La gauche prisonnière du discours sécuritaire

“L’immigration est absorbable à petite doses” J.P. Chevènement – février 1997

Investie par l’univers mental de la droite, la gauche récite les mantras sécuritaires. Un terrain miné. Pris au dépourvu par les saillies du président de la République, conforté par le simulacre de l’opinion publique, en l’occurrence l’IFOP et Le Figaro, les prétendants aux affaires du PS s’engouffrent dans une dialectique à peine moins connotée que les phalanges droitières. A. Montebourg, tout en fustigeant à juste titre l’incapacité et l’incompétence de N. Sarkozy sur les questions de police, s’est permis une envolée digne d’un F. Lefebvre, où il concède que la gauche par le passé fit preuve d’angélisme, “dans une période où la société était moins violente”. Où, quand, comment ? De quoi parle A. Montebourg ? Ce qui en dit assez long sur le rôle de l’État, ce paternel grondant, que la droite, mais aussi la gauche veulent incarner. Pas au clair sur ces questions, pris dans le tourbillon du fait divers élevé au rang de fait social, on tente comme on le peut de coller au désir fugace de l’opinion. Qui tantôt maugrée contre les contraintes hygiénistes et liberticides, tantôt fantasme sur le risque zéro d’une société clinique.

À tous les coups, perdu

A. Montebourg (comme ses camarades du PS) sont trop intelligents pour ignorer la relative pacification de la société. En 10 ans le nombre d’homicides (révélateur de la violence dure) a chuté de 35 %, en 2000 1051 morts contre 682 en 2009. On semble aussi découvrir la violence inhérente aux groupes humains d’intérêts divergents. Une violence “normale” qui recouvre plusieurs univers. Mais dans les stéréotypes véhiculés communément, surfaits, l’ultraviolence constitue le produit vendeur que les médias en constante recherche de débouchés servent chaud et froid. En l’occurrence, sont présentés en simultanées attaques à main armée par de la racaille de banlieue et du tournage « embedded » de la fine fleur des “forces de l’ordre”. Le poison et son antidote scénarisé et sponsorisé. Les partis de gauche prisonniers de la construction sociale du prisme médiatico-spectaculaire n’ont plus d’autres choix que de poursuivre la fuite en avant initié par la droite. Non pas qu’il n’y a pas de violence, qu’elle serait inventée, ou qu’il n’y a pas de problèmes. L’idée reçue du “sentiment d’insécurité” a permis avantageusement aux professionnels (politiques, communicants ou affairistes) d’affubler de “laxistes” ou d’“angélismes” les auteurs critiques sur le sujet. Non pas que la gauche ne doit pas s’en préoccuper, non plus. La sureté est une obligation majeure de l’État. Mais il est frappant qu’A. Montebourg par exemple évoque un apex de violence alors que rien ne lui permet de l’affirmer. Mis à part les gesticulations présidentielles et médiatiques sur ce thème qui vaut réalité tangible. Ces simulacres ayant valeur d’opinion provoquent la panique des leaders progressistes. Avec l’obligation de rendre une copie sur la question, dans un cadre imposé et pas forcément propice. La sécurité est définitivement un outil pour la droite. Le grand braconnier F. Lefebvre qui connaît ses classiques déclare d’ailleurs “La sécurité est une question d’égalité”. Fermer le ban.

Une arme à double tranchant

Souffler sur les braises pourrait aussi être favorable au PS. L’émergence du FN comme force politique substantielle occasionne quelques bienfaits électoraux. Relever les impérities sarkoziennes sur le sujet semble vain néanmoins. D’abord parce qu’elle libère la parole raciste. Entrer dans la thématique sécuritaire, c’est aussi faire un saut dans les idées reçues sur l’immigration. Ici, encore une fois, avec l’assentiment bienveillant de la focale journalistique (le feuilleton L. Hebbadj). Fleurissent alors les “je ne suis pas raciste, mais…”. D’autre part, c’est signifier à N. Sarkozy que l’électorat du front national est une cible à conquérir sous peine d’éviction. Impensable pour ce soudard, survivant de la politique pour qui le pouvoir est l’ivresse ultime, une manière de vivre, une seconde nature. Le discours de campagne d’août 2010 de Grenoble en découle alors. Si les ténors conservateurs maniaient ce thème avec parcimonie (et aussi débordements), la nouvelle garde a fait du cynisme une vulgaire pratique politique. La nation alors remise au centre du débat, valeur de droite par essence, qui donne chaque fois la pleine mesure de son efficacité électorale. S. Royal (avec J.P. Chevènement) s’y était essayée en 2007 avec le succès que l’on connaît. Ainsi que le virage sécuritaire de 1997 de la gauche…

De plus, ceux qui pensent que l’on préfère toujours l’original à la copie se trompent partiellement. Si la gauche ne peut damer le pion à la droite sur cette thématique, il n’est probable que la droite puisse (encore) réussir l’annexion de son extrême. Il suffit de constater l’assurance avec laquelle le Président et ses lieutenants assènent les atrocités. On peut alors s’interroger sur le calcul politicien de la manœuvre, et/ou la profonde sincérité et la pleine adhésion à ce discours. Ce n’est alors plus une copie du Front National mais un double disposant d’une structure capable de gouverner. L’UMP.

