Les corps du dictateur, quand la République montre ses seins et courbe l’échine

“Je ne passerai jamais sous silence les atteintes aux Droits de l’Homme au nom de nos intérêts économiques. Je défendrai les Droits de l’Homme partout où ils sont méconnus ou menacés et je les mettrai au service de la défense des droits des femmes” N. Sarkozy – Campagne présidentielle 2007

La République s’offre une montée des marches. Comme au festival, les soieries légères, les broderies et fanfreluches pigeonnantes lévitent sur les tapis épais du palais. La cour ! Non pas pour des valses, ou un quelconque dîner de charité du Gotha. Pour satisfaire Narcisse et donner le change à la plèbe. L’accueil du dictateur H. Jintao, empereur communiste de Chine, met l’oligarchie française sans dessus dessous. Le petit monde des dominants de la villa Montmorency en proie aux hyper dominants planétaires. À ce petit jeu de gala dictatorial sous les ors de la République et les flashes médiatiques blafards, la France, la démocratie, les femmes en sortent rapetissées, amenuisées. Broyées par une violence symbolique pudiquement rebaptisée “realpolitik”. La République montre ses seins, mais surtout courbe l’échine.

Bal des faux-culs

La France prend la présidence du G20, pour l’adoubement, N. Sarkozy choisit H. Jintao, le dictateur chinois. L’occasion de mettre sous l’éteignoir les tracas dus à la flamme olympique, et de jeter un voile pudique sur les accointances “dalaïlamesque” de 2008. Comme se plait à le dire N. Sarkozy, il fait de la politique. Plutôt, de la realpolitik. En d’autres termes, il caresse le diable pour quémander un bien. Les turpitudes nécessaires qui garantissent les intérêts hexagonaux. La realpolitik, c’est aussi (et surtout) la réponse économique que l’on oppose aux droits humains. L’incontournable aveuglement pour sauver les emplois dans l’hexagone. En économie on ose tout. Le dominant simule le dominé. Le dominé fait comme si. Sauver les emplois en France en signant des contrats avec la Chine relève du drolatique ou du Sisyphien. La Chine a sacrifié une grande partie de sa demande intérieure de plus d’un milliard de consommateurs potentiels pour inonder le monde de produits divers et très compétitifs grâce à une main-d’œuvre bon marché. Les pays occidentaux ont opéré au nom de la globalisation un désarmement unilatéral. Un désarmement qui laisse des zones autrefois industrieuses aujourd’hui stériles et paupérisées. Aujourd’hui on prétexte sauver l’essentiel, alors que l’on n’a plus qu’à négocier l’accessoire.

Le président français tel un lilliputien parlant de son géant invité osera même : “Nous avons besoin d’une Chine qui tienne toute sa place dans la gouvernance du XXIe siècle”. Propos rapportés par Le Figaro qui laissent présager de l’atmosphère d’hypocrisie de ce type de rencontre. L’homme le plus puissant du monde invité par le nain économique qu’est la France invité à jouer un rôle dans le concert des nations. En diplomatie on ose tout.

Le corps diplomatique

L’oligarchie sarkozienne a aussi attifé ses représentantes pour un défilé. Devant un parterre de journalistes donnant du “oh” et du “ah” au passage de chaque carrosse ministériel. Tailleurs moulants, décolletés pigeonnants, fesses galbées dans des étoffes couteuses. Après que C. Lagarde en soierie ait pris une pose hollywoodienne, V. Hortefeux poitrine au vent joue de la lumière de sa chevelure de feu dans les focales. Y. Besson regard de braise balance ses épaules dénudées au bras de son mari au visage marmoréen. De deux choses l’une : soit on estime que la femme d’État assume son corps et l’exhibe dans sa version ELLE du féminisme. Soit on contemple atterré le spectacle des corps sublimés au service d’une cause abjecte. Des corps inutiles, dépositaires d’une politique d’État cautionnant la domination et la dictature. Car il n’y a pas d’intérêt supérieur à l’État qui oblige à participer à un tel spectacle, accueillir l’autocratie chinoise. Quoi que l’on dise, cette montée de marches festivalière fut un spectacle féminin. L’objet médiatique, quoi qu’en pensent nos libres penseurs, constitue un instant de double domination inouïe. Que beaucoup ne veulent pas voir. La domination d’un état sur un autre. Du plus puissant pays du monde, pratiquant le délit d’opinion, l’emprisonnement politique, la peine de mort. Et la sur-domination d’un sexe sur un autre. Des chefs d’État masculins en majorité imposent un défilé de potiches devant un citoyen médusé qui n’y voit que de la haute couture et du glamour. Cerise sur le gâteau, la presse s’en fait l’écho. Comme d’un épiphénomène, d’un moment enchanteur de la République, où les dignitaires festoient dans le luxe et le sérieux. Pour la grandeur du pays. Sans y lire ou tenter de décrypter les signes d’une décadence. Mais surtout quintessence des dominations.

