Liberté – Cupidité – Chacun pour soi !

« Tu gagneras mon pain à la sueur de ton front. » Inconnu

France Inter dans sa revue de presse du 20 octobre 2014 relayant le gratuit 20 Minutes s’est fait l’écho d’une étude menée par le CREDOC. Les Français ne croient plus en l’État providence affirme l’article, « l’idée que les individus doivent se prendre en main se propage ». S. Hoiban auteure de l’étude affirme que cette « tendance libérale » progresse depuis 15 ans, et davantage cette année. De surcroit ce phénomène toucherait les classes défavorisées.  Si cela peut réjouir la Fondapol, l’institut Montaigne, l’UMP, l’UDI et même une grande partie du PS ce type de conclusion pose aussi certaines questions. Quant à notre modèle politique, la diffusion des idées et la transmission dans les médias.

Le libéralisme prolétarien

IMG_2935Le libéralisme plutôt vu comme un modèle favorisant les nantis trouve une réponse contre-intuitive, et serait aussi, maintenant, un modèle voulu par les classes populaires. La débrouille sans l’aide de l’État (-Providence) serait préférée par les Français qui se débrouillent déjà. Avec comme corollaire une impossibilité des pouvoirs publics à résoudre les questions sociales (chômage, précarité, santé). L’échec de l’État dans sa gestion des questions sociales provoquerait une telle prise de conscience que, éclairés par les vertus du chacun pour soi, les plus démunis préféreraient s’en remettre à eux-mêmes et leurs (faibles) moyens pour s’en sortir. Or ce qui se passe depuis plusieurs décennies n’est pas un échec des politiques publiques envers les plus démunis.  Mais la conséquence d’une remise en cause ininterrompue des prérogatives protectrices de l’État sous couvert de réduction des déficits, de compétitivité et autres justifications plus ou moins farfelues des fondamentalistes du marché. Ce qui mène à l’échec, c’est la dérégulation et le désarmement progressif de l’État dans sa mission de protection sociale. Car il n’y a plus à proprement parlé plus d’Etat-Providence.

Le désarmement unilatéral de l’état

Les gouvernements successifs de « gauche » comme de droite ont organisé l’abaissement des normes sociales, en termes d’assurance chômage, de précarité dans l’emploi, de couverture santé. Mais ce sont aussi privé d’énormes moyens financiers pour mener les politiques sociales. Or, on a savamment désynchronisé les causes du recul de l’État social et les conséquences de celui-ci. Typique de la novlangue liberale. En d’autres termes, on a tenu un discours restrictif sur les dépenses et les recettes publiques sans expliquer quels en sont les effets sur le réel. La communication politique s’est bornée  à tenir un discours consternant sur la gestion de l’État en bon père de famille. Sans préciser que le bon père de famille livrait sa progéniture aux aléas du marché.

Or dans la vraie vie, les conséquences sont dévastatrices. Le discours de l’État trop dépensier inonde l’espace public et fait consensus, tandis que les citoyens les plus exposés constatent une dégradation massive de leurs protections face aux aléas sociaux. Il n’est pas étonnant qu’ils considèrent, à raison, le système inefficace.

Répondre sans penser

L’historien David Van Reybrouck considère les études d’opinion comme des réponses que l’on donne lorsque l’on ne pense pas. Ou plus. Les participants de l’étude du CREDOC ne sont pas idiots et leurs réponses sont surement données en conscience. Mais certainement sans le recul nécessaire pour aborder l’organisation sociale dans son ensemble.  Or ce qui manque pour tirer réellement des conclusions, c’est un débat de fond et pluraliste. Ce que cette étude peut démontrer, à la limite, c’est que le modèle de redistribution couplé à l’austérité budgétaire ne fonctionne plus pour les pauvres. Que la stratégie de l’offre affiliée à la baisse des dépenses publiques est inopérante.

Les classes populaires, désirent-ils glisser vers un modèle encore plus libéral avec toutes les conséquences que cela implique ? C’est un autre sujet, et ne peut être tranché qu’en portant sur la place publique les causes et les conséquences de ce type d’option politique. C’est-à-dire qu’est-ce qui se passe réellement, au paroxysme du  chacun pour soi, quand un proche cumule trois jobs, qu’il est handicapé, ou lorsque qu’il est atteint par le cancer.

Vogelsong – 21 octobre 2014 – Paris

L’heureuse fortune de l’oligarchie française (dans les institutions internationales)

“Je poursuivrai cette voie, attentive aux plus faibles, attentive aux plus démunis, quelles que soient les circonstances et quels que soient les territoires géographiques, comme mon prédécesseur l’avait engagé dans le cadre des réformes qu’il avait faites” C. Lagarde 29.06.2011

Pour discréditer efficacement un syndicaliste dans l’entreprise, la technique managériale conseille de l’augmenter, le promouvoir, le faire pénétrer dans le giron des dominants, de façon à ce que symboliquement il ne puisse plus incarner ses revendications. À un niveau plus global, le management du discrédit avec promotion de l’idéologie par les symboles bat son plein. La France, ou plutôt les Français renâclent à se convertir totalement à la modernité du libre marché. Rétifs à la mise en l’encan d’un modèle social par le passé survendu, et auquel ils s’accrochent pensant échapper au naufrage. Bien qu’il y ait une certaine frénésie entrepreneuriale, chez N. Sarkozy élu par exemple, les idées essentiellement libérales, celles de l’abstraction du tout marché, n’ont jamais franchi le seuil de quelques pour cent lors les élections. Mais c’est par les élites et l’incarnation symbolique qu’elles se sont imposées. La nomination à la direction du FMI de C. Lagarde, comme un point d’orgue, en montre un parfait exemple.

