Mondialisation #1 – Les têtes de gondoles

Pour agrémenter un éditorial sur les réformes, tout éditocrate doit rehausser sa litanie de mesures de « bon sens » basées sur le sacro-saint principe de réalité. Des figures totémiques, quasi mystiques vulgairement qualifiés de « miracles ». Qui n’a jamais entendu parler du « miracle » chinois ? Formulation galvaudée teintée d’onanisme, qui dans la bouche des pédagogues d’opinion substitue prodigieusement un pays totalitaire pratiquant massivement la peine de mort par un modèle universel de développement. Un exemple. La communication de crise qui vise le consentement au dépouillement use des têtes de gondoles nationales pour vanter d’hypothétiques réussites. Elle use aussi de « têtes de Turc » pour vomir des contres exemples. Comme une reproduction globalisée des motifs publicitaires.

À l’étal de la globalisation, le libéralisme sous vide
Par amnésies successives, on recycle les exemples de pays pilotes dans le mouvement de mondialisation et de libéralisation de l’économie. La phase d’expansion s’accompagne de louanges aux promesses de lendemains glorieux. Qui se souvient des articles dithyrambiques sur l’Eldorado argentin au début des années 1990 ? Un modèle de croissance qui devait faire de ce pays, plus connu par les disparus de sa dictature et son équipe de football que par son dynamisme économique, une locomotive pour les pays en développement.
Comment ne pas se remémorer la fascination qu’exerçait le modèle de croissance japonais sauce « karoshi », dont on louait la pugnacité ainsi que la dangerosité. Le travail sans limite des fourmis nippones versus l’indolent européen agrippé à ses heures de sorties.
Plus récemment, les vendeurs de miracles se sont tournés vers des contrées moins exotiques. Quoi que. L’Islande au début des années 2000 se révèle un excellent candidat. Exemplaire dans la libéralisation de ses services. Peu regardant sur la concentration des médias. On y fait beaucoup d’argent et le taux de chômage ne dépasse pas 2 %. Au pays des elfes, les politiciens relayés par les communicants et journalistes trouvent une magnifique source d’inspiration à leurs contes de fées.
Autre produit d’appel. En juillet 2006, G. Cornu sénateur UMP se rend avec une délégation à Dublin pour y « comprendre le miracle irlandais », selon les termes du rapport. Totalement sous le charme du « tigre celtique », les conclusions sont sans appel. On y relate les pistes de croissance dans un monde globalisé. Mettant l’accent sur le recentrage vers les services financiers et l’externalisation. Le tout mis en musique par une concurrence sociale échevelée pudiquement décrite comme « un environnement fiscal et administratif favorable ». L’une des recettes de ce développement hors norme tient selon les sénateurs à « une main d’œuvre jeune et flexible ». Six mois après le CPE, ils y trouvent un motif supplémentaire de vitupération contre les archaïsmes hexagonaux. Sur place, un code du travail rachitique, adéquat aux desiderata du MEDEF. Au chapitre, simplification du contrat de travail, et durée hebdomadaire de 48h, agrémentée de procédures de licenciement express. Conscients que « La France n’est pas l’Irlande », les sénateurs « de tous bords » estiment que « le succès irlandais pourrait inspirer la France sur des points précis ». L’année suivante la campagne présidentielle de 2007 voit l’avènement de N. Sarkozy.
Dans le même temps, c’est l’Espagne de J. L. R. Zapatero qui fait l’admiration de l’élite économique de l’Europe. En continuité avec son prédécesseur de droite, ce « socialiste » pratique une politique d’inspiration libérale économiquement. Un modèle pour les néoconservateurs Français, qui sert d’aiguillon face à un Parti Socialiste à l’âme un peu trop marxiste…
Un petit extrait de la propagande qui fut inlassablement serinée pour contraindre à adopter le modèle idoine de développement économique.

