Le complexe du larbin

« Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, nous a dit : ne bougez pas, attendez, ils vont finir par téléphoner, car ils vont avoir besoin de nous pour les aider » Jean Quatremer (plume de Pierre Moscovici) dans Libération

Avec la victoire électorale de Syriza en Grèce on a vite pu mesurer le niveau de soumission des gouvernements de l’Euroland. Plus, on a pu mesurer à quel point l’émancipation incommodait au plus haut point ceux qui se complaisent à mettre au supplice leur corps social. Que ce soit la France « socialiste », l’Espagne, L’Italie, ou L’Irlande personne n’a saisi l’unique chance de modifier le rapport de force institué en Europe.

000_was6495402Or, c’est en véritables petits larbins que ce sont comportés ces pays, et en particulier la France de « gauche » de F. Hollande. Le candidat de la renégociation des traités européens d’avant son élection, transformé en factotum du capital le mois qui la suivit.

C’est en véritable petit larbin de l’hégémonie (suicidaire) allemande que la France a laissé le gouvernement grec se faire broyer par les institutions européennes et les mandarins qui y gravitent. Pour s’en rendre compte, il suffit de reprendre le récit ahurissant de Jean Quatremer, porte-voix de Pierre Moscovici sur son Blog. On y décrypte un rapport de force asymétrique  entre une technocratie ivre de sa puissance et une démocratie aux abois, tentant d’affirmer sa liberté face à une structure colossale qui va la mettre fatalement à genoux. On connaît la fin. Et comme le présageait F. Lordon, si le salut n’arrive pas du renversement de la table, Syriza devra se contenter de passer en dessous. Sous l’œil goguenard de ses dociles voisins méditerranéens.

Dont la France. Disciplinée, subordonnée, atone, inexistante, embourbée dans sa crise identitaire et existentielle. Une France plus capablesde saisir la portée de résultats électoraux  tant elle se voue corps et âmes aux préceptes bureaucratiques bruxellois, c’est-à-dire, l’orthodoxie budgétaire, les réformes économiques libérales, les réformes économiques libérales et surtout les réformes économiques libérales.

Tel le larbin, le bizuté qui honnit celui que veut échapper aux corvées arbitraires, la France (prétendue de gauche) regarde sans broncher la Grèce (réellement) de gauche mise au supplice. La France ne pense plus Politique mais appuie la technocratie qui soumet un peuple qui a eu l’outrecuidance, la souveraineté, de vouloir s’émanciper de la troïka et des desiderata ordo libéraux allemands. Une puissance ostentatoire et économiquement expansionniste. Alors, la France n’ a d’autre projet que de réaliser celui de l’Allemagne.

Vogelsong – 16 mars 2015 – Paris

Du pitoyable récit européiste à l’injonction de voter

« L’Europe a été notre ajustement structurel » Jean Pisani-Ferry (cercle des économistes) dans le Figaro en mars 2005 

L’Union Européenne c’est l’Europe. Ni plus ni moins. Par un étrange tour de passe-passe, les professionnels du marketing politique, bien aidés par les répétiteurs médiatiques, ont gravé l’idée qu’un assemblage économique hétéroclite faisait entité politique. Or ce récit, aussi peaufiné soit-il par les agences de communication, s’avère pitoyable quand il entre en collision avec le réel. Le bernardguettisme (♠) a ceci de prodigieux, et cela vaut pour tous ses avatars dont le jeanquatremerisme, c’est qu’il fait fi de la pesanteur des contingences du monde élémentaire. Il est le révélateur de deux univers, ceux qui vivent de la politique et ceux qui la vivent.