Par cette nomination à la tête du FMI, ce n’est pas C. Lagarde, les élites ou les partis politiques qui sont discrédités, mais les Français qui s’entêtent à ne pas entendre la voie de la raison. La ministre des finances du gouvernement Sarkozy correspond parfaitement aux critères de sélection pour diriger ce type d’institution internationale. Sa parfaite incompréhension de la plèbe en fait une candidate idoine pour mettre en place des solutions d’ajustements structurels. Elle fut avocate d’affaires, puis “économiste” moyenne, deux qualités rares quand il faut appliquer les remèdes éculés de la dérégulation issue du consensus de Washington.

Par cette nomination, sont ciblés les manifestants de 1995, les anti-CPE de 2006, et les millions de marcheurs contre la réforme des retraites de 2010. Et tous ceux qui résistent aux injonctions de l’économique comme entité supérieure. On pourra rétorquer que c’est faire beaucoup trop des cas de l’hexagone, petit bout de terrain planétaire pas encore totalement subjugué par les sirènes de la mondialisation heureuse. Pas encore.

La nomination de C. Lagarde pourtant se lit dans une continuité, celle d’une oligarchie française et libérale (économiquement) régulièrement promue. Le FMI aura connu deux directeurs de rang français entre 2007 et 2011. Qui fait suite entre 1978 et 2000 à une autre période de présidence française (J. de Larosière et M. Camdessus). Quant à l’organisation mondiale du commerce, depuis 2005 un Français “socialiste” la préside, P. Lamy… La parenthèse régulatrice attribuée à D. Strauss-Kahn ne change pas fondamentalement les objectifs de ses organisations, ni ne remet en cause “l’ordre cannibale du monde” pour paraphraser J. Ziegler.

Si tout ceci n’est qu’un heureux hasard, il est alors très heureux. Non pas une approche complotiste, mais on peut subodorer que ce type de promotion ne dérange pas les zélateurs de la dérégulation. Qui infligent par l’exemple et par le haut une leçon se savoir penser aux renacleurs. Que penser des déclarations du gouvernement français qui voit dans la nomination d’une de ses ressortissantes à la tête d’une organisation internationale, dont l’un des principaux objectifs consiste à rectifier les économies pour les fondre dans la globalisation, comme “une victoire de la France”. Un étrange paradoxe. Que penser aussi du satisfecit quasi unanime tous bords politiques sur cette victoire tricolore ? La course à la nomination de C. Lagarde a pris de façon régressive une dimension nationale, et unanime…

Quantifier les résultats d’une campagne de propagande relève de l’oracle. Mais tout bon publiciste sait qu’il vaut mieux s’activer si on espère avoir prise sur les évènements. Car on pourra pointer le fait que les idées libérales (apparemment) ne percent pas en France, que ce type de nomination/incarnation est inefficace en terme de communication. Mais on ne devine pas ce qu’il en serait sans ses symboles puissamment martelés.

Si le libéralisme n’a jamais gagné les élections sous sa bannière, il l’a massivement emporté dans la structure des principaux partis et organisations. Prenant un poids croissant à mesure que l’on monte dans la hiérarchie. Avec l’incomparable avantage de retrouver des libéraux (économiques) à chaque accession de gouvernement (que cela soit de droite ou de gauche). Reste à convaincre ou soumettre la base. Pour rendre l’inconvenant inéluctable et s’en contenter dans la parfaite pratique du TINA.

Dans cette perspective la nomination successive de dignitaires français dans l’oligarchie des organisations internationales peut se décrypter comme une volonté de discréditer ce tropisme français à la régulation économique. Une approche archaïque (mais tenace) qui spécule sur le penchant des peuples à s’identifier aux élites. Une inclinaison qui semble être de moins en moins pertinente.

Vogelsong – 30 juin 2011 – Paris

Le FN, nouvel idiot utile ?

