Manuel scolaire ou de propagande ?

“Inscrite dans le Code de l’éducation, l’éducation à la sexualité doit avant tout reposer sur une démarche éducative qui répond à la fois à des questions de santé publique et à des problématiques concernant les relations entre garçons et filles non à des théories fumeuses.” Extrait de la lettre des 80 députés de la majorité adressée au ministre de l’Education

Privatiser totalement l’éducation relève de la pure chimère. S. Sihr de SNUIPP-FSU relevait au micro de France Inter que même les pays les plus en pointe sur la dérégulation ne s’y sont pas essayés. Trop couteux surement, mais surtout d’une complexité logistique que seule une administration dont la vocation est le bien commun peut supporter. Il est nécessaire de garder un système dual, dans la perspective de cranter les niveaux d’instructions. Et ainsi d’ouvrir des brèches pouvant servir le marché de niche de l’éducation privée. Mais au-delà de ces aspects de pur marketing, les lobbies n’abdiquent pas. La sous-traitance idéologique qu’elle soit d’ordre économique ou sociale s’avère pleinement envisageable dans une structure de service public. Les controverses récurrentes sur les manuels scolaires en donnent un édifiant aperçu.

“Si l’entreprise souffre d’une mauvaise image auprès des jeunes, c’est à cause de l’école” c’est sur ce constat lapidaire que se conclut le rapport de T. Lanxade président de Positive Entreprise. Un rapport datant de 2008 qui précède les recommandations du MEDEF de 2006 portant sur l’aspect partial des manuels scolaires en économie. Les ouvrages seraient gorgés de références inadéquates et nuiraient à l’image que l’on se fait de l’entreprise, en y préférant le misérabilisme social hérité du marxisme et du postmarxiste sociologique (de P. Bourdieu et consorts). Expurger les critères sociétaux de chômage, salaire, inégalités pour glorifier les conquêtes de l’économie néo-classique, en substance celle du libre marché et de l’entreprise. Ayant totalement colonisé l’espace public urbain, la quasi-totalité des consciences, les lobbys entrepreneuriaux s’attaquent aux racines, l’enseignement scolaire. L’objectif étant d’oblitérer toute perception critique sur le système économique dominant, dans un contexte de crise endémique, d’inégalités croissantes, et de baisse de niveau de vie. Laver de toute responsabilité (comme le chômage de masse) les acteurs majeurs du paysage économique contemporain, des écueils dont ils sont en partie responsables. Et Gommer ce qui déplait, c’est à dire une approche globale des rapports sociaux, en pensant qu’il est possible d’atténuer le mal. Substituer l’approche critique par l’inconnaissance, en vue de modifier l’ambiance, la rendre plus propice et donc supportable.

Deux enseignantes dont une se qualifie d’athée et d’ancienne socialiste, fustigent la théorie du genre dans les manuels scolaires de SVT, l’une d’elles estime « (qu’)enseigner la théorie des genres revient à remettre en cause Darwin et à enseigner le créationnisme ». G. Clerc journaliste militant catholique décrit cette approche comme “d’imposer une idéologie fabriquée aux États-Unis et dont le caractère philosophique, militant, voire intrusif, est patent.” Une lettre de 80 députés de la majorité adressée au ministre de l’éducation “alerte” le ministre sur les pratiques de certaines formes de sexualité. Ce qui horripile ces députés soutenus par les théoriciens vaticanistes, est que le conditionnement social puisse influer sur le sexe. En l’occurrence, qu’une inadéquation de genre puisse exister entre le sexe biologique et le sexe social. Bien que ne citant pas la théorie du genre sexuel, le manuel Hachette par exemple l’évoque de façon tacite : “Le mineur (de 15 à 18 ans) est libre de ses orientations sexuelles, c’est-à-dire qu’il peut avoir des relations sexuelles soit avec un homme soit avec une femme”. En introduisant une transdisciplinarité sociale, on approche un peu plus le réel, dans sa complexité et sa diversité. Approche perçue d’un très mauvais œil par une partie du corps social conservateur. Pour qui la simplicité tient lieu de compréhension…

Que cela soit pour modifier, amender, enrichir les programmes scolaires, il est patent (ici aussi) de constater que l’école sert de miroir aux tensions de la société. Et certaines fois de prétexte pour affirmer son idéologie. Quand il a fallu stigmatiser la religion musulmane, on a pointé le sanctuaire éducatif pour contraindre à la “laïcité”. Quand il faut normaliser les inégalités sociales, on trouve plus commode de positiver les bienfaits du management. Quand il est préférable de nier l’existence d’un sexe social, à défaut de l’agonir, on préfère le cantonner aux aspects strictement biologiques. Faute de démanteler l’école publique, les potentats qui dominent la cité aimeraient l’asservir pour qu’elle corrobore leurs thèses. Une manière de sous-traiter leurs théories par le secteur public.

Vogelsong – 5 septembre 2011 – Paris

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4 réflexions sur “Manuel scolaire ou de propagande ?

  1. j’avoue (à ma grande honte) que je n’ai pas tout compris dans ton raisonnement…ce sujet relèverait d’un déni du darwinisme et d’une idéologie fabriquée au Etats-Unis d’après les sources que tu cites – tout en les contextualisant (pas dans un sens positif si j’ai bien suivi). Il serait introduit à l’école afin de poursuivre la propagande libérale/entrepreneuriale. Pourtant, le créationnisme, c’est bien dans la droite lignée de la prop libérale/capitaliste non ??? et les députés (de droite) qui s’y opposent, ils sont bien de droite, non ? donc lapin compris…(et en plus, je ne maîtrise absolument pas les tenants et les aboutissants du sujet, n’ayant pas suivi la polémique de ces derniers jours….j’aurais espéré que ton billet m’en apprenne un peu plus mais bontempi…)

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    • Si tu n’as pas compris c’est que le propos n’est pas clair.
      J’essaie de mettre en exergue que le fait qu’il y a des polémiques récurrentes sur les manuels scolaires. Sur deux axes, économique et sociétal.
      Et le fait aussi que l’école publique est le receptacle de ces pressions (entrepreneuriale et intégristes).

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  2. « Il est nécessaire de garder un système dual, dans la perspective de cranter les niveaux d’instructions.Et ainsi d’ouvrir des brèches pouvant servir le marché de niche de l’éducation privée. »
    Effectivement, ce n’est pas très clair, ni dans le fond, ni sur la forme…

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