L’UMP et l’art consommé de ne jamais perdre une élection

“2 + 2 = 5” in Assignment in Utopia d’E. Lyons puis G. Orwell

C’est rituel. Après chaque élection perdue, on attend les éléments de langage de l’UMP. Le debriefing du parti au pouvoir, une sorte de réalité parallèle où les mots vont et viennent. Quand tout le monde voit une défaite, les mots de l’UMP sont là pour tordre le réel. Quand tout le monde constate une victoire de l’opposition, le régime y discerne des demi-mesures. Avec une constance frénétique, les responsables de l’UMP usent et abusent des références au “suffrage universel”, et du terme de “démocratie”. Sauf lorsqu’il s’agit, au soir d’une défaite, d’en tirer les leçons. Les scrutins consistent alors en des échéances vidées de toute substance sans message politique. En attendant de gagner.

Le triomphe électoral de N. Sarkozy en 2007, si l’on en s’en tient à la parole officielle aura été la seule élection digne d’intérêt. Depuis cinq élections ont rythmé la démocratie française. À chaque fois (même si l’analyse des élections européennes de 2009 est plus mitigée) on assiste à une débâcle du parti au pouvoir.

Christopher Dombres

Le premier scrutin de l’ère Sarkozy s’est soldé par une déroute. Une année après l’accession, lors des élections municipales de mars 2008, 7 villes de plus de 200 000 habitants sur 10 sont à gauche, 33 villes de plus de 100 000 habitants basculent contre 5 à droite. Avec des résultats nationaux très décevants pour la majorité nouvellement au pouvoir. Seul J. P. Raffarin reconnaitra “une vague rose”. Sinon, c’est sous des formes plus ou moins drolatiques que les responsables de la droite interprètent les résultats. Au premier chef, J. F. Copé qui déclare au soir du scrutin “les grandes attentes : le courage de faire les réformes, la clarté dans les priorités, et la concertation maximale”, ajoutant : “Nous avons deux ans sans élections locales, nous avons donc toute latitude pour mener des réformes courageuses.” Entendre, nous allons dans le bon sens, les Français exhortent à accélérer…

En 2009, lors des élections européennes, J. F. Copé déclare “On l’a emporté parce qu’on a été les plus concrets”. Si l’UMP est premier parti en France, le vrai vainqueur de l’élection est le parti écologiste. Et la consolidation des blocs droite-gauche ne montre pas une victoire aussi claire que le prétend J. F. Copé. Ce que V. Peillon essaiera de souligner : “pas un grand succès pour Nicolas Sarkozy”. Mais la nuance n’est pas de rigueur, et sur les plateaux TV, on festoie…

Lors des régionales de 2010, J. F. Copé (encore lui) déclare “Dans la majorité, on peut être un petit peu déçu”. La gauche détenait 21 des 25 conseils régionaux avant l’élection, elle en grappillera un supplémentaire. Si le soir même certains évoquent une défaite, dès le lendemain, on réenclenche la pédagogie des réformes, ce que le maire de Meaux définira ainsi “Il va nous falloir au plus tôt proposer aux Français un nouveau pacte majoritaire avec des piliers clairs : faire des réformes vitales pour le pays, les retraites, la baisse des déficits ; l’emploi, la justice sociale, la compétitivité puisqu’on est à 10 % de chômage”. En substance le même menu que les trois précédentes années.

Les cantonales de mars 2011 donnent lieu à une nouvelle chorégraphie, l’argumentaire de la réforme éculé ne semble plus opérant. Le FN servira de point focal pour invalider (ou minimiser) une autre victoire de la gauche. J. F. Copé (toujours lui) déclarera “Ce n’est pas l’UMP qui fait monter le FN, beaucoup d’électeurs de gauche ont voté FN”. Au terme d’une séquence marquée par le débat sur l’identité nationale, et les références appuyées aux périls étrangers. L’UMP se réveille avec un cadavre dans le placard. Un corps putride qu’il a lui-même déposé.

Le point d’orgue restera le basculement de la majorité (à gauche) au Sénat. Le 25 septembre 2011, pour la première fois depuis le début de la Ve République, la chambre haute conservatrice tombe aux mains des progressistes. J. F. Copé explique que “les électeurs ayant voté pour les sénateurs (sic) cela ne constitue en rien l’interprétation d’un désaveu de la politique gouvernemental, les vrais rendez-vous c’est ceux de l’année prochaine.” Comprendre en creux que voter pour un sénateur ou une liste de gauche n’a rien de démocratique. Les sénateurs, et grands électeurs apprécieront. La seule démocratie qui compte c’est celle de l’élection présidentielle.