“L’euro, c’est l’argent des riches” E. Todd sur France Inter le 30 mars 2011

Symptôme de déliquescence avancée du débat public en France, c’est aujourd’hui le Front National qui tient l’agenda. Il aura fallu attendre une nouvelle percée du parti d’extrême droite pour que se posent enfin des problématiques évacuées précédemment, portées notamment par des personnalités, ou partis de gauche (mais pas seulement). En particulier la sortie de l’euro, les conséquences de la mondialisation libérale, ou la paupérisation économique. C’est une profonde erreur puisque ces sujets à débattre passent par le prisme de l’immigration insécuritaire, la haine de l’autre, de l’étranger, ou la stigmatisation de minorités. Le cœur de programme du parti de M. Le Pen n’est pas comme le laisse entendre les médias (en particulier Libération du 7 avril 2011 qui titre en une “Le FN rallume le débat”), l’antimondialisation, la sortie de l’euro ou le protectionnisme, mais plutôt l’antimondialisation comme bouclier contre les non-blancs, la sortie de l’euro sur des fondements nationalistes, ou le protectionnisme aux relents grandiloquents du roman national. Soit il s’agit d’une erreur de jugement mettant en avant ces thèmes en raison du succès électoral du FN, mais alors la problématique est biaisée. On stipule que le FN aborde les sujets, alors qu’elle les tient en laisse pour déployer sa doxa antimigratoire. Soit se rejoue la partition de l’idiot utile, cette fois-ci à l’extrême droite pour discréditer la nécessité du débat sur les conditions économiques imposées à l’hexagone dans un contexte de mondialisation.

L’ouvrage d’E. Todd, Après la démocratie paru en 2008, démontait l’histrionisme politique qu’incarnaient les deux candidatures présidentielles principales de 2007, S. Royal et N. Sarkozy. Pas à la hauteur des défis, n’ayant pas intégré l’incident démocratique de 2002, cette classe politique française oscillant entre le bonapartisme patronal et la loufoquerie programmatique. Le livre étaye les prémices d’une réflexion pour un débat sur un protectionnisme à échelle continentale, et surtout pose d’emblée la stigmatisation de groupes ethniques et religieux pour de crasseuses manœuvres électoralistes. Pour le parti présidentiel, la cause semble perdue, la question ne se pose pas en termes de développement ou de progrès, mais essentiellement frénésie d’accaparement et de conservation du pouvoir. D’une perpétuation oligarchique, qui a substitué la pratique démocratique par la saturation médiatique à doses massives de débats racialistes (identité nationale, laïcité). La gauche de gouvernement, un fugitif instant s’est tournée vers les concepts économiques de régulations fortes. Trop centrifugée par ses hiérarques, elle s’est adonnée en fin de compte, pour occuper la galerie, à des concepts fumeux et moins contraignants comme le “care”. E. Todd n’a pas découvert le protectionnisme, et il n’est pas d’extrême gauche, il avoue même “voter socialiste sans état d’âme”. Pourtant la question du protectionnisme se pose au sein de la gauche depuis le traité sur la constitution européenne en 2005. Une partie de la droite s’en est aussi emparée comme N. Dupont-Aignan s’appuyant sur les travaux de J. Sapir. La réflexion en bon ordre sur le sujet, loin du fumet putride de la xénophobie fut possible. Un temps. Elle ne l’est donc plus.

Le Front National serait passé du reaganisme à l’ouvriérisme affiché. La presse en frémit, les éditorialistes s’en pourlèchent. C’est surtout occulter toute la structure du discours programmatique servi aux clients/électeurs par le parti d’extrême droite. Un discours totalement articulé sur la thématique migratoire. La revivification du débat imaginé par la presse grâce au FN, sur la posture antimondialisation ou de sortie de l’euro par exemple est un faux nez. Car cela permet de porter sur la place publique des thèmes, de mimer une intense réflexion sur le sujet, puis de l’écarter puisqu’issu des rangs de l’extrême droite. Une autre manière aussi de voir dans certaines idées la grande alliance entre la gauche radicale et l’extrême droite. Il est facile alors de jeter au visage de J. -L. Mélenchon ou d’E. Todd, leur alignement sur les thèses frontistes.

Longtemps le TINA (“there’s no alternative”) fut la seule alternative argumentaire aux critiques de la mondialisation libérale. Ordre immanent, évolution nécessaire, l’adaptation avec ses coûts, mais aussi ses avantages, vision totale qui ne souffrait d’aucune critique réaliste. Les contempteurs du libéralisme planétaire disposent donc d’une seconde corde à leur arc. La mystification du débat pour cause d’indignité.

Tout d’abord, le FN serait venu aux thèses “sociales”. Le coup de barre “à gauche” sur le protectionnisme, l’Europe, est postérieur à l’affirmation forte des altermondialistes sur ces sujets. Au lieu de lancer l’anathème sur les critiques du libéralisme économique de gauche parce qu’ils partagent le même point de vue que le FN, il serait peut être judicieux de demander pourquoi un tel alignement après la crise financière de 2008 ? Est-ce que ce retournement n’en cache pas un autre dans les années à venir (à nouveau vers du thatchérisme) si la conjoncture se retourne ? Plutôt que d’assimiler la gauche radicale à l’extrême droite, pourquoi ne pas assimiler l’extrême droite à l’opportunisme ? Au lieu d’en faire un déclencheur de débats nationaux et par ce biais d’en accréditer le sérieux juste nécessaire à disqualifier l’autre gauche.

