Le mandat électif consenti par le peuple n’est pas un chèque en blanc

Comme les patelles soudées à leur rocher à marée basse, les hommes politiques s’accrochent à leurs prérogatives. Promesses trahies, mensonges permanents, abus de pouvoir, ils brûlent leurs mandats politiques jusqu’à la dernière cendre. Souvent, ils sont réélus. Après deux ans d’exercice inédit du pouvoir, le potentat sarkozien est ouvertement rejeté par les Français. Aujourd’hui, l’oligarque de l’Élysée, hermétique à son environnement, se comporte comme s’il avait été élu la semaine précédente. Ainsi, la France est livrée à la férule d’usufruitiers incontinents. Dans un système où tout le monde joue sa partition sans bousculer les conventions.

42-20907826Les faits sont têtus. L’élection présidentielle de 2007 s’est bâtie sur des promesses de croissance, de plein emploi, d’augmentation du pouvoir d’achat et de mise aux normes de la société française à la mondialisation. Depuis la crise financière et économique a frappé. Lourdement. On a beau jeu une fois élu, de prétendre que les conditions initiales ont changées, que les promesses ne seront pas tenues. La sphère économico-politique ne pouvait ignorer, en 2007, la bourrasque à venir. Les hiérarques de l’UMP confortablement installés aux commandes n’envisagent aucunement de rendre au peuple une décision prise dans une configuration fondamentalement différente. Un « dol » politique.
Les voyants sont au rouge. Un corps social au bord du collapsus. Il montre sa défiance dans des manifestations dont l’ampleur surprend même les organisateurs. Une atmosphère délétère règne dans l’hexagone et outre-mer. Chaque décision jugée autocratique est contestée, la confiance s’est évaporée. Et manifestement N.Sarkozy, en apnée dans les enquêtes d’opinion, n’en a cure.

Tiédir l’opinion et baliser le débat pour éviter d’aborder les questions fâcheuses. Ce rôle est magnifiquement rempli par les médias dominants. Concentrer l’attention sur les sujets quotidiens au lieu de prendre le problème dans sa globalité. Circonscrire la critique permet d’éviter l’incendie. Exemple symptomatique dans la presse web/papier, Sylvie Pierre-Brossolette, vieille toupie réactionnaire et invitée hebdomadaire de Libération pour débattre avec un blairiste sur le retour, L.Joffrin. Au menu, une « réforme gouvernementale » quelconque qui fait « controverse ». Palabres molles et lancinantes pendant une heure entre un social-démocrate défroqué et une sarkozyste zélée. La dialectique est scolaire dans l’esprit hégélien ; thèse antithèse, synthèse. La sacro-sainte « objectivité » journalistique est honorée. Ce motif médiatique se répète à l’infini pour produire un flux d’information tempéré et convenu. Autre exemple, Le Monde en pénurie chronique de journalistes titrait début mars « N.Sarkozy se résout à l’impopularité ». Le quotidien de référence fait ainsi de la pédagogie. Car bien que la majorité du pays désapprouve voire exècre l’exécutif, le traitement de cheval, intégral, sera appliqué jusqu’à son terme. En cas de velléités, circulez.
Ce n’est pas la réforme des lycées, ou de la santé, ou de la poste qui est au cœur du problème, mais la politique et l’orientation dans sa globalité. Le gouvernement traîne de force le pays dans une direction qui est manifestement contraire à ses désirs. On vend de l’info par appartement sans se poser la problématique sérieuse et fondamentale d’un pouvoir rigide ivre de lui-même.
Les études d’opinions s’abattent par salves. Aucune d’entre elles ne pose la problématique d’une législative anticipée. Étrange. Dans la presse dite de gauche ou pas.

La communication est la clef de voûte du dispositif de survie politique. Le président a menti deux fois en moins d’un mois, dans la nomination des directeurs de chaînes publiques et l’affaire Pérol. Il sait qu’un mensonge asséné cliniquement vaut mille vérités dans la France carlabruniste. Quotidiennement F.Lefevbre abreuve l’AFP de communiqués de presse. L’agence sous le joug depuis 2008 s’est transformée en chambre d’enregistrement, le petit écho du gouvernement qui docilement distille tout. Même la dialectique qui relève souvent du ridicule. Le ministère des Finances déclare, par exemple, une « contraction de la croissance ». Une niaiserie prénatale. Mais plus c’est gros plus ça passe !
Clou, le storytelling s’invite dans le monde politique. Une idylle présidentielle ou une ministre cosette permet au pouvoir de s’inventer une légitimité émotionnelle. Face à un corps électoral qui ne se respecte pas, les gouvernants n’ont aucun scrupule à servir de la mièvrerie conditionnée.