Chercher des explications dans un scrutin relève souvent de la divination dans les entrailles de poulets. Mais à vouloir délégitimer systématiquement les scrutins dits intermédiaires (avec divers prétextes), on porte une atteinte directe à ce qu’il reste de l’instrument démocratique (le vote). Étant aussi entendu que les manifestations de rue (ou les grèves), tels les cortèges (ou les occupations) de novembre 2010 n’ont aucune signification pour le pouvoir Sarkozyste. La volonté patente de surinterpréter l’élection présidentielle de 2007, suivie de l’élection législative révèle l’attachement à la France de 2007. Comme s’il fallait mettre le pays en stase politique, pour pouvoir aller au bout d’un programme. Un programme qui se sera fracassé sur les contraintes du réel. Et c’est bien avec le réel que l’UMP a maille à partir. Un réel rétif aux incuries des politiques du gouvernement, qu’il faut contrefaire, si ce n’est par des actes, au moins par des mots.

Vogelsong – 26 septembre 2011 – Paris

Des primaires qui incommodent la droite ?

“Les élus ne distribuent pas l’argent à la tête du client, c’est interdit par la loi” A. Montebourg

Le Parti socialiste se lance dans l’organisation des primaires pour désigner son candidat lors des élections présidentielles de 2012. À ce titre, l’usage des listes électorales des mairies est requis. D’abord circonspects, les dirigeants de la majorité montent au créneau préoccupés par leurs utilisation. J. -F. Copé notamment, s’inquiéte du caractère attentatoire à la vie démocratique et de possibles pressions, “dans les villes socialistes, vous imaginez les conséquences pour les agents municipaux ou les présidents d’association qui ont des subventions, s’ils ne participent pas à cette parodie d’élection ?”. De son côté, N. Kosciuzko-Morizet s’enquiert “de toute façon, même si la liste est détruite après, sur le coup la liste a existé, donc on sait qui, dans sa collectivité, se déclare comme étant de gauche ou étant de droite”. L’UMP en croisade contre le clientélisme, le fichage, c’est une grande nouvelle.

Sur le plan juridique, l’utilisation de listes électorales semble une cause entendue, selon la CNIL. “Le code électoral permet à tout électeur, tout candidat et tout parti ou groupement politique de prendre communication et copie de la liste électorale, à condition de s’engager à ne pas en faire un usage commercial”.

Les ténors de l’UMP évoquent des positions philosophiques sur le respect des libertés et de la transparence. Mais on peut aussi y voir une posture qui tient plutôt de la leçon de morale politique visant à décrédibiliser l’évènement qu’organise l’adversaire. On peut lire en creux, que l’exercice démocratique du PS permettant de désigner le candidat qui va le représenter laisse apparaître un fossé dans les pratiques. N. Sarkozy s’est auto désigné candidat laissant aux ambitieux comme alternative, le casus belli ou la soumission. On se souviendra qu’en 2006, l’UMP avait organisé un vote parodique entre M. Alliot-Marie et N. Sarkozy. Qui fait figure aujourd’hui d’anecdote ridicule.

On peut déceler aussi autour de ces déclarations la volonté de cadenasser un mode de fonctionnement. Curieusement les deux ténors qui s’expriment contre des primaires figurent parmi les plus pressentis pour concourir en 2017. J. -F. Copé ne cache pas depuis une bonne décennie sa dévorante ambition. N. Kosciuzko-Morizet chouchoutée par les médias s’y verrait aussi parfaitement. Stratégiquement, préempter les places, tenir l’organigramme pour décourager les audacieux. Et plier l’affaire en réglant la désignation par cénacle entre soi. Mais surtout se préserver d’une hypothétique contagion démocratique (issue du PS !). Le fonctionnement vertical de l’UMP ayant largement fait ses preuves.

