Les super-riches ou le chantage affectif

“Quand on menace les riches ce sont les pauvres qui ont peur” F. Mitterand à Pau le 18 avril 1981

Quand la raison ne suffit plus, il reste les affects. Rien ne prédispose l’électeur moyen plafonnant à un SMIC et demi à prendre fait et cause pour le millionnaire. Il y a même tout lieu de penser qu’en ce bas monde, le travail ne conduit pas à l’opulence matérielle. Et que comble du malaise, le talent n’est pas valorisé à sa juste mesure. C’est ce que pourrait ressentir en son tréfonds une infirmière officiant en soins palliatifs, ou le patient technicien d’un SAV informatique qui perçoit les stridulations du nanti que l’on rançonne. Qu’entre le travail et le talent, la richesse et l’opulence, beaucoup font l’amalgame, usent de ressorts fallacieux pour se donner la bonne conscience d’entretenir le pire.

Christopher Dombres

Que lorsque l’on indispose un millionnaire en menaçant de l’amputer d’une menue partie de son magot, le laissant pour ainsi dire moins millionnaire, il y a toujours quelqu’un pour nous rappeler l’indispensable nécessité de l’abondant. De celui qui entasse au-delà de la limite et du raisonnable. Etant entendu, et on ne cesse de le répéter, que le monde est fait de rareté. Dans ce contexte, disposer de l’infini et pouvoir s’y servir à l’envi revient à profiter de la plénitude de l’existence. Comment a-t-on pu atteindre ce niveau de délire ?

Il aura fallu forger une opinion publique capable de prendre le parti des super riches. Un artefact de communication enrôlant l’immense majorité au profit d’une infime minorité. Pour que tous aient le sentiment de vivre le même rêve. Certains réellement, d’autres par procuration. C’est la magie des médias.

Pour évoquer la pauvreté on fait appel aux discours éclairés de riches politologues. Pour parler d’opulence on évoque les états d’âmes de ces ventrus que l’on va spolier. En insistant fortement sur le caractère confiscatoire du traitement. Quoi qu’il en soit le point de vue est toujours le même. Pour parler des pauvres on interroge les riches, et pour parler des riches on interroge les riches. La classe dominante fait la claque.

Comment ne pas expliquer aux 23 millions de salariés Français qu’ils ne seront jamais riches en travaillant ? Mais leur faire admettre l’absolue nécessité de soutenir une hyper classe lascive détentrice (en plus du capital) des symboles de la réussite, et de talent. Que ferait le pays sans le centile le plus fortuné ? Qui ferait travailler les gueux, les sans visages, dépourvus de “talents” ? Tout simplement en les enrôlant affectivement.

Car cela va bien au-delà du ruissèlement, thèse fourre-tout consistant à supposer que la richesse s’écoulerait du sommet vers les soubassements. Que le lucre des dominants finirait à la fin des fins par baigner du minimum les plus nécessiteux. En d’autres termes, qu’il y aurait une justice redistributive dans la chute des miettes.

Mais cela va bien au-delà. Vient alors la rhétorique du départ. Celle du détachement avec nos symboles. Car plus que la perte de leur manne financière, c’est la rupture symbolique avec le pays qui ferait mal à sa population. Footballeurs, acteurs, capitaines d’industries, objets de gloire quotidienne du système de communication de masse qui fait office de medias. Etrange spectacle que la fierté nationale d’un oscarisé à Hollywood, dont la piétaille se gargarise. Jusqu’à en oublier son propre courage, son propre talent. Et se sacrifierait même, elle et sa progéniture, pour conserver ce joyau dans le patrimoine culturel (mais surtout affectif) de l’hexagone…

…Délirant.

