Les pleureuses de la démocratie

Les électeurs français déserteraient le scrutin européen du 7 juin 2009. Les chroniqueurs plus ou moins influents sortent casseroles et cymbales. Juchés sur leurs certitudes, ils amorcent un tintamarre pour pousser le citoyen jusqu’à l’isoloir. Peu avare de péroraisons pontifiantes, les « sachants » informent que le vote est un droit, mais surtout un devoir. Les nouveaux gardiens du temple s’emparent d’une mission sacrée, la démocratie en dépend. L’objectif est que l’urne soit pleine jusqu’au débord s’il faut. Il y a bien longtemps que le train Européen est lancé sans qu’il puisse ni s’arrête, ni même changer de rail. Une pantalonnade pour « baltringues » qui n’a que trop durée.

europe_drapeauLe scrutin européen sera un bide. Les Français de toute évidence ne se bousculeront pas pour ces élections. L’UMP va une fois de plus virer en tête, pour l’immense bonheur de l’Élysée qui clamera « victoire ». Les partis institutionnels vont se partager les sièges, les députés mal élus vont pantoufler grassement. Faut-il pour autant se précipiter vers l’isoloir ? Quelles sont les alternatives ? Pour l’UMP, l’inapte courtisane R.Dati est au diapason de la campagne : en gaudriole et amateurisme. Mais tout le monde s’en moque, ce parti qui démontre régulièrement son incompétence dans la gestion des affaires est invariablement élu. Alors… Alors, Le PS (et la gauche européenne) rédige un « manifesto » contenant quelques mesures sociales que bien des socio(-libéraux)-démocrates souhaitent (en silence) voir jeter aux oubliettes. En France, le parti socialiste traîne depuis 30 ans le boulet de sa soumission à l’Europe libérale. Il n’a plus aucune crédibilité pour porter la voix des plus modestes et des laissés pour compte. Cette formation n’est plus qu’un témoignage social en Europe, une promesse infinie de progrès et de répartition juste. Il permet depuis le traité de Maastricht (1992) d’appliquer des programmes économiques de droite libérale, en toute impunité et en ajournant les hypothétiques avancées sociales. L’agence de communication orange, le MODEM fonde l’essentiel de son « programme » sur deux concepts aussi flous que vaseux, l’humanisme et l’Europe. Le centre de F.Bayrou récolte des voix sur du vide et de la frustration. Mais vote de concert avec la droite, comme toujours. Reste des contestataires stériles et bien marginalisés aux extrêmes ; gentils « sparing partners » de la démocratie.
Cela fait trente années que les zélateurs bruxellois vendent des symboles lénifiants et infligent par la bande la concurrence et la dérégulation aux populations européennes. C’est sous prétexte de paix, d’un hymne grandiloquent et de fausses valeurs confraternelles, que la technocratie européenne a organisé la désindustrialisation des états membres, a encouragé le dumping fiscal et social. La CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) de 1951 est l’acte fondateur de la coopération continentale. Cinquante ans plus tard, les « métallos  » de Gandrange peuvent juger sur pièces, sur les mesures de « L’ode à la joie », des prouesses de leur secteur industriel.
D.Cohn-Bendit, europhile peu convaincant, développe la relativité démocratique de l’Europe aux futurs (non) électeurs lors d’un débat à la Maison de la Chimie le 30 avril 2009. L’ancien libertaire, aujourd’hui libéral, défend l’idée d’une démocratie européenne équilibrée prenant en compte toutes les spécificités internes à chacun des membres. En réalité, un moins-disant représentatif comme consensus. Tout en gouaille, il veut convaincre que la machine technocrate est la « moins mauvaise possible ». Aussi, il oublie scrupuleusement de mentionner les très influents lobbys libéraux enkystés à Bruxelles. Ce système technocratique fantasme une démocratie. De fait, elle n’existe pas. Les cabris illuminés comme B.Guetta ou J.Quatremer euphémisent en évoquant une démocratie « lointaine ».
Le marketing électoral organise une vaste farce truffée de communication et promesses dont la finalité est de ramasser une majorité minimum pour imposer, écoutilles fermées, un programme (aussi inepte et destructeur qu’il puisse être) ; « Démocratiquement ». Le président français pérore « l’important dans la démocratie c’est d’être regardez Berlusconi il a été réélu trois fois ». En France, les députés et sénateurs réunis en congrès ont infligé le traité de Lisbonne aux Français. Le président plastronne en sauveur de l’Europe en refourguant ce fadasse ersatz de TCE. Dans les démocraties occidentales modernes, que ce soit sur des lois nationales (HADOPI, OGM…) ou sur des traités internationaux (TCE, refus Danois et Irlandais…), soit on réitère le vote jusqu’à l’obtention du résultat souhaité, soit on confie la validation à une « représentativité » plus serviable.

