La normalité exceptionnelle : Une fiction anticosmétique de François Hollande

Il y a une énorme vague qui veut de l’épicé, du vrai tempérament et des vraies idées. Ceux qui sont déçus par moi ne le sont pas parce que j’en fais trop, mais parce que je n’en fais pas assez.” N. Sarkozy, sur le blog d’A. Leparmentier

F. Hollande traine sa bonhommie sur tous les plateaux. Exceptionnellement normal comme il veut apparaître. Un archétype périmé du marketing politique, le segment “monsieur tout le monde” qui fait plutôt penser à un “lucky loser”. À mille lieux des success-stories, dont l’étalon s’incarne dans l’homme providentiel, avec un talent politique proportionnel au charisme médiatique et à l’ambition personnelle. Une allure modeste à première vue, en rupture avec la formule gagnante habituelle. Mais plutôt bien pensée compte tenu du personnage et des circonstances.

F. Hollande rentre presque naturellement dans le personnage/candidat anticosmétique qui se présentera aux primaires socialistes, avant de concourir face à N. Sarkozy, pour la fonction suprême.

Il est banal, F. Hollande, physiquement, dans ses gestes, ses manières, son phrasé. Une antithèse de l’homme autosatisfait, néo-monarque incandescent façon énergie histrionique. Avec le maire de Tulle, on a plutôt à faire au Français moyen, ordinaire, en tout cas à une de ses digressions. Le crâne dégarni, ses 20 kg perdus, il est le péquin qui se débat dans les affres d’un physique toujours fuyant, celui qui renvoie à soi même, dans son miroir des matins blêmes, avec en mémoire les canons du monde des médias. F. Hollande c’est l’amplitude cosmétique de la banalité, des soirées fantasmatiques télévisuelles face à l’univers des parkings glauques de supermarchés et des mornes open-spaces.

C’est aussi le péquenaud moyen lourdé par sa meuf. Une meuf en plein mythe de jouvence. Car S. Royal rajeunit, ses passages médias défient l’entendement et le cours du temps. Une trajectoire différentielle ahurissante. Elle, s’épanouissant, retrouvant une liberté dans l’air du temps. La féminité moderne accomplie. Ce faisant, elle amplifie les deux images dans une résonance médiatique singulière.

Lui, se bagarre contre les aléas, tel le bougre lâché par la belle, qui tente de se recréer une vie sociale, professionnelle et charnelle. Son visage aujourd’hui émacié en témoigne, il a trimé dur et en a bavé. Une pugnacité à faire frémir une femme banale, ordinaire. Une Française…

F. Hollande c’est le type qui possédait une Fuego en 1987, comme seul capital symbolique de ces années fric. Le prototype du gars sympa qui buvait des coups au troquet entouré de potes. Le plus brillant de l’équipe. On lui a toujours dit qu’il méritait mieux, que son talent restait trop engoncé. Enfermé dans sa timidité d’homme insignifiant.

F. Hollande, c’est un peu tout le monde. Mais ce n’est aussi personne.

Car tout ceci est évidemment faux, un miroir aux alouettes, reflet troublé, passé au filtre des sens. Qu’importe si F. Hollande est un animal médiatique, un énarque, un rhéteur sous estimé, et aussi un bourgeois très bien intégré aux sphères oligarchiques. Dans la France du Fouquet’s, des costards griffés et du bagou décomplexé, l’ex-Premier secrétaire du parti socialiste évoque la simplicité d’une vie ordinaire. Un abîme morose du Français moyen, cœur de cible très mouvante des prochaines élections. Dans sa nouvelle peau, il donne le change. De manière exceptionnelle.

Vogelsong – 23 mai 2011 – Paris

Advertisements

14 réflexions sur “La normalité exceptionnelle : Une fiction anticosmétique de François Hollande

  1. Pingback: Tout Sauf Hollande : une construction médiatique » Chez dedalus

  2. consultons ensemble la liste des invités du dîner du siècle voulez vous ? Tiens ? Holande aussi…. Ah non, juste Martine Aubry… on n’est pas aidés, pour la rupture avec le capitalisme…Misère de l’oligarchie politique française. pour revenir au sujet de ton billet, Holande, c’est connu, a le charisme d’une moule et un passif qui permet de s’interroger à juste titre, là où Aubry, que je n’aime pas particulièrement, a cependant réalisé un bilan un peu plus constructif au PS… Mais de là à être présidente… Ce sera toujorus mieux que Marine Le Pen, hein ! En tous els cas, commed ‘autres, cette élection, je la sens mal, vu le climat ambiant…

    J'aime

  3. Pendant que l’on parle de la normalité, des kilos perdus, etc… on ne parle pas des propositions, des priorités, de la vision.

    « une transformation d’image que n’aurait pas renié Ramzi Khiroun et la bande des conseillers publicitaires de DSK. Un François Hollande amaigri et qui censure son humour ravageur au point d’être méconnaissable. »
    http://www.lepost.fr/article/2011/05/24/2504200_de-dsk-a-hollande-la-tromperie-du-candidat-providentiel_1_0_1.html

    J'aime

  4. Le bilan de Hollande comme premier secrétaire du PS n’est pas terrible. Entre l’absence de travail sur le projet, les synthèses bidons pour masquer la division du parti (voir les congrès de Dijon et du Mans), le soutien au TCE avant d’avoir eu le texte sous les yeux et le torpillage de la candidature Royal, difficile de trouver du positif dans ses 11 ans de mandat. Si le bilan était si bon, jamais le congrès de Reims n’aurait à ce point tourné à la catastrophe, avec une Aubry élue grâce à la fraude des barons locaux.

    Quant à la « normalité » et l’absence de charisme de Hollande, je veux bien y adhérer, mais si c’est pour retomber dans le conformisme néo-libéral comme DSK avant l’affaire du Sofitel, alors ça sera sans moi…

    J'aime

    • Tout à fait d’accord sur le bilan.

      Je pense que la comparaison avec DSK est impossible en terme de stratégie de com.
      Un candidat banal comme F. Hollande peut être redoutable contre N. Sarkozy. Qui préférait nettement affronter DSK. Disant qu’il était plus bling-bling que lui…

      J'aime

  5. Pingback: Variae › Si tu ne viens pas à Lagarde, on fera venir Lagarde à toi

  6. Pingback: Les Démocrates | Blog | Si tu ne viens pas à Lagarde, on fera venir Lagarde à toi

  7. Il faudrait peut-être sortir de l’homme providentiel, de son excellence, de sa banalité ou de je ne sais quoi. L’avenir de la gauche tient sans doute à un autre mode de démocratie qui conduira à d’autres modèles économiques. Hollande ou un autre, ça me semble dépassé avant même d’avoir existé. Je crois que nous allons vers de grosses surprises… Ce qui signifie que ce qui se passeran nous ne savons pas l’imaginer: C’est une note d’espoir.

    J'aime

  8. Pingback: Variae › La « présidence normale » – à propos de François Hollande

  9. Pingback: Tout Sauf Hollande : une construction médiatique » Le coin politique de dedalus

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s