Vous reprendrez bien un “21 avril 2002” ? Non plutôt un “27 octobre 2005”…

“Le réel c’est quand on se cogne” J. Lacan

La France sue la panique. La minuterie électorale s’emballe, le personnel politique conscient qu’il faudra émerger des décombres s’excite comme un pantin frénétique. Depuis 2002, date du basculement dans le préfrontisme, les baudruches électorales s’en sont remises aux recettes politiques incantatoires, occupant le terrain médiatique des positions acquises. Pour les partis d’opposition, particulièrement le PS, une décennie paralytique. Avec comme credo lancinant, pathétique : “on va s’y mettre”. À droite, c’est l’hémiplégie idéologique, puisque seules les sirènes extrémistes et réactionnaires résonnent aux oreilles du quarteron de dirigeants. Horizon Mai 2012, une multitude de prétendants, un seul élu, une ribambelle de déçus avec comme effet collatéral la possibilité d’un nouvel accident démocratique. Pourtant, rien ne change, on se complait dans l’anticommémoration d’avril 2002, sorte d’exorcisme républicain destiné à chasser ce mal qu’on aime tant finalement. Car il ancre l’ordre social, ramène les citoyens au stade infantile. Une démocratie fantasmée, sage comme une image, rythmée de campagnes électorales, puis d’une élection moyenne. Au bout du compte, mieux vaut un “21 avril 2002” qu’un “27 octobre 2005” ?

On s’active dans les états-majors des partis politiques. La machine électoraliste fonctionne à pleine puissance. Les responsables politiques se shootent aux sondages administrés à une population qui n’en peut mais. Une énergie délirante dépensée en anticipations, projections, analyses à la petite semaine d’échantillons d’individus désaffectés de la chose politique. Les partis échafaudent des stratégies de gestion optimales du corps électoral, pour rafler la mise. Des embryons de programmes politiques lâchés en place publique pour donner l’impression du mouvement, comme au PS, sachant que le candidat en fera ce qu’il voudra. Un défilé incessant d’égo qui squattaient déjà la place il y a 30 ans. À droite on mime une démocratie interne en envoyant en première ligne des seconds couteaux pour appeler à des primaires. Simulacre puisque la messe est dite. Tout un barnum politico-médiatique avec comme toile de fond le spectre du Front National.

Mais finalement que risque la démocratie avec la menace du Front National au second tour ? Un camouflet symbolique, privant d’une finale rêvée le cénacle de la raison du petit monde politique ? La remise en cause d’une bipolarisation qui se dissipe, non pas par la jonction des deux principaux partis, UMP et PS, mais dans la radicalisation réactionnaire du premier (matinée de frénésie entrepreunariale) et l’affadissement du second engoncé dans ses compromis gestionnaires et stériles. Finalement ce qui se joue c’est la survie d’un parti (au choix), pas de la démocratie dans son état actuel, décrépite. Un second tour comportant le FN ne fait aucun doute sur l’issue. Ne pas avoir tenu compte de 2002, et faire la morale sur les nécessités du rassemblement pour 2012 confine au ridicule politique.

En octobre 2005, trois années après les lamentations d’avril 2002, les banlieues s’embrasent. C’est l’irruption violente dans l’espace médiatique des habitants du no man’s land de la République jusqu’ici simples objets de discours. Pendant trois semaines les medias se perdent dans la fascination du feu. Donnant presque (et) par mégarde (un peu) la parole aux habitants des quartiers. Pas pour très longtemps évidemment, l’ordre sécuritaire bien hérité de 2002 retrouve sa primauté. Des sondages “qui changent tout”* comme celui du Parisien du 9 novembre 2005 viennent appuyer les nervis gouvernementaux. Puis le discours carré des responsables de tous bords, “favorables” à l’arrêt des violences (notamment contre le mobilier public et les voitures).

Pourtant, 2005 cristallise sous toutes ses formes les impérities de la République, celle que F. Fillon, dans une décomplexion orwellienne, un peu plus tard dans sa loi antiburqa décrira comme “fondée sur le rassemblement autour de valeurs communes et sur la construction d’un destin partagé, elle ne peut accepter les pratiques d’exclusion et de rejet”.