M. Le Pen déclarait sur RTL début avril 2011, que ses relations avec les médias se détendaient. Il n’en va pas de même pour J.-L. Mélenchon par exemple. Le Front National représente une manne spectaculaire (et donc publicitaire) qu’il faut savoir amadouer. Lui donner ses titres de noblesse dans le débat public pour aborder des sujets supposés novateurs, puis le discréditer par des arguments d’autorités (comme D. Seux des échos sur la sortie de l’Euro) et des allusions sur le registre ethnique. Par là même, tenter de faire d’une pierre deux coups. Cantonner et amalgamer la gauche et l’extrême droite. Conserver le pseudoconsensus du centre et des idées saines.

Une approche vouée à l’échec. Si comme le disent les politologues, le vote FN est un vote de colère, les démonstrations rationnelles (du type de celle de D. Seux sur la sortie de l’euro) sont inefficientes. Si comme le prétendent d’autres, il s’agit d’un vote essentiellement raciste, les thématiques de gauche relèvent simplement de l’affichage.

En somme, on s’est passé d’un débat sur des sujets importants (euro, mondialisation, protectionnisme) avec des participants respectables, pour tenter de le tenir avec des dealers de haines.

Vogelsong – 7 avril 2011 – Paris

Nicolas Sarkozy et les retraites, l’instant Thatcher ?

« La guerre c’est la paix » G.Orwell – 1984

Que pèse la survie du système de répartition dans le combat qui l’oppose à la volonté forcenée de conserver le pouvoir ? Ce Graal politique, objet de toutes les tactiques, et  nécessitant la mise sous tension du pays dans son ensemble. La crispation sur les retraites illustre parfaitement le basculement des termes socio-économiques qui régissent l’espace public. La France avec 30 ans de décalage vit un instant Tatcher infligé par une droite vidée de sa substance républicaine, ne répondant plus que par réflexes conditionnés au péril du peuple. Celui qui renâcle à passer sous la toise du modèle global de la compétition économique totale. Celui qui bat le pavé, harnaché de pancartes, grimé de slogans, qui quémande, à force de blocage et en dissipant une énergie infinie, l’ouverture d’un dialogue. Un simple dialogue. La France de 2010, après trois années de complète apnée, mais aussi d’oubli d’elle-même se retrouve. Un peu. Non pas pour marcher vers le progrès, mais pour endiguer le mépris et le cynisme. Dans une épreuve de force asymétrique. Où il n’y a rien à gagner, juste s’épargner l’inconcevable. Rien à gagner, à part, peut être l’opportunité d’exister.

L’instant Thatcher

En 1984, les mineurs anglais commençaient un conflit qui finira (l’année suivante) brisé sur l’inflexibilité de la dame de fer. La même année, étrangement, la droite française organisait l’une des plus grandes manifestations du pays. En réponse à la loi Savary, tout ce qu’il y a de conservateur en France faisait débonder les boulevards parisiens en passant la barre du million de personnes. N. Sarkozy n’est pas M. Thatcher. La France n’est pas le Royaume-Uni, pourtant sur quelques points, apparaissent des similitudes. On observe de manière saillante à chaque fois la volonté d’humilier l’autre, les autres. En France N.Sarkozy en fait une question politique, une condition sine qua non pour souder son camp en vue des présidentielles de 2012. La question économique agitée comme prétexte, celle de l’obligation de réformer s’avère finalement accessoire. Bien que sur toutes les ondes, les dictaphones de l’UMP tournent en boucle sur l’impérieuse nécessité du projet. De ce projet. Il n’y a aucune alternative, aucun dialogue. Ce n’est pas sans rappeler le leitmotiv thatchérien, le TINA préalable à toute décision politique. L. M. Chatel par exemple déclarait sentencieux et définitif « la réforme des retraites n’est pas une option ». En substance, tout ce que fait le gouvernement n’est ni un choix, ni une alternative, ni le fruit d’une vision politique, mais la seule et unique solution à un problème donné. Quel qu’il soit. L’annihilation du débat, le blanc seing technocratique comme seul horizon politique. Pourtant loin de la neutralité présupposée, le projet de réforme s’inscrit dans une dynamique de libéralisation économique. Option dogmatique que beaucoup de commentateurs dénient à N. Sarkozy.

Le mouvement immobile du pouvoir

L’affirmation que F. Fillon premier ministre se situe dans la mouvance politique de la droite sociale suffirait certainement à englober l’absurdité de la situation. Tout devient possible avec le langage. On substitue la vérité par une affirmation que l’on renomme vérité. On fabrique des artefacts que l’on jette quand ils ne servent plus. Le 18 octobre 2010, le ministre des Transports déclarait qu’il n’y avait pas de pénurie d’hydrocarbures. De manière débonnaire, avec la sûreté qui sied à la vérité profonde. Alors que dans le monde physique des dizaines stations-services versaient leurs dernières gouttes d’essences. Mêmes affabulations dans les rapports chiffrés du taux de grévistes. Une communication bien planifiée dans la perspective de saper les volontés. Briser la conscience commune de participer à la même action. Dans une unité qui s’affranchit de l’espace pour atteindre un objet collectif. Face à cela, on essaie de déployer une rationalité numérique. La froide sentence qui quantifie l’échec. À la seule condition que les trains roulent. Mais la poisse, ils ne roulent pas. Ou très mal.

