Engagement en Afghanistan : l’opium du peuple

H.Morin ministre de faible envergure, sans charisme, convié au poste pour traîtrise d’entre deux tours, fait de la retape des balourdises du petit président. Les événements d’août en Afghanistan, la piètre performance de commisération de N.Sarkozy engendrent un profond malaise sur l’engagement militaire de la France. Le ministre des armées fait ce qu’il peut -c’est-à-dire presque rien- pour clarifier la situation et vanter la pureté de ses intentions.

Les talibans ont occis 10 militaires français au mois d’août 2008 lors d’une embuscade. Il existe au moins cinq versions des faits, et au moins autant de variations au sein de chacune. Le gouvernement tente d’imposer sa vision du drame, celle qui pose le moins d’interrogations, bien sûr. Les citoyens déjà dubitatifs sur l’engagement aux côtés des USA auront au moins appris une chose principale de la guerre : un projectile en métal propulsé à plus de 900 kilomètres par heure tue. Sinon, il ne doit pas compter sur N.Demorand et consorts pour sortir du caquètement habituel en la matière.
Sur la façon dont s’est déroulée l’embuscade, il est probable que la thèse officielle ne soit qu’une version d’attente, destinée au zapping médiatique. Un événement chasse l’autre. Et sur ce plan, le fade H.Morin s’en tire, plutôt très mal. Il justifie par exemple l’absence de reconnaissance aérienne par le fait que 150 missions par jour sont effectuées. Il serait impossible d’envoyer un drone ou un avion à chaque opération. Le ministre de la défense reconnaît donc, implicitement, le manque de moyens sur place pour mener les missions à bien, avec un maximum de sécurité pour les troupes engagées. D’autre part, le ministre, pour décrédibiliser les versions non gouvernementales, parle d’intoxications venues du web, « qui lance des rumeurs ». Facile. Les assertions de la « kakisphère » laissent des traces même au sommet de l’état. En effet, la grande muette s’exprime sur sa condition. Loin des images de rectitude et d’épanouissement vendues par la communication du ministère de la défense.
De plus, l’ancien ami de F.Bayrou évoque une opération de propagande talibane à propos du reportage de Paris-Match. C’est proprement hallucinant. Parce que le gouvernement français dans ce cas ne fait aucune propagande, seulement de la communication. Pendant près d’une heure le ministre de la défense parlera de l’Afghanistan, enfilant les platitudes, la dignité feinte d’un ton grave et médiocrement joué, sans jamais aborder les raisons premières de la présence des forces de l’OTAN en Asie centrale. L’auditeur n’échappera pas au couplet sur l’inhumanité des « fous de dieu », en particulier envers les femmes. Il ne coupera pas non plus à la vertigineuse litanie sur la démocratie, les valeurs, l’humanisme, le terrorisme et autres balivernes qui servent aujourd’hui de justification à à peu près n’importe quoi. Le chef du Nouveau Centre n’oubliera pas le chapitre sur le nombre de kilomètres de route construits depuis la providentielle présence occidentale. Si les valeurs humanistes ou la démocratie (ou le bitumage) déplaçaient les bataillons cela se saurait, et ce, depuis des lustres. A aucun moment ne seront évoqués l’opium, le pétrole, le gaz, l’Iran. Et il ne faut pas compter sur le spécialiste de l’international B.Guetta pour aborder ces thèmes. Pas fou ! Le statut de l’afghane est bien plus vendeur et consensuel.
Faut-il rappeler que l’Afghanistan possède plus de 900 kilomètres de frontière avec l’Iran nucléaire ? Ce pays est toujours le premier producteur d’opium (92% de la production mondiale). Mais surtout sa position géographique en fait un enjeu stratégique pour l’acheminement des matières premières. Le projet d’oléoduc pour exporter le gaz Turkmène passerait par l’Afghanistan. Les consortia américains sont en première ligne dans ces projets pharaoniques. Ils nécessitent une sécurisation et un alignement des pays hôtes.
La position afghane permet aussi aux USA d’être à proximité des ressources pétrolifères de la mer Caspienne (Baku, Tengiz) et du moyen orient par le flan est. L’ouest étant occupé par la Géorgie et la Turquie (et Israël). Au sud la VIIème Flotte, capable de blocus. Au nord, l’Ouzbékistan, affidé.
La France dans ce contexte ne joue que les supplétifs dans une zone que les étasuniens entendent cadenasser. Il n’y a pas d’angélisme sur les sujets stratégiques. Chacun doit protéger ses intérêts. Dans cette optique on doit se demander si la France est à sa place dans cette région ? Et si oui, pourquoi ne l’annonce-t-on pas clairement ? Quels sont les termes du marché, que recevons-nous en échange de notre inféodation ?
Au lieu de cela, on assiste médusé à un cérémonial où un petit président pouffe devant les cercueils de 10 soldats, snobe des familles en deuil*. Sous prétexte de lutte contre le terrorisme ou d’instauration de droits de l’homme. Explications dont on connaît l’obsolescence après les aventures libyenne et tibétaine.

*Lire le récit édifiant de F.Aubenas dans le nouvel observateur

vogelsong – 04 septembre 2008 – Paris

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5 réflexions sur “Engagement en Afghanistan : l’opium du peuple

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