Naissance d’une star : la bourse

Le citoyen « lambda », qui souvent n’est même pas actionnaire, a maintenant l’œil rivé sur la bourse et l’évolution du CAC40. Sa vie en dépend. Une autre victoire de la finance sur le (fameux) réel.

Le péquin continue de faire ses courses (devant des étalages foisonnants), va travailler comme si de rien était (mais n’en pense pas moins). Mais avec au fond de ses entrailles une boule d’angoisse depuis quelques semaines : comment va le CAC 40 ?
Finalement, grâce à la crise de 2008 les marchés vont connaître la starification. Le téléspectateur vibre à chacun des soubresauts financiers. Il fait corps. Concept personnifié, la bourse est affublée de manies (« nerveuse »), d’états d’âme (« inquiète »), de qualités (« les 30 valeurs vedettes »). Le journaliste préposé atteint de panurgie suraiguë assure la mise en scène en bon monsieur loyal. Les sites de grands quotidiens font du minute par minute telles les plateformes de sports pour les matchs de gala. Mardi 14 octobre, Libération (toujours perspicace) annonce une « reprise de confiance » (oufff), le 15 « la dégringolade » (ouch) pour Le Monde… La diva est versatile.
Les médias dominants ne sont pas avares d’efforts pour essayer de « démocratiser » la chose. LCI diffuse en insert continu depuis des années les fluctuations boursières en temps réel avec indicateurs symboliques verts et rouges très didactiques. Tous les journaux et radios consacrent quelques minutes chaque jour au « phénomène » boursier. Mais cela ne concerne personne. Les banques gèrent les portefeuilles de particuliers en toute opacité, et les boursicoteurs sont quantité « epsilonienne » de la population. Evidemment les professionnels du secteur collectent leurs infos sur Bloomberg T.V. plutôt que sur LCI, France2 ou France info. Alors à quoi bon ?
Béotiens, sans portefeuille d’actions, salariés, chômeurs, tout le monde sait maintenant que c’est là que ça se joue. Pas à l’Elysée, pas à Bruxelles, ni à l’ONU. Non.  Le  centre névralgique du monde post-moderne te situe à la bourse. Les vies y basculent ou continuent comme avant, quand tout n’allait pas si mal, finalement. Avant quoi, d’ailleurs ?

Avant la crise de la télévision, celle que D.Pujadas et L.Ferrari racontent l’air soucieux, anxieux. Et c’est contagieux l’anxiété. Parce qu’un 1929 pour le citoyen occidental « mondialisé » ça ne veut rien dire. Il ne sait pas par où ça va commencer. On annonce l’apocalypse économique. Cela va-t-il se répercuter sur le loyer, le salaire, l’emploi, les prix, à quelle vitesse ? Quand ? Comment ? Pour l’instant, le « populo » assiste circonspect (mais anxieux) à la crise virtuelle et médiatique de la bourse. Sidéré, il a vu le flash de l’explosion, il attend l’onde de choc

Vogelsong – Paris – 15 octobre 2008

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