L’Italie, un miroir télécratique

L’Italie est magnifique. Aujourd’hui, en plus, elle fascine, elle inquiète. La déliquescence démocratique atteint un point tel que ce creuset de culture, d’histoire, d’art de vivre ne se reconnaît plus. Le processus de putréfaction publique incarné par le berlusconisme sape méthodiquement l’intégrité même du corps social. L’intelligentsia dépassée et soumise aux affres de la télécratie n’a plus aucune prise sur les événements. Des journalistes et experts transalpins viennent alors geindre sur la radio publique française. Une situation cocasse si elle n’était pas prophétique.

videocracySur une chaîne de radio publique le rondelet multicarte N. Demorand accueille E. Mauro, Directeur de La Repubblica et M. Marzano, philosophe et chercheure. Ils dressent un tableau apocalyptique de la vie publique en Italie. L’empire économique de S. Berlusconi broie les médias. Le politicien dispose d’une armada de journaux acquis à sa doctrine, de canaux privés qui déverse des monceaux d’excréments télévisuels, et dispose à volonté des présidents des chaînes publiques. Complètement noyée dans ce magma, une presse dite sérieuse confinée à la portion congrue tente de se faire entendre. E. Mauro évoque une réunion d’industriels transalpins où Il Cavaliere « conseille » de ne plus commander de publicité dans des journaux d’opposition (dont La Republicca de centre gauche). L’homme qui voulait gérer l’Italie comme une entreprise, celui qui se considère comme le meilleur président du Conseil fait un odieux chantage à la réclame pour une presse qui n’a pas su et ne saura jamais se passer du superflu. De chaque côté des Alpes, le discours est invariable. Derrière les rengaines libératrices se cache la manne privée du marketing. Derrière les affres de l’intellectuel de gauche sérieux se terre invariablement le manque de ressources dont il s’est lui-même privé. Le modèle de la presse publicitaire a créé lui-même sa dépendance. Et, quémande à la fin des fins (aussi) à l’État des subsides pour survivre. Libération (aussi de centre gauche), virulent journal d’opposition au sarkozysme reçoit 2 000 000 d’euros d’aides publiques. Au lieu de gagner leur indépendance par la pratique (et par là même un lectorat nombreux et fidèle), ils se sont adonnés à des reportages complaisants, des révélations « pipole », des dossiers de surface. La presse italienne comme française s’est pendue avec deux cordes, une façonnée par l’intérêt particulier des industriels, l’autre manipulée par la démence du pouvoir politique.

La télévision occupe un espace central dans l’abrutissement généralisé des démocraties. Les sociétés marchéisées vivent aux rythmes des flux synchronisés qui permettent aux publicitaires le déploiement d’une force de frappe décuplée. Le coming-out de P. Le Lay directeur de TF1 qui affirmait vendre du temps de cerveau disponible n’est qu’une transcription vulgaire et cynique d’une pratique codifiée, planifiée par les groupes transnationaux et leurs prestataires de communication commerciale. L’Italie a poussé l’achalandage du temps devenu presque interstitiel entre les publicités jusqu’à son stade ultime. Un freak-show permanent peuplé d’individus/produits narcissiques et exhibitionnistes. On ne lésine sur rien dans le monde merveilleux du petit écran, tout y est hypertrophié, les seins, les lèvres, les égos. Plus qu’une image déplorable de l’Homme, de la femme, ces comportements conditionnent tous ceux qui y participent à ne plus se respecter. Ni la jeune postpubère exposant ses atours, ni le téléspectateur/consommateur hypnotisé guidé par ses seules pulsions.

C’est à une population massivement zombifiée que doit faire face l’intellectuel. Une population amputée d’estime de soi juste bonne à voter, à travailler et consommer à intervalles réguliers.

Aujourd’hui, les insiders effarés poussent des complaintes stridentes en qualifiant le régime Berlusconien. De surcroît en France et sur une chaîne d’État. La France se vit comme un sanctuaire démocratique. Aucun parallélisme n’existerait entre le Berlusconisme et le Sarkozysme. Pas même l’évocation d’une probable dérive amenant à penser que l’hexagone emprunterait (avec un peu de retard) ce chemin mortifère.

En aphasie totale, les animateurs des médias oublient que les Français aussi ne tiennent plus rigueur à un ministre de bidonner une sortie dans un supermarché, ni à un président qui sélectionne les travailleurs qu’il va rencontrer en fonction de leur taille. Un chef de l’Etat qui nomme à la tête de France Inter l’ami de son épouse. Une radio où viennent pleurer des Italiens contre la bête politique Berlusconi.

