L’État UMP, la République croque-mitaine

“Les Français vont devoir s’y habituer : il y a à l’Élysée un homme qui en a… Et qui s’en sert” N. Sarkozy, propos rapportés par Le Canard Enchainé (jamais démentis)

Une frénésie irrépressible. La caractéristique saillante de l’exercice du pouvoir façon UMP. Frénétique dans sa manière de vouloir légiférer sur tout. Tout le temps. Une manière de gouverner à coups de lois. Le président N. Sarkozy fut élu sur le dynamisme. Pour le (dé)montrer, il délivre un règlement pour chaque fait divers, chaque sujet. Ses apôtres font de même. Dernier ersatz “bolchevique” en date, le député UMP Y. Bur invente le paquet de cigarettes sans logo. Raison invoquée, la lutte contre le tabagisme… Une broutille comparée aux 20 lois sécuritaires de N. Sarkozy, une peccadille au regard des annonces sur la déchéance de nationalité, une bagatelle aux vues du contrôle d’Internet. Mais révélateur d’un état d’esprit phagocytaire.

L’impression du mouvement, la sensation du contrôle.

Telle pourrait être la définition du sarkozysme après trois infinies années d’exercice. Trois années d’échec intégral toutes disciplines confondues. La droite a le pouvoir, elle l’utilise. L’use, comme jamais. Les lois émotionnelles s’empilent, les députés entérinent à tour de bras, ce n’est plus une République, mais une usine réglementaire. Pour camoufler la stérilité des gesticulations, on mouline davantage encore. Ceux qui pestaient la gauche régulatrice sont servis. En particulier les “libéraux” de tout acabit qui déploraient le “Nanny State” à la française. N. Baverez, le R. Aron du XXIe siècle persifle, un état boursouflé, inefficace, intempestif. On ne compte plus les éditos assassins d’Y. Thréard, d’E. Mougeotte et autres modernes vomissant cette organisation tentaculaire, y préférant la souplesse, l’agilité et la responsabilité. I. Rioufol le subtil ethnologue “figariste” utilise lui le raffiné sobriquet d’“État-mama”. Hypocrisie.

Pappy State (ou Daddy State)

L’État sarkozyste est un “Pappy State”, dont le but n’est finalement pas de réguler, de lutter contre les inégalités par exemple, de faire en sorte que les chances de chacun soient (vraiment) égales sur la ligne de départ de la vie ou d’atténuer les effets dévastateurs de la crise sur les moins nantis. Par son empilement de lois, sa multiplication de décrets et son ambiance oppressante, il constitue surtout un état paternaliste, moralisant et normatif. Les Français qui ont voté pour le leader de la droite ont bien choisi (et en connaissance de cause pour nombre d’entre eux) un papa. Certes “jeune” et “dynamique” (plus probablement hyperactif voire dérangé). Mais néanmoins fouettard. Et surtout une parfaite démonstration du virilisme élevé au rang de gouvernance. Ceux qui s’étonnent devant le désastre aujourd’hui devraient fouiller leur inconscient. On élit par ce type de personnage, ce profil, sur un coup de dés. Les récents développements sur la fuite en avant sécuritaire montrent bien que « les Français » en demandent encore. Pas rassasiés d’inconstance, de coups de gueule, de haine d’un parâtre vaguement phallo.

Libérer pour asservir

Réguler dans une perspective progressiste ne fait pas partie du projet de la droite. Bien que le phrasé puisse parfois prêter à confusion. En matière économique c’est l’inflation de lois pour “libérer la croissance” (pack TEPA). Intervenir certes, pour défricher le Code du travail, saccager la répartition générationnelle, créer une société axée sur le travail et la production. Avec comme l’unique finalité, conserver les rapports de domination. Un arsenal de lois déployé pour une minorité qui n’en avait pas un besoin impérieux. Tant d’énergie, de discours pour si peu. Même les (vrais) tenants de l’utopie libérale n’y consentent (finalement) pas. Comment prétendre à la responsabilisation, quant à son épargne, la capitalisation de sa retraite, si dans tous les autres domaines de la vie le citoyen slalome de directives antitabac en sanctions routières et autres contrôles de recherche d’emploi ? Comment faire confiance aux hommes d’un côté quand on les jugule de l’autre ?