L’opinion, construction éthérée nécessaire au consentement, trahit ses maîtres. Jusqu’en mai 2010, le gouvernement s’appuyait sur le concept pour vendre son projet. Depuis, plus aucune référence. Une géométrie variable que l’on constate aussi sur l’attitude vis-à-vis de la mobilisation des lycéens. Pas assez matures pour montrer leur désaccord dans la rue, mais assez pour devenir auto-entrepreneurs. Pas assez responsables pour s’occuper de la retraite, mais à 13 ans assez âgés pour être pénalement responsables.

Les mineurs anglais ont mis un an à crever. Sans rien obtenir, mais surtout en perdant toute crédibilité. Plus que le projet de fermeture des mines M. Thatcher* a humilié un monde. Terrassant l’infâme ennemie ouvriériste. Le mouvement social en France ne s’éternisera pas, mais la même tournure d’esprit habite la droite. Éradiquer la contestation, la mettre à genou, pour démontrer à la manière « gramscienne » que le nombre ne suffit pas, seule la volonté l’emporte.

A. Minc, le petit mandarin du Tout-Paris moque les lycéens qui manifestent, les grévistes privilégiés qui s’accrochent à leurs avantages. Un mépris affiché, jeté à la face de ceux qui luttent. Et qui luttent pour eux, mais aussi et surtout pour les autres. Ce qui manque à A. Minc, ainsi qu’à une partie de la droite c’est la faculté d’intégrer quelques données simples. Le seul moteur des décisions humaines n’est pas la cupidité. La société est là, les personnes ne sont pas des atomes errants à la recherche exclusive d’une satisfaction égotique. Humains, ils tissent des relations, des affects qui dépassent le calcul rationnel profitable. Choses que la désaffection libérale a pensé annihiler. La mauvaise nouvelle d’octobre 2010, c’est que la société existe toujours.

*M. Thatcher le 31.10.1987 « And, you know, there is no such thing as society. There are individual men and women, and there are families.« 

Vogelsong – 18 octobre 2010 – Paris

C. Lepage, écologiste sincère ou mercenaire libérale ?

C. Lepage est députée du parlement européen, elle appartient au groupe libéral ALDE. Elle fut ministre sous le gouvernement de droite d’A. Juppé de 1995 à 1997 ; aux élections régionales de 2004, elle se présente sur la liste de l’UDF d’A. Santini. Puis à la tête de son parti CAP21, elle intègre le MODEM de F. Bayrou en 2007. Pour claquer la porte après la débâcle des régionales de 2010. Ensuite, elle se rapproche de la nébuleuse Europe écologie. Un parcours qui ressemble à du nomadisme politique. Elle revendique une approche ni droite, ni gauche. Une posture paradoxale comme l’illustrent ses choix. En particulier sur l’influence des lobbys et le libéralisme. De ce parcours, on ne peut retenir que les écueils, car il y a aussi des prises de positions fortes. Mais jusqu’où peut-on, malgré un engagement citoyen manifeste et une réelle acuité, louvoyer dans cet environnement politique et rester crédible ?

Technocratie et Lobbyisme
Immergée dans les rouages de la citadelle technocratique Europe, C. Lepage décrit un fonctionnement formaté, aseptisé loin de possibles débordements. Elle se plait ainsi à décrire les turpitudes de ses petits camarades facilement convaincus par les lobbys. Qui recyclent docilement les amendements déjà rédigés. Pas de noms. En ce qui la concerne, elle déclare ne pas céder aux groupes de pression quels qu’ils soient. Une attitude transparente et démocratique comme elle le stipule sur son blog. Mais pas à une contradiction près, C. Lepage approuve l’omniprésence des lobbyistes à Bruxelles, « Ils font parti du jeu démocratique ». Une perspective quelque peu étonnante, qui laisse plus entendre un fatalisme désarmant face aux institutions et leur fonctionnement opaque, plutôt qu’un réel engagement pour une Europe démocratique, des peuples. En effet que pèse le vote citoyen distant, face au travail de proximité des multinationales. La tarte à la crème des « européistes » consiste à mettre en avant l’influence des ONG (moins de 10%) qui font aussi parti des dits « lobbys ». Ainsi, la directive REACH est inlassablement mise en avant pour souligner l’influence de la WWF. Tactique habituelle de l’arbrisseau masquant la forêt des intérêts très particuliers des plus puissants. Cela rappelle les publicitaires qui minimisent l’impact de leur propagande.
Les lobbyistes à Bruxelles doivent s’enregistrer auprès de praticiens des « public affairs ». Un code de conduite mode éthique libérale est instauré. Décoratif et non contraignant. Dans ce cadre de gentleman prime l’autorégulation. À l’européenne.
Quand par chance l’ignare populace européenne a droit au chapitre et s’exprime de façon démocratique (vote) sur l' »Europe », sa décision est mise en attente et repassée au scrutin jusqu’à aboutissement du point de vue « correct », c’est-à-dire de l’acceptation (France, Danemark, Irlande, TCE, Lisbonne). La route est longue et étroite entre le citoyen et ses représentants continentaux. Il n’en est pas de même pour les 10 000 techniciens en directives employés pour servir les intérêts minoritaires et spécifiques qui influent au plus haut de la structure technocratique. C. Lepage milite pour la responsabilité du politique. La reprise en main des leviers économiques face au dogme libéral et à la puissance des intérêts particuliers. C’est ce qu’elle déclare. Aussi. Dans quelle mesure cette réappropriation passe-t-elle par une remise en cause de ce petit arrangement de sommets sous couvert d’assentiments démocratiques ?