Pour ce qui est du fichage et de la surveillance, le sarkozysme a élevé la pratique au rang de fétichisme. OWNI notait que depuis 2002, où N. Sarkozy occupait le ministère de l’Intérieur, 44 fichiers policiers ont été créés. Qu’en 2008 eu lieu le scandale du fichier Edvige, qui sans la pugnacité des associations comme la Ligue des Droits de l’Homme aurait vu le jour, sans que ni N. Kosciuzko-Morizet, ni J. -F. Copé ne s’en offusquent. Que de la même manière les tests ADN allaient de soi pour une bonne partie de la majorité présidentielle (et pour le N. Sarkozy de 2007). Même sanctions pour la frénésie de la vidéosurveillance.

Magnanime, le maire de Meaux s’inquiète du sort probable réservé aux fonctionnaires ou aux présidents d’associations qui ne voteraient pas aux primaires. En l’occurrence qui ne feraient pas allégeance à la gauche. Quand il s’agit de discréditer les projets du PS, toutes les victimes même potentielles sont les bienvenues. Mais c’est surtout dans la tournure d’esprit qu’il faut entendre les propos du député. Soit, il est lui-même un parangon de l’équité et la démocratie au sein de sa collectivité (ce qui ne semble pas être le cas), et il se pose alors en redresseur de torts au côté d’hypothétiques victimes. Soit, il traduit de manière subtile sa vision personnelle ses relations de pouvoir au sein de la communauté qu’il dirige. En d’autres termes ouvrir ou fermer les vannes financières au gré des génuflexions.

Au début considérées comme une séance d’automutilation pour la gauche, les primaires semblent aujourd’hui incommoder la majorité présidentielle. Cette consultation citoyenne révèle par différence les carences du parti présidentiel. Dont les pratiques s’accommodent parfaitement du dirigisme et du culte du chef. Dans un renversement vertigineux des valeurs, où on va alors faire porter la charge quasi totalitaire d’un scrutin à ceux qui l’organisent.

Merci à @Val_do pour les références sur la mairie de Meaux
 

Vogelsong – 20 juin 2011 – Paris

Haro sur la pensée unique !

“On est en guerre, on est zone de guerre, on a des gens qui tirent sur les flics à l’arme lourde” E. Levy 19 juillet 2010 sur RTL

Quatre années difficiles, mais pas vaines. La France depuis 2007 émerge du purin égalitariste qui la sclérosait. Et cela ne se produit pas sans heurts, l’œuvre est cours d’achèvement. Mais malgré tout, l’hexagone s’est mis sur de bons rails. Caricaturalement la gauche archaïque s’est bornée à geindre sur le retour des valeurs, en ce sens continuant l’œuvre de déstructuration soixante-huitarde du grand roman national, mais sans jamais y apporter la moindre des visions pour le pays. Mis à part un mondialisme débridé égotique et gentillet. Ne sachant s’il fallait s’adonner au libre-échange internationaliste tout en restant focalisé sur les vieilles lunes néo-marxisantes. La France depuis mai 2002 s’est refait une jouvence, renouant avec la grandeur culturelle de ses valeurs, occidentales et chrétiennes. Dans un conservatisme qui place de nouveau l’hexagone sur le chemin de l’Histoire, la grande, celle des peuples.

Devant l’impossibilité de faire plus sur l’économie et le social, avec la crise de 2008 qui a largement amputé les marges de manœuvre, les dirigeants français se sont focalisés sur le fondement, le peuple. Comme le martèle dans ses éditos et sur son blog I. Rioufol, la période actuelle correspond à la résurgence des nations. Un mouvement de fond dans toute l’Europe où les citoyens de chaque pays s’unissent autour du lien ancestral avec la culture, les racines et le pays. Longtemps isolée la pensée conservatrice et réactionnaire a finalement repris sa liberté. Tel un M. Droit démultiplié, le nouvel air du temps permet de donner la parole à E. Zemmour, R. Ménard, E. Levy, E. Brunet et bien d’autres, qui irriguent enfin de leur fraîcheur d’esprit l’univers flasque et culpabilisant des médias sous influence bobos post-mitterrandiens.

Il aura tout de même fallu instaurer un climat pour que tout cela soit possible. Mettre en place une stratégie générale, venant du plus haut sommet de l’État. Une stratégie simple et efficace, dont il faudra rendre grâce, à sa juste mesure, au conseiller présidentiel en clivage national, P. Buisson. Car la France a trouvé dans ce fin lettré, historien de la collaboration horizontale des femmes françaises sous Pétain (dont l’adaptation de l’oeuvre à la télévision est en préparation), un penseur à rebrousse-poil, qui a sorti le pays de sa torpeur bien-pensante. On a pu voir à quel point la France avait soif de débat sur l’identité nationale ainsi que sur la laïcité. Un débat trop longtemps mis sous l’éteignoir d’une caste de gardiens en maintien social. Cette gauche morale, stérile et pontifiante qui ne possède comme seule valeur la destruction des valeurs.