Les sondages quoiqu’en pensent les critiques (surtout parce qu’ils ne leur conviennent pas) ont une valeur. Même relative. Les résultats d’une étude publiée dans le Figaro ont plébiscité les mesures drastiques de N. Sarkozy, dont un très proche déclarait “La déchéance de la nationalité, cela va marcher à fond. Même Le Pen n’est jamais allé aussi loin”. Les socialistes quant à eux se trouvent bien démunis, car ils utilisent les mêmes sondeurs, qui posent les mêmes questions. Les mêmes méthodes en somme. Outre la réalité constatée sur terrain, la thématique sécuritaire reste le domaine du toujours “plus”. La gauche, par exemple, ne discute pas la pertinence de la vidéo surveillance partout et toujours. Ils n’en ont plus la capacité. Désamorcer les représentations demande davantage d’énergie que de s’adapter au consensus sécuritaire. Un consensus bien partagé, M. Szafran de l’hebdomadaire Marianne (O combien anti Sarkozyste) déclarait (dans sa Lettre ouverte à S. Veil) “que nous (Marianne) pouvions approuver certains aspects de sa (N. Sarkozy) démarche sécuritaire”…

Qui va passer une heure au début de chaque débat pour expliquer l’inutilité des caméras de surveillance, et décrire la relative paix dans laquelle les Français vivent au regard de leurs aïeuls ? Qui en appellera à l’histoire alors que l’information efface tout sur son passage ? Le piège se referme alors : que propose la gauche pour faire la guerre à l’insécurité (à part la (sempiternelle) police de proximité) ? Autant, plus , en dessous que la nouvelle hauteur de barre imposée par N. Sarkozy ?

[tweetmeme source= « Vogelsong »]

Vogelsong – 10 Août 2010 – Paris

Compléments

Les chiffres de la délinquance par L. Mucchielli :

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17 réflexions sur “La gauche prisonnière du discours sécuritaire

  1. Bien dit, terrain miné par excellence, la gauche ne peut s’en sortir qu’en déplaçant le débat sur le social, la sécurité sociale… Un discours qui pourrait être offensif et percutant, avec des arguments de poids, sauf qu’avec Lamy DSK la gauche est comme qui dirait handicapée, poings et roses liés dans la vulgate néo-libérale…

    Comme l’expliquait récemment un politologue de droite, la droite classique est dans une fuite avant parce qu’elle risque en 2012 de tout perdre, même le leadership de la droite.

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  2. Bon, puisqu’il m’est difficile de dialoguer avec toi sur twitter sans recevoir une réponse autre qu’hautaine, je viens sur tes pages préciser un peu mes propos. Attention, je risque un ou deux lieux communs.

    Ce que je voulais te dire, c’est que le système politique français, la démocratie représentative, est rythmée par les élections. Et ces élections, qu’on le veuille ou non, ne font pas la part belle à l’intelligence. Le français dans toute sa splendeur, il est parfois borné, pas très fute et il s’intéresse à la politique de très loin (en regardant le JT de Pernaut – ou le 20 de TF1 (cf. les élections de 2002)). Il faut se mettre à sa portée, synthétiser sa pensée (qui peut être complexe) par des formules. Ce n’est pas déshonorant, c’est le jeu politique.

    Quand je dis que la gauche est naïve électoralement parlant, c’est parce que ses bilans sont meilleurs que ceux de la droite, et elle n’arrive pas à les défendre, à les faire fructifier, à en faire une arme électorale.

    Ce qui compte pour le PS et la gauche, c’est tout de même d’accéder au pouvoir et de pratiquer une autre politique que celle, caricaturale, de l’UMP.

    Et je ne crois pas que le terrain soit miné pour la gauche et qu’elle perde à tous les coups. Sur la sécurité, il y a un vrai clivage, une vraie différence. C’est le moment pour la gauche de mettre le doigt là où ça fait mal pour l’UMP : un échec total en matière de sécurité, à relier à la RGPP et aux diminutions comptables des effectifs.

