Les réactionnaires, c’est du Ramones (ou l’éloge du bobo)

“One, two, three, four” Ramones

La subversion prend d’heureux détours. J. Ramone déclarait lors d’une remise de récompense “dieu bénisse G. Bush, dieu bénisse les USA”. Les Ramones, c’est la ligne nihiliste rock, précurseur du mouvement punk, légataires de ce que la musique de la fin du XXe siècle a fait de plus abrasif, de plus véloce, de plus direct. Ils incarnent l’attitude ravageuse, si tant est que la musique ait pu l’être.

Christoper Dombres

Le hype dorénavant se niche dans la roideur. Après l’“anar” de droite blasé, place aux réactionnaires “joli teint” dont le phrasé rugueux tient lieu d’authentique pensée révolutionnaire. Aux USA, on voue une haine sans borne aux “latte”*, les bobos version US. Individu honni, être conformiste qui ventile des idées vaporeuses sur le monde “oui-oui”. Les nouveaux réactionnaires, ici et là-bas, sont les nouveaux révolutionnaires au sens primaire du terme, celui du retour aux sources.

Croire penser, ce n’est pas penser. Pérorer, jacasser avec rigidité n’est pas changer la société. L’obscène par ces temps ne s’incarne plus dans le raciste, le corrompu, le conservateur, mais dans le bobo, le bienpensant et mollasse. Dont la vacuité intellectuelle n’a d’égal que son ralliement au modèle dominant. En somme le libéralisme économique dont il a épousé tous les vices. Et dont il se permet d’en critiquer les finalités. Le traitre !

Il faut clore le débat. Le bobo n’existe pas. N’a jamais existé et n’existera jamais. Il sert seulement de projection fantasmatique à la conception étriquée de l’univers pour une sarabande de penseurs omniprésents. De Marianne à Atlantico, du Figaro au Spectacle télévisuel faisant tourner en fractales le nuancier des opinions dites “à rebrousse-poil”.

Car on commet une erreur majeure en opposant ce mouvement de réaction au paradigme libéral. On s’enfonce inexorablement dans le marigot nauséeux de l’assimilation, du parallèle, de la valorisation des hommes et de celle des objets. Que l’on traite d’égale façon. Tout d’abord le libéralisme (économique s’entend) s’accommode parfaitement de la politique des valeurs et de la rectitude imposée par ces réactionnaires. On peut même discerner une tendance à l’épanouissement des classes dominantes en milieu hautement policé. Comme si, sous l’œil des caméras de surveillance et de la “police” privée, les affaires prenaient des allures plus ouatées.

Ensuite, comme dans tout système bien rodé il faut des idiots utiles. En ce sens, les réactionnaires du Spectacle qui vomissent la mondialisation n’ont jamais fait avancer d’un iota les combats contre le libre-échange. Par contre, ils sont largement paraphrasés par les dirigeants au pouvoir dans leurs diatribes anti immigration (du sud), du retour des valeurs (travail, nation). On assiste à une entreprise de dépoussiérage qui pourvoit un argumentaire facile à un gouvernement en manque d’idées et d’initiatives. En somme de la sous-traitance de la pensée de marché.

Un lexique racialiste, un retour fondamental sur l’éducation, et surtout un cynisme envers ce qu’ils appellent “les bons”. Car eux sont les mauvais lucides, les empêcheurs de penser en rond, qui remettent les pendules à l’heure du monde réel. Qui tirent brutalement les « intellos de gauche» du rêve éveillé des utopies.

Alors, la mode est au dandysme nouvelle formule du vachard. Subversif, proche du peuple, car il le comprend, le connait. Il est l’âme du pays. Il tient d’un échange avec une boulangère ou un vendeur de légumes la quintessence de l’esprit gaulois. Bien loin du bouffeur de bio, ou autre adepte de la macrobiotique.

Les nouveaux punks sont dorénavant structurés. Ils récurent les tympans de leurs stridences haineuses. Et comme les (anciens) punks, ils sont recyclés au mieux par la machine à Spectacle. Qui s’entiche de ces défricheurs, hors normes, visionnaires. Des «empêcheurs de penser en rond», ainsi était qualifié joyeusement le contributeur réactionnaire de Rue 89 par son fondateur P. Haski. Ou bien, penseurs à rebrousse-poil qu’on décore de colifichets officiels. Tel E. Brunet, pourfendeur de tabous qui écrit “Être de droite un tabou français”, épinglé pour son oeuvre.

Les Ramones, fabuleux, ne comprenaient en leur sein qu’un seul membre reaganien et antisémite. Unique trublion, fasciné par la violence qui fit fantasmer et défraya la chronique. Un parfait idiot en somme.