Les catéchistes du scrutin bien planqués derrière leurs certitudes (et souvent leurs statuts) peuvent tranquillement exhorter les bonifaces à se déplacer « pour-remplir-leur-devoir-de-citoyens ». À ceux qui objecteraient, les cyniques comme A.Minc vocifèrent contre l’antiparlementarisme et le populisme. D’autres, plus misérables encore et  pas à une contradiction près, invoquent le sang versé pour l’obtention de ce droit. Alors, il faut voter, pour le PS, l’UMP voire le MODEM. Vote témoignage dont les conséquences n’ont aucune incidence visible et positive sur la vie quotidienne de ceux qui ramassent les miettes. Vote qui n’a d’intérêt que dans l’importance du taux de participation. Ce fondement de la démocratie est transformé en thermomètre plébiscitaire. L’alternative est alléchante, donc : ne pas voter c’est faillir à ses devoirs et laisser les autres décider ; voter c’est donner son assentiment à des réformes déjà programmées. C’est dans ce contexte que les précepteurs de vérités intangibles inculquent leurs morales « démocratiques » au troupeau égaré de renâcleurs. Le peuple ira ou n’ira pas, et c’est son droit, son choix. Les recalés de la mondialisation heureuse n’ont pas besoin de la pathétique danse du ventre des moralisateurs « concernés » qui se fourvoient si régulièrement, si largement.

Vogelsong – 6 mai 2009 – Paris

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18 réflexions sur “Les pleureuses de la démocratie

  1. Excellent : tout est dit! Ce n’est pas de l’abstentionnisme que de refuser de cautionner cette grosse pantalonnade avec un nez rouge dérisoire.
    Merci, je me sens moins seule!

    Maintenant, si j’ai un vrai candidat de Gauche antilibérale bien musclée dans mon coin, j’irai tout de même lui filer mon bulletin, mais je doute qu’on me laisse ce genre de choix…

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  2. Je ne reste toujours pas convaincu.

    Refuser le scrutin au prétexte que l’Europe n’est pas démocratique, que ça ne sert à rien, etc, c’est se donner bonne conscience : d’autres voteront pour nous.

    Toute opinion est par nature représentée dans l’offre électorale. Si tu es tant que ça contempteur de Bruxelles, d’autres formations le sont avec toi. A toi de donner ta voix en fonction de qui est le plus proche de toi.

    Ceux qui se font les avocats de l’abstentionnisme aquoiboniste et blasé prennent comme argument que les hommes politiques tiennent le système, le verrouillent et l’organisent comme ils le souhaitent, et que donc toute élection est par nature un simulacre. C’est un postulat pessimiste auquel je ne souscris absolument pas. Je ne suis pas libéral, mais pour le coup, je crois aux vertus libérales et concurrentielles du scrutin : l’électeur reste la valeur-clé et le seul capable de vraiment décider de l’issue du scrutin.

    Cela implique d’une part qu’il accepte de voter et efface l’idée déculpabilisatrice que son non-vote ne changera rien au résultat global car il est infinitésimal. Et d’autre part que l’électeur se comporte vraiment en consommateur du politique, qu’il évalue l’offre globale et porte son suffrage vers tel parti parce qu’il en apprécie le produit et non le packaging. C’est exactement le paradoxe des étiquettes : elles polarisent l’échiquier politique, mais le fossilisent (même si, à décharge, il faut noter la grande volatilité de l’électeur français moyen).

    Les électeurs sont tout autant coupables que les hommes politiques. Sauf que les seuls à pouvoir changer la donne, ce sont les électeurs eux-mêmes… Comment ? Deux écoles : ceux qui veulent changer de l’intérieur et privilégient le suffrage et ceux qui rêvent du grand soir révolutionnaire et prétorien…

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  3. Ce qu’on souhaite vraiment cacher, c’est le processus de codécision en matière de marché intérieur.
    L’Europe est tellement pratique pour justifier les régressions sociales.

    Sauf qu’en de nombreuses matières, dont le marché intérieur (et toutes les déréglementations qui vont avec), le Parlement et le Conseil des ministres européens doivent voter le même texte à la virgule près, sans quoi, il passe à la trappe.

