Triomphe du cynisme et de la gouvernance : qu’est ce que ça change ? (partie 2)

Qu’est-ce qui a réellement changé en vingt mois ? Un monde. L’avènement de N.Sarkozy est le point d’orgue de la décomposition politique de la France et le triomphe de la gouvernance. Plus qu’une rupture, c’est un plongeon dans le néant, le vide politique, le silence culturel. Aucune disposition légale ne peut être mise en exergue pour caractériser le régime sarkozien. Sa portée est plus subtile, insaisissable, elle s’attaque aux esprits, à la manière d’aborder le monde, l’autre. Les dégâts sont immenses.

La gouvernance comme méthode
Le sarkozysme est bien le triomphe de la gouvernance. Il existe autant de définitions que d’emplois pour ce terme valise. D’abord utilisé dans les grandes instances internationales, il fait son chemin dans les exécutifs, les partis politiques pour s’échouer finalement dans les entreprises. Les managers en raffolent. La gouvernance, c’est le pouvoir, sans élections, sans démocratie, sans responsabilité. C’est une nouvelle pratique de décision très prisée par les dirigeants « modernes » qui veulent s’affranchir d’une plèbe récalcitrante. La gouvernance se drape des atours de pouvoir démocratiquement élu, mais elle est une pathologie de la démocratie. C’est dans ce brouet que s’égaye le sarkozysme. La nomination des directeurs de chaînes, la survivance symbolique du gouvernement Fillon, le copinage à peine voilé au sommet de l’État, le détournement du suffrage universel en potentat sourd et illimité sont les symptômes inquiétants d’une république à la dérive.

La traîtrise comme moteur
Élevée au rang de valeur cardinale, la trahison est consubstantielle au régime. Le prince de Neuilly a victorieusement lancé un raid hostile sur le bastion gaullien. Il détourne à son profit dès son arrivée à la tête de l’UMP tout l’héritage du birbe Général. Il s’appuie sur une base militante crédule et avide de succès sur le « surmoi marxiste » jugé trop enraciné dans ce pauvre pays. Il met rapidement les idées gaullistes à la corbeille. Finis la nation, l’intérêt supérieur de l’état, la continence vis-à-vis du fric. Tout est à l’encan, il livre (encore) la France au libéralisme bruxellois (traité de Lisbonne)*, se comporte en jet-seteur endimanché, se fiche comme d’une guigne de ses concitoyens, le « casse-toi pauvre con » est caractéristique. Tout ceci sans que « l’encarté » RPR sorte de sa torpeur conservatrice. Et ce ne sont pas les vains N.Dupont-Aignan ou D.de Villepin qui y changent quoi que ce soit. Dans ses relations personnelles, le traître balladurien s’entoure de perfides de tous calibres. E.Besson bien sûr, en traître étalon. Il est le symbole ultime d’une réussite due à la puissance labiale et au piétinement de ses propres fondements. Cet homme de l’ombre, dénué de charisme, minable orateur et technocrate hideux du Parti Socialiste, fait sa mue réactionnaire pour finir au sinistre ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Beaucoup accourent au tintement des croquettes sur le fond clinquant de l’écuelle élyséenne. Jouant sur la fascination des ors, le sarkozysme impose la politique de la gamelle dans la mise en place de son casting gouvernemental. Et ça marche. Ce n’est pas nouveau, mais à cette échelle, c’est prodigieux (F.Amara, J.P.Jouyet, M.Hirsch, et tous ceux qui fantasment). Et c’est en France.

La médiocrité comme exemple
Dans la lignée des hommes d’État tels que G.W.Bush ou S.Berlusconi, l’ami de C.Clavier est parfaitement dénué de sens esthétique. Les ministres qui l’accompagnent dans ses voyages en ont eu pour leurs (pauvres) tympans. Ils supportent en boucle et à intensité sonore à peine tolérable, « les lacs du Connemara » du très engagé M.Sardou. En plus d’indigence culturelle, le compulsif de l’Élysée souffre de sérieux retards. Il découvre en 2008 par exemple, le cinéaste S.Kubrik et son chef-d’oeuvre « 2001 l’odyssée de l’espace » réalisé en 1971. Ahurissant, qu’a-t-il fait pendant 37 ans ? Pour couronner le tout, son engouement pour une chansonnière figée et aphone n’est que la confirmation que l’inculture crasse est au faîte de l’état. C’est un changement historique en France. Profond, dans un pays de Culture.