Sur le plan national, elle considère le Grenelle II comme une reculade. Déclarant par exemple que le gouvernement a cédé au sujet de l’énergie éolienne sous l’influence d’EDF. Et probablement du lobby nucléaire. Ces fameux lobbys dont on loue la nécessité démocratique.

Une « antilibérale » dans un parti libéral

G. Verhofstad fut surnommé Baby Tatcher. Il dirige le groupe ALDE au parlement européen. Il suffit de l’écouter s’exprimer sur les politiques économiques pour se convaincre de son attachement au versant le plus rigoriste du libéralisme économique sauce eurocratique. Le FDP allié droitier de la CDU en Allemagne appartient au groupe ALDE. Seules différences avec le PPE conservateur, il est plus libéral économiquement (c’est possible), et moins raide sociétalement (élémentaire). Le groupe ALDE fait la bascule selon les votes avec le PPE conservateur ou les verts et sociaux-démocrates. C. Lepage déclare s’exprimer en totale indépendance hors consignes de vote, « on me demande seulement de prévenir avant ». Son objectif, faire avancer l’Europe sur les sujets écologiques. Cruciaux. Certes, mais comment concilier les dogmes du consensus de Washington qui inspire le catéchisme du groupe ALDE dans sa vision économique du développement, et les impératifs écologiques nécessaires à une révolution des mentalité. Le libéralisme n’a que faire du fardeau écologique. Il s’en sert au mieux comme d’une vitrine marketing pour faire passer ses prérogatives (greenwashing). Une vitrine marketing dont C. Lepage fait peut-être partie ? Du moment que cela n’entrave pas les échanges internationaux, la circulation du capital et l’accumulation des profits. L’idée même d’une taxe écologique hérisse les libéraux. C’est assez interloqué que l’on peut l’entendre déclarer : »On a un parlement très libéral, en terme de liberté publique c’est très bien, en terme économique c’est très mal ».
C’est aussi avec une grande acuité qu’elle décèle les nouvelles cibles du néolibéralisme. Quand un adepte de F.v. Hayek lui parle de la société post-moderne comme « la société de la peur », elle en tire une conclusion limpide. L’étape suivante du projet libéral est d’extirper du coeur de l’État la notion de sécurité. Rompre le contrat qui liait le citoyen et l’entité étatique. En substance, il abandonnait un peu de sa liberté et consentait à l’impôt pour vivre en relative sécurité. Selon C. Lepage, le dénigrement du principe de précaution, l’instrumentalisation des peurs n’ont qu’un seul objectif, reculer encore les frontières du « bien public ». Pour privatiser.

Insaisissable et paradoxale C. Lepage, qui prend le parti de se nourrir du système, mais aussi de le nourrir. Paroles radicales, approche iconoclaste qui accouchent de reforme(tte)s symboliques au sein d’un bloc idéologique qui n’a que faire du pragmatisme et de la bonne volonté. Vouloir se placer au dessus du clivage droite gauche c’est faire le pari que l’environnement politique le permet. Comme elle le remarque si bien, l’offensive néolibérale transforme tout, recycle tout à sa mesure. L’économie individuelle de la peur est devant. C. Lepage compte-t-elle s’y opposer avec le gentil G. Verofhstad ?

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Vogelsong – 11 mai 2010 – Paris

L’infinie réforme des retraites

La machine à réformer est inexorable. Rien ni personne ne pourra faire entendre raison à ceux qui, butés sur le dogme failli de la libéralisation croissante du secteur de la santé, s’entêtent à vouloir conserver un modèle tout en le détruisant. S’agissant de la Nième réforme des retraites, rien de nouveau sur la méthode. Les péroraisons gouvernementales sur la pérennisation du système, les atermoiements d’une opposition centrifugée et les pathétiques bisbilles syndicales présentent un spectacle vu et revu. Celui d’une réforme, cristallisée par un “économisme” forcené, déjà faite dans les esprits. Ne restant plus qu’à la rehausser du sentiment de justice.