    S’il y a de la violence dans les quartiers, c’est parce qu’il n’y a plus de service public, plus de présence de l’État. Là dessus, la gauche a un autre discours que la droite, et il me semble à la fois plus équilibré, plus juste et plus efficace.

    Je ne suis pas d’accord avec toi, donc, pour penser que la gauche est prisonnière de ce débat légitime. Elle est juste mauvaise et ne sait pas se positionner, se démarquer et l’emporter. La gauche n’a pas la gagne ancrée dans les tripes. Et c’est là que l’UMP est plus forte : elle se met à la hauteur du peuple, lui fait entendre ce qu’il veut bien entendre, quitte à mener une autre politique ensuite.

    Si on élude la dimension strictement électorale et les contingences dans lesquelles elle enferme l’action politique, on ne comprend pas pourquoi la droite est sans cesse meilleure que la gauche avec un programme injuste et inefficace.

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    • Je suis d’accord avec toi (sauf sur un point). Les bras m’en tombent.

      La seule différence, je ne suis pas militant au sens que tu l’entends.
      Pas d’encartage politique. A ce titre donc, comme observateur, je note la dérive électoraliste de l’argumentaire.
      Des karabistouilles électoralistes, dont je n’ai finalement que faire.
      Parlez aux tripes des gens me file la nausée.

      Donc je campe et je persiste. La gauche est prisonnière du discours. Obligée de coller à une construction droitisée du monde.

      La solution : On pourrait commencer par une critique des médias. Mais là, avec le PS, c’est purement de la Science fiction…

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      • Je précise encore une fois que je ne suis encarté nulle part, et militant seulement des idées politiques. Pour le reste, je suis sur la même position qu’abadinte (enfin, c’est plutôt abadinte qui est d’accord avec moi ;o).

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        • remember publius, 2005 et son référendum. Praxis y avait fait des meeeeerveilles (pour le « oui », s’entend) : l’était tellement bête qu’il jouait contre son camp en pensant le servir. Son camp n’a pas changé.

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  3. Je pense exactement le contraire de des pas perdus. C’est marrant tout de même. Le bilan que je tire de 2002, 2007 et la séquence que nous vivons c’est que nous avons aujourd’hui la capacité de transformer la sécurité en valeur de gauche. Je rappelle à toutes fins utiles que la gauche base son analyse sur la protection de l’individu face à ses pulsions égoïstes et donc met en avant l’Etat comme garant de la sécurité (sociale, économique, financière, politique et au quotidien).
    Comme je l’explique dans l’article que j’ai publié hier , la gauche a la possibilité de montrer les limites de la politique de la police robocop sarkozyste contre la politique de la police partout. Et là on touche un véritable coin où pousser notre avantage. Les Français n’attendent pas plus de répressif mais plus de moyens pour que les sanctions tombent et que les sanctions soient justes. L’ordre juste en somme.

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    • Il y a aussi les leçons de 1997 et de 2007.

      Le virage sécuritaires Chevènement, Vaillant, Bauer… Ethiquement c’est indéfendable, mais même électoralement c’est un fiasco (2002).

      Pour 2007, l’enfermement des adolescents, et les petits drapeaux… Bref…

      Mais tout est dans le texte.
      Je vous laisse à vos lunes électorales.

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    • « la gauche base son analyse sur la protection de l’individu face à ses pulsions égoïstes et donc met en avant l’Etat comme garant de la sécurité »

      et à toutes fins utiles vous la tirez d’où cette assertion (forcément) lapidaire et (en l’occurrence) ridicule ?

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      • @boogie Je la tire de dans ton cul. Oui c’est une belle assertion lapidaire que tu trouveras ridicule, je n’en ai cure.

        Plus sérieusement, je tire cette assertion de Thomas Hobbes qui démontre que l’homme a besoin d’un pouvoir social afin de ne pas sombrer.

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        • aaaah oui, c’est un Nom « Hobbes », donc c’est vrai

          ok ok… c’est un bel argument d’autorité

          mais à part ça, c’est « d’où » que j’avais demandé, pas « où »

          m’enfin je veux bien croire que c’est de votre cul que vous la sortez, cette assertion (en fait je l’avais deviné)

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  4. Bonjour,
    En quoi la nation (ou la patrie si tu préfères) est-elle un thème de droite ?
    C’est quand même une idée qui nous vient de 1789. Et la nation c’est l’ensemble des citoyens français : il n’y a pas seulement des gens de droite parmi eux, me semble-t-il. Et parmi les « nationaux », il n’y a pas que des beaufs franchouillards, ou si ?
    Comprends pas la haine d’une certaine gauche contre la nation !

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    • On pourrait refaire l’histoire sur la participation et l’émancipation à un projet commun. Veilles lunes aujourd’hui disparues.

