionne, il faut des républicains. Manifestement, avec le libéralisme, les choses ont pris un autre tour.

Critique des médias de masse où toute parole est un mensonge

Bien que sensées, les ruades habituelles sur l’appartenance des grands groupes de presse aux puissances de l’argent ne suffisent pas. Il est fondamental de dépasser cet aspect, pour critiquer l’ambiance générale distillée par la presse, la contextualisation qu’elle impose au consommateur d’information. Le meta-discours imposé par la sphère médiatique fonctionne sur le mode suspicieux où toute parole, tout dialogue est vain. L’Homme en proie à sa libido, son inconscient est supposé ne pas dire la vérité quand il communique aux médias. Toute parole consciente de rend pas compte de la réalité. On dépeint le politicien comme un menteur, nécessairement. Foin de son programme politique, de son argumentation structurée pour étayer une idée, un concept, une idéologie. Le journaliste par inclinaison naturelle se borne à débusquer le mensonge dans la part d’ombre des Hommes politiques. Gratter jusqu’à l’authenticité, l’intimité. Ce qui est vrai n’est pas ce que l’on dit, mais ce que l’on ne veut pas dire. Le flagrant délit de mensonge est le point d’orgue de la vérité. “Qu’est ce qu’il y a de plus vrai que ce que vous ne voulez pas dire ?”. La marque de la vérité se niche donc dans le mensonge. C’est la “perversion même de l’idée de débat”, un retournement du concept de dialogue. La sphère publique est oblitérée au profit des gourous de la vulgate, psychanalystes, ecclésiastes, journalistes, figures de la vérité révélée. Professionnels de la flagrance.

Formatage – Reformatage

Toute parole est mensongère ou confuse. C’est l’ère du décryptage journalistique. Sous couvert de clarification, la grande presse recalibre tout ce qui est dit dans la sphère politico-médiatique. Les rubriques de redites foisonnent, où pullulent les « autrement dit », “decryptage” ou “en clair”. Car les idées avancées par les hommes politiques sont de fait confuses, mais jamais complexes, ou intelligentes. Les journalistes se proposent alors de tronçonner le tout en bâtonnets comestibles et aseptisés, digérables par le plus grand nombre. Engoncer le nouveau phrasé débarrassé de ses oripeaux, pour délivrer aux lecteurs, à l’auditeur, une version “correcte” de ce qui se pense couramment.

La tendance est aussi à la mascarade télévisuelle. Où l’on peut tout dire sans être contredit, comme dans l’émission de TF1 où N. Sarkozy était confronté à des Français . Sous la houlette du journaliste-terroir, J.P. Pernaud le président de la République a pu affirmer tout ce qu’il voulait sans être contredit sur le fond comme “La France est le pays où l’on paie le plus d’impôts en Europe” qui est totalement faux, ou discréditer les quotas laitiers sans en discuter sérieusement. Singeant la proximité, cette émission est un “attentat à la vie de l’esprit”.

Les plateaux de télévision lors des débats sont concoctés pour que cela saigne et qu’aucune pensée cohérente de plus de 20 secondes ne puisse être exprimée. Quand c’est le cas, le journaliste se démène pour hacher le propos. Ces dispositifs télévisuels n’ont qu’un seul objectif qu’il y ait du rythme que ça canarde aux dépens du fond du débat. Enfin, le formatage s’impose idéologiquement, sur l’Europe ou l’économie de marché par exemple. La pensée dominante véhiculée avec zèle par les éditocrates constitue la “cotisation minimale au cercle de la raison”. Sous peine de profond mépris.

Le cas Peillon – A. Chabot une vache sacrée

Pousser à la déconsidération de l’autorité que représente N. Sarkozy, mais surtout des larbins qui l’entourent relève de l’hygiène intellectuelle. Quand V. Peillon laisse E. Besson, M. Le Pen à leurs turpitudes lors de la soirée mitonnée pour le gouvernement par A. Chabot, il commet un acte salutaire et efficace. On a parlé de lui, « la dérision est toujours efficace » et on a oublié les tristes sires de cette soirée. D’autre part, le plus grand nombre ne regarde pas ce type d’émissions “chiantes”, « avec des gens qui ont l’air d’être mal » : des choses bien plus édifiantes, meurtres, poursuites, violence sont retransmises ailleurs. L’attitude du PS révèle le seul écueil de cette affaire. La soumission aux injonctions des puissants et respectés présentateurs de télévision, “A. Chabot, une vache sacrée du paysage médiatique, quand elle est couchée dans la rue, il faut contourner”.

J.L.Mélenchon, qui veut opposer le démontré au péremptoire, déplore la mort de la méritocratie. Le système médiatique tel qu’il fonctionne l’enterre continuellement. Tout effort de travail est vain, la connaissance des dossiers, l’argumentation architecturée ne représentent rien puisque tout passe par le prisme d’un système vérolé, hiérarchique autocensuré aux bons soins du pouvoir. Ce mode d’information avec comme arrière-plan un meta discours officiel, basé sur la suspicion, les désirs individuels est une subversion complète de la sphère publique. La régulation collective estompée, seuls comptent les clients consommateurs d’informations. Cela tombe bien pour le libéralisme économique.