La pénurie comme aiguillon de la réforme

La France a choisi délibérément le sous-emploi. Une méthode de management de basse pression salariale. Dans un communiqué du 13 avril 2010, la patronne du MEDEF déclarait que les perspectives du Conseil d’orientation des retraites (COR) étaient irréalistes, car assises sur une hypothèse de plein emploi (4,5 %). Elle rajoutera que c’est un taux “que nous n’avons pas connu depuis le tout début des années 60”. En l’occurrence, l’égérie ultra libérale dresse un tableau peu reluisant de la contre-révolution qui s’opère depuis plus de 30 ans. L’aveu d’un avenir économique construit autour d’un chômage durable, loin du persiflage coutumier sur les vertus d’un capitalisme “moralisé”. Du chemin a pourtant été parcouru : fiscalité bienveillante, flexibilisation du marché du travail, dérégulation de l’économie. Tendanciellement depuis trente ans, par palier le modèle (libéralisé) prôné par les instances économiques internationales s’impose dans l’hexagone.

Pourtant F.Fillon et tous ses prédécesseurs continuent de défier la réalité en propageant l’idée que le modèle social français doit être perpétué. Il y a bien longtemps que les bases établies au sortir de la 2e guerre mondiale ont été sapées. Construites sur un consensus “redistributif” et égalitaire, elle font figure d’archaïsme pesant. Le modèle social français en temps de “réforme” et de privatisation fait figure de coquetterie désuète que les tenants « du tout » compétition agitent comme un hochet. Dans un aveuglement psychopathologique, le gouvernement s’apprête à administrer la même potion à une population désaffectée, blasée par ces questions.

Un discours rabâché ad nauseam

L’attirail argumentaire est rustique et tire sa force du constant martèlement sur l’opinion. Travaillant sans relâche à l’attendrissement des esprits rétifs, les politiciens ont trouvé dans la presse avachie et ignare en questions économiques et sociales des larbins zélés pour répandre quelques pesantes affirmations : “la durée de vie s’allonge, on doit travailler plus longtemps”, “le trou abyssal de la sécurité sociale”, “la dette que nous laissons à nos enfants”.

Pourtant, le modèle économique dominant de la “réforme” s’évertue à mettre à la casse les salariés après 50 ans. Malgré les affirmations patronales sur la nécessité de turbiner davantage et plus longtemps, les pratiques de ces mêmes (dirigeants) sont en complète désynchronisation avec le discours.

Cantonner le système de santé à la gestion comptable c’est déjà abdiquer sur la notion d’égalité et de redistribution. Cette tournure d’esprit a conduit à de multiples réformes. Sans jamais réduire le fameux déficit. Dans un système digne, de prises en charge de toute la population de manière égale (où “on cotise selon ses moyens, et on reçoit selon ses besoins”) et étant entendu que la maladie est une affliction généralement non souhaitée, souvent une fatalité du destin, l’écueil provient seulement et uniquement du manque de financement. Les pistes de “recettes” ne manquent pourtant pas.

Les classes dominantes ont aussi trouvé une nouvelle marotte pour faire avaler n’importe quoi aux citoyens Ils se soucient (à présent) des enfants des autres. Ayant accumulé un capital social et symbolique pour plusieurs générations, ils délocalisent dans des ateliers d’Asie du Sud-est sans se soucier de la souffrance infantile. À moins qu’un enfant de France ait une valeur supérieure à un enfant d’ailleurs…

La comédie de la réforme

La réduction de déficit et le sauvetage du système de retraite ne sont pas des objectifs. Les réformes successives inefficaces et la problématique ressassée distillent à dose constante l’idée que la répartition a vécue. La source de maux insolubles dont il faut s’affranchir. Les plans ne manquent pas. En particulier les trois piliers de la libéralisation. Tout d’abord le sous-financement chronique réputé inexorable et intolérable, en serinant le citoyen avec des figures familiales culpabilisatrices du type “on ne peut vivre à crédit”. Assertion qui au passage ne manque pas de piquant quand on connaît les ressorts de l’économie productiviste à basse pression salariale libérale basée sur l’endettement, la finance et le taux d’intérêt dont l’essence est le crédit… Dans un second temps pour mimer la réduction du déficit, on réforme en augmentant les durées de cotisations, rendant l’atteinte d’un niveau de vie décent à la fin de sa carrière de plus en plus illusoire. À ce niveau, viennent se greffer les organismes privés de “complémentaires”, structures d’individualisation des retraites en complète dissociation avec l’esprit originel de répartition égale selon les besoins. À ce stade, le système est déjà pleinement perverti, puisqu’ayant basculé pour partie dans une logique individualiste. Loin d’y trouver son compte, le réformateur libéral pousse, encore. Le troisième et dernier pilier s’appuie sur la capitalisation intégrale des retraites. Le fantasme humide des officines spéculatives. Et ce, même malgré les déboires des fonds de pension états-uniens comme ENRON. Les recettes liées au régime des retraites représentent plus de 80 milliards d’euros l’an. La totalité des recettes de la sécurité sociale en 2007 s’élève à 390 milliards d’euros. Un vertigineux butin.

F. Fillon et les autres larbins qui s’alarment de la justice sociale et du modèle à la “française” ne conspirent qu’à sa désagrégation. Muni d’un sabre en bois et d’une balance gauchie le gouvernement s’adonne au mime de la justice sociale et de la réforme. Ne tirant aucunement les conséquences des limites du système et des crises survenues, il s’emploie à dérouler l’agenda forcené des libéralisations. Coûte que coûte.

