Europe écologie : Peser à gauche

Forts du momentum des élections européennes, la formation écologiste espère occuper durablement le terrain politique hexagonal. Ils lancent leur campagne des régionales le 16 janvier 2010 dans le fief de D. Voynet, Montreuil. Salle comble, personnel rénové, forme renouvelée, et enthousiasme à revendre, les « verts » jusqu’à présent cantonnés au rôle de supplétifs à gauche, entendent faire jeu égal avec le Parti socialiste. Cet allant débordant cache des faiblesses qui, à terme, pourraient nuire à la gauche, et même à l’écologie politique.

Finis les poncifs sur le militant écologiste posthippie, c’est une génération urbaine, peu ou pas idéologue qui se retrouve sous la bannière verte. Les végétariens macrobiotiques, les décroissants, les hors système ne font plus partie du paysage. Du moins majoritairement. L’écologie s’est largement ouverte à la société, beaucoup adhère à l’idée, ce qui peut poser des incohérences pratiques dans les faits. Prôner des règles de vie, culpabiliser la population, sans s’appliquer ses propres directives par exemple.

On retrouve aussi cette diversité pour les têtes de liste du parti aux régionales. Du monde associatif (A. Legrand), aux experts (P. Meirieu), en passant par des transfuges du PS, PC, MODEM (S. Gatignon, P. Larrouturou), encadrés par des verts historiques (D. Cohn-Bendit, C. Duflot…), c’est une galerie de portraits hétéroclite qui est présentée. Inédit et vivifiant, tant la volonté de bien faire, surtout chez les nouveaux est criante.

Les vieilles rancoeurs avec le parti socialiste sont palpables. Chaque intervenant effectuera un pilonnage en règle de l’ancien allié. A. Legrand fustige les grandes structures partisanes « qui ne changent que lorsqu’ils sentent la mort arriver ». Le rapport de force a changé depuis les élections européennes, beaucoup d’écologistes souhaitent oublier l’hégémonie d’hier. D. Cohn-Bendit dans un discours enflammé lancera, « les socialistes sont incapables de mettre en place une politique de cohérence entre toutes les régions », bravache il ajoutera « Nous allons les aider à être à la hauteur ». Et c’est au bout de 3 heures de meeting que le nom du président de la République sera cité. Le chassé-croisé programmatique est enclenché, l’UMP, le MODEM, le Front de gauche et le PS ont largement intégré le « wording » écologiste. Le parti écologique s’ouvre sur tous les aspects de la vie sociale, même « la tranquillité publique ».

Face à un PS cristallisé, les espoirs et les ambitions sont immenses. La stratégie claire, peser. Peser sur la gauche, et changer la donne. Pour les responsables d’Europe Ecologie le déboulonnage des caciques socialistes est en cours, et il n’est pas normal « qu’avec 20% des voix le PS ait plus de 200 représentants à l’Assemblée nationale, alors qu’Europe Écologie avec 15% des voix ne dispose que de 4 parlementaires », en 2012, clame le leader de mai 68, « c’est 50 à 100 députés que nous visons ».

Faire tomber le PS, est une ambition limitée dans le contexte national. En 2012, un PS à genoux, une gauche divisée, et des verts agitateurs pourraient largement profiter aux cohortes silencieuses de l’UMP. Pour N. Sarkozy, la carte écologique, et la zizanie (cf. La victoire revendiquée aux élections européennes par l’UMP) qu’elle entraîne est un objectif de moyen terme, la réélection de 2012. Pour les échéances suivantes, toujours au pouvoir, la droite s’adaptera à l’adversaire, pour l’écraser quel qu’il soit.

L’image démissionnaire donnée au PS est aussi un argument aisé venant d’une formation neuve, pas encore usée aux renoncements du pouvoir. A priori, les verts affirment qu’ils feront front avec intégrité. Que cela soit sur le plan national, européen ou international, les lobbies économiques exercent une telle pression qu’il sera intéressant de jauger à quelle vitesse cette nébuleuse va se « PSiser ». Ou si une vraie révolution écologique s’enclenche. Car les écueils sont nombreux. Sur le plan international et malgré l’impact des partis écologistes, c’est un fiasco qui a clos le sommet de Copenhague. En France, l’intérêt soudain pour la problématique environnementale s’arrête souvent au bureau de vote ou à la salle de cinéma. C’est en principe l’autre qui doit supporter les efforts.

Et à ce titre, la gauche écologique a un chemin immense à parcourir, celui du retour sur l’individualisme, que certain récemment, comme D. Cohn-Bendit, ont promu.

