Rumeurs sur Martine Aubry, le règne de la délégitimisation

“Si elle parvient à tuer ces rumeurs, elle montrera son pouvoir, son influence, sinon, cela sera pire.” Mry penseur politique du XXIe siècle

La frénésie pathologique qui touche le régime et ses séïdes se vautrant dans la calomnie démontre que la démocratie est aussi ignominieuse. Parce que pour le potentat, ses affidés, petits et grands, il y a beaucoup à perdre à un changement dans l’année 2012. Une preuve supplémentaire, pour ceux qui en douteraient, que l’oligarchie de droite, et l’oligarchie de gauche, même qualifiées du même vocable, sont quelque peu différentes. M. Aubry se retrouve étrangement sous les feux croisés des experts, journalistes et communicants qui ont tout à gagner à délégitimer la candidate. Un travail de sape qui au-delà du caractère putassier des méthodes montre les limites de la démocratie élective. “Mauvais système, mais le moins pire de tous” comme on se plaît à le dire. Qui néanmoins comporte sa part d’écoeurement.

La légitimité de l’élection présidentielle se construit bien en amont du climax électoral du scrutin, cette légitimation légalo-rationnelle. On peut même considérer depuis l’avènement du marketing politique, discipline totalitaire, qui a permi au “dire” de supplanter le “faire”, que le moment électoral n’est que le point d’orgue de ce que l’on peut appeler la légitimité charismatique. Ce qui compte c’est le momentum.

En l’occurrence, gagner la première phase consiste à la fois à bichonner son propre champion, mais aussi à salir l’image de l’adversaire. N. Sarkozy futur candidat conservateur en 2012, malgré un quinquennat stérile en terme de légitimité populaire (équité et liberté) s’attache à se construire un avatar paternaliste actif. En ce sens la presse people, comme une partie des médias mainstream jouent (même de façon inconsciente) ce jeu de polissage.

Dans le jeu de massacre médiatique, M. Aubry une semaine après l’annonce de sa candidature se retrouve pataugeante dans les miasmes de la rumeur. Y toucher sans en avoir l’air. C’est comme cela qu’elle se répand. Et dans ce cadre, la communication de droite s’attelle à détruire la légitimité charismatique d’un candidat potentiel.

Après l’édification de la figure moyenne -mâle à niaque, bon père de famille et fidèle, sain de corps, portant les valeurs nationales- on tente de rapprocher son champion de ce coeur de cible. Inutile de faire un dessin à l’électeur sur le joggeur futur père de famille, un tantinet porté sur les valeurs…

De façon diamétralement opposée, une lesbienne, alcoolique, dont le mari s’évertue à plaider pour des filles voilées, et qui de surcroît se présente à la fonction suprême comme on va au gibet…

Le marketing politique finalement c’est simple. Voire rudimentaire. Et c’est à ce type de détails que l’on mesure l’estime portée aux citoyens (par ceux qui les intoxiquent).

La démocratie athénienne dans sa grande imperfection avait mis en place le tirage au sort, ce qui pour J. Rancière permet de sortir de l’illusion du candidat né pour exercer. De s’affranchir des paraboles héroïques de l’homme providentiel. Que le marketing politique réactive faute de prise réelle sur les faits du monde.

Le plus triste dans cet étalage de poncifs marketoïdes réside dans la collection de valeurs archaïques déblatérée dans la plus totale décontraction. Tous ces jeunes hommes bien coiffés, bath’, dans le vent, véhiculent in fine un modèle social ranci. En creux : une lesbienne ne pourrait devenir présidente. Un ancien alcoolique serait d’emblée éliminé. Une physionomie « mafflue » ne siérait pas à l’esthétique présidentielle.

La démocratie se nourrit des oracles marketoïdes drappés dans l’illusion de la sagesse car ils aiguillent le troupeau. Marketoïdes au banc d’essai politique qui réalisent des coups en vue de l’échéance finale. Efficients dans le placement de la sniper alley du Spectacle politique post sarkozyste. Et dont on a pas fini d’entendre les échos.

Vogelsong – 10 juillet 2011 – Le Square

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16 réflexions sur “Rumeurs sur Martine Aubry, le règne de la délégitimisation

  1. Tout cela est vrai. Mais soyons honnête, une partie des rumeurs en question (sur l’alcool) sont déjà propagées depuis des mois à gauche, y compris par certaines franges bien définies du PS. La droite se contente, comme on dit, de mettre une pièce de plus dans le jukebox.

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    • « y compris par certaines franges bien définies du PS » je confirme, au congrès de Reims j’ai surtout entendu parler de ça, par exemple…

      Concernant le billet, la question n’est pas la rumeur. Tout à été dit. Mais la façon dont les communicants s’en servent pour marquer le terrain. Et faire élire in fine N. Sarkozy.

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  2. Intéressante question : En creux : une lesbienne ne pourrait devenir présidente. Un ancien alcoolique serait d’emblée éliminé. Une physionomie « mafflue » ne siérait pas à l’esthétique présidentielle.

    Vu ce que nous avons (enfin eux) élu en 2007: « Tout est possible » , ça dépend du contexte du moment du vote. Par ce que sur un malentendu tout est possible. Après bien sûr faudra gérer la suite, et ça c’est plus compliqué.

    sinon pourquoi mettre « MRY Penseur politique » en italiques? c’est une citation ou du LOL ? Après tu sais très bien que les gens ne lisent pas les projets. Tu as du me le dire, ou d’autres le disent. Donc là où est le débat ?