Finalement, le monde politique s’accommode aussi très bien de son nouveau chefaillon. Les godillots UMP feignent l’outrage à chaque saillie élyséenne. On donne gentiment le change sur des sujets secondaires ou qui ont d’emblée du plomb dans l’aile. Quelques députés de la majorité se sont insurgés contre le travail le dimanche, le fantomatique Nouveau Centre a poussé des cris stridents lors de l’affaire EDVIGE. C’est une simulation. De débats il n’y a, au sein d’une majorité hypertrophiée et gavée de pouvoir. N.Sarkozy s’appuie pesammant sur un automatisme verbal, l’implacable tirade : « j’ai était élu… ». Ressassé ad nauseam, il rappelle cette réalité (incontestable) comme pour (se) prouver chaque jour que ce n’est pas un conte fantastique. Mais surtout, il appuie tous ses oukases du sceau universel de la démocratie. Jusqu’à en faire oublier que le mandat électif consenti par le peuple n’est pas un chèque en blanc. La présidence et ses conseillers, appuyés par un législatif apathique, pratiquent un gouvernement au sens maximaliste (voire terminal) du terme.
Dans ce contexte, l’opposition se complait parfaitement dans son rôle de martyr impuissant. Après une victoire écrasante lors des municipales, le principal parti de gauche est retourné à ses querelles internes. Consterné, B.Hamon notait avec sagacité lors du congrès de Reims « qu’il y a toujours au sein du parti quelqu’un pour être d’accord avec Sarkozy* ». Le PS s’est trouvé une direction. Mais n’a toujours aucun sens politique. Il publie un contre-plan de relance qui s’abîme avant le début d’une discussion sur la communication de l’embaumeur F.Lefevbre. Le reste est à l’avenant, il s’oppose sur le principe, manifeste, mais jamais la question de la pratique du pouvoir et de l’orientation générale de la politique du pays n’est posée, sérieusement. Comme s’ils espéraient, dans le cas improbable d’une accession aux affaires, la même latitude dans les excès.

Le président actuel a été bien élu (53%), redonner au peuple le chemin des urnes par une législative lui est indiscutablement discrétionnaire. La démocratie impose de respecter la règle de désignation jusqu’à son terme. J.Chirac raillé, pour sa décision de dissoudre en 1997, avait eu selon le landerneau, un moment la folie politique. On peut aussi lui concéder la conscience et le panache d’avoir remis le pays face à ses réalités alors que rien ne le forçait.
Servir l’État, la France, les citoyens, ce n’est pas se goinfrer jusque n’en plus pouvoir. Dans le tourment de la France sakozyste, le temps s’allonge. À ce rythme que restera-t-il du corps social au bout du supplice ? Brisé ou en feu ?

* M.Valls, J.Lang, G.Gorce, D.Strauss-Khan, P.Moscovici, liste non exhaustive

Vogelsong – 08 mars 2009 – Paris

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22 réflexions sur “Le mandat électif consenti par le peuple n’est pas un chèque en blanc

  1. Plein de choses tout à fait vraies ici. La com de Sarkozy notamment, cette évolution de la politique. Les grands discours ont remplacé les actes. j’ai l’impression que le but de la com de Sarko et Lefevbre, c’est de rendre les gens résignés, et ceci à l’usure, de faire en sorte que les gens soient tellement dégoûtés de la politique jusqu’à ce qu’ils s’y désintéressent.

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  2. Tu poses une loupe partout où le système sarkozyste dissimule échecs et abus —sans parler des médias-, bravo. En particulier, souligner que le recours à des législatives anticipées mettrait à l’épreuve la légitimité du régime, est excellent. On se demande pourquoi personne n’y a pensé plus tôt!

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  3. Ce qui me gêne le plus, ce n’est même pas ça. Il risque tout de même de se faire virer d’ici 2012.
    Ce qui me gêne, c’est le comportement du monde bancaire en général et financier en particulier, monde qu’il soutient contre vents et marées (c’est sans doute que les évènements ont tort…).
    Et pas que le nôtre.
    Ils me font penser au conducteur automobile quelque peu inconscient qui, fier de ses performances passées, prend de plus en plus de risques. Ce qui doit arriver arrive, malgré les avertissemnts des passagers, « il se tôle grave » comme disent les djeun’s et tue plusieurs patients et passagers. Il est soigné, aux frais de la collectivité par dame Sécu, passe en procès, procès « light » pour homicide par imprudence, et après rééducation, toujours aux frais de la Sécu, il est prêt à recommencer avec, pour toute promesse, « je vais faire pareil mais en faisant un peu plus attention »…
    Le plus inquiétant étant que celui chargé de mener la barque France plonge dans un truc aussi cousu de fil blanc.
    A moins qu’il n’y ait intérêt.
    Intérêt sonnant et trébuchant.

