Un échange précaire avec l’oligarchie de Manpower

« Fluidité maximale propageant le mimétisme comme une gangrène, confusion de la mobilité avec le « nomadisme » douteux des jobs et temps partiels, solidarités expéditives de camaraderies de survie, tels sont les caractères de la nouvelle société civile asservie à l’équilibre » Gilles Châtelet dans « Vivre et penser comme des porcs »

Ce sont de petits miracles quotidiens dont nous gratifient les médias hexagonaux. Depuis 2008, on a pu se rendre compte à quel point le système économique, ses commanditaires et ses profiteurs fonçaient droit dans le mur. Conduisant avec eux 99 % de la population. C’est donc par miracle que l’on peut encore se référer à de telles ignares pour continuer à commenter l’actualité économique. Ces petits bouts de miracles qui permettent à ces incompétents de rester en vie médiatique, on les doit, par exemple, à A. Bensaïd, animatrice d’une chaine publique, France Inter, qui inflige chaque semaine à ses auditeurs, une leçon de pragmatisme économique vu de tout en haut. « On n’arrête pas l’éco », titre inéluctable du programme. Inéluctable, mais pas tout à fait définitif, puisqu’elle pourrait facilement y accoler « de marché ». Puisqu’on ne parle que pratiques libérales du monde globalisé. En somme, un bavardage entendu sans une once d’alternative.

Le 22 septembre 2012, c’est F. Gri, directrice France et Europe du sud de Manpower qui débonde sur le travail, la flexibilité et la croissance. Une ennuyeuse leçon de vie en milieu professionnel qui aboutira au clou de l’interview avec la conclusion que « On a imposé le CDI comme une espèce de dogme !« . En forme de regret. Le salut passerait donc par la flexibilisation du marché du travail. F. Gri déplore les avantages de certains, les dualités et le risque. Elle dont l’activité principale consiste à faire facturer le risque du CDI contre l’assurance de ne pas se coltiner un salarié trop longtemps. Le travail intérimaire. Un business prospère puisque l’intérim concernait 261 000 travailleurs en 1981, pour atteindre 674 000 personnes avant la crise de 2008.

F. Gri aime les emplois stables, puisqu’elle est à la tête de l’usine à précarité Manpower depuis 2007, sachant qu’avant ça, elle orbitait de 1981 à 2007 chez IBM. Et de préférence bien rémunérée, puisque les émoluments à Manpower tournent autour de 400 000 euros de salaire annuel fixe auquel viennent s’ajouter 200 000 de variable (source CFTC de 2008). C’est assise sur ce monticule que F. Gri administre la leçon aux Français rétifs à la modernité.

Avec un bon demi-million d’euros, les petits tracas de la vie quotidienne n’ont pas la même saveur qu’avec un SMIC voire deux. Ce qui permet manifestement de dégager du temps pour dispenser son catéchisme et écrire des livres. Par chance, les réseaux sociaux permettent l’interaction, avec certaines limites :

Un petit point qu’A. Bensaïd, en totale pâmoison devant le sermon de F. Gri omit de soulever. Mais qui concerne une bonne partie de ses auditeurs.

La réponse arriva sans tarder. Qui ne manque pas de piquant, puisqu’elle pointe un mystérieux manque de justice.

Dans les pays où il n’existe pas de CDI, en pratique, de protection pour le salarié, il y aurait nous dit F. Gri plus de justice et moins de risques. C’est ce qu’essaie d’exprimer la championne de la flexibilité, qui n’a pas connu de précarité depuis 1981…

Le dogme c’est les autres, F. Gri est évidemment dans le concret du haut de ses  400 000 euros annuels. Le dogme, ça sonne évidemment « communiste », « lutte des classes »,  vieilles lunes utopiques. Ce qui intéresse F. Gri, c’est la justice. Une forme de justice. En substance tout le monde sous le même régime de flexibilité…

Que finalement, les nantis disposant d’immenses avantages, ce sont toujours les autres. En l’occurrence les travailleurs ayant un salaire moyen. Qui dispose d’un avantage divin, le CDI.

Mais puisqu’il faut être pragmatique, proposer des solutions en vue de rétablir la justice et l’équité, on pourrait supposer que la patronne de Manpower qui a des idées sur tout, soit réceptive à une proposition (honnête) :


Mais, de fait non…

Moralité : Il ne faut pas abuser de la patience de ceux qui savent.

PS : Les plus de 6 000 euros ne correspondent pas au 1er centile mais sont plutôt autour du  8eme.

Note : L’intégralité de la conversation est ici.

Vogelsong – 23 septembre 2012 – Paris

6 réflexions sur “Un échange précaire avec l’oligarchie de Manpower

  1. Parce que pour vous il faut être pauvre et au chômage pour avoir le droit de parler d’économie ??!! Ne parler pas d’une entreprise et d’un dirigeant que vous ne connaissez pas.
    Et avant que vous m’insultiez de collabo, je n’ai pas d’action chez Manpower. Juste l’envie de continuer à m’investir et à trouver du boulot à ceux qui le veulent vraiment…

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  2. Depuis son arrivée chez manpower en 2007, l entreprise ne s est jamais aussi mal portée. Les salariés qu ils soient permanents ou intérimaires veulent tous partir. Elle a déjà sévi chez ibm et maintenant manpower. Vivement qu elle parte

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  3. Parler de revenus en terme de centiles n’a pas de sens.

    Il me semble que le pb principal est de parler de « dogme », ce qui est la mode à droite pour critiquer la gauche (bon, il ne fallait pas le mériter!). Mais ce que dit Françoise Gri n’est pas faux: « on évalue le risque différemment dans les pays ou le CDI n’existe pas ». 1. C’est un fait. 2. plutôt que de « dogme », il faudrait parler de « paradigme » ou de « contexte ». C’est ce genre d’analyse et d’enquête qu’il faudrait faire (sinon, le terme « dogme » risque bien de s’appliquer).

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