Dominations culturelles, économiques et symboliques, ségrégations géographiques, stigmatisation religieuse, les émeutes d’octobre 2005 en comportent les ferments, les échos politiques. Des échos qui résonnent jusqu’en 2007 puis 2012. D’ailleurs, la matraque Lepeniste sert parfaitement la dénégation des causes sociales aux problèmes périurbains, dépeinte comme de la violence pure, bestiale… Dans cette demande sécuritaire relayée de Marianne au Monde (L. Bronner) puis dans la sphère politique par les dérapages des sarkoziens (B. Hortefeux, C. Guéant) et socialistes (M.Valls). “avril 2002” a ravagé tous les esprits.

Pour les présidentielles de 2012, le programme de la gauche ne sera manifestement pas révolutionnaire, dans le sens où il ne changera pas les données fondamentales qui régissent l’ordre social. En particulier dans les banlieues, ce point focal, ce maillon faible, mais aussi ce miroir grossissant de toutes violences économiques et politiques. Il suffit de tendre l’oreille aux propos programmatiques des caciques socialistes comme F. Hollande “Il faut réussir le mariage entre la gauche et la France.” ou P. Moscovici qui “ne veut pas promettre la lune”…

Alors, éviter un nouveau “21 avril 2002” évitera-t-il un nouveau “27 octobre 2005” ?

* 73% des français pour le couvre-feux entre autres

Vogelsong – 21 Avril 2011 – Paris

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13 réflexions sur “Vous reprendrez bien un “21 avril 2002” ? Non plutôt un “27 octobre 2005”…

  1. « Pour les partis d’opposition, particulièrement le PS, une décennie paralytique. Avec comme credo lancinant, pathétique : “on va s’y mettre”.  »

    Tu es injuste, en réalité on est passé à une autre incantation : « on a bien travaillé ». A tout prendre je préférais encore la première.

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  2. Ahhh tu dénonces la dénégation des causes sociales aux problèmes périurbains, dépeinte comme de la violence pure, bestiale… .

    Mais dans ces problèmes, y’a de la délinquance, qu’on ne me dise pas que le dealer qui se fait 50 k€ mensuels en traffic a un existence causée par un problème social. Ni lui , ni ses « équipes » en mode mafia libérale ne veulent aller se casser le cul dans un job « normal » : Ils ont de l’argent facile sans sortir de chez soi, sans se faire chier à aller à la banque. C’est l’auto-entreprenariat avant l’heure en mode libéral carcéral : on enferme les gens, et on interdit aux « aliens » non clients de venir. Ca inclue flics et autres.

    J’en ai connu , ils me disaient : Mais pourquoi tu te fais chier à bosser pour des cons…

    Et ces mafias qui exploitent les gamins dans le métro et les forcent à voler (sinon on te casse un doigt le soir): le gamin est victime ( manque d’éducation, de soutien) mais la tête du traffic est là aussi dans le mode « gros tas de fric » sans sortir de chez soi.
    Après celui ou celle qui vole de la bouffe pour manger , oui y’a une cause sociale directe. Celui ou celle qui se prostitue pour payer ses études : oui cause sociale. Mais ceux là font ils les gros des statistiques sur ces problèmes ? ou même l’objet d’inquiétude politoco-médiatique ?

    Mais celui qui vole l’Iphone ou le sac d’un type ou d’une femme qui habite à 500 m de chez lui? Cause sociale ou pas ?

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    • C’est approche typiquement journalistique, du phénomène social dans les banlieues. Tu pourrais piger pour Marianne. Ça permet de se dédouaner des impérities de l’État. C’est aussi une approche raciale du phénomène de délinquance.

      Tu mets le doigt sur la délinquance générale qui se situe à tous les niveaux de la société. Il a des trafics mafias dans toutes les classes.
      Valider la spécificité de la délinquance dans les banlieues, c’est valider les ferments raciaux et culturels. Dans l’esprit du temps, celui de Zemmour.

      S’en remettre à la délinquance et oublier le revenu médian dans ces zones périurbaines, et le taux de chômage, c’est faire un boulot d’écrivaillon du Figaro et le cas échéant des aveugles du PS. Oublier l’interconnexion de ces phénomènes c’est valider que les Arabes et les noirs soient violents par nature. Que les plus pauvres sont des « bestiaux », comme le laissait entendre A. Thiers ou plus récemment N. Baverez.

      Réglons le problème économique dans les banlieues cause principale de la délinquance. PUIS ensuite occupons nous de la violence résiduelle avec fermeté.