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  4. Belle prose comme d’habitude ! vrai qu’avec Sarkozy au pouvoir, on se rend compte un peu plus encore qu’avec ses prédécesseurs combien l’élu présidentiel
    tire une légimité outrancière de son élection. Il peut se mettre à faire n’importe quoi genre jouer au dragueur de super marchés, s’inviter chez des narko-trafiquants, piquer des stylos en Roumanie, mettre au pas le service public, se pavaner tous les jours sur le petit écran, mettre à mal le système social français, attaquer chaque jour un peu plus les libertés publiques, traquer les sans papiers comme des bêtes sauvages, positionner ses amis à tous les postes influents, mettre au pas l’assemblée et le sénat, brader la santé publique, verrouiller de manière ultra policière chacune de ses sorties etc… etc… Liste non eshaustive, loin s’en faut…

    Rien n’y fait. Nous ne disposons d’aucune manière de le sanctionner. Nous sommes condamnés à le subir jusqu’en 2012. A moins que…

    Ps : je viens d’entendre à la radio son mot d’ordre tandis qu’il s’écroule dans les sondages : « il faut multiplier les symboles positifs pour regagner de la popularité ». Tout est dit : pas d’action mais des symboles. Le simulacre en lieu et place des résultats…

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  5. « Marie-Pierre Brossolette »: sylvie pierre-brossolette!

    sur mosco tu déconnes, il a souvent dénoncé ceux qui sont secretement admiratifs de sarkozy, ceux qui le surestiment, et a dénoncé le sophisme selon lequel il faudrait concéder régulièrement quelque chose pour etre crédible

    d’ailleurs je trouve que toi meme tu es assez complaisant finalement envers sarkozy (!), car tu ne réclames qu’une véritable critique de sa politique. or, une grosse partie du problème c’est sarko lui-meme, car quand bien meme on admettrait la pratique du pouvoir, l’ortf etc, on doit convenir que dans cette configuration De Gaulle assurait un minimum de dignité et de sérieux.

    le probleme est que le pouvoir personnel chez sarkozy est un moyen au service de son autocelebration

    sarkozy, en fait, a surtout réussi à incarner à la fois joe dalton et caliméro: c’est une merde, mais si on le dit il couine et tous ses choristes avec lui

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  6. Vrai Martin que sa politique n’est plus qu’anecdotique. Le problème, c’est lui et son ego. Sa suffisance liée à son insuffisance. On n’est passé subrepticement de l’idéologie à l’idéal au logis. Lui ! et ça fait des frissons…

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  7. Grandiose, mais tu as fait une erreur l’âne sans fond et la brossolète à reluire ne tiennent pas une heure. Ils sont épuisés avant, ça dure moins de 10 minutes en moyenne. On imagine aisément que de tels génies ont des emplois du temps de taille gargantuesque.

    Par contre j’ai du mal à voir en Vogelsong un type assez complaisant vis a vis du nain pestilentiel. Notre ami Martin, qui trouve du noble dans De Gaulle oublie que ce militaire est arrivé au pouvoir via un coup d’état sans mort ni violence. Une forme d’émotion à géométrie variable sans aucun doute.

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  8. #Timothée
    Et ils y réussissent pas mal.
    Pour le désintérêt de la politique, la gauche en a aussi sa part. Entre incantation de la gauche radicale et réalisme de droite du PS. L’intêret pour la chose politique qui nous semble normal n’est pas naturelle pour un citoyen sous prolétarisé depuis 30 ans. Le PS l’oublie encore et toujours.

    #Le coucou
    Tu penses ! Personne ne veut ou n’ose y songer ! Tout le monde médiatico politique est bien douillettement à sa place, dans des postures d’acquiescement ou d’opposition.
    Ce type d’argumentaire peut vite me faire passer pour un antidémocrate, voire un « antiparlementariste ». Je vois bien un Beytout ou un Mougeote lire ce type de prose les yeux effaré par de morgue stalinienne.
    Rendre au peuple le pouvoir comme le dit EricMAinville

    # le-gout-des-autres
    Qu’il soit viré en 2012, ce n’est pas fait. Suivez mon regard à gauche.
    Tu as absolument raison sur la politique catégorielle du gouvernement. Mais ce n’est pas là le propos. J’essaie de mettre le doigt sur une apathie générale.