Les éléments du récit

11097694376_efa448cd88_zCe pitoyable récit comporte deux volets. L’un emphatique à base de paix et d’harmonie des peuples, dont les réalisations sont difficiles à évaluer. Si ce n’est pour évoquer les prodiges d’Erasmus, un échange d’étudiants qui a même donné lieu à un film, ou l’incroyable vertige de pouvoir passer la frontière avec la même monnaie en poche. Deux éléments qui sont pour le vulgaire péquin (hermétique aux grandeurs du projet), vivant avec un salaire médian juste autour de 1 500 € (1 675 € brut) sont d’une cruciale utilité. Autant le dire d’emblée, Erasmus ou tout autre dispositif d’échange aurait pu exister sans l’entité économique européenne. Quant à la monnaie unique, le vertige du passage de frontière sans passer au bureau de change s’avère d’un coût autrement plus important quand il s’agit d’appliquer des dévaluations internes, c’est-à-dire des baisses de salaires qui permettent d’être compétitifs.

Et c’est là que ça se raidit. Précisément. Parce qu’à côté de ce volet tout en couleurs, que l’on ressort, et c’est sa spécificité, notons-le, avant chaque scrutin, le dégoisement massif sur l’UE, c’est l’entêtante symphonie des obligations économiques. Ces prescriptions granitiques ayant valeur supra constitutionnelle et dont il n’est à aucun moment sujet de discussion, d’appréciation et encore moins de modifications. Ces sempiternelles locutions à base de « réforme », «  déficit », « compétitivité » et autres jacasseries que l’on colle dans la bouche des politiciens, experts et autres demi-journalistes (♣). 

Il suffit d’imaginer ce que peut provoquer sur le corps social d’un pays ce que les technocrates européens nomment pudiquement « pacte de stabilité et de croissance », pour avoir une idée de la déconsidération des institutions et de leurs représentants. La physique européenne est d’une étonnante simplicité. Le discrédit électoral n’est que le résultat d’un système sourd qui avance vaille que vaille en faisant subir aux citoyens de chaque pays européen (en particulier ceux du sud du continent) des pressions telles qu’il s’ensuit un discrédit encore plus important ensuite.

La double violence du vote

Or le carburant de ce système ordoliberal c’est le vote. Sa légitimation. Il est intéressant de noter que ceux qui exhortent au vote sont ceux qui fréquentent les locaux ouatés des institutions européennes et qui perçoivent un salaire pour ça. C’est à dire, experts, journalistes, et (futurs) élus. Ils ont besoin d’éteindre l’incendie du discrédit en avançant l’impérieuse obligation de se rendre aux urnes. Non pas qu’il soit mal de voter, bien au contraire, c’est l’un des piliers de la démocratie. Mais avant de s’exécuter comme bon citoyen, il faut avoir une idée précise des règles du jeu et du système politique, mais surtout économique engendré. A qui cela profite en somme !

On ne va pas tourner autour du pot pendant cent cinq ans, quelle que soit la majorité centrifuge qui sortira des élections européennes la pression ordolibérale ira crescendo. L’histoire en atteste. Et les promesses d’Europe Sociale datent. Et il faut avoir un sacré sens de la nuance pour distinguer les différences entre sociodémocrates (le parti « socialiste ») ou libéraux populaires (Union pour un Mouvement Populaire). Surtout quand on les voit à l’œuvre dans les pays de l’UE (♥).

Promettre les larmes et la souffrance à toute une génération pour conserver des indicateurs financiers conformes aux désirs de la finance ne constitue pas en soi un récit politique. Il n’a à proprement parler aucune résonance pour l’immense majorité de la population accaparée par les problématiques salariales, éducatives, et de précarités. 

Or l’injonction à voter, et donc légitimer sa propre mise au carcan relève d’une violence que les experts bénéficiant d’un salaire à 6 chiffres ne peuvent intégrer. Avec en sus, la remise aux calendes grecques des promesses électorales à objet social. L’électeur va de trahisons en trahisons, d’élection en élection. Tout ce qui est entrepris politiquement aujourd’hui, au nom de l’UE (ou pas), se fait au détriment des dominés et ce malgré les professions de foi des partis (de gauche qui gouvernent).