    Faire échec à l’Europe néolibérale, c’est possible. (Encore faut-il envoyer à Strasbourg des eurodéputés prêts à voter contre ces mesures.)

    Mais ça, j’ai comme dans l’idée qu’on ne veut pas trop que ça se sache.

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  4. C’est énorme, tu passes 5 minutes à décrire une Europe qui, visiblement ne te sié guère et tu affirmes fièrement que tu n’iras pas voter.

    Tu préfères donc le silence à l’action. C’est un choix de citoyen. En cela je le respecte. Mais il ne faut pas crier au loup à chaque rendez vous européen si tu ne prends meme pas la peine de t’exprimer et d’exprimer ton point de vue lorsque tu dois voter.

    On dit bien « qui ne dit mots consent » ?

    Bonne Journée

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  5. « Ne pas voter, c’est laisser les autres voter à votre place. »

    Quand ces autres incluent l’UMP, je n’ai pas, mais alors vraiment pas envie de faire la fine bouche!

    L’Europe actuelle est ce qu’elle est, mais c’est quand même encore elle qui décide si le bon plaisir d’un président français suffit comme motif pour qu’on vous coupe votre connexion Internet… Des trucs comme ça.

    Après, en effet, à chacun ses responsabilités. Y compris de s’informer – sérieusement – sur les choix possibles. Il y a des outils intéressants là:
    http://www.elections-europeennes.org/index.php

    Les programmes des partis, le rôle du parlement européen, tout y est. Ce sera peut-être un peu dur si on est allergique au bleu, mais c’est très lisible, faut pas croire…

    (OK, j’en parle à mon aise: j’ai la possibilité, chez moi, de mettre un bulletin Eva Joly dans l’urne le 7 juin. Ça aide.)

    @ Le Monolecte « On a déjà voté et on nous a renvoyé notre vote à la gueule! Qu’est-ce qu’il vous faut de plus? »

    Faut-il vraiment refaire encore 2005? Faut-il encore rappeler que « nous » était alors majoritaire en France mais pas en Europe?
    Le non à gauche n’a-t-il vraiment rien de mieux à faire aujourd’hui que de se transformer en pleureuse de gauche?

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  6. « Faut-il vraiment refaire encore 2005? Faut-il encore rappeler que “nous” était alors majoritaire en France mais pas en Europe? »

    D’où tu sors ça : de la République des Sondages?
    Ne pas oublier que les peuples ont systématiquement été zappés du processus actuel de ratification du TCE et de sa copie carbone et que lorsque le peuple a réellement été convoqué aux urnes, il a juste dit NON, ce mécréant. Donc, soit on l’a zappé (comme pour nous, en passant par des représentants super par représentatifs), soit on lui demande pas très poliment de retourner aux urnes jusqu’à ce qu’il vote comme il faut…

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  7. @Monolecte : « lorsque le peuple a réellement été convoqué aux urnes, il a juste dit NON, ce mécréant. »

    Faux. En mai 2005, le Luxembourg a fait procéder à un référendum sur le TCE : 57% de OUI.

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  8. Au fait, le PLAN B de fabius il est où ? Vous l’avez trouvé ? sinon il faut le coller en correctionnelle pour escroquerie le Fabius !

    Je dis ça , moi alors que j’ai fait la campagne du non. Et que j’ai l’impression d’avoir été pris en otage par un con, et encore maintenant par des cons ( NPA et autres) qui pensent que « non de 2005 » = « non de gauche » et que si on a voté « non » en 2005 on est forcément avec eux et avec leur idées.

    On rappellera que même si ça fait mal, dans les 54% de non, qu’il y avait aussi des fachos, des réactionnaires, des neo-pétainistes, des cinglés de droite. Ceux là avaient des raisons autres que celles des « non » de gauche.

    Après désolé, dans cet élection vous avez le choix. Donc l’abstention n’est pas une solution.

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  9. @Le Monolecte
    On a aujourd’hui droit au teasing de Kouchner et à un clip à la Obama « don’t vote ».
    Je ne pousse pas à l’abstentionnisme. Je me déplacerai probablement. Ce qui m’exaspère ce sont les pom pom girls du devoir civique.
    Merde.

    @Nick
    « Toute opinion est par nature représentée dans l’offre électorale »

    Pour le reste les changements de l’intérieur j’en entends parler depuis 1983…
    Ma foi s’évapore.

