Quand on n’a pas ce que l’on aime, on aime ce que l’on a : le Sarkozysme par défaut

Dans Le Figaro, mais aussi dans l’opinion, il est une idée largement partagée. J.d’Ormesson, le ravi sénile de l’Académie française l’énonce ainsi « Il est pourtant permis de se demander – à gauche et à droite – où le pays en serait aujourd’hui si S.Royal avait été élue, il y a deux ans à la place de N.Sarkozy« . F.Lefevbre n’aurait pas dit mieux, le sourire niais en moins. Les thuriféraires du résultat et de la politique du chiffre sont incapables de présenter un bilan acceptable après deux années de débâcle et de mensonges. La communication de l’UMP  s’en remet alors à la logique du pire : N.Sarkozy est notoirement incompétent, S.Royal l’aurait été bien plus. C’est avec ça que la vie politique prospère dans l’hexagone en 2009.

CYB052Au petit jeu des pronostics, les réactionnaires du Figaro jouent sur du velours. Ce petit monde ventru qui bénéficie des largesses du palais délivre une sentence impitoyable à l’encontre de S.Royale sur des présupposés et des conjectures.
Le pire n’est jamais sûr, et N.Sarkozy garde encore une petite marge pour toucher le fond, définitivement. Quels éléments raisonnables, factuels (et non rhétoriques) démontrent que S.Royal aurait été la risée comme l’est aujourd’hui le psychotique de l’Élysée ? La « bravitude » et quelques approximations ont fait les gorges chaudes des journaux de toutes tendances. S.Royal s’est taillé une réputation de bécasse par ces quelques bévues. C’est oublier commodément que depuis deux ans, le résident de l’Élysée utilise un exécrable sabir pour s’exprimer publiquement. Qu’il l’agrémente d’insultes envers les Français et les chefs d’État étrangers. Qu’il fait croire à son pays, pas l’entremise de journalistes serpillières qu’il sauve le monde du capitalisme sauvage.
Sur le plan institutionnel, les commentateurs font une erreur récurrente. Si S.Royal avait été élue, il y a fort à parier que F.Bayrou aurait été chef du gouvernement tel que le prévoit la cinquième république. F.Fillon est une ombre fugace, N.Sarkozy a transformé le premier ministre en une figure protocolaire momifiée. Et le « chef » du gouvernement tient ce rôle à merveille. Le président, en médiocre assumé, a organisé une équipe de collaborateurs incompétents* qui le valorisent. A-t-on la certitude qu’une équipe composée par F.Bayrou et S.Royal aurait été faite dans le même esprit égotique ?
Faire un catalogue des inepties de deux années de sarkozysme est une gageure. Des sources très informées le font talentueusement au fil de l’eau. Mais il faut rappeler que certaines mesures n’auraient jamais été mise en œuvre.
Aurait-on supprimé l’ISF, dans un pays où le 10e décile des revenus voit ses subsides baisser de 10% alors que l’on observe l’inverse pour le 1er décile ? C’est une certitude : non.
Aurait-on privatisé l’université et la recherche, appliqué des critères de sélection à l’école primaire, supprimé la carte scolaire pour de simples raisons idéologiques ? C’est aussi une certitude.
Aurait-on intégré l’OTAN parce que le président, par choix personnel et unilatéral, veut avoir des liens forts (de subordination) avec les USA ? Certainement pas.
Aurait-on donné des objectifs chiffrés d’expulsion d’étrangers, enfermé des nourrissons, prononcé les paroles de Dakar ? La gauche s’est sévèrement droitisée sous prétexte de modernité (le zélé converti E.Besson est issu de la technocratie du parti socialiste), mais n’aurait jamais été aussi loin dans l’aberration. Le sombre ministère de l’Immigration et de l’identité nationale ne serait resté qu’une cynique stratégie de l’UMP pour charmer les électeurs frontistes.
Aurait-on vu l’immixtion de l’Exécutif dans les médias publics, l’enfermement sur la base de délit de conscience, le bourrage des prisons et de nouvelles lois sécuritaires ponctuelles pour remplacer des précédentes jamais appliquées ? Probablement pas.
Aurait-on donné l’assurance aux salariés de Gandrange de la pérennisation de leur site industriel ? Un mensonge assumé et clinique de celui qui veut survivre au prix de n’importe quelle immoralité.

Le candidat N.Sarkozy a bâti son discours sur le réarmement de la politique. Par son volontarisme affiché, il a séduit les Français. Notamment avec une fausse évidence « lepeniste » (dans sa construction), « travailler plus pour gagner plus ».
Deux ans de règne, deux ans d’annonces, deux ans de storytelling. Cela fait deux années qu’il s’agite, qu’il mouline avec son sabre en bois. Plus que deux années perdues, deux années régressives.
À court d’argument, on s’en remet à des artifices de communication et finalement, à ce que l’on peut : une prétendue incompétence de la candidate de 2007, un manque d’idées de l’opposition de gauche. Les médias complaisants relaient. L’idée fait son chemin. Dans sa grande expérience de dissonance cognitive politique, la France, deux années après les faits, se persuade qu’elle n’a pas encore fait le plus mauvais choix possible de son histoire.

* B.Hortefeux, R.Dati, M.Alliot-Marie, C.Lagarde, H.Morin, C.Albanel, F.Amarra… La brochette de « bras cassés » la plus télégénique de la cinquième république

Vogelsong – 11 mai 2009 – Port-de-Bouc

Advertisements

12 réflexions sur “Quand on n’a pas ce que l’on aime, on aime ce que l’on a : le Sarkozysme par défaut

  1. Pingback: Twitted by blogiboulga

  2. L’incompétence de Royal, c’est une vaste blague. Je me rappelle d’un ancien ministre de l’intérieur qui ne savait si al-Qaida était chiite ou sunnite, ce qui implique des choix de sécurité intérieur et de diplomatie autrement plus cruciaux que le nombre de sous-marins nucléaires possédés par la France.