De la tête d’affiche à la cour des miracles
Puis la crise arrive, croyance évaporée, magie dissipée, le miracle se mu en mirage. Les carrosses se sont transformés en citrouilles. L’Argentine se remet difficilement de son apnée financière. Les efforts de l’État ont réussi à faire passer le taux de pauvreté de 45 % à 38 % de la population. Normes locales.
Le Japon avec son déficit astronomique (200 % du PIB) ne fait plus transpirer les rigoristes de la bonne gestion. Et la pente, selon des analystes, s’accenctue. On parle de 300 % de déficit cumulé à l’horizon 2015.
En Islande c’est l’État de faillite, le KO technique. Système bancaire concentré, parti en capilotade. Les iliens finiront même sur la liste des mauvais payeurs en compagnie d’États « terroristes » comme l’Iran et la Corée du Nord. G. Haraldsson directeur de l’institut économique de Reykjavik déclarera : « Je savais que nous avions des problèmes. Une telle croissance n’était pas soutenable pour un aussi petit pays. Mais comme tout le monde, je ne m’attendais pas à un tel effondrement. »
Quant à l’Espagne et l’Irlande, elles font partie du cercle peu couru des PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce, Espagne), acronyme porcin pour désigner les membres de l’UE en quasi-apoplexie financière. L’explosion de la bulle immobilière ibérique accompagnée d’un chômage massif a remis les idées au clair de ceux qui voyaient un modèle transposable. Clef en main. Quant au « tigre celtique », criblé de dettes, il s’est transformé en mouton souffreteux qui ne fait plus rêver personne.

Les laudateurs du libéralisme et de la marche forcée vers la globalisation sont oublieux de leurs propres recommandations. Aujourd’hui ce modèle est en échec technique. Il n’y a pas de solution de substitution clef en main. Alors les experts pour conserver les acquis voire même pour gagner encore du terrain (cf. La théorie du choc de N. Klein) s’inventent des têtes de Turc, des contre modèles qu’il faudra saigner à blanc. Une sorte de publicité comparative décourageante. Une méthode marketing de système. Car dans cette logique économique folle, tout est « marketable », les nations comme les idéologies.

[tweetmeme source= « Vogelsong »]

Vogelsong – 5 mai 2010 – Paris

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14 réflexions sur “Mondialisation #1 – Les têtes de gondoles

  1. Tout à fait d’accord. S’ajoute souvent à cela l’idée que la globalisation est inévitable et qu’avant elle c’était la préhistoire économique… Or dans cette époque pas si lointaine les échanges commerciaux internationaux existaient, ce n’était pas l’autarcie…

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  2. Merde ! J’ai fait une fausse manoeuvre.

    Tu as raison, Vogelsong, mais le pire est que les thuriféraires de ces modèles anglais, espagnols, irlandais, chinois sont toujours aux commandes de l’empire médiatique !

    Qu’un Aphatie, un Duhamel, un Sylvestre, un Colombani débite les mêmes âneries depuis des années et des années sur plusieurs médias et supports sans trop de contestation, sans reconnaître s’être trompé, en toute impunité et en toute irresponsabilité intellectuelle me navre.
    Ces gens là, outre leurs rémunérations souvent démentielles peuvent débiter les pires conneries sans en être inquiétés.

    Si dans son métier, on fait des erreurs, on est sanctionné par sa hiérarchie ou en ce qui me concerne par un échec économique. Les politiques peuvent ne plus être réélus. Ces gens là peuvent doctement en toute arrogance sortir les pires absurdités sous les ovations du public sans jamais la moindre sanction.
    Et le pire est que plus ils se trompent plus ils sont encensés !

    Très bon billet. Vive Internet !

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  3. en sup de co, j’avais appris je ne sais plus quelle théorie sur le seuil de compétence (ou plutôt d’incompétence)…comme plein d’autres conneries dispensées dans ces fabriques de cerveau néolibéral décérébré, elle se fracasse sur le réel ! Plus on est incompétent, plus la place en haut de la hiérarchie semble garantie…et personne ne remet en cause ce système et ces experts dithyrambiques dont la diarrhée verbale (pour ne pas dire verbeuse) n’a d’égal que l’opportunisme opinionesque…heureusement, comme dit cuicui, il y a internet et des blogueurs, penseurs, économistes, chercheurs dissidents qui nous changent du discours formaté dominant !
    Merci Vogelsong pour ce billet, et j’attends avec impatience la tête de turc grecque (tu es gonflé quand même de trouver un titre pareil :-)

    PS : comme j’aime pas ne pas me souvenir, après googlisation rapide, il s’agit bien sûr du principe de Peter !

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  4. Pingback: les prêtres du marché « humeurs de gauche

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  6. Les projets à court terme des Potentats libéraux seront de saigner à blanc les points faibles.

    Ensuite, il sera temps de leur faire perdre toute Grèce puis de les ronger jusqu’à l’os.

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