La droite immunisée contre son propre venin – Europe 2009

P.Jorion qui prédit la crise des surprimes, augure une seconde onde de choc dans l’économie planétaire. De bien plus grande ampleur que celle qui a débuté à l’automne 2008. Le scrutin n’a que faire des cassandres. Frappé d’hébétude, le citoyen préfère l’immédiat, le prodigieux, le succulent. Sidéré par le Spectacle, il oublie les mauvais génies de la dérégulation. Aux miracles des élections, la droite européenne fait bombance.

42-18914870La droite a gagné. Celle qui dérégule qui privatise. Elle disposait de la majorité, elle progresse encore. L’ancien maoïste converti à l’antiétatisme J.M.Barroso va pouvoir briguer un nouveau mandat de président de la commission européenne. Le dispositif se met en place pour perdurer. Recroquevillés, presque contrits par les conséquences de leurs actes, les libéraux attendent sagement que l’orage passe. Ils entonnent en cœur le refrain de la protection étatique. Sur l’échiquier européen, l’opération est menée de main de maître. A la clef, cinq nouvelles années de pouvoirs. Contrairement à la gauche, le (méta)programme d’accaparement du pouvoir fait partie intégrante des projets libéraux. Rien n’est laissé au hasard, lobbies à Bruxelles, mass médias prévenants, stratégies politiques de concentration aboutissent à une coupe réglée de l’espace politique. C’est stratégiquement parfait. Ils abandonnent à l’opposition le choix d’alliances contre nature, d’éparpillements ou de votes défouloirs. La victoire peut survenir, un épiphénomène, un accident ou un affreux malentendu. Pour les néo conservateurs, cela permet de voir loin. Peut-être, jusqu’à la fin de la crise. Les hostilités pourront alors reprendre sans retenue et à visage découvert.
Étrangement, les chantres de la responsabilité s’y soustraient dès qu’il faut passer devant les électeurs. Sur le plan national ou international, depuis trois décennies la droite déploie son discours libéral et organise les privatisations et le démantèlement du service public. Aux vues des différents scrutins, il faut moins d’une année pour en oublier trente.
De son côté, la gauche paie comptant ses reniements. Sanction après sanctions, défaites après défaites, elle boit jusqu’à la lie ses années de pouvoirs truffées de promesses. Son ralliement aux thèses libérales ne lui est pas pardonné. Dans l’euphorie des années frics, toute tentative d’interventionnisme fut stérilisée par un discours patronal et spéculatif. Cédant au « enrichissez-vous », ils ont oublié que le jeu à somme positive distillé par les nouveaux « intellectuels marchéisés » n’est qu’imaginaire fantaisiste. La crise de solvabilité prophétisée par P.Jorion est là. Aveuglante, pour le prouver. Pour une pauvre gauche décatie, 30 années de purgatoire seront nécessaires pour oublier les trahisons.
P.Jorion annonce paisiblement que l’Europe n’a pas encore vu l’ampleur des dégâts, alors que la deuxième vague de la crise de crédit des banques n’a pas encore éclaté. Contrairement aux affabulations de D.Strauss-Khan, C.Lagarde ou F.Fillon, la reprise n’est pas pour 2010, mais plutôt pour 2020. Mais qu’importe, les chantres de la concurrence, de la liberté et du marché restent fidèles à leurs préceptes d’autoréalisation. C’est un immense exploit que de faire passer l’idée de moralisation du capitalisme après un tel échec. D’autant plus marquant que les responsables du naufrage sont plébiscités sur des promesses de continence et de protection. La droite a réussi à s’immuniser à son propre venin. La gauche y succombe immanquablement.

Souvent raillés pour le vide et l’archaïsme de leurs propositions, les partis sociaux se contentent aujourd’hui d’un rôle figuratif lors des élections. Ils existent juste assez pour être considérés grands perdants. Sur le plan programmatique, la droite n’a souvent pas mieux à proposer. Qui se souviendra de la vision européenne de R.Dati ?
Par contre, certains se souviendront des prédictions de P.Jorion. Certains se souviendront de ses propositions radicales contre la spéculation sur les prix, l’instauration d’un G192. À la martingale du pouvoir politique et économique, les solutions salvatrices sont méthodiquement écartées au profit du jeu des potentats.

Vogelsong – 9 juin 2009 – Paris

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9 réflexions sur “La droite immunisée contre son propre venin – Europe 2009

  1. Il est particulièrement inquiétant que la gauche donne ce spectacle de vacuité, de reniements et d’éclatement au moment où le capitalisme en plongé dans une des (la?) pires crises de son histoire.

    Sans vouloir donner dans le marxisme-léninisme, si le système s’effondre ou même se grippe durablement, on risque de redécouvrir des vraies violences sociales (pas des fantasmes de militants UMP en mal de sensations fortes). A ce moment, le rapport de forces entre dominants et résistants sera déterminant. Soit il aboutira à un changement radical de modèle, soit à la réaction la plus sauvage et au communautarisme.

    L’heure n’est plus aux demi-mesures.

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  2. Ce qui est plutôt impressionnant, c’est l’apathie complète dans laquelle sont les populations européennes (en dehors des anglais qui ont été bien aidés par le scandale politique récent, et des grecs) .

