La CFDT va-t-elle refaire une jaunisse ?

Quand on lui demande s’il veut être ministre du Travail, F.Chérèque répond « je suis beaucoup plus utile à la place que j’occupe pour mettre en place les réformes, je peux faire de la pédagogie« . Le secrétaire général de la CFDT est en effet la clef du système syndical français. Par ses renoncements, son inconstance, sa versatilité, ce syndicat de salariés peut transformer une mobilisation sociale en frustrante pantalonnade.

jauneLes manifestations du début de l’année 2009 attendent une concrétisation. Un radical changement de cap dans la politique économique du gouvernement et non un saupoudrage tel qu’il est envisagé. L’année précédente fut un crépitement d’actions sporadiques qui ont fini par exténuer et frustrer les militants. La raison essentielle est la naïveté (feinte) avec laquelle les syndicats ont négocié leur déroute face à N.Sarkozy.
Fidèle à ses habitudes de débandades précoces, la CFDT a d’abord abandonné les cheminots fin 2007 sur les régimes spéciaux après un jour de grève et sans proposition. Minoritaires dans le secteur, le coup est symboliquement rude, mais pas surprenant. F.Chérèque a déclaré avant la présidentielle de 2007 qu’il ne donnait pas de consignes de vote, mais que « ...Sarkozy (lui) a présenté un calendrier pour les réformes et ça (lui) va très bien. On s’y met dès juillet (2007)« . Puis la centrale a pris soigneusement ses distances avec les autres formations comme la CGT, Sud ou FO. F.Chérèque se complait à ponctuer d’un « certes » approbateur les propos des journalistes qui font une nette nuance entre son syndicat réformiste et les autres, archaïques et clos au dialogue. L’ancien interne des hôpitaux est effectivement très ouvert, il affirme en 2007 devant la très patronale Ethic : « Il est nécessaire de faire évoluer le contrat de travail, ne pas opposer la flexibilité à la rigidité« .

Dialogue social et modernité sont le sempiternel credo de la CFDT. C’est aussi celui de J.P.Raffarin ou M.Tatcher. La modernité pour F.Chérèque c’est le contre-temps. Docile quand il faut être pugnace, suiveur dans les situations où il n’a pas le contrôle, comme lors du  combat anti-CPE où les étudiants fournirent l’essentiel de l’effort. Depuis trente ans, la tendance du MEDEF est surtout la férule ; réduction drastique des coûts, délocalisations, management par le stress, saccage du droit du travail, stigmatisation des chômeurs alanguis. En face, la CFDT adopte la posture d’ouverture. Béante. Une attitude curieusement comparable à celle du PS. Par modernisation ces formations ont épousé les gimmicks de managers tels que le « gagnant-gagnant », la gouvernance ou le dialogue social (unilatéral). Un traitement qui a coûté 10 points de PIB au salariat. Et par là même aux comptes sociaux, comme les retraites, chroniquement en déficit. Par le plus pur des hasards, la CFDT en accompagne systématiquement les « réformes » auxquelles elle veut adjoindre une serpillière sociale. Celle de 1995 d’A.Juppé, puis de 2003 de J.P .Raffarin, qui augmentent les périodes de cotisation et baisse le niveau des pensions. À ce stade, il est intéressant de rappeler que la CFDT est un syndicat de salariés revendiquant 800 000 adhérents.

Le sarkozysme comme rupture économique dépasse ses limites. Le ruissellement, théorie basée sur de vieilles lunes économiques (M.Friedmann) fonctionne seulement dans l’esprit rabougri de quelques technocrates à l’UMP ou au Modem.
Dans ce contexte en février 2009, les syndicats ont déclenché une mobilisation inattendue par son ampleur. Posant les bases d’un rapport de force qui contraint le président de la République à lâcher par réflexe de survie les milliards qui étaient introuvables quelques semaines plus tôt. Quotidiennement, dans la gestion de son parti et de son gouvernement, dans les relations qu’il a avec ses concitoyens, c’est par la soumission à la puissance, et à la contrainte que s’en remet systématiquement le chef de l’état. Il ne comprend que le rapport de force. Les syndicats et en particulier la CFDT ne peuvent (feindre) de l’ignorer.