Alors, il ne faudra pas s’étonner, finalement, qu’une partie du corps électoral envoie tout ce barnum au diable. En ne se déplaçant pas ou en votant mal. Il est fort probable que les électeurs feront n’importe quoi avec leur bulletin aussi longtemps que les politiciens feront n’importe quoi avec leur vie (♦).

(♠) Le théorème de Guetta établit par P. Rimbert pose 3 principes intangibles :  toute réussite s’explique par l’Europe ; tout échec est imputable au manque d’Europe ; toute réussite et tout échec appellent davantage d’Europe.

(♣) Voir le chapitre 1er de « La malfaçon » de F. Lordon où sont longuement et didactiquement détaillées les impasses du modèle économique européen.

(♥) F. Lordon met exergue que même quand les astres européens sont propices, c’est à dire que des gouvernements « de gauche » sont aux commandes dans une majorités de pays européens, d’Europe sociale il n’y a pas.

(♦) A ce propos, il sera intéressant de voir à moyen terme les ravages qu’auront produit les reniements (les trahisons ?) du candidat F. Hollande sur la partie gauche du corps électoral.

Vogelsong – 20 mai 2014 – Paris 

Europe, la neurocratie du oui

« …en inventant une métaphysique de l’obéissance, une neurocratie qui permettrait de frôler le zéro absolu du politique… » Gilles Châtelet dans « Vivre et penser comme des porcs »

Ce que dit l’édito du Monde, au-delà de la demande de démission des ministres écologistes du gouvernement, c’est que toute chose aujourd’hui doit passer sous l’implacable toise de l’Europe. De l’idée de l’Europe. Que le seul signifiant pour lequel un journal de référence verserait son sang, s’incarne dans cette super structure technocratique. Après avoir perdu beaucoup d’illusions, quotidiennes, politiques, professionnelles, il ne reste plus pour la presse que ce devoir unique, obsessionnel, total : l’Europe. Sous toutes ses formes puisque c’est l’idée que l’on s’en fait qui compte. Cet acharnement compulsif à échafauder des thèses oiseuses, des logiques bancales afin de faire ingurgiter des chapeaux garnis de couleuvres aux citoyens. Attitude maniaque qui confine à la religiosité du missionnaire, à ce que l’on peut qualifier de croisade idéologique.

Christopher Dombres

A. Leparmentier qui a passé un quinquennat à renifler le fondement du Sarkozysme s’est assez peu ému de certains débordements, voire de défoulements de ce régime. Satisfait de chroniquer «côté jardin» à l’Elysée, l’idée de démission au sein du gouvernement de N. Sarkozy (et de F. Fillon de temps à autre) ne lui a que très rarement effleuré l’esprit pour ne pas dire jamais. Aujourd’hui, avec la gauche il vient claironner la cohérence, le caporalisme gouvernemental sur un sujet ultrasensible, la ratification d’un traité négocié avant l’Élection de F. Hollande par N. Sarkozy et A. Merkel. On ne se défait que très difficilement de ses objets transitionnels.

Pour le journal de référence (et ses sous-fifres), un outrage à l’Europe, entendre la possibilité d’émettre une critique sur un traité engageant le pays sur la voie de l’austérité occupe hiérarchiquement une place supérieure aux propos de soudards d’un ministre de l’intérieur concernant les civilisations. On s’en est offusqué, certes, un peu, de là évoquer une mise à l’écart ce serait exagération.

On veut faire rendre gorge aux insiders, revêches à la grande idée unificatrice de la presse (pas du continent). À ceux à qui on a ouvert les palais, et qui trahissent. C’est en formation très serrée que les petits soldats de Bruxelles se sont à l’unisson lancés dans une opération de harcèlement pour faire plier C. Duflot. Avec deux objectifs, un mineur, qu’elle renie ouvertement son parti, signe ostensible que voter contre l’Europe constitue une aberration. L’autre majeur, qu’elle déguerpisse, et retrouve ses ouailles, repoussant ce parti aux marges du gauchisme populiste. Le cercle de la raison ne peut se permettre de tolérer en son sein le moindre embryon de scepticisme pour cette idée magistrale.