    Quand je parle d’un second choc possible voire probable en Europe, et du fait que le pire soit devant et non derrière nous, tout le monde me regarde avec des yeux ronds, comme si c’était une totale incongruité. Le seul qui ne me regarde pas comme si j’étais un cassandre, c’est mon banquier ! Je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer…

    La situation est d’un tel virtualisme – les green shoots étaient un idée splendide à cet égard – qu’on se demande bien comment font ceux qui sont en haut pour dormir la nuit. Quand on voit Bertrand dire que Sarkozy a moralisé la finance, que grâce à lui le problème avait été réglé et que la relance allait être plus rapide, on a l’impression de voir un cocaïnomane vous expliquer que désormais il ne prend que quelques grammes par jour, que c’est vachement mieux que quand il en prenait 10 % de plus, que maintenant, il va pouvoir continuer toute sa vie vu qu’il a réglé le problème. En même temps, quand on voit que Minc est désigné comme une des têtes pensantes du sarkozysme…

    Quand au PS, quand on n’est pas foutu de se casser quand on échoue depuis 20 ans (les éléphants) , pas foutu de faire grimper ceux qui ont des idées novatrices au sein même du parti (comme Larrouturou), pas foutu de s’extraire des doxas économiques du moment (et en 81, c’était déjà le cas, sauf que 2 doxas s’affrontaient) , pas foutu d’appliquer et de faire voter des règles de pouvoir simples et réclamées (pas de cumul des mandats, légitimation du vote blanc, entre autres) quand on y est, et pas foutu de se plier au minimum de discipline politique (c’est juste leur boulot à plein temps…) nécessaire pour ne pas faire apparaître son parti comme un aquarium à requins (Manuel Valls se donne en ce moment) , on peut difficilement se plaindre de se prendre une rouste électorale.

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  3. Si la droite progresse, c aussi par un effet de calcul sur les zones. En France par exemple, l’opposiotion majoritaire en voix est considérée comme perdante, l’effet est amplifié par une proportionnelle bizaroïde: http://www.yannleguennec.com/tmp/eu2009.pdf … on constatera au passage l’amusante disparition de l’extrême gauche. Ceci dit, amha, le pb n’est plus entre la droite et la gauche, mais entre quelques nouvelles lignes :
    « Nature et technoscience, le nouvel axe idéologique. » http://lecafepolitique.free.fr/spip.php?article203

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  4. Dominique Strauss-Kahn préconise de rester « très prudent », le chômage devant grimper jusqu’en 2011.

    Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn a appelé samedi 13 juin à rester « très prudent » malgré des signes positifs pour l’économie mondiale et il a prévenu que l’impact social de la crise atteindrait son apogée en 2011.

    « Nous devons rester très prudents, la reprise est faible, de nombreuses actions doivent encore être réalisées, l’impact social va encore durer », a averti M. Strauss-Kahn, au cours d’une conférence de presse tenue à l’issue de la réunion des ministres des Finances du G8.

    « Quoi qu’il arrive, que les jeunes pousses de reprise soient réellement des jeunes pousses, la croissance reviendra au début de l’année 2010, ce qui signifie un pic du chômage au début de 2011, à cause du décalage d’un an entre la reprise économique et son impact sur le marché du travail », a-t-il prévenu.

    http://www.lesechos.fr/info/inter/afp_00156919-dsk-preconise-de-rester-tres-prudent-le-chomage-devant-grimper-jusqu-en-2011.htm

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  5. Je l’ai vu sur Arte dans une spéciale « crise », et ça fait froid dans le dos…

    A priori, et pourquoi ne pas lui faire confiance, on a juste un avant-goût d’une catastrophe économique qui finira par se produire tôt ou tard, bien loin des optimistes prévisions officielles…

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  6. La droite immunisée contre la morale la plus élémentaire !

    En 1994, le clan Balladur-Sarkozy signe un contrat de vente de sous-marins Agosta au Pakistan. Le clan Balladur-Sarkozy promet aux dirigeants pakistanais de leur verser des commissions occultes : en échange, les dirigeants pakistanais promettent de reverser au clan Balladur-Sarkozy des rétrocommissions occultes.

    En 1995, patatra ! C’est Chirac qui est élu président de la République, contre le clan Balladur-Sarkozy ! Chirac ordonne que la France arrête de verser les commissions occultes aux dirigeants pakistanais. Les dirigeants pakistanais sont furieux : ils attendent patiemment l’élection présidentielle de 2002 pour demander au successeur de Chirac qu’il verse les commissions occultes promises par le clan Balladur-Sarkozy.

    En 2002, patatra ! C’est Chirac qui est ré-élu président de la République ! Les dirigeants pakistanais utilisent alors la manière forte pour essayer d’obtenir le versement des commissions occultes promises par le clan Balladur-Sarkozy. Trois jours après la ré-élection de Chirac, le 8 mai 2002, les dirigeants pakistanais font un attentat à Karachi contre les ingénieurs français : 11 morts.

    http://www.liberation.fr/societe/0101575018-attentat-de-karachi-l-enquete-s-oriente-vers-une-affaire-d-etats

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  7. Pingback: Rumine, je sens que ça vient ! » Le songe des héros – Adolfo Bioy Casares

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