      Depuis le concept a un peu changé…

      Je n’ai ni haine, ni passion particulière de la nation. Je n’éprouve aucune fierté d’être français. Puisque c’est le fruit du hasard.
      Quand à l’histoire et aux réalisation dont on doit se sentir légataire, il y a à boire et à manger.

      La certaine gauche te salut.

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  5. Estelle: la Révolution de 1789 n’était pas une révolution « de gauche »…
    Il était surtout question de dévisser l’aristocratie de sa place.
    Si tu te rappelles bien c’était l’avènement de « La Nation ».
    Pour le reste, le PS me fait penser à un certain nombre de scientifiques: ce ne sont pas des bidouilleurs, ils connaissent leur boulot mais font régulièrement faillite faute de savoir « se vendre ».
    Et quand certains savent le faire, ils se vendent, mais c’est surtout leur âme qu’ils vendent.
    Et ils la vendent au diable…

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  6. J’ai été encarté au PS, une grosse coupure sans carte, et me voilà au PG depuis près de deux ans… Je trouve les précisions dérisoires quant à « l’encartage » dans la mesure oùj’ai connu des sympathisants ou compagnons de route qui n’avaient pas un poil de recul critique et qui étaient complètement bouchés, sectaires quant à leur parti ou à leur courant, contrairement à des militants ou adhérents qui eux l’avaient. Je pense que c’est une question d’état d’esprit. Je n’ai pas le chauvinisme de parti ancré en moi.

    Sinon, j’ai répondu à Abadinte chez lui ;-)

    J’ajoute par rapport à mon précédent commentaire que je pense que les citoyens n’en ont rien à foutre que la sécurité soit ou non une valeur de gauche… Ils souhaitent que leur quotidien présent et à venir soit moins pourri par l’insécurité… Mais l’insécurité dans son sens large… pas « l’insécurité de droite » réduite à la protection des biens et des personnes. Il faut combattre certes la délinquance mais aussi la précarité, le chômage, la misère qui provoquent également l’insécurité.

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  7. Une nouvelle casserole pour Eric Woerth ? Cette fois, ce serait la déclaration de revenus…

    Le ministre du Travail semble traîner une nouvelle casserole.

    En 2008, en pleine campagne municipale à Chantilly, Eric Woerth sollicite auprès d’une banque un prêt de 6.500 euros sur huit mois. Jusque-là, rien d’anormal.

    Parmi les documents demandés par la banque : une déclaration de revenus. Et c’est là que ça coince.

    Le ministre (qui s’occupait alors du Budget) « n’a pas déclaré d’impôts sur le revenu », assure Médiapart.

    Eric Woerth « a certifié gagner seulement 3.000 euros par mois, et avoir comme revenu disponible à peine plus de 100 euros mensuels », ajoute le site Médiapart qui a pris sa calculette et estime qu’entre son salaire de ministre et ses indemnités de maire, Eric Woerth touchait « au moins 16.000 euros par mois ».

    On est donc loin des 3.000 euros par mois qu’aurait déclarés le ministre-maire.
    La banque étudie alors le dossier du ministre et en déduit qu’il « dispose pour lui-même de 112 euros par mois pour vivre », selon Médiapart.

    L’établissement n’ira pas plus loin dans ses recherches et accordera sans problème l’emprunt demandé.

    http://www.lepost.fr/article/2010/08/15/2185079_eric-woerth-a-t-il-fait-une-fausse-declaration-de-revenus-pour-un-pret.html#xtor=EPR-275-%5BNL_732%5D-20100816-%5Bpolitique%5D

    Mais, m’objecterez vous, on est en janvier 2008, il doit parler de ses revenus de 2006, quand il n’était pas ministre !

    Et quand bien même ce serait le cas, il y a quelque chose qui « ne colle pas ».

    En effet, non seulement, Éric Woerth perçoit 2.400 euros par mois en tant que maire de Chantilly, depuis avril 2005, mais il occupe, du 19 septembre 2005 au 19 juillet 2007, le siège de député de la 4ème circonscription de l’Oise.

    Et, à cette date, jusqu’en 2007, un député percevait 5 257,78 euros par mois, plus 157,73 euros d’indemnité de résidence, plus 1 353,88 euros d’indemnité de fonction défiscalisée.

    Donc, en admettant qu’Éric Woerth se soit basé sur ses revenus de 2006 pour faire sa demande de prêt, il aurait dû déclarer plus de 10 000 euros de revenus mensuels, non ?

    Pourquoi ne déclare-t-il que 3000 euros ?

    Et comment, en gagnant plus de 10 000 euros mensuellement, peut-il être non-imposable ?

    Source : Le Post.fr

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