    # b.mode
    Tu es dans la cible. On pourrait résumer la situation ainsi :  » Le pire n’est jamais sûr » ☺
    Sur les symboles positifs, rien de révolutionnaire depuis 2007. La marquise Lagarde fait ça, pour masquer ses incompétences crasses. Hirsch fait du larmoiement positif, etc.…
    LA positive attitude.
    Le pire c’est que ça maintient le système sous assistance respiratoire.

    # Martin P
    Mais Marie-Pierre va si bien à cette vieille gourde réactionnaire. Merci pour la correction. Tu gagnes un link. ☺
    Ah P.Moscovici, sujet brûlant ! Ce n’est pas le propos du billet, je lui mets un petit scud au passage, sans oublier certains autres. Déconner est l’un de mes passe-temps.
    Un de mes autres passe-temps est d’être complaisant avec le psychopathe qui (tente) de gouverner nos vues. Ce blog en est la preuve.
    On ne sera jamais d’accord sur certains aspects et hommes du PS. Ce n’est pas grave, c’est un plaisir de ne pas être d’accord.

    # dagrouik
    Tu as raisons ils font des sons avec leurs bouches beaucoup moins de temps. Productivité oblige. ☺

    #Peuple
    Merci de ta participation. Brillante.

    #Tous
    Merci de passer par là. Et de participer.

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  9. Ce n’est pas tant une apathie générale réelle que l’appréciation qui en est portée par les media qui donne cette impression.
    Il faut constater que la situation moyenne est plutôt pire que dans les années 70 et qu’en prime il n’y a plus l’espoir qui flottait dans l’air pendant les 60’s et au début des 70’s.
    Il faut aussi voir un détail, lié à la dégradation de la situation moyenne, due à la tendance à la smicardisation et la précarisation générales. Quand le nombre de ménages vivant sur la corde raide croît sensiblement, le premier réflexe des ménages en question est, de façon évidente, d’éviter de faire quoi que ce soit qui puisse précipiter la chute…
    Les media sont en cette matière, des alliés objectifs du pouvoir.
    L’avalanche de mauvaises nouvelles concourt à faire courber le dos sous la tempête. Jusqu’au moment où le bon peuple se rebiffe.
    Et là, ça risque d’être grave car, en l’absence de vision crédible à gauche, c’est l’extrême droite, toujours pleine de solutions expéditives et « de bon sens » qui risque de remporter le jackpot.
    Avec des « yaka » supprimer les allocs, « yaka » chasser les étrangers, « yaka » renvoyer les immigrés, « yaka » plus acheter étranger. Avec des « c’est la faute » des Juifs, des banquiers, des chinois, etc…
    Ca a beau être cousu de fil blanc, comme à chaque fois, c’est tellement plus facile de chercher un coupable que trouver une solution, que ça a de bonnes chances de marcher.
    Ca s’est déjà vu…

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  13. Excellent point de vue qui nous rafraîchit un peu, (trop de soupes tièdes…)
    ça faisait plusieurs jours que j’avais votre article et ses commentaires sur Agoravox sur un onglet ouvert en permanence, pour le lire quand j’aurais le temps; j’ai enfin pu cet apres-midi, mais en rechargeant la page pour prendre les derniers commentaires, TOUS les commentaires sont partis, impossible d’y accéder alors qu’ils sont mentionnés (6). Par contre, on peut lire les commentaires de tous vos autres articles.
    J’aimerais beaucoup savoir si c’est une simple bourde technique, ou si c’est que quelqu’un aurait dit trop de mal de Nic.Sar. poussant Agoravox à censurer les-dits commentaires?
    Ne lâchez pas l’affaire!

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  14. prolita
    Ce qui est dit ici sur le président est très convenu finalement. Je ne crois pas au complot.
    De plus la France est devenu une cocotte minute prête à sauter. Ce blog est insignifiant.
    J’ai envoyé un mail à Agoravox. Un problème technique surement.

    Merci d’être passé. Et ouvrez un blog !! :)

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  15. Les voyants sont au rouge ? ca fait 50 ans qu’ils le sont et la gauche bien pensante, caviardisante et repue a fait ce qu’il fallait, non ? ou plutot, avouons qu’elle n’a strictement RIEN fait.

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  16. Pingback: Nicolas Sarkosy | Pearltrees

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