La presse comme révélation
Évolution majeure, la France sous N.Sarkozy découvre sa presse. Le milieu depuis longtemps sclérosé passe au révélateur de la « république bananière ». Pour nombre de médias, c’est l’incontinence éditoriale. LCI, TF1, Le figaro, Europe1, Le JDD (et bien d’autres) donnent tour à tour dans l’orgasme présidentiel. À Libération, au Monde, on rase les murs. Le moindre toussotement fait une dépêche à l’AFP. Tous sans exception se font les porte-voix de la désinformation comme dans l’affaire de Tarnac. La pseudo critique n’y change rien, elle cible surtout l’accessoire. De toute façon, l’élection est passée. Ils sont la courroie de transmission de la politique anxiogène à usage politique. En France, la presse était « panurgique » et paresseuse. En sarkozie, elle est en plus pleutre et inutile (pour la démocratie).

Les politiques n’ont plus prise sur l’économie. Les décisions se prennent ailleurs. La loi TEPA est finalement un hochet qui ne résistera pas au capitalisme. Aucune législation ne change radicalement la vie des Français. La France glisse inexorablement dans la non-politique économique. Amputé de ses prérogatives, le gouvernement se retranche dans la gesticulation et la communication. N.Sarkozy appartient à cette classe d’élus qui veut faire de l’argent (en pantouflant) dans les grandes multinationales après leur carrière politique. Il est précédé en cela par G.Schroeder, T.Blair, B.Clinton. Cela en dit long sur ce qui anime ces élus : cynisme et gouvernance. On comprend alors que la rupture est violente, que ce n’est pas spécifiquement l’économie, le droit, la santé, l’éducation qui sont menacés. Par la promotion incessante de la médiocrité, de l’inconstance, du pouvoir narcissique, de la simulation, le sarkozysme menace d’implosion le corps social complet. Plus qu’une politique d’austérité, sociétale ou sécuritaire, c’est le ravage du rapport à soi et donc à l’autre.

*L’acte institutionnel le plus fort du début de quinquennat

Vogelsong – 15 janvier 2009 – Paris

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20 réflexions sur “Triomphe du cynisme et de la gouvernance : qu’est ce que ça change ? (partie 2)

  1. Très bon billet, en gros le sarkozysme fabrique un dégout de la démocratie et il s’en nourrit.

    Il est dans la continuité parfaite de Chirac version 2002 qui a tout osé (2005 etat d’urgence, n’oubliez pas). Nous sommes donc sur la même pente, celle de la dictature molle version moderne du coup d’état législatif de 1958 avec menaces de Paras qui sautent sur Paris.
    Tout cette absence de culture, de débat, de respect du parlement, ça participe à ce rêve bonapartiste.

    « Beaucoup accourent au tintement des croquettes » ahh oui, j’avais écrit un truc voisin au sujet du gros Allègre en 2007.
    http://www.intox2007.info/index.php?post/2007/05/05/71-pute

    Fort heureusement celui là n’est pas très compatible avec les caméras,il est moche. On ne le voit donc pas. Il ourdit en silence.

    Par contre sur Tarnac, certains médias font leur travail : rue89, mediapart, libé après ses premières erreurs, I>Télé qui explique que MAM est dans une fâcheuse posture.

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  2. @b.mode Merci. J’en profite pour te dire que Ruminances est devenu un de mes itinéraires quasi quotidien. Continuez.

    @Martin P. Effectivement. Que j’aime quand tu lâches ta plume comme ça. :)

    Portez vous bien

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  3. « Aucune législation ne change radicalement la vie des Français. La France glisse inexorablement dans la non-politique économique. »

    D’où l’intérêt de s’intéresser à l’économie!