Vogelsong – 31 janvier 2010 – Paris

Articles connexes :

janvier 28, 2010

La démocratie en question : l’école

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 10:47
Tags: , ,

Chaine initiée par Aequalis transmise par Jean-Paul Oury – « Que proposeriez-vous immédiatement si la démocratie directe existait en France ?« 

Quintessence utopique de la démocratie, la question initiée par le peuple soumise à la votation du peuple. Un petit exercice fictif consistant à trouver la question cruciale pour changer, faire évoluer la France, pays paralysé par la névrose. Passer le peuple à la question fermée n’est pas chose aisée. Trop évanescente c’est le sentiment d’éloignement. Trop prosaïque c’est risquer la futilité.

Pourtant, il n’y a pas de problème local qui ne soit la conséquence d’une situation générale. Partant de ce principe, et s’adressant à l’intelligence du citoyen, on doit prendre le risque d’aborder une situation générale, conceptuelle pour en tirer des règles de vie globales, démocratiques et finalement intimes.

L’éducation est la base d’une société civilisée. Un Homme instruit dispose du libre arbitre. Un Homme instruit est un acteur préparé à la démocratie et son exercice. Un Homme instruit échafaude continuellement des plans d’évasions à ses servitudes. Dans cette perspective, la question idoine soumise à approbation directe se formule :

  • « Doit-on mettre en œuvre tous les moyens possibles pour que l’école publique et laïque soit un lieu de réussite ? »

Un projet de connaissance et de partage plutôt que d’accaparement et de possession

Etant entendu que le concept de réussite demeure une notion plastique facilement détournée. Elle n’est ni l’asservissement de l’autre par la richesse, ni la domination par les symboles, ni l’infatuation égotique nourrie par sa propre quête individuelle effaçant l’autre. Les « moyens » étant entendus comme ressources physiques, personnels, matériels et infrastructures. Mais surtout par des ressources morales, de nouveaux paradigmes, de nouvelles approches qui ne sont pas essentiellement axés au dressage à la compétition.

Cela implique que l’école telle qu’elle est aujourd’hui est une usine de clonage social. Un lieu de soumission à l’autorité d’un modèle hiérarchique. Un environnement où l’épanouissement individuel des enfants hors contexte compétitif est oblitéré. L’école telle qu’elle est aujourd’hui, est le premier réceptacle de la misère sociale et affective, la ligne de front du désoeuvrement sous toutes ses formes. Elle est au mieux, une structure qui sous certaines conditions façonne un esprit critique et arme pour un monde de domination et de déchirements. Où les meilleurs au départ, sont les meilleurs à l’arrivée. Ceux qui gagnent dirigent les légions marchandes du combat planétaire. Ceux qui surnagent perpétuent le système en formant les futurs vainqueurs et perdants, ou bien veillent au bon fonctionnement logistique du système. Et enfin, ceux qui échouent et finissent dans les cohortes consommables, la piétaille insignifiante des colonies de la rareté.

Cela implique que la « sanctuarisation » de l’éducation ne soit pas une formule anesthésiante destinée à rassurer les parents dans la perspective de l’abandon de leur progéniture aux méandres du système normatif scolaire. Mais une mobilisation massive des moyens nationaux pour faire du système éducatif, un lieu d’émancipation, d’échange. Où la réussite de l’Homme en devenir n’est plus une obligation de moyen, mais de résultat.

Vogelsong – 28 janvier 2010 – Paris

janvier 23, 2010

Le journalisme dans de sales draps

Classé dans : Médiatique — Vogelsong @ 8:30
Tags: , , ,

Selon une étude TNS le crédit de la presse en France est constant, tandis que 66% des personnes interrogées doute de l’indépendance des journalistes. Une étude sur la presse, commentée par la presse ne peut déboucher sur une quelconque remise en question. Plutôt un résultat mi-chèvre mi-chou. La presse se regarde, s’admire presque. Mais la défiance est là. De la tempête dans un microcosme du cas A. Chabot et N. Saint-Criq, à la l’humiliation des reporters de guerres par le pouvoir jusqu’aux USA qui innovent par la glorification des reporters par les reporters, le journalisme est dans de salles draps.