On se fiche bien de la cohérence de C. Duflot ou de P. Canfin. De la supposée ambition ministérielle qui leur ferait renier des engagements qu’ils n’ont peut être jamais eus. Comme si le retournement de veste, l’ambition, le carriérisme n’étaient que l’apanage d’écologistes. Des pratiques inexistantes au Parti socialiste ou à l’UMP. Ce qui importe véritablement, c’est l’édification de piloris. De force de symboles sur la place publique pour bien signifier qu’il est formellement interdit de sortir des bornes coercitives de l’idée européenne.

Il faudra écouter B. Cazeneuve, ministre chargé des affaires européennes, qui pencha pour le « non » en 2005, débonder robotiquement le mot « croissance » pendant dix minutes sur l’antenne de France Inter pour juger de la folie du mécanisme qui se met en place. Avec comme point d’orgue de sa diatribe, le totalitaire « il n’y a pas de « non » fondateur ». On en vient à se demander quelle force pousse ces Hommes à dire de telles inepties. Quels processus sont à l’œuvre pour basculer si brutalement dans cette neurocratie, où il est interdit de dire NON.

Vogelsong – 25 septembre 2012 – Paris

German Totem

“…un candidat à la présidentielle ne peut pas être l’otage complaisant d’une dérive stupide aux rentes germanophobes” F. Fillon

En 2010 Y. Threard, vigie du Figaro, taxait élogieusement A. Merkel de “Bismarck en Jupon”. L’euro n’était pas au bord du gouffre, l’humour était de rigueur. Coup sur coup, les socialistes ont franchi la ligne Maginot comme se plaît à le signaler sur twitter un des gardiens du bastion européen A. Leparmentier (dans un article du Monde). En effet J.M. Le Guen a affublé le président de la République de “Daladier à Munich”, tandis qu’A. Montebourg gratifiait son auditoire de : “la question du nationalisme allemand qui est en train de ressurgir à travers la politique à la Bismarck de M. Merkel”. Relents de germanophobie dit-on.

Christopher Dombres

On ne comprendra pas l’attrait de l’Allemagne par les élites françaises sans comprendre son modèle de développement. Une machine économique totalement tournée vers l’exportation. Mais aussi une puissance continentale qui impose sa phobie historique de l’inflation à tous ses voisins.

Chez F. Fillon ou J. M. Aphatie aucune germanophilie particulière, mais plutôt un modèle de soumission à l’austérité, et aux impératifs de la mondialisation néo-libérale. Un bon support pour seriner le discours sur la reforme et la dette à un auditoire encore rétif. Le modèle allemand, c’est la névrose des classes dirigeantes françaises, comme le signale E. Todd dans un entretien donné à Mediapart. Tout représentant du cercle de la raison finira à un moment ou un autre par citer l’exemple vertueux de nos amis d’outre-Rhin. Avec de grosses ficelles relevant souvent de la métaphore footballistique. Discipline, effort, rigueur…

Or cette oligarchie qui affiche sa germanophilie ne subit pas les conséquences de la mondialisation. Pour ce cénacle, il faut transformer l’économie française en économie allemande. Ce qui pour des raisons culturelles, historiques et démographiques s’avère rigoureusement impossible.

On assiste avec l’Allemagne et les élites économiques françaises à un sauve-qui-peut intellectuel. Devant la débâcle du capitalisme globalisé, qu’ils ont promu durant trois décennies, ils cherchent un modèle encore présentable. En ce sens, les gros clichés germaniques ont encore un fort pouvoir de persuasion.

