Tous sont déjà morts, sauf Bashung !

C’est une industrie en coma avancé qui s’est auto-encenser le 28 février 2009 à l’occasion des victoires de la musique. La rémanence d’un modèle culturel anachronique qui s’accroche à ses strasses, ses paillettes et ses privilèges. Une petite clique appuyée par un nouvel arsenal législatif qui veut survivre. Elle est déjà morte et ne le sait pas.

hadopi2Les « artistes » réclament leur fric. HADOPI est mis en place. Ce dispositif vise à criminaliser les utilisateurs d’Internet. Mandaté par la ministre de la Culture, D.Olivennes, alors patron de la FNAC, a planché en toute neutralité sur une loi en accord avec la Constitution qui vise à réguler les droits d’auteurs sur le web. Car la situation est critique, les majors voient leurs résultats s’effondrer. P.Nègre pleurniche. En effet les internautes utilisent la toile pour s’échanger des fichiers. Ils ‘affranchissent ainsi du guichet imposé par les majors du divertissement. Ces conglomérats voient d’un très mauvais œil toute perte de contrôle sur la diffusion. Ils se sont tant démenés pour éradiquer les disquaires. Ces échoppes où il y a encore quinze ans on pouvait deviser une heure et demie avec un passionné sur l’opportunité d’acheter le dernier Metallica. Objectif atteint pour P.Nègre et ses complices, le boutiquier est finalement remplacé par la tête de gondole. Moins onéreux et plus docile. Mais les carnassiers d’hier sont les proies d’aujourd’hui. Bien que disposant d’immenses ressources, ils n’arrivent pas à échapper à la nuée qui va les engloutir. À court d’idées, les majors en appellent à l’État pour préserver leurs gains.

Jouant d’abord sur la corde émotionnelle grâce à une batterie de communicants. En effet, on prétend préserver les œuvres artistiques, les créateurs et autres balivernes crétinisantes. Il y a belle lurette que la fonction de directeur artistique a trépassé. Ne gardant que le titre, une légion de diplômés issus d’écoles de commerce usurpe les postes. On vend de la musique ou du cinéma comme on vend des yaourts. Les conséquences sont dramatiques pour le contenu. Le bon goût n’a jamais été universel dans le secteur, toutes les époques sont marquées par des niaiseries plus ou moins profonde. Il faut tout de même convenir que le format Star’Ac et ses clones relève de la production en série de produits acculturés. C’est ce modèle que défendent les majors et le ministère de la Culture. Loin de se poser la question de la dévalorisation symbolique, puis pécuniaire de l' »œuvre », les professionnels du divertissement commencent par ériger des digues pour préserver leurs  trains de vie somptuaire. Sans remettre en cause leur propre modèle de pompe à fric inepte et bêtifiant. Un adolescent qui écoute un fichier numérique d’une star préfabriquée n’accorde à cette chose que la valeur : Zéro. Non pas par conscience politique, culturelle ou militante, mais naturellement, il pressent que cela ne vaut rien et coûte cher.

La question de la rémunération des artistes semble aussi fossilisée. Il est indiscutable pour ce milieu qu’un artiste dit majeur doit jouir éternellement de mirifiques revenus. L’argent doit couler à flot dans ce microcosme. Pour sa propre crédibilité. Il suffit d’écouter un de ces parvenus parler de son activité et l’entendre bêler : « Que c’est un dur métier ». M.Mastroianni lucide lui, déclarait « On est là comme au centre du monde. Tous les gens ont beaucoup d’attentions pour vous, on vous apporte un café et un fauteuil, on vous demande si vous n’êtes pas fatigué – mais de quoi ? Vous vous apprêtez à tenir dans vos bras une femme superbe… Comment dire après ça que c’est un métier« . En réalité, ce n’est pas plus dur que la plupart des professions, mais il faut bien se justifier de cachets astronomiques.

Les robinets financiers se ferment inexorablement avec la fuite des recettes. Artistes et parasites en pâtissent. Difficile alors de continuer à étaler ses ostentations.
Le milieu du divertissement industriel vit en apesanteur. C’est sa raison d’être, faire croire au rêve. Le partage gratuit de fichiers ouvre une nouvelle ère que les analystes de flux financiers n’ont pas  voulu anticiper. Un système qui vit sur des fondements archaïque et mercatique. Les internautes ont donné une valeur au don. C’est déplaisant. HADOPI ne fera que ralentir l’implosion. Et cela, au prix d’un nouveau tour de vis sécuritaire.

Il suffisait de subir la soirée des victoires de la musique sur France 2 pour percevoir la décadence d’un secteur industriel en complète reconversion. Images surannées, montage stroboscopique, lumières éblouissantes, monsieur loyal inculte, artistes jeunes déjà vieux. Tout ce microcosme est déjà mort, sauf A.Bashung.

