Le sarkozysme en pente douce : qu’est ce que ça change ? (Partie 1).

Observateur circonspect, Éric Mainville se pose légitimement la question : qu’est-ce qui a réellement changé depuis que N.Sarkozy est président de la République ? Quelles lois ou dispositions légales ont modifié la vie des Français ? Nombre d’avis sont tranchés. La blogosphère bruisse à chaque frasque. La presse classique joue la chambre d’échos à la moindre gesticulation du hiérarque. Y a-t-il du neuf derrière le vacarme et les simagrées ?

100608-149La rupture était annoncée. Le menu était copieux lors de la campagne de 2007. Pourtant, quelle décision majeure le gouvernement, à la botte du souverain de l’Élysée, a-t-il pris en plus de vingt mois d’exercice, qui fasse que la France n’est plus la même ? La promise France d’après… Pour le peuple, les décisions quotidiennes d’un politicien hyperactif ont-elles eu un impact sur le réel ?
Instinctivement, un citoyen (de gauche) citera les atteintes aux droits de l’homme, l’approche sécuritaire, la mise en pièces de l’éducation, la santé, le social. Il faut malheureusement se rendre à l’évidence. Dans aucun de ces domaines, les dégâts infligés ne sont supérieurs à ce qui fut fait auparavant. Concernant les atteintes aux droits de l’homme, les écarts aux principes de bases ne datent pas d’hier. L’accostage de l’ami de toujours, B.Hortefeux, au ministère des rafles et du repli identitaire (héritage idoine pour le traitre E.Besson) ne fait que révéler et amplifier une situation déjà existante. L’approche « ethnicosociale » a toujours prévalu. La droite n’a pas le monopole de la cruauté ou du cynisme. La gauche somptuaire aux affaires fit preuve d’une hypocrisie insupportable sur le sujet. Les reconduites aux frontières ne sont pas une invention du moment. À son heure, M.Rocard dans son immense sagesse déclarait « La France ne peut accueillir toute la misère du monde… »*. Tropisme réactionnaire devenu aphorisme. On ne l’en remerciera jamais assez**.
L’éducation nationale n’a pas attendu le sinistre X.Darcos pour être la cible de politiciens. Le premier budget de l’état fait l’objet de convoitise en ces temps de fortes restrictions budgétaires. La responsabilité est collective. Tous ont suivi servilement les prérogatives de libéralisation prônée par les organisations internationales telles que le FMI ou la banque mondiale via le consensus de Washington. En pratique, la droite surfe sur la haine du fonctionnaire (par l’argument de la pression fiscale et d’une hypothétique langueur). La gauche considère le corps enseignant comme un public captif et acquis dont il n’y a plus à s’occuper. Depuis l’avènement du monarque élyséen, les attaques se poursuivent. En continuité. La suppression de la carte scolaire fut l’une des premières mesures. Fâcheux, mais seulement emblématique. Ensuite, la nomination d’un mâtin à l’éducation nationale pour se charger de l’équarrissage du système n’a rien de prodigieux. On hurle à la privatisation rampante et à l’avènement d’une école à plusieurs vitesses. Les dirigeants français n’ont pas attendu N.Sarkozy pour mettre en pièce l’éducation publique et gratuite pour tous. Cela fait belle lurette que les digues ont cédé. Les officines éducatives fleurissent, les écoles privées, les jardins d’enfants et crèches de luxe prospèrent sur le marasme social et la peur du l’avenir. Rien de bien neuf donc.
Sur le plan social, on serait bien en peine de citer une mesure phare qui fait que la France depuis deux ans est un enfer des travailleurs. Elle ne l’est pas. La descente au purgatoire ne date pas d’hier. Le sarkozysme apporte sa participation à un projet initié il y a plus de 30 ans. Le parti socialiste y prend pleinement sa place. La pédagogie de la crise du milieu des années 80, le ralliement complet et sans résistance aux préceptes libéraux (flexibilité, rendement, intérim…), les privatisations jospiniennes sont entre autres des souvenirs douloureux. Les éléments de la loi TEPA, la mise en place de nouveau code du travail issu de l’ère Chirac-Villepin ne sont pas une révolution, ni même une rupture. Juste un lent glissement.
L’ère sarkozienne se caractérise par une kyrielle de « mesurettes ». Quotidiennement en ce qui concerne les annonces. Plus, certains jours bénis, grâce aux faits divers dont le régime se délecte d’en épouser les émotions. Toutes les déclarations restent souvent lettre morte, d’autres se transforment en loi. Le tout, mis en musique par une gesticulation incessante. Au fond, rien de révolutionnaire ou digne d’une rupture sociétale. Bien ancré dans l’antienne conservatrice qui veut que « tout change pour que rien ne change ». Le sarkozysme est un décorum de la réalité. Aura-t-il l’audace, un jour, de faire une réforme aussi profonde que celle des trente-cinq heures ?