Pourtant, un modèle totalement inique puisque toute construction hégémonique édifiée sur les excédants commerciaux se fait aux dépens de pays tiers, la balance commerciale mondiale étant globalement nulle. Au lieu de ramener les Allemands à la raison en pointant leur façon unilatérale de profiter de l’euro et du marché intérieur européen, on imagine que l’on pourrait bénéficier de la même martingale du commerce extérieur. Comme si tous les pays du monde pouvaient être en excédant…

La xénophobie a bon dos quand il s’agit de critiquer un modèle économique inopérant. On a peu entendu F. Fillon prendre la défense de Grecs vilipendés pour leur laxisme dans des termes aux «relents xénophobes». On assiste aussi à un vertigineux glissement sémantique quand on se souvient de la manière dont le gouvernement français est tombé à bras raccourcis sur une poignée de Roms en juillet 2010. On voit nettement émerger la prééminence de l’économique sur l’humain au sommet de l’état. Beaucoup plus ému par des déclarations incisives sur une grande puissance économique du continent, que par des historiettes vaseuses sur les arabo-auvergnats.

Si la polémique économique sur l’Allemagne a autant agité le gouvernement et les élites françaises, c’est qu’elle ranime le sentiment égalitariste (assez français finalement), et rompt avec le paradigme hégémonique libéral : être fort avec les faibles.

Vogelsong – 4 décembre 2011 – Paris

L’Europe et son populisme budgétaire

J. C. Juncker : On ne peut pas «faire le bonheur des Grecs malgré eux», 3 novembre 2011

Si M. Friedman, gourou de l’ultra libéralisme, pouvait encore prodiguer ses conseils, il n’aurait pas proposé autre chose que le remède qui est administré à la Grèce. Une cure d’austérité, une supplémentaire. Avec comme horizon, la mise en coupe réglée des biens publics, le sabrage des prestations sociales accompagné d’une paupérisation de masse. Avec de surcroit une pression consistant à mettre sous l’éteignoir toute velléité démocratique. L’Europe est devenue le prototype du risque 0 dans l’entreprise de libéralisation de l’économie. Rien ne doit contrecarrer cette marche inéluctable. Et si fugacement, le referendum agité par G. Papandreou a déstabilisé le bel édifice propagandiste, on a surtout constaté une rémanence des réflexes de 2005. Même ostracisme, même comportement de meute, même ton péremptoire sur ce qu’il faut et ce qu’il ne faut pas.

Christopher Dombres

Le recours au populisme est un artifice connu. Les think-tanks néo-libéraux se prévalent de le combattre en caricaturant le mal comme une hystérie gaucho-nationaliste. Les revirements récents du Front National sur les thématiques sociales donnent du grain à moudre aux tenants de la mondialisation libérale. Puisque l’extrême droite s’oppose à la mondialisation, exhalant des relents nationalistes, cela prouve évidemment que le bonheur global se niche dans les bienfaits du libre-échange. Or l’un des arguments connexes à la pédagogie du marché aujourd’hui en Europe, c’est le dénigrement des grecs comme entité, groupe, humains. La forte propension que ces Méditerranéens développent à contourner le fisc par exemple. Ou à se laisser vivre tel des cigales à contrario des vertueux Allemands.

Le populisme consiste à dresser les groupes d’humains entre eux. En l’occurrence, établir des modèles purs (les allemands) qu’il faut rejoindre, et des antimodèles impurs (les grecs). Que ce type de raisonnement clivant ne choque plus grand monde. Qu’il puisse être propagé par les experts ou éditocrates en dit long sur l’intégration de la rhétorique populiste. Une rhétorique dont les propagandistes européens se servent pour stigmatiser un pays, ses habitants. Il parait naturel aujourd’hui, une fois le train de la pensée unique passé, ayant tout renversé sur son passage qu’on puisse assener que la vertu budgétaire demeure l’alpha et l’oméga de toute pensée politique. Que le modèle déflationniste allemand basé sur leur phobie de la crise des années 20 puisse devenir le standard universel. De l’Estonie à Chypre.