*par opposition aux “coffees”, vrais américains buveurs de jus de chaussette. – Cf. Thomas Frank “What’s the Matter With Kansas? How Conservatives Won the Heart of America” 2004

Vogelsong – 3 janvier 2012 – Paris

23 réflexions sur “Les réactionnaires, c’est du Ramones (ou l’éloge du bobo)

  1. C’est comme ce fameux « politiquement correct », qui fait croire que les associations ont pris le contrôle des pensées, alors qu’il suffit juste de voir le malaise quand quelqu’un tient un discours féministe (par exemple), au travail ou en famille. :)

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  2. Formidable ton billet. Ça croise des réflexions que je m’étais fait en voyant Le Havre de Kaurismaki, que je trouve un très grand film politique, parce que précisément, ceux qui protègent le gosse sans papiers, ce sont ces petits commerçants ou ouvriers que les Pseudo dandys haineux de Causeur ou Marianne veulent croire à leur image, régressifs, cyniques, réacs.. et foncièrement assez bête.
    Et puis, remettons les choses à leur place: il y a eu , c’est indéniable, et d’immenses nihilistes ou cyniques, et de grands écrivains réacs. Mais les plumitifs et pamphlétaire de la bande à Zemmour/Brunet/ Finkie leur sont ce que la carpette en raphia des Cévennes est au tapis persan, ou ce que Trust est aux Clash.

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  3. C’est en beaucoup mieux dit et écrit ce que je pense aussi . De plus je me suis toujours demandé ce qu’on appelle « le peuple » .
    Le « bon » peuple , le « populo » , le people , le ….autant de termes qu’on emploie à tort et travers ! Chez nous il y a des hommes , des femmes , éventuellement des citoyens , des communautés , des classes sociales ( dont les définitions sont également à géométrie variable) , des artisans , des ouvriers , des professions libérales , des artistes , des handicapés , des prêtres ,etc ..Il y a même des employés handicapés et catholiques , des maçons athées et bien portants , des joueurs de foot étrangers et très bien payés …qui constituent la population . Mais « le peuple » connais pas !

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  4. Il serait bien de préciser que J. Ramone (sans S) est Johnny Ramone, guitariste du groupe et connu pour ses idées très conservatrices. Car il y avait un autre J. dans le groupe, Joey, le chanteur (décédé en 2001), qui lui était de l’autre bord. Les deux étaient d’ailleurs brouilés depuis des années, tout en continuant à distiller leur rock énervé sur les scènes du monde.

    Les Ramones n’ont jamais été un groupe à message et lorsque Johnny a eu ces paroles lors de l’intronisation du groupe au Rock and Roll Hall of Fame en 2002, celui-ci n’existait plus depuis plusieurs années.

    Je pense que si Joey avait été encore vivant, Johnny ne se serait pas permis de faire une telle déclaration au nom du groupe.

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    • Il fallait bien que je tombe sur un (autre) fan. Plus fan que moi.
      Je n’ai pu m’empêcher d’utiliser ces figures pour illustrer ce billet.
      Mais tu as totalement raison sur tous les points.
      (J’ai corrigé J. Ramones par J. Ramone)

      Merci

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  5. « L’obscène par ces temps ne s’incarne plus dans le raciste, le corrompu, le conservateur, mais dans le bobo, le bienpensant et mollasse. »

    Je ne suis pas certain, c’est le libéral qui est souvent montré du doigt (c’est vilain comme terme, vous en conviendrez). Nous assistons impuissants à la montée de l’étatisme partout dans le monde (soviétisation des esprits et délires de « régulation planétaire ») : ce nouveau modèle est présenté tantôt comme du « libéralisme », soit comme une « régulation du capitalisme » qui serait devenu fou (ce sont les experts qui le disent…). Les bobos se transformant à vitesse grand V en gogos, on peut effectivement dire qu’ils sont en voie de disparition.

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  6. Ou bien vous ne savez pas ce qu’est le libéralisme, ou bien vous ne connaissez pas Johnny Ramone. Votre article est au mieux mal renseigné, au pire nul à chier.

    Primo, Johnny Ramone n’a JAMAIS été anti-sémite. Et d’une.
    Deuxio, les RAMONES, et notamment sous la houlette de Johnny sont un des groupes les plus libéraux que je connaisse. Si ce n’est le seul. Certes Joey a été très important dans cet équilibre, mais Johnny s’est dévoué pour faire tout le boulot, tant Joey, Dee Dee, Tommy ou Marky en étaient incapables. Johnny détestait « The KKK », et pourtant il l’a joué sur scène des centaines de fois. Sans problème. Car Johnny, en bon libéral, acceptait que l’on soit d’un autre avis que le sien.

    Une fois de plus, évitez les amalgames : être républicain ne signifie PAS être anti-libéral, la preuve ? Ron PAUL.

    Dont Acte

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