La période aura aussi été l’occasion de porter au pinacle des politiciens courageux, nourris du débat intellectuel suscité par les intellectuels (sus cités) de la nouvelle droite. J. F. Copé qui ne cache pas ses intentions de briguer la plus haute fonction de la République n’a pas hésité lors d’une émission de T. Ardisson à se confronter très hardiment à une adolescente voilée prénommée Dalila. Très didactiquement J. F. Copé exposera les deux problèmes majeurs que pose cet accoutrement religieux, que le visage participe au vivre ensemble dans une société démocratique. Valeurs auxquelles sont très attachés les membres de l’UMP. D’autre part que le visage découvert est nécessaire à la sécurité. Absolue nécessité compte tenu de la période troublée et des risques d’attentats extrémistes. Ébranlée par la conviction de rhéteur UMPiste, la jeune voilée fondra en larmes dans les coulisses. Une victoire, enfin, pour la démocratie.

Mais il reste beaucoup à faire. Sur internet par exemple, bien que les réseaux de la droite nationale soient très actifs, quelques petits donneurs de leçons continuent à servir une soupe tiédasse dans la sphère mainstream. Quelques roitelets désoeuvrés comme Sarkofrance qui scrutent chaque geste du président de la République. Ou autre G. Birenbaum chroniqueur à chemises Lacoste qui assomme chaque jour les lecteurs de sa pensée médiocre. Voir aussi la nuée de blogs post-trotskystes ou islamo-gauchistes qui enkystent le débat sur Internet, tels les sites de SebMusset, Intox2007, Brave patrie ou d’autres piliers de bar gauchistes. Mais cette citadelle bêtifiante n’est pas inexpugnable, d’ailleurs un lent travail de sape a déjà commencé. Sur le plan politique, les idées de droite sont fièrement portées par les représentants de la I-riposte qui quotidiennement remettent de l’ordre dans le salmigondis des critiques gauchistes. Médiatiquement avec l’avènement du site Atlantico, authentiquement libéral et conservateur, la libre parole dispose (enfin) grâce à ses fines plumes d’un espace ouvert qui permet l’émergence du débat de société sur d’autres bases que celle qu’une petite confrérie issue du cercle de la raison.

Pour que la France entre dans un autre âge, celui de la modernité, il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin. Occuper l’espace de la pensée, des médias pour atteindre les objectifs supérieurs pour le pays. 2012 doit être une confirmation du virage pris par le pays en 2007. Puis en ligne de mire 2017, avec très probablement J. F. Copé comme président. Qui résonnerait comme la victoire définitive de la pensée sur la paresse, de la volonté sur la mollesse.

Vogelsong – 1er Avril 2011 – Paris

La complainte du condamné

“Et pendant que vous y êtes, si vous pouviez supprimer leurs subventions (aux associations antiracistes), cela ferait du bien au budget de l’Etat” – E. Zemmour aux élus UMP le 2 mars 2011

La conférence organisée par les réformateurs libéraux sur le thème “Les normes vont-elles tuer les libertés des Français ?” aurait tout autant pu s’intituler “La relativité des valeurs dans la France de N. Sarkozy”. À cette occasion, E. Zemmour a pu exposer toute la roideur de ses thèses. Profitant du contexte, condamnation récente et auditoire pleinement conquis, il s’en est pris à la Halde, l’antiracisme, et au politiquement correct. Dans une France plombée par une ambiance liberticide où il incarne la libre parole. Muselé, mais revêche, discriminé, mais debout, tel un résistant. Au vu du nombre de caméras sur place, la couverture médiatique de l’évènement, tout a été dit sur cette rencontre. À part peut-être, et paradoxalement, ses accents relativistes.

On pouvait lire l’épanouissement sur les visages d’H. Novelli et de J. -F. Copé. Une salle comble, des journalistes par dizaines, pour un séminaire qui n’aurait pas dû faire une ligne, une image en temps normal. Promotion plein régime, saturation des antennes, l’extase médiatique selon les canons de la communication droitière. Le député maire de Meaux, par contre, prit son air courroucé pour donner une leçon de démocratie à un journaliste trop entreprenant : “Heureusement que dans un État de droit, quand on est condamné et que (…) l’on répare sa faute, on n’a pas cette étiquette sur le dos toute sa vie. Quand même, ça suffit!”. Comme une évidence.