La droite UMP chevauchant son crypto-libéralisme se dépêtre comme elle le peut de ses contradictions. Comme le paradoxal “légiférer pour libérer”*. L’objectif, dompter les citoyens par des directives anxiogènes et moralisantes. Elle y parvient plutôt bien. Les entrepreneurs qui gouvernent ce pays ont saisi la quintessence de ce système bancal. Débilisation du gogo, en le dépouillant des instruments du savoir et l’abreuvant de perpétuelles insanités médiasphériques. Puis tétanisation du péquin, en instillant la paranoïa sécuritaire et raciste. Ils prétendent que la multiplication des uniformes dans les rues rassure la plèbe, alors que cette présence anxiogène ne vise qu’à sa domestication. Le sarkozysme est un libéralisme, bien que décati, réaliste et pragmatique. Qui abuse des leviers de l’État pour ramollir les résistances sociétales et maintenir les intérêts particuliers. Il s’emploie à sermonner le citoyen qui en redemande. Ce qui devrait constituer une anomalie culturelle et démocratique se trouve plébiscité. En France à l’étiage, cette perversion pèse au minimum 30%, un votant sur trois… La République croque-mitaine a donc de beaux jours devant elle.

*Tenant déjà compte du nombre de lois et du fond de l’air sécuritaire.

Vogelsong – 12 août 2010 – Paris

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28 réflexions sur “L’État UMP, la République croque-mitaine

  1. C’est surtout en ce moment la politique du « Droit dans le mur, en chantant »… On a deux interprétations possibles. Soit il s’agit d’une idéologie calculée (ce que je crois), soit une perte de contrôle. Dans les deux cas, cette sensation de violence permanente du gouvernement devient difficilement supportable.

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    • Les deux mon capitaine.
      Les plans médias sont bien maitrisés. L’opportunisme sur les faits divers aussi.

      Droit dans le mur pour qui ? Les progressistes ?

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      • sur les faits divers, le probleme c’est que c’est e qui est le plus lu dans les canards avec le sport et la météo… Oui, je sais, c’est malheureux mais c’est comme ça. On donne juste à voir ce que le spectateur attend

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  2. Billet absolument imparable.
    On sert les puissants, on écrase les autres : les cadres, les ouvriers, les professions libérales, les patrons de PME, les chômeurs, les étudiants, les chercheurs, les femmes, les pédés, les sdf, les djeuns, les roms, les blacks, les beurs, les drogués, les petits voyous et les petits cons (les gros cons sont en face). Clivage, clivage. Tant qu’il y aura du foot et TF1 pour abreuver des cerveaux disponibles en insanités cathodiques, tout ira bien. Les gens ne se poseront pas les bonnes questions avant d’aller voter. Mais ça pourrait mal finir si, nous, les vrais gens, nous réveillons brutalement avec la gueule de bois : pourrait y avoir comme un arrière goût d’insurrection…

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  3. ceci n’est pas très encourageant…voire carrément pessimiste…et je dois dire que je suis malheureusement assez d’accord avec toi : les Français en redemandent ! A flatter les plus vils instincts, faudra pas s’étonner de voir la pourriture se répandre au grand jour (et encore, la pourriture, ça peut être noble…ce qui nous attend tient plutôt de l’égout…)
    Par contre, sans vouloir me faire l’avocat du diable, je ne vois aucun libéralisme dans l’action de Sarko (du moins dans son acception « orthodoxe »). Plus interventionniste tu meurs ! c’est big brother à tous les étages en Sarkoland !

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  4. Le débat sur le libéralisme de Sarkozy n’est pas nouveau.

    Lordon, Melenchon sont, je crois, assez formels sur le sujet. C’est une forme de libéralisme économique. qui s’appuie sur des idées simples. Catéchisme entrepreneurial. L’idée farfelue du mérite et de l’effort (Hegel montre que c’est moins clair que ce qu’il n’y parait). L’idéologie de la croissance et du travail. Sociétalement par contre, c’est clairement du bonapartisme matiné de remugles nauséeux et soixante-huitardisme mal assumé.
    Le liberalisme pur est une utopie irréalisable, une fumisterie livresque conduisant à la sauvagerie. Dans le réel et le possible, on va bien vers le Tatcherisme, gentiment.