En Chine on exhibe aussi les corps. Les exécutions par armes à feu sont publiques. Trois policiers accompagnent le détenu qui ne sait pas qu’il fait sa dernière marche. Deux gardiens lui tiennent les bras, le troisième lui loge une balle dans la nuque. Certaines fois des photographes sont là.

Vogelsong – 8 novembre 2010 – Paris

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27 réflexions sur “Les corps du dictateur, quand la République montre ses seins et courbe l’échine

  1. Connaissant bien les chinois, je dirais que les droits de l’homme en Chine ne progresseront jamais à coup de déclarations publiques embarrassantes et c’est pourquoi il est à mon sens idiot de demander à Kouchner ou Sarkozy de « parler des droits de l’homme » à Hu Jintao tout en réclamant à pouvoir le vérifier : s’ils s’en chargent et si l’on veut réellement que ça soit productif, il faut que ça se fasse à mots feutrés et pesés, pas avec une condescendance néo-colonialiste déplacée et ignorante des faits (par exemple, si les gens savaient quel niveau de cruauté et de barbarie avait atteint la théocratie des lamas tibétains avant l’invasion chinoise, ils ne réclameraient pas le retour aux affaires de son aristocratie).
    D’autant que la Chine progresse objectivement dans le domaine alors que la France régresse plutôt.

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  2. Bien vu .C’est exactement le spectacle auquel j’ai assisté ( à la télé bien sûr , car à part la cour, qui pouvait en approcher ?).
    Horreur et décadence , hypocrisie et cynisme , mensonges et bassesses , tout celà enrobé ( c’est bien le terme) dans un décors de bonbonnière . Beurk , C’est à vomir .

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  3. j ai la chair de poule quand j entends les pratiques concentrationnaires, de torture et de rafle, des autorités chinoises et que je regarde en même temps le beau défilé élyséen pour rendre hommage à un dirigeant responsable de crime contre l’humanité.

    L’absurde peut être, et le désespoir aussi

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  4. Toujours tellement bien écrit ! Mais…
    Pour une fois, je ne suis pas d’accord. Les gens ont heureusement aujourd’hui le droit de s’habiller comme ils le veulent et toute la polémique autour des robes des femmes ministres ou des femmes de ministres me fait halluciner ! et vous tombez tous dans le piège ! parce que oui, au lieu de parler de la Chine, on parle des robes des femmes… même des gens qui ont de la jugeotte le font et en ça, Sarko a réussi son plan comm’ : faire oublier les chinoiseries au profit des papotages sur les soieries de mesdames.

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      • oui au dessus tu fais une bonne chronologie accessible : la flamme, le petit Dalaï, et le tout dans un décor de G20…
        mais est-ce que le signe de la décadence n’appartiendrait pas au passé sur l’histoire des robes ? Je joue l’avocat du diable pour pousser la cogitation. Ca a été de tout temps comme ca, tu ne vas manger à l’Elysée en short-basket, la difference c’est qu’aujourd’hui, on nous montre le défilé alors que ce n’était pas le cas avant… n’est ce donc pas plus sain de nous le montrer plutot que de nous faire des cachoteries ?

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  5. Excellent ! Sur la Chine, tout est dit – et d’ailleurs il y a comme un retour de flamme des mensonges du Sarkozy de 2007 en ce moment, notamment la superbe vidéo où il promet une « république irreprochable ».