Pourtant autre son de cloche que lors de l’affaire d’A. Soumaré qui pimenta les élections régionales de 2010. Une tête de liste du PS avec un casier judiciaire. Dans la République irréprochable façon Sarkozy, impensable. J. –F. Copé, malgré les preuves et dénégations, continua (même après réfutations) de guerroyer : “Il y a tout de même des faits avérés”.

En 2008, J. -M. Rouillan rencontra O. Besancenot en marge de la création du NPA. L’ex-membre d’action directe condamné à perpétuité pour deux meurtres donna une interview à L’Express alors qu’il était en liberté conditionnelle. Avec une tonalité politique, et sans reniement de son histoire. Cela mit (à tort ou raison) tout le landerneau politique en émoi. J.-F. Copé ne s’était pas privé d’accuser le “postier” du parti anticapitaliste d’employer “la même stratégie que Jean-Marie Le Pen il y a vingt ans, en ne reculant devant aucune provocation”. Relativisme…

Au-delà des prises de position de J. –F. Copé, c’est toute la posture de la droite qui suscite l’interrogation. Non pas qu’il soit interdit d’inviter un condamné. Bien au contraire. Ce qui interloque c’est la variabilité opportuniste de la posture face aux condamnés. Et de fait face aux victimes.

N. Sarkozy apprécie les victimes, partager leurs souffrances. Dans ce deal des émotions, il aime montrer son empathie avec ceux qui souffrent. N. Sarkozy plus que tout autre pratique le dolorisme politique, la victimophilie compassionnelle. Le 21 avril 2009 à Nice il proposera que l’on examine “dans quelles conditions on pourrait voir que la victime, elle aussi, a le droit à un avocat à la minute de l’agression qu’elle subit (…) Il n’est quand même pas extravagant de demander que la victime soit traitée dans la même condition que le délinquant”. Des lamentations télévisuelles jamais suivies d’effets. Mais la marque est là.

En Invitant E. Zemmour, les libéraux de l’UMP actionnent le ressort de la contestation à l’ordre établi, à la chose jugée, à la hiérarchie des normes qui sont prônées au sein même de ce parti. Les victimes du procès entre E. Zemmour et les associations antiracistes sont les associations antiracistes et par là même tous les discriminés. Alors que J. –F. Copé comme H. Novelli laissent entendre qu’E. Zemmour est une victime. Un penseur minoritaire que des forces tentent de faire taire. Une victime de l’État. Voire de la justice. Ou des forces immanentes de l’extrême gauche moralisante. Ou d’on sait qui…

L’aréopage UMP (qui se félicitent de la présence du journaliste penseur) auraient pu depuis dix ans qu’ils sont au pouvoir mettre en place une loi sur la liberté d’expression, type 1er amendement des USA. Au lieu de cela, ils organisent des célébrations de martyres… Dans un pays où ils sont aux commandes. Alors soit l’extrême gauche a infiltré tout l’appareil de décision, y fait régner une omerta orwellienne (comme le précise E. Zemmour déjà invité par N. Dupont-Aignan à l’Assemblé Nationale aux Etats généraux de l’indépendance en décembre 2010), soit le gouvernement organise lui-même les débats et les contre-débats. Un trust médiatico-politique pour occuper tout le terrain de ce qu’il reste de pensée dans la France d’après. Dans les deux cas, la démocratie souffre de carences fatales.

À point nommé, le 22 février 2011, l’INAVEM et le gouvernement organisaient “la journée pour les victimes”. Où étaient présents notamment les futurs ex-ministres M. Alliot-Marie et B. Hortefeux. Eux-mêmes “victimes” ou “coupables”… C’est selon.

Vogelsong – 3 mars 2011 – Paris

Zemmour s'égaye à l'UMP

La régression, sans tabou

Aborder les sujets importants sans tabou est une spécialité de la droite française décomplexée. Parangon de l’exercice, J. F. Copé avocat-politicien multicarte profère continuellement sa maxime “sans tabou et sans langue de bois”. Dans sa quête de réformes, l’UMP fidèle à sa doctrine impose une remise à plat des vieilles lunes qui empêchent le pays d’entrer dans l’âge moderne. Évidemment, ce ne sont que fariboles pour distraire la galerie de journalistes transcripteurs du sérail mondain. Car les tabous de la classe dominante sont circonscrits à des thèmes soigneusement choisis. Une stratégie verbale d’immobilisme et de conservation.