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  5. Libéralisme économique uniquement pr les grandes entreprises, s’entend ! Pr les PME et les auto-esclaves aka entrepreneurs, c’est une autre histoire…son credo libéral c’est le moins d’État (c’est le mal!!!). Quant au thatcherisme…pas sûre qu’il est suffisamment de corones pour aller au bout de la démarche…enfin j’espère !!! Mais son autisme social est proprement hallucinant néanmoins !

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    • Il suffit d’observer la France sur les 30 dernières années. La tendance est bien au « libéralisme économique ».

      Le modèle c’est la Chine. La paix sociale propice aux affaires.

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  6. Ils vont devoir taper encore plus sur les immigrés et sur les Roms pour détourner l’attention :

    Le 13 juillet 2008, Bernard Godet, un expert-comptable qui avait certifié deux mois plus tôt les comptes de campagne municipale d’Eric Woerth à Chantilly (Oise) a été nommé officier de la Légion d’honneur sur le contingent du ministre du Budget de l’époque, selon Mediapart.

    Deux mois plus tard, le même comptable aurait certifié les comptes du micro-parti du ministre, baptisé « Association de soutien à l’action d’Eric Woerth ».

    « Dans ces conditions, Bernard Godet a-t-il pu, en 2009, quelques mois après avoir reçu la Légion d’honneur, se plonger dans les comptes 2008 du parti de poche du ministre et les certifier (c’est-à-dire évaluer leur sincérité et leur régularité) en toute indépendance ? », s’interroge le site d’information.

    Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine), notamment sur les conditions dans lesquelles la Légion d’honneur a été attribuée à Patrice de Maistre.

    http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE67C0NY20100813

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  7. Balle de voyou

    Quand on qualifie quelqu’un de voyou, il faudrait peser ses mots pour que l’adjectif ne devienne pas un substantif.
    Voyou et ce n’est pas nouveau, c’est le mot qui pue dans toutes les revues, le mot qui court les rues, le mot qui tue.

    Q U E S T I O N :
    Qu’y a-t-il de commun entre
    a- Un gamin éperdument voyou
    b- Un patron prétendument voyou
    c- Et un président indûment voyou ?

    R E P O N S E :
    Tout ce que « Marianne » et la morale réprouvent.

    Dans tous les cas de figures, on a affaire à des durs qui sont prêts à tout pour imposer leur sens de la mesure.
    Pour eux, comme on dit, la fin justifie tous les moyens.
    Sauf que nos trois figures ne relèvent pas de la même caricature.
    Le premier, le beau gosse de rue cherche d’abord à nuire.
    Le second, chef d’entreprise cherche surtout à s’enrichir.
    Quant au troisième, pour le saisir il faudrait relire « le Prince » de Machiavel pour comprendre ce qu’il faut dire ou ne pas dire pour se faire réélire !
    C’est ce qu’on appelle la politique, qui depuis la Grèce antique est restée fondamentalement cynique : à chaque fois qu’elle distingue devoir et pouvoir, elle devient voyoute !

    http://www.tueursnet.com/index.php?journal=Balle%20de%20voyou

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  8. Roms : un député UMP dénonce la politique « ignoble » du gouvernement.

    L’évacuation d’un camp de Roms, samedi 14 août à Montreuil, a été vivement dénoncée par le député villepiniste Jean-Pierre Grand (UMP), qui estime que la « politique de démembrement des camps illégaux » menée par le gouvernement « tournait à l’ignoble ».

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/08/14/evacuation-d-un-camp-de-roms-a-montreuil_1398960_3224.html#ens_id=1389596

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  9. L’article est très bon, mais je trouve la comparaison Sarkozy/Thatcher peu pertinente.
    Sarkozy est un pragmatique sans véritable ancrage idéologique, qui tente de ratisser large, et va sortir un discours nauséabond sécuritaire un jour, et un discours parfaitement gauchiste le lendemain. Il est dans le cinéma permanent et s’occupe surtout de son image, même s’il fait preuve d’un admirable volontarisme politique.
    Rien à voir avec Thatcher qui était obsédée par l’idéologie libérale-conservatrice, et qui dans la méthode, n’hésitait pas à aller au clash, alors que Sarkozy n’est en réalité pas un adepte du rapport de force.

