Liberté – Equité – Rentabilité : nouveau credo de l’éducation (Partie 2)

« Je suis à l’aise dans le sarkozysme. L’énergie, le courage et la volonté du président me séduisent beaucoup », c’est sous la plume hagiographique de la consternante S.P.Brossolette que X.Darcos déclare sa flamme au petit président. Pas étonnant, le très libéral et conservateur « maroquin » de l’éducation administre à l’institution un traitement de cheval. Les programmes sont méthodiquement sabordés, pour faire de l’élève une machine à apprendre.

Loué par le chef de l’état et faisant partie du cénacle des sept du gouvernement bis, le lettré ministre met sa patte sur les nouveaux programmes. Objectif : retour aux fondements de l’éducation du 19eme siècle. Pour exécuter ce bond en arrière, il n’eut aucun mal à piocher dans les ouvrages récents de réactionnaires tels que J.P.Brighelli ou M.Le Bris. Ils incarnent les nouveaux mentors, dont la télévision raffole et qui ont l’antenne ouverte pour éructer sur la faillite du système scolaire français. Ces fiers-à-bras ont simplement repensé l’éducation telle qu’on la pratiquait il y a cinq générations. S’appuyant sur les chiffres alarmants de l' »illetrisme » scolaire, pouvant écrire à peu près n’importe quoi (sans être châtier par un journaliste consciencieux), s’exprimant à tort et à travers, ils jouent, à heures de grande écoute, sur la corde émotionnelle du parent inquiet qui en pince pour son marmot. « La fabrique du crétin », titre évocateur, fit par l’auteur et sa gouaille un carton sur les plateaux télés et, par là même, dans les foyers. Il put bramer que l’égalité fait le lit des inégalités (sic), que tous nos maux viennent de 1968 (tiens ?), que les enfants passent le plus clair de leur temps en sorties pédagogiques plutôt qu’en leçons d’algèbre. Les parents adorent.
Les programmes en prennent un sérieux coup. C’est le grand retour des blouses grises et de la baguette en bois. Le « par cœur » qui était dans la panoplie des méthodes devient systématique. Le « b-a ba »en lecture aussi. On revient à l’âge primaire de la didactique, ou plutôt au bourrage de caboches. Les nouveaux programmes sollicitent un retour aux « fondamentaux », c’est-à-dire le français et les mathématiques. Qui laisse croire, au passage, que ces matières étaient délaissées. Dans le même temps, 72 heures vont être supprimées. Donc, au « détriment de l’ouverture sur le monde, de toute la culture humaniste (histoire, géographie, sciences expérimentales), de la pratique artistique (musique et arts visuels) et informatique. Les matières d’épanouissement et de culture vont passer automatiquement par pertes et profits »*. Cela en dit long sur la considération que ces « pédagogues » ont pour l’enfant. Ce réceptacle vierge à inculquer.
On observe aussi un glissement sémantique prodigieux, « l’expression écrite » est remplacée par « la rédaction », « la poésie » par « la récitation », « l’éducation civique et citoyenne » par « l’instruction morale et civique ». Va-t-on chanter l’hymne national lors de la levée des couleurs ? On ne badine plus en Sarkozie.
D’autre part, en maternelle l’ambition des programmes n’est plus « apprendre à vivre ensemble », mais « apprendre à être élève ». Nettement plus dans l’air du temps utilitaro-individualiste.
Les français semblent oublier que ce sont leurs enfants que l’on livre à cette industrie. Comme des boîtes vides, bonnes à garnir.
La contestation a fait long feu. Peu (pas) appuyé par les parents, dépassé par le calendrier balnéaire, mené par des leaders syndicaux proprement apathiques (et incompétents), le mouvement s’est inéluctablement étiolé. Chez les intellectuels c’est le calme plat. P.Meirieu est, pour un temps, sorti de sa tour d’ivoire pour pousser une lente complainte. Mais seulement après avoir été mis nommément en cause pour son pédagogisme. Le sujet est pourtant essentiel, mais c’est symptomatique de l’attitude négligente de tout un pays tétanisé par un pouvoir « autiste ».

-A suivre-

vogelsong – 2 septembre 2008 – Paris

*Propos de Y.Vlahovic, professeur en Loire-Atlantique

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3 réflexions sur “Liberté – Equité – Rentabilité : nouveau credo de l’éducation (Partie 2)

  1. Bonjour,

    La suite de l’analyse est bonne.

    On discrédite l’école d’aujourd’hui (qui a pourtant fait des progrès énormes depuis ces 15 dernières années, pour s’intégrer au monde actuel) au profit d’une vision passéiste de l’éducation. Il est temps de prendre conscience qu’on ne peut plus se contenter de savoir le nom des départements et de leurs préfectures et les fleuves et leurs affluents pour être un bon élève. Le niveau du certificat d’étude, tel qu’il était passé autrefois était celui de la fin du collège, avec l’informatique, la technologie, les sciences, l’analyse de l’image, l’histoire de l’art…et toute l’ouverture culturelle, en moins.

    Même si les choses ne sont pas parfaites aujourd’hui, il ne faut pas oublier aussi que le collège, autrefois n’était ouvert qu’à une minorité d’élèves…On n’enseigne pas à une minorité triée sur le volet comme on le fait pour la totalité des élèves.

    Merci pour cette analyse dans laquelle je me reconnais beaucoup.

    CC

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  2. Ne devrions nous pas donner les outils pour apprendre en primaire : apprendre à lire et à compter (et à aimer cela), entraîner la mémoire mais aussi éveiller la curiosité ?

    Recentrer la primaire sur des fondamentaux me semble une bonne chose, seulement, la curiosité est oubliée dans ces nouveaux programmes… Le « pouvoir » d’apprendre est pourtant décuplé par la volonté. Ayons confiance en nos professeurs pour rajouter cette touche aux programmes.

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  3. Pingback: Une mobilisation citoyenne pour l’école publique « Piratage(s)

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