Championne du changement, la droite française à l’entame de chaque négociation met en avant son volontarisme pour rompre avec les idées reçues. Il y a toujours sur un plateau de télévision ou à la radio, un X. Bertrand, F. un Lefebvre, un J. F. Copé ou un quelconque sbire du sarkozysme pour affirmer qu’il faut briser les tabous. Dans l’étroite envergure d’analyse que permet la doxa libérale, la question des retraites ne peut, par exemple, être résolue que par l’allongement de la durée de cotisation. L’inexpugnable citadelle de nantis qui désirent cesser la besogne après trente-sept années de complet labeur, se voit ostraciser dans la catégorie des gardiens de la vieille religion des privilèges indus. Car comme le veut la rengaine baverezienne bien apprise : “Comme l’espérance de vie augmente, la durée temps du travail doit augmenter”. Vérité axiomatique immanente. L’étirement illimité du temps de travail est inéluctable. Mais on ne sait finalement pas pourquoi. Pour la droite, les retraites sont un tabou que personne ne veut remettre en cause. Si ce n’est que depuis plus de 10 ans, sous forme ultra répétitive, éditorialistes, politiciens désinhibés et scribouillards de la pensée molle en parlent pour définir “un mal bien français”.

Les spécialistes en mutations sociales du parti sarkozien évoquent continuellement la compétitivité pour déployer leurs plans de conquêtes. Le tabou de la flexibilité doit être oblitéré, ce que proclame l’inspirateur sarkozyste N. Baverez, “sans flexibilité accrue du travail, sans souplesse des modes de production et des entreprises, la croissance intensive, seul antidote durable au chômage et à l’exclusion, restera inatteignable”. Repris en cœur par le nabab de Libération, L. Joffrin, “Le tabou, c’est la flexibilité”. CQFD, à “gauche” et à droite. La société française est bloquée. On n’ose pas prendre les décisions vitales pour les pérennités de notre pays. Par manque de courage, on n’aborde pas les problèmes vitaux. Un tabou. Encore. Sauf que la presse économique ne parle que de cela.

Égrainer le chapelet de tabous anti sociaux dont la médiasphère aux ordres rebat continuellement les oreilles relèverait de la besogne “sisyphienne”.

Si l’on veut respecter les codes de la bienséance d’une société, il y a des sujets qu’il ne faut pas aborder. Sous peine de désordonner une hiérarchie tranquille et bien établie. Faire croire que l’on brise des tabous en vociférant sur des sujets déjà largement abordés, comme la remise en cause des acquis sociaux permet de dissimuler les vrais enjeux d’un ébranlement du système. Une stratégie déceptive relevant du novlangue, une application parfaite de la “doublepensée”, qui permet de redéfinir, et surtout d’exclure la pensée déloyale.

Les relations incestueuses qu’entretiennent pouvoir politique, pouvoir médiatique et pouvoirs financiers sortent du cadre habituel des débats qu’organisent sans “langue de bois” les myrmidons de l’UMP. De même que la politique excrémentielle de haine de l’autre que charrie le pouvoir sarkozien. Mais dans la bouche des penseurs de l’UMP, point de tabous ici.

J. F. Copé comme ses séides du parti présidentiel pratique la parole flottante. Affublant de “tabous” les sujets rigoureusement sélectionnés donnant l’impression du mouvement, de la réforme et de la modernité. Mais n’étant que régression, préservation et accaparement de privilèges par des catégories de population déjà nanties. Toute parole est vérité. Pérorer qu’un acquis social est un tabou dans un environnement social en complète déliquescence, et en faire une vérité donne à penser que la démocratie poursuit sa dégénérescente mutation. Vers une logocratie où règne la vérité officielle par le verbe. Un régime insane, où les mots n’ont plus de sens, mais sont un outil de domination.

Sources :
M. Naussbaum - “Un monde sans pitié” - Le dossier G. Orwell du magazine littéraire
S. Fontenelle - Citations de N. Baverez et L. Joffrin

Vogelsong – 4 février 2010 – Paris