    Quant à l’usage des femmes, j’apprécie d’autant plus ce billet que personne n’y prête attention, comme si c’était normal de faire monter les poules au devant des chefs d’état ; depuis carla on s’est habitué à tout hélas.

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    • tout le monde y prête attention au Contraire que ce soit dans les journaux en ligne, les éditions web des canards ou sur les blogs… Idem pour les télé au vu des streams qui ont tourné.

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        • yep, je suis d’accord avec toi. je suis juste peinée que ce débat prenne la place de celui qui devrait se ternir autour de « recevoir le président chinois » et d etout ce que ça comporte vis à vis du monde et des peuples. Je n’ai pas les éditions papiers mais sur le web, c’est le défilé haute couture permanent. et ça m’attriste.

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  6. Personnellement, ce qui m’a heurté, c’est le fait de découvrir ces images après m’être pelé sous la pluie toute une après-midi dans la manif de défense des retraites.
    Le contraste était saisissant et je n’ai pu m’empêcher de penser à une forme d’ancien régime. Il est normal, je pense, de parler de ces images, sans pour autant tomber dans un « piège ».

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  7. « Sans liberté de louer, il n’y a pas de blâme majeur »
    Que réclame le peuple de France de son Roi de pic ? Non qu’il rallonge la durée du travail ou qu’il écourte la durée de vie mais qu’il nous redonne la dure envie de durer … Que réclame le peuple de France de son Roi de trèfles ? 3 ou 4 feuilles blanches pour qu’il puisse y inscrire son rêve sans se soustraire à celui des autres. Que réclame le peuple de France de son Roi de carreau ? De retrouver sa liberté au carré : celle de planer pour les planeurs et de flâner pour les flâneurs… Que réclame le peuple de France de son Roi de cœur ? Ni la réforme des retraites, ni le retrait des réformes, mais une vraie mélodie pour ne pas sombrer dans la mélancolie. En un mot, mon Roi : de quoi souffre ton peuple ? De l’ignorance…De l’insensibilité…De l’indifférence de ceux qui sont censés le représenter.
    http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20du%207%20sept

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  8. Déjà tu dis « soit on estime que la femme d’État assume son corps et l’exhibe dans sa version ELLE du féminisme. »
    – Il faudrait définir ce qu’est l’exhibition. est ce que porter une robe moulante est s’exhiber ?
    – et que devrait faire la femme d’état ? devrait elle s’habiller en homme d’état ?
    Tu poses clairement une vraie question. Est ce qu’une femme qui représente la France, doit arborer une tenue d’apparat qui met en avant son sexe ? (seul problème toutes les tenues féminines sont conçues en ce sens).

    Tu dis ensuite « Soit on contemple atterré le spectacle des corps sublimés au service d’une cause abjecte. Des corps inutiles, dépositaires d’une politique d’État cautionnant la domination et la dictature.  »
    et là je ne suis pas du tout d’accord car tu fais exactement ce que tu reproches au gouvernement ; tu réifies ces femmes. Oui recevoir la Chine tout bras ouverts, petites fours au frais, pose question ; mais pourquoi est ce que cela poserait davantage de problème quand ce sont des femmes qui le font que des hommes ? Qu’attendais tu de plus ? Personnellement je ne fais pas de différence entre un sarkozyste et une sarkozyste ; leur vision de la politique est la même (tout au moins autant qu’entre deux sarkozystes hommes). Je ne vois donc pas de raison de s’offusquer des falbalas des femmes alors que les hommes ont les mêmes, simplement ils sont plus dissimulés, moins éclatants. Ton texte me gêne car tu n’écris pas ; voir « Hortefeux, Besson en Berluti, costumes Chanel au vent : Des corps inutiles, dépositaires d’une politique d’État cautionnant la domination et la dictature »

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  9. Attentat de Karachi : Accoyer bloque des documents.

    Le président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer a écrit au juge enquêtant sur l’attentat de Karachi pour lui annoncer qu’il refusait de lui communiquer les auditions d’une soixantaine de personnes entendues par la mission parlementaire consacrée à cette affaire, affirme Le Parisien dans son édition d’aujourd’hui.

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/11/10/97001-20101110FILWWW00414-karachi-accoyer-bloque-des-documents.php

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  10. Pingback: L’oligarchie regarde la dictature | Piratage(s)

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