La condescendance des Français envers leurs cousins transalpins est coutumière. L’aveuglement quant à la situation du régime Berlusconien sidère les commentateurs, à tel point que lorsqu’on l’évoque, les Français s’oublient. La pente que prend le régime sarkozien, un salmigondis mâtiné de libéralisme économique, de poujadisme, d’autocratie et de pipole rappelle étrangement l’Italie. J. Cocteau disait des Italiens qu’ils étaient des Français de bonne humeur. Aujourd’hui, ce sont des Italiens souffrants qui viennent parler de leur pays.

Vogelsong – 10 septembre 2009 – Paris

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17 réflexions sur “L’Italie, un miroir télécratique

  1. Entre pourfendeur des masses abruties, c’est bien d’être d’accord, mais je ne suis pas convaincu que la « presse sérieuse » transalpine ait compris son pays. Si les gens achètent majoritairement du pipeau, ici comme ailleurs, peut-être que ce pipeau a plus d’importance pour eux que ce que la « presse sérieuse » juge important.

    J’ai entendu dire que non seulement le peuple italien n’était pas un peuple abruti, mais plus qu’il était parfaitement adapté à notre ère, où le pouvoir se mesure à l’argent, aux amitiés bien placées, etc… De fait si notre ère est anti-politique, et que le pouvoir y appartient naturellement aux chefs de médias, d’industries, aux courtisans, les Italiens ont été très logiques en réélisant l’homme le plus puissant de leur pays à la tête de leur état.

    Pas de zombis donc, mais des citoyens qui ne croient pas aux supposées vertus de leur type de régime.

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  2. On observe une longue dérive du Sarkozysme vers le Berlusconisme. Nicolas Sarkozy n’a d’ailleurs jamais caché son admiration pour Il Cavaliere.

    Entre ces deux mouvances idéologiques, on retrouve la même manière de diaboliser l’autre, d’opposer plusieurs franges de la population les unes aux autres.

    On relève également les même pratiques aussi comme celles qui consistent à manipuler l’opinion et les médias. La liste des parallèles à tracer serait longue mais Vogelsong en a déjà brillamment esquissé les contours.

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  4. En France aussi, la télévision est verrouillée.

    Si un membre anonyme de la chaîne PUBLIC SENAT n’avait pas fait fuiter la vidéo d’Hortefeux, cette information aurait été enterrée par le patron de PUBLIC SENAT, Gilles Leclerc.

    La chaîne PUBLIC SENAT est bien tenue par le sarkozyste Gilles Leclerc.

    Le patron de la chaîne « Public Sénat » a voulu enterrer la vidéo de Hortefeux.

    La chaîne Public Sénat, chargée d’une « mission de service public, d’information et de formation des citoyens », aura mis 6 jours pour diffuser les images de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, pris en flagrant délit de blague « lepéniste » dans les coulisses de l’université d’été de l’UMP, samedi 5 septembre à Seignosse.

    Alors que cette vidéo avait été filmée par un journaliste « maison », Thomas Raguet (envoyé spécial dans les Landes), il aura fallu qu’elle « fuite » jeudi 10 septembre sur le site internet du Monde et déclenche une polémique nationale pour que le PDG de la chaîne, Gilles Leclerc, donne son feu vert à sa programmation, vendredi 11 septembre, dans le JT de 18 heures de la chaîne.

    « On a enfin fait notre travail ! », soufflait dans la foulée un membre de la rédaction, soulagé. Tandis qu’un second lançait : « On aura évité la censure totale… »

    Car jusqu’à l’exfiltration jeudi des images vers le site du Monde, l’équipe de Public Sénat s’était heurtée au veto du « patron », Gilles Leclerc, nommé par le bureau du Sénat, l’actionnaire unique de la chaîne, en avril.

    http://fr.news.yahoo.com/70/20090912/tfr-le-patron-de-public-snat-a-voulu-ent-0b4fd8a.html

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  5. En fait, il y a deux scandales.

    1- Premier scandale : Brice Hortefeux est filmé en flagrant délit de racisme anti-arabe. Le cameraman qui filme ce flagrant délit travaille pour la chaîne de télévision PUBLIC SENAT.

    2- Second scandale : le patron de la chaîne PUBLIC SENAT Gilles Leclerc visionne la séquence le 5 septembre. Gilles Leclerc comprend aussitôt que cette séquence est explosive. Gilles Leclerc ordonne de ne pas diffuser cette séquence à l’antenne. C’est un cas de censure caractérisé.