Vogelsong – 1er mars 2011 – Paris

Note : Citation de F. Mitterrand dénichée par Benjamin Oulahcene

19 réflexions sur “Les super-riches ou le chantage affectif

  1. Bel article dont j’ai beaucoup aimé le dernier paragraphe « Mais cela va bien au-delà »
    Peut-être y -a t-il une autre explication , c’est que chacun en son for intérieur aspire un jour à faire partie de cet univers de nantis . Tous les « grat-grat » , les « millionnaires » , les « qui veut gagner des millions » sont-ils une incitation à être riches ou le reflet d’un état d’esprit collectif et hypocrite , ou peut-être l’un entretient-il l’autre et vice-versa ?
    On est pauvre mais on veut être riche , alors pas touche aux riches , on ne sait jamais on pourrait faire un jour partie de ceux là , un héritage d’un oncle d’Amérique , un tiercé du vendredi 13 de l’année 2013 , que sais-je encore .
    N’est-ce pas Coluche qui disait « il y a les bons ( les pauvres) et les méchants (les riches) mais tout le monde rêve d’être méchant » .
    Je sais c’est un peu réducteur mais je suis comme tout un chacun , je rêve quelquefois de me prélasser les doigts de pieds en éventail après une vie trépidante à fabriquer « des mickeys en plastique » ( expression préférée de Cavanna) et quand je vois cette compassion dégoulinante pour ceux qui soi-disant sont les héros de notre temps , je me dis que le cerveau humain ne sert pas à grand chose !

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  2. Je ne serais pas si pessimiste.
    La proposition de FH (de taxation à 75% au delà d’1 million d’euros de revenus annuels) a fait mouche. La crise et la lourde dégradation des conditions de vie sont passées par là. Sarkozy ne pourra plus nous faire le coup de 2007; le cerveau humain sert bien à quelque chose et encore plus en ces circonstances.

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  3. Le problème est que cela est incompréhensible et serait bien la preuve de l’égoïsme des individus. Car ce qu’on prendrait aux « riches » serait bien peu finalement et cela ne les appauvrirait pas contrairement au fait de ponctionner toujours les pauvres qui eux ne seront jamais riches pour la plupart . La plupart des gens ne se servent pas de leur cerveau pour réfléchir mais pour éprouver. Les décisions et choix sont rarement rationnels mais bien plus souvent émotionnels chez un grand nombre.Voilà pourquoi il est facile de manipuler les gens.

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  4. ruissellement ah le bon mot, l’opinion est elle en train de changer : elle voit que les 4×4 ne ruissellent pas, même avec l’aide de Cetelem. Et le modèle de « millionnaire » qu’on a présenté à l’opinion « jeune » : le Footballeur pro, s’est révélé avec le temps vraiment méchant : Il se tape des putes mineures, et autres trucs plus ou moins gore.. au lieu de se contenter de montrer son cul dans les publicités.

    le + drôle c’est que leur équivalents US font faillite au bout de 2 ans une fois sorti des circuits pro.

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  5. Pour mettre fin au règne éternel de la misère Super vertueux élimina d’abord les Super riches, puis les très riches, enfin les riches et même les pas riches parce que Super vertueux était consciencieux.

    Les besogneux enfin libérés seraient toujours heureux, même les gueux qui doutaient car Super vertueux proposait gratuitement à ces malchanceux des cours …. de rééducation.

    Entre Super riche et Super vertueux, quel est le délire le plus dangereux ?

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  6. Lundi 5 mars 2012 :

    Martine Aubry affirme que Merkel ne souhaite pas rencontrer Hollande.

    La chancelière allemande, Angela Merkel, a fait savoir qu’elle ne souhaitait pas rencontrer François Hollande, le candidat socialiste à la présidentielle, a indiqué lundi la première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, sur i>Télé.

    François Hollande « avait demandé par courtoisie un rendez-vous avec Mme Merkel. Elle a dit qu’elle ne le souhaitait pas. Il a répondu : Dont acte », a dit la responsable socialiste.

    http://www.lepoint.fr/politique/election-presidentielle-2012/aubry-affirme-que-merkel-ne-souhaite-pas-rencontrer-hollande-05-03-2012-1437866_324.php

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  7. Vous avez raison. Ces pleurnicheries sont risibles. Mais il y a aussi des pleurnicheries de gauche, par exemple sur Rue89 à propos des sans-papiers, pas mal de vedettes fiscalement délocalisées aiment ça aussi. C’est un sport national la pleurnicherie….

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  8. Pingback: Variae › Les caractères de la politique (6) : Carla Bruni, la Marie-Antoinette #noussommesdesgensmodestes

  9. Pingback: Carla Bruni, en Marie-Antoinette de la Ve République : ” Nous sommes des gens modestes “ « MediaBeNews

  10. Bref, il ressort de tout ça que peu de monde s’est aperçu que les riches ont plus besoin des pauvres que l’inverse…
    La fabrication de riche est une machine à très mauvais rendement de conversion: Tu as vu combien de pauvres il faut fabriquer pour faire un riche ?

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