Vogelsong – 17 janvier 2010 – Montreuil

SebMussset (Images & Montage) – Un samedi chez les verts
Reversus – Europe Ecologie : la troisième force politique ?
Dagrouik – EE2010 : un joyeux bordel
Olympe
Laure Leforestier – Il n’est pas interdit de rêver…

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13 réflexions sur “Europe écologie : Peser à gauche

  1. Pingback: Tweets that mention Europe écologie : Peser à gauche « Piratage(s) -- Topsy.com

    • Pardon, je crois que mon com est parti trop vite…
      je disais à Nicolas :

       » lassant ?
      L’objectif des VERTS n’est-il pas de faire gagner la Droite » ?
      Moralité, relever tout ce qui permet aux gens de gauche d’ouvrir les yeux sur ce parti baptisé aujourd’hui « Europe Ecologie ».

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  2. Pingback: Europe Ecologie : la troisième force politique ? | Reversus

  3. Dans le contexte et vu l’engouement médiatique pour l’écologie de ces dernières années le vote vert a enfin un sens et une véritable place dans le paysage politique Européen, j’aurais juste préféré qu’ils ne s’annonce pas comme un parti dit « de gauche » même si l’idéologie l’est.
    Pour permettre de casser une bonne fois pour toute cette idée de clivage droite/gauche/centriste et de faire de la politique pour se quelle est et non pour ce quelle pourrait rapporter. oui le PS est stigmatisé oui l’UMP reste muet… l’écologie en temps qu’idéologie politique aurais donc une carte importe a jouer.

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  4. Juste deux remarques :
    – concernant la “diversité” d’EE., beaucoup de commentateurs raillent l’aspect “paillettes” sans relever que la présence de la quasi totalité des personnalités évoquées correspond à un parcours commencé depuis longtemps et non à un intéret électoral soudain. C’est le cas notamment de philippe merieux qui ne vient pas de découvrir l’écologie. Il y a des convergences qui se sont dessinées sur la durée avec des gens comme augustin legrand, stephane hessel. éva joly n’est pas non plus là par opportunisme et ce n’est pas la première vague en provenance du PC qui rejoint les écolos.
    Il est vrai que diversité n’est pas synonyme de réussite, et on verra surement quelques tiraillements apparaitre. mais reconnaissons que, du moins pour ceux qui souhaitent faire bouger les lignes à gauche, c’est plus excitant que les listes nettement plus partidaires des autres.

    – sur l’aspect stratégique, traité un peu vite dans l’avant dernier paragraphe : il y a un cliché qui court en ce moment, c’est que EE c’est dangereux parce que ça affaiblit le PS et qu’on ne peut plus gagner à gauche si le PS n’est pas ultra dominant. Il me semble que ça ne résiste pas à l’examen de ce qui s’est passé depuis quinze ans.
    En effet, la dernière fois que la gauche a gagné une élections nationale, c’était en 1997 et elle formait une coalition appelée gauche plurielle qui intégrait les verts pour la première fois. Il est probable qu’une simple union de la gauche reliftée n’aurait pas gagné à ce moment. Que s’est-il passé par la suite ? Jospin a inversé le calendrier electoral contre l’avis de ses partenaires et avec l’accord d’une partie de la droite. La présidentielle et ses affrontements plus personnels et partidaires que politiques ont été privilégiés par celui qui devait son poste à une plateforme collective portée aux legislatives.
    La gauche dominée par le PS a perdu les deux présidentielles qui ont suivi. Si l’on veut sortir de cette séquence, il faut refonder une coalition. Plus le score d’EE sera haut, plus on a de chance de passer d’une logique perdante d’hégémonie fondée sur la présidentielle à une culture de contrat… qui a plus de chance de gagner les elections où la démocratie s’exprime le moins mal, les législatives, et pourrait meme gagner la présidentielle avec une primaire ouverte et un vrai candidat de plateforme, c’est à dire commun et le moins partisan possible.

    La stratégie d’EE consiste bien à peser à gauche, mais cela va bien plus loin que la simple concurrence des mouvements et des programmes. Ça pourrait bien etre la condition de reconquete sur l’UMP ultradominante mais minoritaire en terme d’adhésion. Apres la partielle de rambouillet et quelques sondages, on peut d’ailleurs conjecturer que les capacités de rassemblement d’EE au deuxième tour n’ont rien à envier à celles du PS. mais il ne s’agit justement pas de prendre sa place.
    Il ne faut pas s’arreter au bruit des meetings ni aux propos parfois excessifs des militants. Si l’on s’intéresse à l’avenir de la gauche et sa modernité, alors on ne fera pas l’économie d’un rééquilibrage vers l’écologie. Dany ne dit pas autre chose quand il vise 15% et parle de 3me force. Aussi grandiloquent que ça puisse paraitre, c’est dans l’interet de toute la gauche. J’espère que parmi les sympathisants socialistes, ceux qui ne l’ont pas encore compris… finiront par le comprendre.

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  5. Pingback: leftblogs » Congres Europe Ecologie

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