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      • Approche journalistique, si on veut.
        Je la préfère à l’approche sociologique de laboratoire qui se cache derrière son petit doigt.
        Oui, il y a des mafias dans les banlieues et ce n’est pas le fait qu’elles soient composés de noirs d’arabes ou de martiens qui pose problème. Le problème c’est la mafia et celà demande d’être traité de façon policière.
        Par compte, qu’il y ait des problèmes sociaux, de la misère, du chômage, patin, couffin, c’est vrai mais c’est insulter les habitants de ces quartiers de mélanger le maffieux aux bagouzes en or qui nique la santé de toute une jeunesse avec la merde qu’il leur vend mais ne consommerait jamais et le jeune ou moins jeune, qui galère, qui n’arrive pas à nourrir sa famille.
        C’est aussi insultant que de me comparer à Bernard Tapie parce que l’on est, lui et moi blancs et Français. Comparer les pauvres et la mafia de banlieue se prétend généreux mais au fond est d’un racisme colonial infâme.

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      • Zut alors, mode binaire, Zemmour je suis donc ?

        Pourtant j’ai ecrit Mais dans ces problèmes, y’a de la délinquance, . Donc MAIS DANS CES, donc une partie. Et non je ne nie pas la misère sociale . Et ces bestiaux de dealers ne sont pas pauvres : ça roule sur l’or. Et je n’ai pas parlé de couleur de peau ou de culture : y’a pourtant du blond gaulois dans le lot. Ben oui, quand il faut aller vendre dans le 16e,7e ou 8e arrondissent …

        Si tu lis mon blog régulièrement, tu verra que je le dis : le premier problème c’est l’emploi (ou l’activité) à ce que je sache je n’ai jamais écrit ou pensé « sauf en banlieue ».
        Et sur ce problème de chômage, on n’entend pas la gauche, ni même la gauche de la gauche (lire le dernier billet de CSP).

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        • Certes. On peut être d’accord.
          Ce qui trouble simplement c’est que le billet tourne autour du désintérêt des politiques et de la question sociale dans les banlieues. Pas de la mafia.

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    • Pourquoi, Dagrouik, continuer d’opposer les explications collectives et les explications individuelles ? Pourquoi relever uniquement le problème de la délinquance dans l’évocation des problèmes des banlieues alors que régler le premier ne changera pas grand chose aux seconds ? Et enfin, pourquoi n’analyser les problèmes sociaux que sous l’angle des revenus ?
      D’abord, parce qu’il y a des délinquants et des criminels ainsi que des non-délinquants et non-criminels dans tous les milieux, n’essaye pas de nous faire croire qu’on oublie la dimension du choix et de la responsabilité dans ces « carrières ». Il est d’une mauvaise foi incroyable de nous accuser d’angélisme dès qu’on se pose la question des causes de cette délinquance. Mais toute la question est de savoir entre quoi et quoi on a le choix, quelle est la gamme de futurs imaginables pour un « jeune » suivant où et auprès de qui il grandit. Ensuite, les problèmes des grands ensembles ne sont pas que des problèmes de délinquance ni que des problèmes d’argent, il suffit de comparer la situation avec celle des zones rurales pauvres – et il y en a d’aussi pauvres que Gonesse-, pour voir la spécificité des problèmes de ces lieux et de ceux qui y vivent. Les habitants des banlieues isolées subissent les incessantes déclarations d’illégitimité que le reste de la société sécrète. Celle, de classe, qui discrimine à l’emploi (tu ne participeras pas à la production des richesses), qui discrimine au logement (tes enfants et les nôtres grandiront en s’ignorant) et même à l’entrée des boîtes de nuit (nous ne nous amuserons pas ensemble) , et celle, institutionnelle, du manque d’engagement de l’État dans ces territoires, où, comme en Sicile, la loyauté se porte vers qui comble ces manques (en terme de sociabilité, de ressources, etc…), c’est le biotope idéal de toute les mafias.
      Cette domination est si bien intégrée, que la violence de ceux qui souhaitent s’en décharger ne passe même pas sur l’ennemi de classe (et c’est pourquoi on s’étonne de l’a-politisation de ces jeunes qui n’ont même pas le bon goût d’aller casser à Neuilly plutôt qu’à Montfermeil ) mais sur son propre terrain et ses semblables, ou dans les représentants de ce qui est perçu comme une même machine : Pompiers/police/école/médecins/équipement publics, qu’on préfère chasser plutôt que de subir leur absence.