* Citation tronquée à dessein. Aujourd’hui avantageusement utilisée telle quelle.
** George Frèche était membre du PS lors de ces sorties hasardeuses. L.Fabius, dignitaire du parti a aussi sa part sur le front national. Les exemples sont multiples (D.Vaillant, etc..)
Vogelsong – 13 janvier 2009 – Paris

Advertisements

15 réflexions sur “Le sarkozysme en pente douce : qu’est ce que ça change ? (Partie 1).

  1. Ce qui a changé, en ce qui concerne entre autres les immigrés, c’est les proportions d’expulsions et l’intensivité de la traque des sans papiers. Même si le triste Rocard avait donné le la en son temps, Hortefeux en a fait un sinistre concerto.

    Pour l’éducation,jamais on a vu sous la Vème, une telle réduction de postes. Idem pour les fonctionnaires. Jamais depuis des lustres; on a vu la médecine, le journalisme, la justice ainsi mises à mal. Non le Sarkozysme n’est pas une continuité, c’est à mon sens la pire chose qui soit arrivée depuis longtemps à notre pauvre France…

    J'aime

  2. Excellent ce billet.
    Il y a tout de même une dose de cynisme qu’on ne voyait pas avant.
    Il y a aussi le fait que Sarkozy supprime un à un des contre pouvoirs.
    Ce qui est nouveau, c’est cette dérive dangereuse vers une pratique du pouvoir dont l’unique but est l’assouvissement d’un besoin personnel. On a l’impression que désormais, chaque décision émane d’une pulsion, oui d’une pulsion de notre cher Président.

    J'aime

  3. Last but not least:

    Peut-être que tout simplement, la droite a depuis 20 ans gagné la bataille des idées, même si elle n’a pas toujours gouverné?
    Moi-même (tu me l’as dit pas mal de fois) j’ai des idées assez « modérées » sur pas mal de sujets… me suis-je fait influencer???
    L’ennui c’est que pour exister, parfois, j’ai l’impression que la gauche est obligé de faire de la surenchère sur le misérabilisme et la radicalité. Benoit Hamon en est le parfait exemple.

    J'aime

  4. je crains une mithridatisation de notre cher vogelsong. le pays n’est certes pas tombé dans la pure dictature ni mis à feu et à sang, mais les atteintes dans tous les domaines sont profondes, bien plus que ce que tu sembles dire. la seule période comparable je dirais, c’est balladur 93-95, mais c’est à mes yeux une « réference » assez funeste.
    n’oublions pas non plus que sarkozy ne commence pas en 2007 mais en 2002 pour ce qui concerne ton premier paragraphe

    J'aime

  5. @b.mode C’est un honneur de ne pas être d’accord avec toi.

    @Tim Je ne pense pas être un gauchiste. Le centre de gravité politique a beaucoup dérivé.

    @Marin P je savais bien que je me ferai des ennemis chez mes amis.

    J'aime

  6. @vogelsong: +1 , en effet la gauche a reculé , a perdu et s’est laissée charmer par les oukazes de l’OCDE, du FMI et d’autres.
    Qui a libéralisé le crédit après 1981 , ce n’est pas Balladur ou Chirac. Surtout quand cela a été fait au delà de ce qui était demandé.

    On pourrait aussi parler des ouvertures de capital d’entreprises publiques. Tu l’a abordé, et tout cela participe d’une lâcheté de la gauche qui transparait encore le pénible contre projet de Titine.

    Et ce n’est pas être gauchiste que de dire ça, c’est tout simplement être réaliste. Et se dire que devant les défis qui nous attendent nous devrons être audacieux !

    La regression date de 1983.

    J'aime

  7. Mille pardons si je comprends mal cet article : on peut en effet voir le président actuel, non pas comme un individu faisant figure d’exception (ce qui serait, au fond, rassurant…), comme certains semblent le percevoir en accentuant sans cesse des traits de caractère superficiels (hyperactivité apparente, soif de pouvoir et enflure de l’ego – comme si tout cela ne s’appliquait pas aux présidents qui l’ont précédé !), non comme un névrosé, une anomalie, un dictateur au petit pied, mais comme l’aboutissement logique du processus amorcé depuis un quart de siècle. L’homme que nous « méritons » actuellement, pas autre chose… Une seule dent dans un engrenage qui fonctionnait déjà. Ergoter le poids des mesurettes ou des amendements ne servira à rien.

    J'aime

  8. Pingback: Nicolas Sarkosy | Pearltrees

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s