Diversité versus égalité : les écarts de richesses également répartis

Dernier en date à faire tinter ses grelots à la cour de l’Élysée, Y.Sabeg est promu nouveau préposé à la diversité et l’égalité des chances. La droite s’offre une respectabilité en ratissant large sur une thématique consensuelle. Après le siphonnage du FN, la chasse aux étrangers, l’identité nationale, le sarkozysme aidé de toutes les naïves bonnes volontés joue les grands airs de la diversité et de l’égalité. À ce petit jeu, les réactionnaires passent les plats aux conservateurs. Les progressistes n’ont pas droit au chapitre.

42-21522243N.Sarkozy, le MEDEF, le PS fondent sur la diversité comme la misère sur les pauvres. Cela n’interloque personne. Tous, unanimes, chantent les louanges d’un nouveau modèle de société débarrassé de ses oripeaux sexistes, « racistes », culturels et même un peu sociaux. Des fois.
Ce sont pourtant les mêmes qui depuis de longues décennies pratiquent la politique de l’homme vieux et blanc. Les mêmes qui pour remporter les élections récurent les pissotières du Front National, les mêmes qui font du casting « racial » et sexuel une force de vente au service du conservatisme. À intervalle régulier on évoque la prise de conscience, qui permet de gagner du temps jusqu’à la prise de conscience suivante. Mais le plus édifiant est le dévoiement des responsables politiques. Depuis trente ans, ils délaissent le terrain miné du social pour se consacrer à la diversité, bien plus sensuel. Pour la droite, c’est une aubaine. On ripoline la devanture réactionnaire, pour se poser en chantre de l’équité et de la diversité. Pas question de toucher à la répartition des richesses, la péréquation des couleurs de peau et des sexes dans le magma de la pénurie des salaires est bien plus intéressante. Elle permet de contempler un ordre social constellé de disparités. Et de justifier, même, l’aggravation de ses écarts de richesses, à condition bien sûr qu’elles soient égalitairement réparties. On tolère très bien qu’une avocate d’affaires (non blanche serait idoine dans cet exemple) gagne 20 fois plus qu’une infirmière d’un service de pédiatrie génétique. Mais il est insoutenable que l’infirmier gagne 1,1 fois plus que l’infirmière pour le même travail. Et donc 19 fois moins que la reine du barreau citée plus haut. Ce qui est indigne ce n’est pas que l’infirmier gagne 1,1 fois le salaire de sa consoeur (même si), c’est que l’ordre économique, sous couvert d’équité, établisse que s’occuper d’enfants mourants est 20 fois (ou 19) moins gratifiant que réaliser des fusions acquisitions. Mais bien sûr beaucoup plus valorisant.
Les réactionnaires ont un rôle très important dans le dispositif. Repoussoir facilement identifiable, ils abhorrent la différence de couleur de peau, pensent le XXIe siècle comme l’an mil. Chacun à sa place. Le nouveau voiturier du pouvoir, L.Schweitzer délivre une fulgurance lors de l’émission de France Culture du grain à moudre, « on ne convainc pas un raciste« . L’ennemi est donc là, identifié, et tellement grotesque. Le chef de la HALDE rajoute « il faut le combattre impitoyablement« . Aurait-il fallu leur faire des bisous dans le cou ?
En 2005, le gouvernement de D.de Villepin proposa le chantier sur l’égalité professionnelle. Salves d’applaudissements : Comment faire autrement pour échapper au goudron et aux plumes ? Ce même gouvernement mettait en place le contrat première (nouvelle) embauche au même moment. Étourdi par tant de « modernité », personne ne fait le lien.
C’est pantois que l’on scrute les « progressistes » qui besognent sciemment ou pas pour les conservateurs. Les valeurs défendues, l’énergie dissipée dans les luttes ne sont pas en cause. Mais la portée idéologique et pratique suscite des questions. Dans bien des cas, les combats « progressistes » sont une arme par destination pour conservateurs. C’est un dilemme. On peut être pour une juste répartition des richesses et l’égalité des sexes (par exemple). Mais on livre des munitions idéologiques aux conservateurs pour affirmer et même justifier les inégalités économiques. Avancer dans un sens, faire un grand bond en arrière dans l’autre, W.B.Michaels vitupère : « quand le spectre grimaçant de l’inégalité économique parvient malgré tout à relever la tête la gauche fournit à la droite un système performant pour apprendre à l’aimer« *. L’effet de propagation sur la société est dévastateur. L’intériorisation des inégalités de classes est largement équilibrée par la force symbolique de la diversité. Un vent de progrès souffle alors dans les médias lorsque l’on annonce la remise à niveau de la rétribution (940 000 euros) pour le vainqueur du simple hommes et femmes à Roland Garros. La caissière à temps partiel (650 euros nets), elle, vit sûrement cet instant magique comme un réel progrès. C’est pourtant les éléments de classes et de répartition qui devraient primer. On brade l’égalité économique pour « l’égalité » néolibérale.