Vogelsong – 13 avril 2010 – Paris

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Retraites

Un pôle public d’assurance maladie aux USA ? Plutôt crever !

B. H. Obama fait face à la mobilisation d’une fraction importante de la population américaine. Son projet d’assurance maladie universelle provoque l’ire dans les rangs conservateurs. Jusqu’à présent aux USA, il n’est pas obligatoire d’avoir une protection sociale. Qualifié de bolchevique, ce nouveau « droit » va à l’encontre de l’un des piliers de la société américaine : crever sans médication. Inéquitable, dispendieux, obsolète, le système de santé américain possède ses fondamentalistes. Bien terrés derrière l »American way of life », ils préfèrent un système inégalitaire où ils sont l’élite choyée, plutôt qu’une approche collective, solidaire et plus efficace.

JokerChauffée à blanc par les médias réactionnaires, l’Amérique marche contre son président et sa réforme. Désenclaver une partie de la population en proposant un pôle public d’assurance maladie semble, dans un pays développé et compte tenu de la situation économique et sanitaire, un progrès indiscutable. 46 000 000 d’Américains* ne disposent ni d’assurances privées payées par les entreprises, ni des dispositifs fédéraux tels que MEDICARE ou MEDICAID.

Les opposants au projet soutiennent souvent les thèses libérales sur la concurrence, la responsabilité et la liberté. Comme souvent, ce ne sont que des prétextes pour conserver un ordre social rigide. L’Amérique contrairement aux fariboles assénées par les experts du marché, n’est pas le pays où tout est possible, où la réussite est à portée de volonté. Le fils d’un Américain appartenant aux 20% les plus pauvres a 40% de chances ne pas faire « mieux »** que son père.

Les éditorialistes lobotomisés des empires médiatiques (foxnews et consorts..) déversent les mêmes rengaines, vilipendant les profiteurs, les irresponsables. Toujours la même histoire : »On ne veut pas payer pour les autres ». Ils oublient qu’ils le font déjà avec les assurances privées. La mutualisation des risques fait partie du système. À une nuance près, la concurrence du secteur fait exploser le coût des couvertures sociales. Elles dépensent des sommes faramineuses en lobbying et communication publicitaire. 360 millions de dollars s’évaporent chaque année dans une course effrénée à l’influence. Des sommes folles sont englouties dans des campagnes de publicité. D’autre part, ces officines emploient des cohortes de juristes bien rémunérés pour éplucher les dossiers de malades. L’objectif, tout mettre en oeuvre pour ne rien débourser aux malades. Les mutuelles privées, insatiables, n’ont cure de l’état de santé des patients, se fichent de la prise en charge des soins, seul compte EBITDA.

Un américain dépense 7 000 $ en moyenne par an pour sa santé, les Français 4 000. Dans ce système déglingué court aussi l’idée que le malade est responsable de son affliction. Que cela soit une grippe, une tumeur, une dent gâtée, le malade par son comportement « mérite » son martyr. Il est impossible de prédire quoi que ce soit de valide et prouvé dans ces domaines. Même dans les études sur les cancers du poumon, les spécialistes analysent les risques en terme de probabilités. Et non en causalité. Mais l’idéologie a la vie dure.

obey-obama-progressLa manne est immense pour le lobby de la santé, les USA y consacrent plus de15% du PIB (la France 11%). Si B. H. Obama se contentait d’instaurer l’assurance obligatoire pour tous, il y a fort à parier que les assureurs privés y auraient trouvé leur compte. 46 000 000 de nouveaux clients ne se refusent pas malgré l’entorse à la sacro-sainte liberté d’entreprendre. La création d’un pôle public d’assurance de santé concurrencerait les compagnies privées et amputerait leurs confortables bénéfices. Étrange paradoxe (pour les libéraux) que celui des États Unis où pour faire baisser les coûts, la force publique entre dans le jeu de la concurrence.

Les prouesses du système médical américain sont inégalées dans les pays développés. La mortalité infantile s’élève à 7 pour 1 000, la France, par exemple, est à 3,6. L’espérance de vie des Américains est inférieure de 3 ans à celle des Français. Pourtant des foules se déplacent pour le défendre.

Réellement révolutionnaire, le projet de la maison blanche marque une rupture avec les réflexes individualistes. L’élection de B. H. Obama par ses symboles présageait plus de »vivre ensemble ». Une faction accrochée à de vieilles lunes abhorre la solidarité, le partage. Un collectivisme rampant qu’il faut éradiquer comme la peste. Au XXIe siècle pour beaucoup, mieux vaut trépasser seul, pauvre, mais en bon Américain, anti-socialiste.

*15% de la population (sans-emploi ou travaillant dans des PME qui ne recourent pas aux assurances de santé)

**contre 25% et 35% au Danemark et en Grande-Bretagne

Vogelsong – 15 septembre 2009 – Paris