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    • Vaste discussion.

      Mon opinion est que dans les faits et en tendance la France glisse doucement vers ce que tu appeles l’idéologie libérale-conservatrice. Tu noteras qu’il s’agit d’un oxymoron… Mais je vois le topo.

      Je passe sur les propos gauchisants. C’est du vent. Pour l’interventionisme, qui rendrait la thèse libérale caduque, il faut bien se rendre compte que pour passer d’un état à un autre, le gouvernement doit intervenir.

      L’avènement d’une société de marché libérale passera par un état fort et interventionniste. Le modèle chinois à visage humain ?
      N. Sarkozy est un bric à brac, mais la dimension libérale est bien présente. Sa passion pour les capitaines d’industrie, son amour de l’entreprise est une marque forte.
      Et puis l’Angleterre n’est pas la France. Pays de veaux, mais égalitariste. Alors en tendance et compte tenu de l’environnement…

      Il est certes bien moins courageux que Tatcher, c’est vrai. Il est même carrément pleutre.

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      • Plutôt d’accord sur le modèle chinois inspirant le monde occidental, sorte de libéral-conservatisme où la liberté d’entreprendre et de s’enrichir est réservée aux amis du pouvoir. Et où les libertés civiles ne sont plus un objectif politique.
        Cependant, pour moi Sarkozy n’est pas l’inspirateur de telles politiques. Il n’est qu’un symptôme de la décomposition politique française (bien décrite par Todd au passage), son cycle se termine doucement sans qu’il ait réellement produit du changement dans les institutions françaises.

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        • Symptôme, outil ou homme du moment.

          Permets nous de prendre de recul sur le resultat de son action. Dans les institutions et dans les têtes.

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  10. Ce que vous dites est vrai. Mais, et l’EuropUnie à laquelle Madame Christine Lagarde a déjà prostitué la souveraineté française ( sans que les journaux en disent un mot, d’ailleurs ) ? Elle n’est pas mal non plus, dans le genre !
    Savez-vous qu’il existe une directive européenne règlementant on ne peut plus sérieusement la vitesse des courants d’air dans les immeubles ? Je peux en parler, puisque j’ai été chargé de l’appliquer chez un de mes anciens employeurs, en Angleterre précisément. Il a fallu y renoncer, non seulement parce que nous étions tous morts de rire, mais aussi parce qu’il était impossible de mesurer la vitesse des courants d’air !

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      • Un lien ici pour ces réglementations pas si inutiles: http://www.energieplus-lesite.be/energieplus/page_11020.htm

        Et sinon, erreur: « Libérer la croissance », c’était l’objectif de la commission Attali, rien à voir avec le « pack » TEPA qui a précédé son rapport, et qui a été annoncé en même temps que la création de la commission mais sans aucun lien dogmatique.

        TEPA est un cadeau aux propriétaires de capital dormant (foncier, financier non placé), vivant prudemment du revenu de leurs biens et qui ont un rapport revenu/patrimoine paradoxalement plus faible que le reste de la population (paradoxe non pas dans le sens contradiction logique ; c’est un paradoxe, dans le sens où c’est une vérité qui contredit l’intuition). D’abord, ils gagnent en ISF, de par le bouclier fiscal, puisqu’il favorise logiquement ce rapport revenu/patrimoine faible. Mais surtout, ils peuvent, depuis 3 ans, transmettre à peu de frais une partie de cet « outil » de travail à leur descendance, car il est bon de rappeler que la part « Allègement des droits de succession » coûte, chaque année, cinq fois plus que le bouclier fiscal lui-même.

        Le libéralisme ne défend pas un modèle qui fait grandir le patrimoine de simple propriétaires qui ne participent pas à la production et peu à la vie économique finalement. Par analogie avec la physique, ça serait favoriser une forme de gravitation absurde des patrimoines familiaux, à la limite du trou noir économique. Et évidemment c’est un phénomène qui accroît considérablement les inégalités.

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        • Balivernes. Reprend la logorrhée de l’époque.
          F. Fillon « nous allons créer un choc de croissance » par exemple. Le Pack TEPA s’appuie sur le fantasme du « ruissellement » cher aux politiciens s’inspirant du libéralisme.

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  11. Pingback: Variae › Sarkozy, dealer de sécurité

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