Pour la gauche l’abandon est presque total. Les baisses d’impôts, les privatisations, l’intériorisation de la mondialisation débouchent sur un surinvestissement dans la diversité. Ces valeurs sont évidemment estimables, mais le clivage avec la droite s’annonce ardu ; les deux camps sont officiellement sur les mêmes bases. La populaire F.Amara a réussi le mariage parfait en décrochant un maroquin au gouvernement. Après un long travail de sape et stigmatisation, elle est enfin récompensée sur l’autel de la diversité. Elle parle de garçons (surtout), de filles, de violences (surtout),  de banlieues, de responsabilités, mais finalement très peu de classes et de répartition. Selon les canons du Figaro, elle est « moderne ».

La France plébiscite l’indocile R.Yade. Selon les éditorialistes, elle aurait des valeurs de « gauche ». Elle sait surtout ne jamais aller trop loin. Symptôme de cette France conservatrice qui n’autorise les dépassements de limites que jusqu’à un certain seuil. La rebelle s’étonne sur son blog qu’il puisse y avoir des « racistes » dans son parti, l’UMP, une formation libérale et diverse. Comme le Parti socialiste.

Vogelsong – 14 avril 2009 – Paris

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11 réflexions sur “Diversité versus égalité : les écarts de richesses également répartis

  1. Article vivifiant. J’aime particulièrement la citation de Walter Benn Michaels.

    A propos de la Halde, on peut feuilleter, pour rire un peu leur étude des stéréotypes et discriminations dans les manuels scolaires: http://www.halde.fr/IMG/pdf/Etude_integrale_manuels_scolaires-2.pdf

    Ainsi, à l’examen des 359 exercices d’un livre de maths, les chercheurs d’indignent: « aucun des 359 exercices de mathématiques (analysés) ne mentionne l’homosexualité ou le handicap  »

    En outre, « les seniors sont peu représentés dans les manuels de mathématiques ».

    Et comble d’horreur: « un livre de 6ème voulant illustrer le conte Hansel et Gretel montre un senior dans le rôle de la sorcière » !

    D’ailleurs, les chercheurs expriment leurs regrets:
    « Nous n’avons pas eu la possibilité, faute de temps, d’étudier les textes des manuels. En effet, certains textes pourraient contenir des stéréotypes. Par exemple, en français, le poème de Ronsard  »Mignonne allons voir si la rose… » est étudié par tous les élèves. Toutefois, ce texte véhicule une image somme toute très négative des seniors. Il serait intéressant de pouvoir mesurer combien de textes proposés aux élèves présentent ce type de stéréotypes, et chercher d’autres textes présentant une image plus positive des seniors pour contrebalancer ces stéréotypes. »

    Si vous pensiez que la priorité en matière d’éducation, c’est de réformer le système le plus inégalitaire d’Europe et de démanteler les réseaux scolaires, détrompez-vous. La priorité est de trouver des textes donnant une image positive des seniors, mais pas trop pour que les jeunes ne se sentent pas victimes d’une insupportable inégalité…

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  2. Tovarich Vogelsong, on en revient toujours au même problèmes : rare sont ceux qui à gauche se préoccupent de la précarité ou même savent ce que ça signifie quotidiennement pour 7 millions de citoyens de ce pays.

    Et pour Etiam Rides, c’est con la remarque de la Halde. Par ce que mes profs de maths, et j’en ai eu de la 6e à la licence.. Ben c’était très souvent des vieux. On plus on enseigne des trucs de vieux en maths. Que ce soit Pythagore ou d’autres choses dont j’ai oublié le nom.