Bouffi de colère, raidi, les bras croisés, A. Duhamel tance V. Peillon qui a l’outrecuidance de les traiter, lui et les siens de menteurs. La scène se passe sur le plateau de Canal Plus, où le député socialiste, devant une cour pénale auto constituée est sommé de s’expliquer sur son incartade. La déviance reprochée : avoir laissé A. Chabot seule dans son marigot avec M. Le Pen et E. Besson. Le message est clair, dans le monde médiatique la bienséance est de mise et on ne pose pas de lapin aux journalistes. Sous peine de subir les foudres de la profession. Sur le plateau de « La ligne jaune » quelques jours plus tard, B. Roger-Petit ancien journaliste lâche ce que tout le monde sait déjà, dans le microcosme. N. Saint-Criq rédactrice en chef de l’émission d’A. Chabot est la belle-sœur d’A. Duhamel. Ça, c’est interdit ! La ligne jaune est franchie. Les petites turpitudes (intra) corporation ne doivent pas sortir du sérail. Sous peine de braquer le téléspectateur, l’auditeur ou le consommateur de sensations fortes médiatiques comme un débat d’extrême droite. À propos de la révélation de B. Roger-Petit, P. Galvi ivre de rage déclame « ne critiquez pas les gens pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils font, vous jetez la suspicion… ». G. Birenbaum tient un scoop. Présents sur le plateau, des journalistes dont G. Roquette de Valeurs Actuelles qui ne trouvera rien à redire à cette affirmation pétrie de bon sens sauf… Sauf que son magazine se positionne sur un créneau ultra conservateur qui dresse inlassablement des portraits hagiographiques d’aristocrates, de nantis, de rentiers qui ne sont là que parce qu’ils sont. Plus largement, si les médias ne traitaient que des acteurs (des vrais), ceux qui « font », les pages quotidiennes seraient vides de célébrités*. Aucun ministre ne trouverait d’espace pour décrire ce qu’ils simulent. Parler des gens pour ce qu’il font et non pour ce qu’ils sont c’est exactement ce que la presse ne fait pas.

Dans la petite aristocratie médiatique, les vicissitudes personnelles, les copinages ne s’étalent pas. La crédibilité de la corporation en dépend. Cette règle s’efface dès lors que cela ne touche plus au microcosme. Les secrets intouchables qui bruissent dans les coursives des buildings de verre sont soigneusement calfeutrés. Par contre, il est permis de se lâcher, sur les gueux, les concubines, les taulards.

Plus loufoques encore, la piétaille, les tricards, les forçats se gardent bien de divulguer les petites historiettes salaces. Les fantassins de la corporation jappent à l’unisson pour défendre leur « intégrité » dès que l’on égratigne un des nababs. Dans une sorte de crispation pavlovienne. Pur réflexe grégaire. Une partie d’entre-deux même, pitoyable, rêvant peut-être du califat se forment en phalanges pour protéger leurs généraux A. Chabot, A. Duhamel, P. Val, C. Barbier…

La même semaine, C. Guéant, bouche sévère de N. Sarkozy, s’essuie les godillots sur la corporation. En visant plus particulièrement les reporters de guerre. La prise d’otages de deux journalistes de France 2 met le gouvernement face à la problématique de son engagement militaire. Mais plus largement, quand il reste encore quelques fondus de reportage pour fouiner en zone de conflit, et ramener un autre point de vue que celui distillé parle service de presse des armées, ou les dépêches de l’AFP recopiée du ministère de la Défense, la présidence se fâche. Le ménage est fait en France, le journalisme circulaire bat son plein, l’information fossilisée et verrouillée s’impose comme denrée commune. Le milieu s’est sclérosé. Peut-être que la presse put un jour faire démissionner un politicien crasseux ? Aujourd’hui, ces mêmes politiciens promeuvent, débauchent, manipulent. Affaire récente, le cas J. Dray où ce n’est pas la pugnacité journalistique qui met au jour un (faux) détournement d’argent, mais une trahison interne au PS manœuvrée par le ministère du Budget. Les reporters n’y sont pour rien, sauf en dernier recours pour appuyer et faire sortir le gras.

La liberté de la presse est un principe constitutif de la démocratie. Servi par cette continuelle auto promotion, la corporation ne se remet pas en cause malgré la défiance qu’elle suscite. Mieux, elle réussit même des opérations marketing inattendues. Dans l’enfer haïtien, les journalistes américains versent dans l’information émotionnelle par la glorification du métier. Les reporters sauveteurs tournent en boucle sur les networks US. Ces parangons, encore capables de partir en zone dévastée, de rendre compte et même certaines fois, de porter assistance à leurs semblables n’ont plus le courage de couper la caméra pour éviter de se raconter. Une saisissante parabole sur l’impuissance des démocraties narcissiques qui tergiversent depuis des décennies devant la situation inhumaine d’Haïti, et qui se mobilise bruyamment après un tremblement de terre dévastateur. Le journalisme est devenu un œil malsain, incapable de transformer le monde, seulement rompu à en contempler ces abjections et à essayer de les rendre acceptables.

*sens large, politicien, éditorialiste multicarte, acteur, chanteur et professionnels des médias

Vogelsong – 20 janvier 2010 – Paris

- La ligne j@une – Mais quelle ligne jaune a pu franchir V. Peillon

Page suivante »

Publié sur WordPress.