Retour de la stagflation, 25 ans après…

Remise au goût du jour, la « stagflation » est une affliction qui a pour double effet la stagnation de la croissance (voire la récession) et l’inflation. On acheva l’État Providence sous ce prétexte. Après 25 ans de diète, on revient au point de départ.

A l’origine, La « stagflation », verbale contraction de « stagnation » et d' »inflation », était une charge critique contre la politique budgétaire de relance keynésienne. Pour les économistes classiques comme F.A.v.Hayek, la relance de la consommation par la demande aboutit à terme à des effets pervers. Selon le principe monétariste, une politique budgétaire inflige une double peine à l’économie, l’activité se délite pour revenir à des niveaux précédants les relances et le taux d’inflation remonte au dessus de son niveau initial.
Les remèdes concoctés par l’école de Chicago consistent à pratiquer une politique restrictive de la monnaie qui relève mécaniquement les taux d’intérêts. Nous assistons alors à un refroidissement de l’activité, et à une neutralisation de l’inflation. Après la crise des années 70, les pays industrialisés passèrent avec plus ou moins de célérité à cette conception de l’économie. L’Angleterre Tatchérienne dès 1980. Vite suivie des USA* de l’acteur gominé R.Reagan et du Chili d’A.Pinochet grand adepte des « Chicago boys ». Dans le sillage de ces politiques vint s’imbriquer une nouvelle définition de l’État, de son rôle et plus généralement des relations sociales. La dame de fer illustra sa politique par un aphorisme révélateur, « …there is no such thing as society… »**.
Pour la France se sera le réveil douloureux du printemps 1983. Élu en 1981 sur un programme radicalement de gauche, le président F.Mitterrand met un terme aux politiques de relance budgétaire destinées aux classes populaires. Devant une Europe déjà attentiste et opportuniste, ces mesures creusèrent -du fait de  l’isolement hexagonal- le déficit de la balance commerciale. L.Fabius fut le grand ordonnateur de cette reprise en main et de l’assainissement des déséquilibres macroéconomiques. Il appliqua comme partout ailleurs les préceptes conservateurs en vogue à cette époque.
Depuis, la croissance ne se porte pas trop mal : bon an mal an, elle fluctue autour de 2%. Les échanges internationaux se sont intensifiés. La finance internationale règne sans partage sur le monde. Pour le citoyen, c’est une autre musique. Ces « nouvelles » politiques ont fortement influencé l’environnement économique et social. La dérégulation du marché du travail bat son plein. Depuis 20 ans nous assistons à une « précarisation » des salariés par l’explosion de l’intérim, des CDD et des temps partiels. Le chômage de masse vient renforcer cette pression. Les assurances se sont réduites comme peau de chagrin, et la stigmatisation du chômeur fainéant est devenu depuis 20 ans un thème porteur.

Le système de santé s’est peu a peu privatisé. La retraite par capitalisation est presque obligatoire. Qui parlait de mutuelles privées en 1975 ? La mondialisation dans sa mansuétude est très sélective. Les inégalités n’ont cessé de s’accentuer, la pauvreté de s’installer (13% en 1984 et 2006). La prophétie « néo-libérale » autoréalisatrice du « gagnant-gagnant » ne s’est pas accomplie. Point d’orgue de ce processus de délitement,  l’élection en Italie d’un malandrin notoire, aux USA d’un parfait idiot et en France d’un  inculte jean-foutre.

L’État, par de multiples réformes s’est dépouillé de ses prérogatives d’équilibrage et de moralisation de l’économie. Le désengagement progressif, les privatisations ont transformé cet acteur vital pour les keynésiens en spectateur médusé de la contre réforme libérale. Depuis les années 80, 9,3 points de pourcentages sont passés de la rémunération du travail vers celle du capital. Le casse du siècle : 150 milliards d’euros. Sans que les gouvernants (même de gauche) ne pipent mot. Cantonné jusqu’au début des années 2000 à panser les plaies qu’il avait indirectement permis, l’État pratique aujourd’hui une politique volontairement inéquitable visant la paupérisation des plus faibles en facilitant le transfert de ressources des pauvres vers les riches. Et, expliquant que tout va pour le mieux, spots de publicité à l’appui.

Le monde titrait le 5 août 2008, « Le risque de stagflation paralyse les banques centrales« . Comme un retour à la case départ (autour de 1984). A une exception majeure,  le principal a déjà été bradé.

*Les USA n’ont en fait jamais abandonné le keynésianisme

** »…il n’y a pas de société »

vogelsong – 24 août 2008 – Paris

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3 réflexions sur “Retour de la stagflation, 25 ans après…

  1. Résumé percutant mais il manque peut-être une articulation avec le phénomène de mondialisation et la montée de l’Union européenne: quels leviers restent-ils à l’Etat de 2008 pour s’engager dans une autre voie ? L’alternance ne devrait-elle pas se faire au minimum au niveau européen ?

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  2. Certainement Fer. Peut être que cela fera l’objet d’autres billets.
    Je me suis borné à mettre en exergue, un diagnostic vieux de 25 ans, le traitement de cheval administré depuis, et le fait que les symptômes persistent.

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