    Heureusement, un membre anonyme de PUBLIC SENAT fait fuiter la séquence vers le site Le Monde.fr le jeudi 10 septembre.

    Face au scandale qui ne peut plus être étouffé, Gilles Leclerc accepte que la séquence soit enfin diffusée sur PUBLIC SENAT, le vendredi 11 septembre à 18 heures. La séquence a donc été diffusée par PUBLIC SENAT six jours après avoir été filmée !

    Si la séquence n’avait pas été transmise au site Le Monde.fr, cette information aurait été définitivement enterrée.

    Gilles Leclerc est un sarkozyste qui muselle l’information sur PUBLIC SENAT.

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  6. Jean-Marie Le Pen soutient Hortefeux.

    C’est une réaction dont Brice Hortefeux se serait sans doute passé.

    Le président du Front national Jean-Marie Le Pen juge « scandaleux le tollé soulevé » par les propos de Brice Hortefeux (ministre de l’Intérieur) sur un jeune militant UMP d’origine algérienne.

    « Ce serait comique si ce n’était pas scandaleux. Non pas la déclaration de M. Hortefeux qui n’a aucune importance, mais le tollé que cela soulève dans l’opinion », estime Le Pen.

    Dans son journal de bord vidéo mis en ligne sur le site du Front National, Jean-Marie Le Pen se prête à un jeu de questions-réponses. Il évoque la taxe carbone, la suspicion de fraudes au Parti Socialiste l’année dernière, les deux évasions dans l’Yonne dont celle de Jean-Pierre Treiber, les ventes de Rafale au Brésil, les élections régionales.

    Et pour finir, les propos du ministre de l’Intérieur à l’université d’été de l’UMP de Seignosse (Landes). « Il y a désormais en France une censure antiraciste qui s’exerce par l’intermédiaire des médias », poursuit-il, dénonçant les « dénonciations de professionnels de l’anti-racisme ».

    Estimant que Brice Hortefeux avait « prêté la main » à la polémique en mettant à la retraite d’office le préfet Paul Girot de Langlade, Jean-Marie Le Pen souhaite « que les Français exigent la liberté de parole. C’est le temps de la gestapo, jamais plus ça » conclut-il.

    http://www.leparisien.fr/politique/le-pen-soutient-hortefeux-11-09-2009-635465.php

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  7. La France ressemble de plus en plus à l’Italie.

    – 5 septembre : un cameraman de la chaîne PUBLIC SENAT filme Brice Hortefeux en flagrant délit de racisme anti-arabe. Gilles Leclerc, le patron de la chaîne PUBLIC SENAT, visionne la séquence. Gilles Leclerc comprend que cette vidéo est un scandale d’Etat. Gilles Leclerc ordonne de ne pas diffuser le séquence à l’antenne. C’est le premier acte de censure dans cette affaire.

    – 10 septembre : un membre anonyme de PUBLIC SENAT fait fuiter la vidéo censurée en direction du site Le Monde.fr qui la met aussitôt en ligne. La censure de Gilles Leclerc a été contournée grâce à internet. Des centaines de milliers d’internautes regardent la vidéo.

    – 11 septembre : la vidéo a été vue par 700 000 internautes. Gilles Leclerc comprend que le scandale ne pourra plus être étouffé. Gilles Leclerc accepte finalement de diffuser la vidéo sur sa chaîne PUBLIC SENAT le 11 septembre à 18 heures (soit 6 jours après les faits !).

    Toujours le 11 septembre : alors que toutes les télévisions parlent de la vidéo diffusée sur internet, un vaillant petit village sarkozyste résiste. Dans son journal de 13 heures sur TF1, le sarkozyste Jean-Pierre Pernaut ne dit pas un mot sur la vidéo. C’est le deuxième acte de censure dans cette affaire. Des téléspectateurs de TF1 écrivent à la chaîne pour se plaindre. Le médiateur de TF1 leur répond qu’il va demander à Jean-Pierre Pernaut de parler de la vidéo dans son journal de lundi 14 septembre. On verra si Jean-Pierre Pernaut obéit.

    – 12 septembre : la chaîne de l’Assemblée Nationale (LCP) est présidée par un autre Leclerc, Gérard Leclerc. Lui-aussi est sarkozyste. Lui-aussi muselle l’information sur sa chaîne. Lui-aussi ordonne de ne pas diffuser la vidéo sur sa chaîne. Aujourd’hui, la chaîne LCP n’a toujours pas diffusé la vidéo. C’est le troisième acte de censure dans cette affaire.