    Et sur les manuels de Biologie ,ils ont aussi fait des remarques? de ce genre: Pas assez de séniors représentés dans le chapitre sur l’embryon des mammifères

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  3. Mais non ! Pour le manuel de biologiebop, c’est la malformation des mammifères qui est étudiée, histoire de couvrir le chapitre « handicaps » (c’huis politiquement incorrect là, non ?)

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  4. Ah la la, à quand, pour éviter toute discrimination dans l’enseignement de la mythologie, le remplacement de Mars et Vénus par Piccoli et Jeanne Moreau.
    Ce n’est pas leur talent qui est en cause, c’est l’image, à tous les coups on va hurler à la dévalorisation de l’image de l’Amour…, c’est sans fin ce foutoir.
    Et on ne peut même pas hurler à l’élimination des mal-comprenants, outre que ce serait probablement le plus grand génocise de l’ihistoire de l’humanité, on n’est même pas sûr d’en réchapper…

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  5. Merci pour vos coms.

    @Etiam Rides (et aux autres)
    Vous noterez qu’il est complexe de « critiquer » la dicversité. Très connoté racism, sexisme, etc…

    @Laetsgo
    Je ne te félicite pas

    @le gout des autres
    Pas lu. je note.

    @Romain
    Tiens nous sommes sur la même ligne. Pour une fois. :))

    @François
    Wahou. Toi ici. A+

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  6. Effectivement, la critique de l’idéologie de la diversité est toujours délicate. Mais la rhétorique employée par les laudateurs des quotas et statistiques ethniques / sexuelles / etc. peut quand même être facilement mise en défaut sur un point: elle se justifie en général par le constat d’indéniables discriminations qu’il s’agirait de mesurer / corriger / compenser.

    Or ces discriminations sont déjà punies par la loi. Et si les condamnations sont trop rares, ce n’est pas le fait d’une étroitesse d’esprit propre aux juges, c’est parce qu’il est difficile d’en faire la preuve. Le testing, par exemple, n’est valable qu’en des circonstances bien précises.

    Si l’on veut lutter sincèrement contre lesdites discriminations, il faut réfléchir à des moyens pertinents d’en faciliter la preuve et demander une modification de la loi en ce sens afin qu’elles soient effectivement punies.

    Il semble plus adéquat et plus efficace d’ajouter une ligne précisant une présomption de fait au code pénal que de modifier les principes fondateurs de la république.

    En général, un interlocuteur de bonne foi ne peut qu’en convenir et admettre soit que la « discrimination positive » est inutile, soit qu’elle poursuit d’autres fins moins avouables…

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  7. Le combat pour la diversité peut il être un alibi cynique permettant d’éluder commodément d’autres questions tout aussi fondamentales, comme celles de la répartition des richesses, ou plus généralement un semblant d’équité sociale ?
    Oui, évidemment. Consciemment ou pas, on peut se faire une virginité égalitariste sur le dos de la diversité. On peut.
    Mais pour autant, je ne pense pas pouvoir avancer que la diversité s’oppose automatiquement, mécaniquement à une démarche égalitaire et sociale plus vaste. Je ne crois pas non plus, que le PS – pour n’évoquer que lui – fasse l’impasse sur un ré-équilibrage des salaires, alors qu’il mis au cœur de son projet le combat pour la diversité.
    Et puis, je n’oublie pas que la diversité repose aussi sur la diversité sociale. Pas de statistique ethnique dans l’hexagone. Elles sont avantageusement remplacées par l’origine géographique (par origine géographique, j’entends l’adresse postale, pas l’arbre généalogique), elle permet de nécessaire – bien qu’encore insuffisantes – avancées face au déterminisme social.
    J’ai donc le sentiment que ces deux axes non seulement ne s’opposent pas, mais vont même jusqu’à se rejoindre et se conforter l’un et l’autre : plus la diversité sera réelle a toutes les strates de notre société (dont son sommet, verrouillé par une poignée de clones et son « système de dispositions réglées »), plus nous aurons de possibilités de gagner sur d’autres fronts sociaux. La diversité peut aussi être envisagée comme un point de départ, comme un déverrouillage salutaire, une vison plurielle de la société permettant de mieux armer nos élites intellectuellement chargées justement d’adresser la question sociale. Ce qui n’empêche pas de dénoncer les tours de passepasse des conservateurs déguisés en progressistes… bien entendu.

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