Vogelsong – 6 mars 2009 – Paris

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10 réflexions sur “Tous sont déjà morts, sauf Bashung !

  1. Cette prétention de l’industrie discographique à représenter l’horizon indépassable de toute production culturelle est risible.

    La musique existait avant le microsillon. A l’ère de l’industrie, des artistes indépendants de qualités vivent en margent du système.

    On a proposé à l’industrie la licence globale, qu’elle a refusée.

    Tout ceci montre que ce qui la préoccupe; ce n’est pas « l’art » dont elle se gargarise, mais un modèle de production qui la place au centre des choses et qui est en train de lui filer entre les doigts…

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  2. Un adolescent qui écoute un fichier numérique d’une star préfabriquée n’accorde à cette chose que la valeur : Zéro. Non pas par conscience politique, culturelle ou militante, mais naturellement, il pressent que cela ne vaut rien et coûte cher. J’espère que ceux qui écoutent cette soupe infecte dans le métro ne l’ont pas payé.

    Dans cette « industrie » , la solution passera sans doute par un retour au kiosque à musique, c’est à dire le lien direct entre l’artiste et le public avec rémunération direct. L’internet rend cela possible: l’artiste californien peut vendre ou louer sa musique a ses fans japonais sans passer par un gros con situé à Paris.

    Et donc l’élimination des distributeurs et autres majors. D’où leur lutte effarante pour conserver le contrôle de la machine à cash.

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  3. J’ai lu tout l’article, il est bien :-)

    Le titre est parfait. On a bien l’impression, en effet, qu’est venu le temps des zombies industriels, commerciaux ou financiers (selon la définition du terme « zombie » par Krugman, ou Kunstler).

    Il est encore trop tôt pour savoir si l’on doit se réjouir d’en être arrivé là.

    À propos du téléchargement illicite massif : il ne signale pas le début d’une nouvelle ère, mais bien la fin de l’actuelle ; la gratuité de ces « échanges » ne fait qu’exacerber la tendance à l’orgie de consommation à laquelle nous étions incités depuis longtemps. C’est toujours la même folie, la même destruction de valeur, poussées à leurs limites. Et c’est peut-être une des raisons pour lesquelles l’industrie du disque n’arrive pas à combattre efficacement le piratage ; tous deux procèdent de la même logique. (Par exemple, ce sont les « merdes » les plus vendues qui sont les plus téléchargées.)

    Il faudrait développer, élargir, corriger tous ces points, mais il est tard et j’arrive au bas du champ de commentaire ;-)

    Par ailleurs, j’ai aussi poursuivi la relecture-correction de l’article.

    – « ils n’arrivent pas échapper » :
    remplacer par : « ils n’arrivent pas à échapper »

    – « par de niaiserie plus ou moins profonde » :
    remplacer par : « par des niaiseries plus ou moins profondes »
    ou par : « de niaiseries plus ou moins profondes »
    (mais la niaiserie peut-elle être profonde ?)

    – « doit jouir éternellement grâce à de mirifiques revenus. » :
    remplacer par : « doit jouir éternellement de mirifiques revenus. »

    – « que les analystes de flux financiers n’ont pas (voulu) anticipée. » :
    remplacer par : « que les analystes de flux financiers n’ont pas su (ou pas voulu) anticiper. »

    – « fondements archaïque et mercatique » :
    remplacer par : « fondements archaïques et mercantiles »

    Bonsoir et excellente continuation.

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  4. J’adhère complètement à ton point de vue sur la lutte du Milieu et ses motivations. Quelle citation géniale de Mastroiani!

    J’ai encore un peu de mal a imaginer dans quel système on va basculer. Il faudrait quand même conserver un niveau de financement convenable pour des choses de qualité correcte. A moins que l’on considère que les innovations techno permettront, avec des moyens d’amateurs, de faire du bon boulot.

    Dragouik donne une piste. Perso, je ne vois que la scène. Les festivals estivaux sont devenus une source de revenus non négligeables pour les artistes. Ca n’est pas (plus) que pour la promo qu’ils les fréquentent.

    Il y a peut être le mécénat complètement désintéressé mais ça ne va pas loin.

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  5. Moi je voudrais discuter une heure et demi avec quelqu’un de l’opportunité du dernier gun’s & roses… Il me semble qu’il n’a rien apporté à la musique mais contribué pas mal à la révélation d’une industrie musicale vermoulue, usée, à court d’idée.
    Et dire que le ministère de la culture dit qu’il s’agit de défendre des artistes…

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  6. Pingback: ruminances old style » Sept blogs sur ordonnance

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