Il existe dans tous les pays de l’union un bataillon de journalistes bien informés, qui traite la thématique européenne en community manager. Distiller la bonne information comme un rouage du système. On peut parier qu’un eurosceptique serait nettement moins tuyauté pour devenir comme le prétend N. Demorand, le meilleur journaliste français sur l’Europe. Le rédacteur en chef du quotidien de gauche omet d’évoquer les points de vues et les affinités de son champion. Mais surtout sa frénésie partisane ; on ne se lasse pas de ses saillies péremptoires contre A. Montebourg ou J. L. Melenchon. Petit détail piquant, ces titulaires bénéficiant d’un abattement fiscal de plus de 7 000 euros annuels opérant dans un média largement déficitaire et subventionné, font l’apologie de la rigueur budgétaire. Des autres.

Et pas que des Grecs. Car cette pédagogie a aussi des effets internes. Le supplice des Grecs, les coup de sangs anti dettes de J. M. Aphatie (et bien d’autres) qui claironnent sur les antennes et la conversion au monétarisme friedmanien de la presse permettent aux gouvernements de droite et aux prétendants de gauche de se lancer dans une course effrénée à la rigueur. Tout conspire à l’édification d’une seule (et unique) politique issue des croyances néo-libérales. Des recettes qui échouent (pour une majorité de citoyens) depuis plus de 30 ans. Et dont on stérilise la moindre inflexion, comme dans l’éventualité d’un referendum. Où les Grecs auraient pu décider de la manière dont ils seraient saignés. La pression du G20 et des agences de notation ont eu raison de cette misérable tentative. L’immense J. Quatremer n’y a vu seulement qu’un coup de poker d’un politicard en fin de course. Et un juste retour à la normalité après l’abandon du projet.

De toute évidence. L’Europe souffre de déficits budgétaires, mais bien plus grave, elle est gangrénée par un déficit démocratique. Lourd.

Vogelsong – 7 novembre 2011 – Paris

Sarkozy-Papandréou, même combat ?

“Consterné…” N. Sarkozy rapporté par A. Leparmentier

Le grec est veule. Globalement. Sans distinction. Fourbe aussi. Essentiellement. Depuis que le socialiste G. Papandréou à la tête du gouvernement a sans prévenir, dit-on, annoncé qu’il passerait l’accord de « sauvetage du pays » par voie référendaire, l’oligarchie et ses hérauts piquent une crise. G. Papandréou, passé du statut d’icône à celui de paria, incarne par sa duplicité le peuple grec. Globalement. Un peuple qui roule en Porsche Cayenne, rétif à l’impôt, dépensier. Un peuple aussi qui depuis deux ans connaît une purge drastique de ses comptes sociaux, sans que cela ait eu un quelconque effet sur sa dette abyssale. Clichés, balivernes, paradoxes, rien n’est épargné tant la peur panique s’est emparée des décideurs, des marchés, des présidents.

Christophr Dombres

La fine fleur de l’éditocratie s’est précipitée sur le leader grec pour le marquer au fer rouge. Courageux par sa façon d’administrer les plans de rigueurs successifs, il est devenu déloyal (selon L. Parisot) et irresponsable (selon C. Estrosi), quand après douze grèves générales, des remous dans l’état-major de l’armée, il décide de passer le plan devant le peuple. Une manœuvre de politique interne, dit-on. G. Papandréou serait un vil politique uniquement obsédé par des peccadilles carriéristes.

Tout le monde le sait, l’activité, la frénésie que déploie le Président de la France n’a aucune portée électorale. Pure préoccupation européenne. Pur altruisme internationaliste. Pourtant, depuis des semaines les perroquets de sa majorité débitent ad nauseam les mêmes éléments de fiches argumentaires. N’ayant rien à se mettre sous la dent sur le plan intérieur, ils louent, robotiques, la capacité du président de la République à sauver le monde (Eric Besson le 13 octobre sur l’antenne de France Inter). Un candidat permanent qui se prépare à jouer l’une de ses seules cartes (avec le fouet sécuritaire) pour sa réélection de 2012, l’hypothétique stature internationale. Un Président en auto promotion le 27 octobre devant 11 millions de téléspectateurs en complète autosatisfaction sur ses prouesses bruxelloises avec A. Merkel. Imaginant même débarquer au sommet du G20 de Cannes en super héros de l’euroïsme. Il remettra ça le 4 novembre sur France 2 au 20 heure où il trônera avec son altesse B. Obama. Une interview savamment concoctée voulue par l’Elysée depuis des semaines.