    A lire :

    http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/medias/medias__pouvoirs/20090912.OBS0903/video_dhortefeux__les_journalistes_de_la_chaine_parleme.html

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  8. La condescendance envers nos voisins italiens est « amusante »,comme voir la paille dans l’œil de son voisin .
    Ce qui amène des commentaires sur nos médias et l’auto-censure qui devient de plus en plus visible.La peur de déplaire,non pas
    au monarque,mais à ceux qui lui doivent leur place.Logés à la même enseigne, les préfets ou les chefs de la police, vite limogés au moindre incident public .C’est maintenant les télés de Suisse ou de Belgique qui nous renvoie la réalité sarkozienne .
    Étonnant non ? comme dirait Desproges .Autre chose,vous lirez peut être cet article de S.Fontenelle qui relate comment Joffrin
    et Askolovitch trouvent des circonstances atténuantes à Hortefeux, piégé par la « dictature » du net .

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  9. La majorité met en cause internet dans l’affaire Hortefeux.

    La majorité de droite française met en cause le rôle d’internet dans la violente polémique visant des propos jugés racistes du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, qu’il conteste.

    Après plusieurs conseillers de l’Elysée, le ministre de la Relance Patrick Devedjian et son collègue de l’Immigration Eric Besson ont estimé que l’épisode témoignait d’un fonctionnement malsain de la « Toile ». Seraient, selon eux, mis en exergue des propos tenus dans un contexte privé, interprétés de manière contestable.

    http://www.lexpress.fr/actualites/2/la-majorite-met-en-cause-internet-dans-l-affaire-hortefeux_786438.html

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  10. Excellent article. Il y a beaucoup de traits communs entre l’Italie et la France.

    Ajoutons qu’en Italie, l’opposition de gauche est complètement inexistante… et comme par hasard nos stratèges de gauche médiatiques veulent qu’on s’acheminent vers des primaires à l’Italienne…

    La presse a perdu son indépendance par faiblesse ou flemme intellectuelle, ou par conformisme…

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  11. Voici le communiqué officiel de Brice Hortefeux, qui donne sa propre version de l’affaire. C’est un mensonge caractérisé :

    « Brice Hortefeux dénonce une vaine et ridicule tentative de polémique.

    A l’occasion des universités d’été de l’UMP, alors qu’il prenait une photo à la demande d’un jeune militant, des commentaires du public ont porté sur les caractéristiques supposées des habitants de l’Auvergne, région d’origine de Brice Hortefeux.

    Celui-ci a alors précisé « s’il y en a un, ça va ; c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes » par référence aux très nombreux clichés qu’il venait de prendre avec la délégation auvergnate et alors qu’il s’apprêtait à partir.

    Pas un seul mot de Brice Hortefeux ne fait référence à une origine ethnique supposée d’un jeune militant. »

    http://www.interieur.gouv.fr/misill/sections/a_la_une/toute_l_actualite/ministere/tentative-polemique/view

    Brice Hortefeux prétend qu’il a prononcé la fameuse phrase « par référence aux très nombreux clichés qu’il venait de prendre avec la délégation auvergnate et alors qu’il s’apprêtait à partir. »

    Brice Hortefeux prend vraiment les Français pour des cons.

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  12. L’affaire de la vidéo de Brice Hortefeux nous aura servi de leçon.

    La vidéo de Brice Hortefeux a été tournée par un cameraman de PUBLIC SENAT. Le patron de la chaîne PUBLIC SENAT a censuré cette vidéo pendant cinq jours.

    Heureusement, un membre anonyme de PUBLIC SENAT a réussi à contourner la censure : il a transmis cette vidéo vers LE MONDE.FR, qui l’a aussitôt mise en ligne.

    Ensuite, le patron de PUBLIC SENAT a compris que des centaines de milliers d’internautes avaient vu la vidéo : il a finalement ordonné la diffusion de la vidéo, six jours après !

    Les leçons de ce scandale sont claires :

    – La censure et l’auto-censure sont monnaie courante dans les médias traditionnels.

    – Quand quelqu’un travaillant dans les médias traditionnels veut contourner la censure, il fait passer l’information censurée sur internet (en l’occurence, LE MONDE.FR)

    – Internet est le dernier média existant qui échappe à la censure.

    – Nous allons donc assister à une offensive généralisée de l’UMP pour contrôler internet (c’est-à-dire : pour soumettre internet à la censure).

    – Les discours de Jean-François Copé, Henri Guaino, Patrick Devedjian, Eric Besson, etc. sont la preuve que la tentative de reprise en main d’internet est LA bataille que nous allons devoir livrer.

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  13. Pingback: Berlusconi-Sarkozy, même combat ? | Reversus

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