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  3. Je me souviens qu’au moment des émeutes de 2005 les zautorités dénonçaient les bandes « organisés » contre les CRS .

    Pfff ! Si le mouvement avait vraiment été organisé, ce n’est pas à coté de chez eux qu’il auraient mis le feu, mais dans Paris ou à Neuilly. Et sans prendre le RER pour se faire cueillir à Gare du Nord, hein !

    Qu’ont-ils réellement fait depuis 2005 ?
    Pas vraiment grand chose, sauf que le contexte a changé.
    On a vu que la main « invisible » du marché n’est qu’un immense godemiché qui le met bien profond au peuple pendant qu’une nouvelle aristocratie fait tout pour protéger et proroger sa position dominante.
    Cela génère un ressentiment énorme dans la population et pas que chez les « basanés de la république ».

    Et on est toujours loin du,moment où les délinquants en col blancs seront punis comme il se doit et où on laissera la police faire la chasse aux vrais déliquants/trafiquants plutôt que de remplir les statistiques truquées à coup de bricolages au plus facile.

    Alors comme la « gauche » « raisonnable », « gestionnaire » ne fera pas grand chose de différent que la droite (cf la Grèce), les gens se tournent vers les « solutions » qui leur semblent inédites, quoi que le cercle de la raison ordinaire en pense, nationaliste / frontiste, dans toute l’Europe. Ils se trompent, nous le savons, mais qu’est qui leur est vraiment proposé d’autre.

    Je ne peux que conseiller de lire Jorion, Bertho et Veraeghe, dont je partage grandement les vues.

    Ça va péter.
    Fort.
    Partout chez nous
    Et très bientôt.

    Mais soyons surs,
    Les forces de répressions sont prêtes.

    Arf !

    Zgur_

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  4. Intention de vote des ouvriers au 1er tour de la présidentielle de 2012 :

    Marine Le Pen : 36 % d’intentions de vote.

    Dominique Strauss-Kahn : 17 %.

    Nicolas Sarkozy : 15 %.

    Nicolas Hulot : 9 %.

    Jean-Louis Borloo : 9 %.

    Nicolas Dupont-Aignan : 4 %.

    François Bayrou : 3 %.

    Dominique de Villepin : 3 %.

    Jean-Luc Mélenchon : 2 %.

    Olivier Besancenot : 1 %.

    Nathalie Arthaud : 1 %.

    (Sondage IFOP Paris-Match, mardi 27 avril 2011)

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  5. François Chérèque : « légère baisse du chômage, grosse augmentation de la précarité ».

    Le secrétaire général de la CFDT François Chérèque a commenté jeudi les chiffres sur les demandeurs d’emploi au mois de mars en estimant qu’il y avait « une légère baisse du chômage », mais « une grosse augmentation de la précarité ».

    « Je ne vais pas cracher dans la soupe, quand le chômage baisse, c’est toujours une bonne chose. Ca fait maintenant plusieurs mois qu’il y a une légère baisse des chômeurs à temps complet (catégorie A), on peut s’en féliciter même si nous savons très bien que cette baisse est due surtout à une augmentation des contrats aidés », a déclaré M. Chérèque sur France Inter.

    Selon lui, « on a une explosion des contrats aidés, en particulier chez les jeunes ».

    Mais François Chérèque s’est alarmé d' »une deuxième tendance, une augmentation des personnes au chômage à temps partiel (catégorie B) » qui « sont des personnes qui ont de tout petits temps de travail ».

    « Nous avons deux tendances: une légère baisse du chômage, une grosse augmentation de la précarité », a-t-il résumé. « 60% des embauches sont des contrats de moins d’un mois. Une embauche sur six seulement en CDI (…) En 2010, dans les 19 millions d’embauches, il y a eu 13 millions d’embauches de moins d’un mois », a-t-il détaillé.

    Cela signifie, selon lui, « une augmentation des personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté ».

    Le leader cédétiste en a conclu que « nous ne sommes pas sortis de la crise, à l’inverse de ce que dit le ministre » du Travail Xavier Bertrand. « Il y encore 700.000 chômeurs de plus qu’avant la crise, donc nous sommes loin d’une sortie de crise », a-t-il affirmé.

    http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=d491589b0be1851b2be512944bf3ad6e

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