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    • Il s’agit surtout de constructions médiatiques (avatars) d’Hommes providentiels.

      Pour Mry, c’est une citation tirée de son dernier billet.

      Tu as raisons sur les projets. J’ai effectivement du te dire que personne ne les regarde. Malheureusement.

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  3. Un lien sur Twitter m’a conduite jusqu’ici. Ça fait du bien, vraiment du bien, de lire autre chose que de la prose délétère et dénuée de toute forme de recul ou d’analyse. Je souscris totalement à vos propos. Utlisatrice des réseaux sociaux (pour m’informer, ou informer), j’éprouve un malaise singulier, depuis quelques temps, en prenant la mesure de leurs éventuels effets pervers.

    Vous décrivez parfaitement les travers dévastateurs de la communication politique débridée au service du Mentor. Elle opère en boucle, omniprésente, têtue, inusable, obtuse, grossière. Ponctuée de « LOL », de « OUCH » et de « GLOP ». Insidieusement, rumeurs et propagande prennent ainsi le pas sur l’information, qui, elle, obéit, ou obéissait jusque-là, qu’on le veuille ou non, à certaines règles déontologiques et à une exigence de probité appliquées à une ligne éditoriale.

    Pire, j’ai le sentiment que le marketing politique assujettit le travail journalistique : les medias suivent le buzz. Jusqu’à parler quand ils devraient se taire faute de sources fiables, parfois même faute de source. Confère l’affaire DSK : Twitter et ses marketoïdes, prêts à dégainer leurs blogs ou leurs sites pour défigurer l’ennemi, ont marqué le NYPost et autres torchons à la culotte, relayant promptement chaque prétendue fuite à charge, souvent au conditionnel, mieux valant sortir couvert quand on piétine la présomption d’innocence. Presse et télés fast-food on suivi : malgré le manque d’éléments avérés, pas question d’être en reste sur un terrain très vendeur. Depuis la libération sur parole de l’ex patron du FMI, on a assisté à un rétropédalage collectif sur sa culpabilité. Mais rares sont à ma connaissance les médias qui ont fait amende honorable. Les marketoïdes, eux, ont changé de cible favorite illico. Facile.

    On en est là. Avant même qu’Aubry et son panache de rumeurs déboulent à la Une hier, la candidate à la primaire PS passait déjà dans la lessiveuse Twitter la veille : la maire de Lille avait osé confier au Point son aversion pour les réseaux sociaux. Les marketoïdes n’ont pas supporté l’offense, et sans doute vu là une opportunité idéale de ternir l’image de la dame. Ils sont montés au créneau en cœur, retweetant réciproquement leurs inepties consternantes dans une sorte de ballet jubilatoire. Naïve, et non engagée politiquement, j’ai osé un « C’est pas parce qu’on utilise le téléphone qu’on est obligé de l’aimer » en l’accompagnant du hashtag #fauxdébat… dans le vide : « ils » ne sont pas là pour réfléchir, mais pour démolir. Le bloggeur que vous citez en ital incarne parfaitement cette vacuité qui veut faire mouche. Comme un tract puant dans une boîte aux lettres.

    Une fois qu’on a posé le diagnostic, il s’agit d’éviter deux écueils :
    l’énervement qui amènerait au manque de lucidité ; la facilité qui inciterait à utiliser les mêmes armes, au service de la vérité. Quant à ce qu’il serait réellement possible de faire dans ce sens sans s’inféoder, je réfléchis. Si quelqu’un a une idée, je suis preneuse. Pardon pour la longueur de mon commentaire : en fait j’ai essayé de faire court (!).

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  4. Pingback: Variae › Les rites de la politique (5) : le financement de campagne électorale par petits dons

  5. Parallèlement aux images d’un Président bon-papa, parcimonieux dans ses interventions, magnanime devant l’agresseur d’Agen, il y a l’autre partie du boulot de la Com’ présidentielle avec – en tête de gondole Brice, Claude, Frank et en grand parrainage Edouard. Cet autre boulot, c’est la mise en œuvre des Conseils du premier Communicant (chiraquien et mitterrandien) Jacques Pilhan, décédé en 1998.

    La démonstration est la suivante : « Ben… Martine est victime d’abominables rumeurs mais souvenez-vous, il y en a un qui a été durement touché, c’est Chouchou et Chochotte et notre Chouchou, lui, il n’a pas bronché, hein ? Il ne s’est pas étalé dans les journaux en gémissant etc.
    Seconde version complémentaire : de toute cette gabegie née évidemment d’Internet ( le seul champ où l’info boule de neige est difficile à dégager), moi, Chouchou, je peux y mettre de l’Ordre et humblement, chers Français et chers Patriotes, etc.

    Ben, oui, c’est ça la Guerre 2012.

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  6. On est très très loin du simple marketing politique. Très loin des petites phrases de Mry, le PS vient de se prendre deux infowars plutôt gentillettes face à quoi, nous pauvres blogueurs et/ou militants et/ou intellectuels n’avons eu aucune réponse parce que le PS n’est juste pas prêt… et ça va faire très mal… (cf ici http://reflets.info/martine-a-la-plage-le-feuilleton-de-l%E2%80%99ete/ )
    sinon à quand un billet sur « où étaient les députés de gauche quand la loi sur le fichage a été votée ? » ça pourrait etre intéressant à faire comme billet… non ?

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  7. Pingback: Google vs Editocrates qui savent tout : une question ?

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