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  4. Messier est en service commandé, c’est de plus en plus évident. Pour rappeller qu’il faudra mettre de l’éthique dans le système. Par ce que ses autres propositions, vu son pédigrée on a du mal à le croire.

    Il porte en plus en lui le mépris des citoyens propre à ces élites merdeuses ayant foiré. On l’a vu mépriser les auditeurs à la radio, ne pas répondre aux questions.

    Tiens sinon que pensez vous du bras d’honneur des banques à Sarkozy?
    http://www.mediapart.fr/journal/economie/170109/banques-l-argent-de-l-etat-servira-t-il-les-actionnaires

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  5. Eh oui, c’est assez bien vu.
    Mais faut pas trop s’étonner non plus, le ton était donné avant mai 2007.
    Fallait pas gratter beucoup le vernis pour tomber sur le formica…
    Tout le monde (enfin tous ceux qui ne lisent pas que le Fig’ Mag’ ) avaient remarqué que ce nabot énervé, après avoir été un élève médiocre, a été un homme politique moyen et sera un mauvais président, inculte, ayant bâti sa carrière politique sur une série de traîtrise et de coups de poignard dans le dos.
    Jusqu’à une époque assez récente, la fonction changeait l’homme.
    Lui, imperméable à tout ce qui n’est pas son ego (la seule chose démesurée chez lui), aura réussi à changer la fonction sans changer lui-même.
    Comme a écrit je ne sais plus quel journaliste « Sarkozy n’est pas petit, il est bas. », assez clairvoyant ce chroniqueur…

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  6. Pourquoi ne lit-on pas des articles comme celui-ci dans la presse ? Pourquoi n’a-t-on droit qu’au néo-poujadisme de « Marianne » ou aux « petits-rires-entendus-nous-sommes-entre-gens-bien » de Libé ?

    Le style de Vogelsong est de plus en plus Voltairien : sec, rigoureux, précis.

    Dans chaque article on trouve des expressions qu’on a envie d’employer à son tour.

    A propos, en ce qui concerne « l’acculturation » et le manque de « rapport à l’autre », je renonce ici à noter les anecdotes montrant (hélas) qu’une certaine Ségolène Royal ne fit pas mieux que notre président actuel ; d’une part ce serait trop long, d’autre part Vogelsong a parfois la dent dure dans les commentaires et j’ai peur de me faire dézinguer !

    Cela nous ramène aux propos tenus dans la première partie de cet article. Contrairement à « gout-des-autres » je maintiens que faire de l’individu qui nous gouverne un « cas » c’est ignorer le danger… et aussi nous portraiturer tous, par ricochet, en anges de vertu, un tic du socialisme (actuel) qui me hérisse.

    J’attends de nouveaux articles avec une impatience à chaque fois gandissante. Bravo Vogelsong !