    Par contre, Royal a perdu là où Jospin avait déjà failli en 2002 : sur les fondamentaux. Les candidats socialistes ont un peu trop tendance à croire que le vote de gauche leur est acquis et qu’il suffit de séduire le centre pour gagner les élections.

    J'aime

  3. on peut en effet espérer que SR n’aurait pas fait la politique de sarko

    néanmoins ce n’est pas en se bouchant les oreilles qu’on convaincra que SR n’a aucun des défauts qu’on lui prete.

    si SR fait flipper, ce n’est pas seulement la faute aux medias, c’est aussi parce que ses interventions sont rarement indemnes de ratés sur le fond comme sur la forme, sont souvent déroutantes, donnent le sentiment de « fait accompli » y compris pour ses partisans, semblent trahir souvent un mépris pour les subtilités intellectuelles présentées comme « des trucs d’énarques dont tout le monde se fout », etc…

    J'aime

  4. On sent de la résignation chez certains qui ont voté S.rkozy. Pour eux, c’est comme si on était condamné à la domination d’un clan, comme si ça se résumait à ça.
    Mais il faut aller au-delà de la critique de la personnalité qui « dirige » le pays; c’est tout un système qui est en cause, et des mécanismes qui sont à l’œuvre, comme la servitude volontaire.

    J'aime

  5. Oui, ça sent la résignation impuissante… Et ça se berce d’illusions, comme d’Ormesson avec son « avec Royal ç’aurait été être pire ». N’importe quoi. On aurait au moins échappé à Hadopi et la traque des étrangers à la Hortefeux / Besson ! Sans parler du bouclier fiscal…

    J'aime

  6. Pingback: leftblogs » Comme la vérole sur le bas-clergé

  7. Pingback: Allègre et l’ouverture en question… | Reversus

  8. Ce que tu dis est tout à fait vrai.
    Cela dit, une question reste pendante: Le retour de la gauche au pouvoir, sauf à avoir élu un futur Staline qui, lui se foutra totalement de nos aspirations, cette gauche, donc, abrogera-t-elle les lois promulguées par notre naobot énervé ?

    J'aime

  9. Bonjour, je ne résiste pas à ce petit plaisir:

    ‘HUGO PARLE DE LA FRANCE D’AUJOURD’HUI’

    Nous recevons à l’instant un mail mystérieux depuis l’adresse http://www.guernesey.com. Il semble que Victor H. soit mécontent de l’état actuel du pays, et il ne se prive pas de réagir. Nous sommes ravis de lui laisser la parole. Bien entendu, ‘Piratages’ décline toute responsabilité quant à ces propos et ces opinions, qui n’engagent que leur auteur ! Toute réclamation ou plainte devra être adressée au Panthéon.

    « Voici la situation actuelle :
    Un parti frénétique qui s’appelle le parti modéré et qui veut absolument dévorer quelque chose. Seulement il oublie qu’il n’a plus de dents.
    Les plus édentés sont les plus furieux.
    Hélas ! Ce que ce triste parti veut dévorer, c’est précisément ce qui le dévorera.
    Où y a-t-il jamais rien eu de pareil ? Un troupeau de moutons enragés qui demande le combat contre une troupe de tigres. »

    « La police partout, la justice nulle part ».

    « Ce ministère est situé si bas qu’il ne peut pas tomber et qu’il échappe à l’écrasement par la platitude. »

    « Régime violent et plat. On n’a même pas le plaisir d’être opprimé par quelque chose de grand ».

    « Les ministres actuels sont des carreaux de vitre. On voit le président au travers. »

    « Républicains de la veille, socialistes du lendemain, socialistes de la veille, républicains du lendemain, ne nous reprochons rien les uns aux autres. »

    « Acceptez les révolutions du passé pour éviter les révolutions de l’avenir. »

    « Les braves gens de la majorité ont d’excellentes intentions. Ils voient un incendie ; ils veulent l’éteindre ; seulement ils se trompent : au lieu de la cruche à eau ils prennent la cruche à huile. »

    « Loi sur la presse. Le jour discuté par les hiboux. »

    « Toutes ces lois que vous faites là, c’est du combustible. Coups d’états, lois de compression, lois de vengeance, provocations, etc.
    J’éprouve en ce moment un sentiment indéfinissable : l’humiliation d’avoir en face de moi la bêtise toute-puissante. »

    « Pour eux la camisole de force s’appelle ‘le calme’. »

    « Un a peu près d’empereur.
    Des complices, mais pas de témoins. Comme homme d’action il surprend, comme homme de gouvernement, il prend. Toute son histoire tiendra dans ces deux mots. (…) Cet empereur de grands chemins hait les indiscrétions. Ses combinaisons financières sont tellement délicates qu’il lui faut la chambre noire. Mais aussi comme il travaille ! Il excelle à troubler l’eau où il pêche, et quelle pêche miraculeuse ! Il lance un décret comme on jette un filet. Quant à ses serviteurs, tout leur est permis. Il est bon prince ; prenez, mes amis ! Mais il leur recommande le secret. Que ta main droite ne sache pas ce que ta main gauche a volé. »

    « Ses moyens de succès sont la ruse et l’argent. Avec la première il trompe les niais ; avec le second il achète les intrigants, faisant ses dupes de tous ceux qu’il ne trouve pas bons pour en faire des complices ».

    J'aime

  10. Pingback: ruminances old style » Vert comme le dollar

  11. Pingback: ruminances old style » Comme la vérole sur le bas-clergé

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s