Les acteurs du mouvement social sont dans l’expectative. Après  une allocution chiraquienne du président N.Sarkozy, donnant ad nauseam du « mes chers compatriotes« , le front syndical semble rester uni. Refroidis peut-être par les humiliations récentes, les organisations syndicales maintiennent la pression face au joueur de bonto.

Autrefois autogestionnaire et combative, la CFDT a inscrit le renoncement dans ses pratiques depuis plus de 30 ans. Forcés par l’habitude, après chaque sommet social, les manifestants s’en remettent fébrilement à F.Chérèque pour savoir si comme la dernière fois, ils vont encore se retrouver le pantalon sur les chevilles, après la débâcle de la CFDT .

Nb : Les propos de F.Chérèque sont issus du livre « Riches et presque décomplexés » (Fayard) de J.Cotta

Vogelsong – 20 février 2009 – Paris

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12 réflexions sur “La CFDT va-t-elle refaire une jaunisse ?

  1. Il faut avouer qu’il est tout de même très fort.

    Il sort de chaque « négociation » en criant « On a gagné ! on a bien négocié ! C’est le patronat qui paie la vaseline !  »
    Et, bien qu’à chaque fois ça se termine avec une poignée de sel, ça marche à tout les coups.

    Bon, c’est une approche assez peu délicate de la chose syndicale mais ça reflète assez bien mon sentiment face à ce qu’est devenue la CFDT.
    Celle d’Edmond Maire avait été défigurée par Nicole Notat, ce qui en restait a été démantelé par François Chérèque.

    Ceux qui disaient d’André Bergeron que c’était un « jaune » après la scission de la CGT et de la CGT-FO étaient des rigolos qui ne savaient rien de François Chérèque.
    Le premier s’était élevé contre le côté « courroie de transmission » de la CGT vis a vis du PCF mais était résolument du côté des ouvriers et de gauche.
    Le second est d’abord un dirigeant syndicale jaloux de ses prérogatives et qui n’a manifestement jamais saisi la différence entre compromis et compromissions…

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  2. OMG “je suis beaucoup plus utile à la place que j’occupe pour mettre en place les réformes, je peux faire de la pédagogie“, là je suis sur le cul. Si tu en as d’autres de ce niveau, je suis preneur.

    A noter que la jaunisse, peut venir après une crise de foi :o)

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  3. tiens, meme des éminences scietifiques qu’il s’était mis dans la poche ont fini par comprendre:
    « il ne semble plus possible à votre gouvernement de demander à la communauté scientifique de lui faire confiance. De nombreux collègues modérés et conciliants expriment maintenant leur crainte d’être instrumentalisés s’ils acceptent de participer à une discussion ou à une commission. »

    lire cette excellente tribune:
    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/02/18/monsieur-le-president-vous-ne-mesurez-peut-etre-pas-la-defiance-par-wendelin-werner_1157067_3232.html

    hélas, la comparaison de la cfdt avec un certain ps est juste, ne serait-ce qu’avec un valls, en tous cas celui des deux dernières années: on est tellement pressé d’etre constructif que pour aller plus vite on anticipe sur sarkozy au point de se faire prendre à revers

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  4. Toute réflexion faite, après lecture du lien donné par Moktarama, je retire ce que j’ai dit de Chérèque à propos de la confusion entre compromis et compromissions.
    En fait, il a transformé la CFDT en un syndicat marron de sinistre mémoire: la CFT…

    Ceux qui ont dans mes âges ou plus vieux se souviennent sûrement de ce syndicat à la solde des patrons de l’industrie automobile privée.
    Majoritaire chez Citroën, Simca et autres nostalgiques des maîtres de forges et recrutant ses adhérents à coups de barre à mine…

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  5. Le problème qui se pose à Chérèque est double en ce moment:

    1- On ne lui a pas demandé assez gentiment de se coucher (comme lors du CPE ou ce n’était pas le fond qui lui posait problème, mais la méthode)

    2- La situation sociale étant quand même sérieusement tendue, il a peut être peur de ne se retrouver qu’avec des permanents et plus de militants si il se couche trop vite.

    Mais, comme en économie, à long terme, le naturel reprend le dessus…

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  6. @pas perdus
    « Il manque seulement quelques lignes relatives à l’influence idéologique de la CFDT sur le PS… »

    « …adopte la posture d’ouverture. Béante. Une attitude curieusement comparable à celle du PS. »
    J’évoque de manière elliptique le PS.

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