    Quand au vote Luxembourgeois, tu m’as fait beaucoup rire, je t’en remercie. Tu l’as fait exprès hein ? (@marc vasseur)

    @Etiam
    Manuel Barrosso est aujourd’hui pressenti à sa propre succession…
    Tu imagines à quel niveau nous en sommes.

    @Seb
    Ton assentiment à la soumission est tel que je ne peux rien pour toi. Dors bien.

    @Irene
    Je ne supporte plus les moralistes du taux de participation.

    @Dagrouik
    Le plan B. Me fiche du plan B.
    La démocratie c’est donc : « TCE de Giscard ou rien ? »
    Avec ou sans plan B le TCE était une fiente.
    Quant aux « fachos », ce sont aussi nos « frères ».
    D’ailleurs, d’authentiques réacs ont voté OUI…

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  10. Excellent article, tout est dit sauf l’appel à voter pour le Front de gauche ! Pace que sinon, il rste plus qu’à se flinguer !

    Ce sera paut-être un vote de témoignage, mais ce sera mieux que l’abstention… Et en étant optimiste, c’est probablement le début d’un rassemblement à gauche du PS, avec à terme, on l’espère, un rééquilibrage…

    Vu ce qui se profile à l’horizon avec le traité transatlantique, ce serait hautement souhaitable.

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  11. > Avec ou sans plan B le TCE était une fiente.

    Non de gauche + plan B = quelquechose de potentiellement intéressant
    Non de gauche sans plan B = status quo dans le traité de Maastricht = gros décalage entre les promesses et les actes.

    C’est plus clair comme ça ?

    On peut donc, on doit donc en vouloir à Fabius et autres stratèges du non de gauche, qui ont à l’évience trompé et déçu les électeurs qui leur ont fait confiance en toute bonne foi.

    Cela dit sans vouloir relancer le débat OUI de gauche vs NON de gauche. En effet, je pense que tous les deux ont échoué (le premier en 2005, le second pour n’avoir rien su faire de 2005) et que c’est tout simplement la droite qui a gagné, que ça soit à l’échelle nationale européenne.

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  12. Non JM.
    Cela reste un argumentaire ouiouiste vaseux et spécieux.

    Plan B ou pas. Soumettre un texte à un vote implique la possibilité d’un non. En particulier si le texte n’est pas bon. Et cela vaut pour aujourd’hui et demain.

    Que les technocrates ne veuillent pas plancher sur un texte démocratique et et proche du peuple c’est leur problème.

    Faute de plancher sur des textes plus lumineux, ils refourguent sans vote un traité de Lisbonne. Logique du pire…

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  13. > Plan B ou pas. Soumettre un texte à un vote implique la possibilité d’un non. En particulier si le texte n’est pas bon

    C’est faux quand il s’agit d’un traité international qui comme tous les traités internationaux classiques est à ratifier à l’unanimité.

    Dans ce cas, il faut se battre en amont pour que le texte à présenter soit bon. (Et ça n’a pas été fait, ATTAC & cie étaient aux abonnés absents lors de la convention sur l’avenir de l’Europe, contrairement à la confédération européenne des syndicats, greenpeace, ..)

    Une fois que le texte à soumis à ratification dans chaque pays, la solution est binaire : c’est ça ou rien.

    La possibilité d’un « non » constructif n’existera que lorsque chacun aura compris qu’il est plus que temps de laisser le droit de véto de chacun contre tous (d’où l’idée émise par Cohn-Bendit en 2004 d’un référendum pan-européen)

    Ironiquement, la force de la « victoire » de 2005 repose justement sur ce droit de véto national, qui est pourtant justement ce qui la condamne (à mon avis que j’estime amplement démontré par le bilan de ces 4 dernières années) à rester infertile.

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  14. > Que les technocrates ne veuillent pas plancher sur un texte démocratique et et proche du peuple c’est leur problème.

    Mais malheureux, ce ne sont pas les technocrates qui sont la cause du blocage ! Si on laissait faire les technocrates, le résultat serait bien plus probant que le TCE. Cf le projet Prodi/Lamoureux http://www.libres.org/francais/actualite/archives/actualit%E9_1202/constitution_prodi_a514.htm

    La vraie cause du blocage, c’est que dans bon nombre de pays, les citoyens ont pris l’habitude d’élire des médiocres et des nuisibles : Berlusconi, Aznar, les jumeaux K. en Pologne, chez nous Raffarin et Sarkozy, …

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  15. Pingback: ruminances old style » Z’européennes…

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