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  7. Thomas> Je ne résume pas « machin » à un cas, c’est malheureusement bien plus général que ça, ça traduit simplement une dérive globale.
    Vu mon grand âge (je creuse activement le trou de la sécu et aggrave le problème des retraites avec entrain !) j’ai vu passer de « la défense des libertés » à la défense des droits de l’homme, puis à la défense des libertés individuelles, puis à l’individualisme forcené et ça se termine assez logiquement par le « tout pour ma gueule » et le « crève connard ». (j’ai même ressenti avec force la sensation de cocufiage du type qui a hurlé US GO HOME ! dans les années 60 et qui s’est retrouvé tout con en voyant ce que le Vietnam était devenu peu après…)
    Et pour que ce soit efficace il faut et il suffit de jouer la compétition permanente, voire la guerre permanente de tous contre tous.
    Il suffit de remarquer que notre grand vhef à tous (béni soit Son Nom, on ne sait jamais…) joue sans cesse les salariés du privé contre les fonctionnaires, les travailleurs contre les chômeurs, les Français contre les étrangers, les entreprises contre les banques pour se rendre compte que, in fine, nous sommes tous coupables. Ne serait-ce que de manque flagrant de discernement…
    Nous ne sommes pas les « gens bien face au méchant dictateur tout seul », nous ne valons globalement pas plus cher, par lâcheté, par peur de perdre son boulot, par flemme bref pour deux cent mille raisons.
    Nicoléon n’est jamais que le pur produit d’une doctrine qui est arriovée au pouvoir en 1980 avec l’élection de Reagan.
    On peut néanmoins remarquer, pour appuyer sur le manque de cervelle de de clairvoyance de Nicoléon, qu’il a prôné un système au moment où il craquait de partout.
    Qu’il nous y emmène à marche forcée au moment où le système s’effondre.
    Le président qu’il avait pris comme modèle a renié le système en question.
    Le successeur du modèle, copiant sur le premier ministre britannique, se fait fort de remettre Keynes à l’honneur (ce n’est pas si net mais des signes le montrent).
    Bref, notre chef à nous (béni soit son nom) non solum errat, ce qui est humain, sed etiam perseverat, ce qui est diabolique…
    Pire encore, il est aveugle et sourd, ce qui est bien emmerdant quand on conduit.
    Surtout quand on conduit un pays.
    Cela dit tu as raison: Bravo Vogelsong !

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  8. @gout-des-autres : Mais alors je crois que nous disons à peu près la même chose. Je rappelais simplement que le président, qu’on se plaît à traiter de « souverain » (on le faisait aussi pour Mitterrand), a été élu… Pas par moi, certes, ni par vous sans doute ! Mais tout le peuple en porte la responsabilité.

    Il a été élu pour les mêmes traits de caractère qu’on brocarde à présent.

    Je ne crois pas que le « système » va s’effondrer : je crois que les inégalités vont se creuser, encore et encore, pour un long moment, dans la passivité des « amibes » comme disait Vogelsong… Et dans le silence assourdissant (ou le flot de paroles inutiles, ce qui revient au même) de ce qu’on appelle avec une ironie inconsciente la gauche « classique », gauche classique qui est ma plus grande déception de ces quinze dernières années.

    Mais je n’ai pas la rigueur de Vogelsong sur ces questions… N’y connais pas grand-chose et me contente d’être touché par son travail qui réveille des échos et mériterait une large tribune. Qu’il nous pardonne pour notre bavardage !!!

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  9. Il nous pardonnera.
    Il est rigoureux et intelligent mais personne ne résiste au plaisir de constater qu’on est d’accord avec lui. ;-)
    Comme l’écrivait Balzac « Nul n’est content de sa fortune, ni mécontent de son esprit »…

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  10. Belle citation !

    Mais je n’oserais prétendre que nous sommes « d’accord avec lui » ; disons que nous ajoutons notre point de vue au sien et aux autres auteurs de ces commentaires.

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  11. @Tous

    Vous enrichissez le débat.
    Un point sur S.Royal. Je ne suis pas ségolatre. Le tabassage en règle de la dame me déprime un peu. Je pense qu’il faut distinguer ses ennemis. Elle n’en fait pas partie. Thomas, tu as le droit (et le devoir ;)) de critiquer S.Royal. Ici. Si tu le veux.
    Le sujet du papier n’est pas S.Royal, qui je le pense est un personnage bien plus intéressant que le nabot qui gouverne. Peut-être que cela fera un billet ?

    Merci encore de laisser vos points de vue. Je ne vais pas faire de fausse modestie, les compliments me touchent. Mais sont (je le crois) exagérés.

    Ici est un espace de liberté, non censuré, non modéré.

    Portez-vous bien.

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  12. Belle plume… Il ne vous reste plus qu’à en faire un bouquin, style essai, bien organisé, clair et démonstratif comme vous pouvez l’être, si vous pouvez trouver plus d’idées fortes, ou retracer ce qui s’est passé

    Portez-vous bien

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  13. Pingback: Nicolas Sarkosy | Pearltrees

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