Tout cela finit irrémédiablement en pschitt après le coup de tonnerre grec. Consterné, selon A. Leparmentier. Surement autant par les conséquences économiques de la décision de G. Papandréou que par la dévastation de son plan de communication d’homme d’État en vue de son édification en sauveur de planète.

Une coutume depuis le début de cette farce qu’est le sarkozysme à l’international. Non réellement, G. Papandréou comme tout grec, est un irresponsable opportuniste, qui n’a d’autres intérêts que de garder la main sur les manettes. Le seul dans cette histoire…

Vogelsong – 2 novembre 2011 – Paris

L’Europe et ses précieux ridicules

“…Montebourg, Il fait, mais comme en 2005, ceux qui avaient voté non au TCE, il en était Arnaud Montebourg. Ce sont des gens qui font le lien entre la droite extrême et la gauche” J. Quatremer sur la RTBF

Le ridicule tue. Massivement. C’est bien l’image qui restera de la version colorisée d’A. Hitler en costume traditionnel bavarois, en short chaussettes blanches montées, et ce visage, ces yeux. Une image d’ailleurs utilisée dans le packaging par les producteurs du documentaire. Comme pour rappeler que derrière l’apparence du burlesque l’immonde peut se terrer. Capable de mettre à feu et à sang un continent, l’Europe. Sur des critères nationalistes et “raciaux”. On ne peut s’empêcher de s’interroger sur le cours que prennent les évènements contemporains, mais surtout sur la manière dont ils sont mis en scène.

Christopher Dombres

La dramatisation de la situation de la crise semble ridicule au regard de l’histoire tragique des années sombres. Pourtant, nombre d’experts, ou de politiques se laissent aller au bégaiement apocalyptique. Voyant dans les turpitudes européennes, les mêmes ferments qui mènent au désastre. Tels le nationalisme ou la paupérisation issue de la crise, les déchirements nationaux, et le sort qui est fait aux peuples. Par petites touches on instille le sentiment que les choses pourraient tourner au vinaigre. Rejouer de manière fantasmée le scénario du pire. La guerre.

En effet. C’est Libération, le 26 octobre, au comble du suspense qui titrera, infraliminal, à propos de cette journée décisive : “Le jour le plus long”. D. Reynié du think tank libéral Fondapol condamne les propos de citoyens et journalistes proférés sur RMC. Propos jugés démagogiques, incendiaires et inconscients sur la fin de la zone euro. Moins subliminal, quelques semaines plus tôt le ministre des finances Polonais J. Rostowski, libéral et conservateur, qui prédisait le pire, une “guerre au cours des dix prochaines années” si l’euro éclate. Toujours plus loin, J. Quatemer qu’on imagine en charge de la propagande européenne pour Libération fait référence au nazisme et à une étude belge pour délégitimer la “démondialisation”.

La question finalement est d’où on parle et pourquoi on dit ? Dans chacun des cas, il y a fort à parier que l’objectif tient vraisemblablement de la posture émotionnelle pour graver l’inaltérable nécessité d’une monnaie unique, ou d’un grand marché continental. Qui tient essentiellement d’un point de vue partial. Et pour cela on use, abuse d’expédients caricaturaux, voire grotesques.

La propagande nazie pratiquait le viol des foules en jouant sur le paroxysme émotionnel. Certes une autre époque et surtout un autre contexte. On s’aperçoit aujourd’hui que nombre de commentateurs juchés sur leurs certitudes, mais surtout sur leurs intérêts n’hésitent pas, pour asseoir une idéologie, à évoquer ce temps, ces atrocités.

Et dans ce cas, il est heureux que le ridicule ne tue point.

Vogelsong – 26 octobre 2011 – Paris