De l’employabilité à la corvéabilité

« Le FMI nous recommande d’accélérer. Et, en effet, c’est le moment ou jamais d’accentuer les tendances existantes vers plus de concurrence et plus d’entreprise, ce à quoi la loi de modernisation de l’économie est, comme vous le savez, entièrement consacrée« , cette déclaration n’émane pas d’un chef d’état d’une république bananière d’Afrique, mais de la ministre de l’économie de la France C.Lagarde.
Dans son œuvre bienfaitrice, le gouvernement français n’est pas avare d’efforts pour faire le bonheur du salarié, malgré lui. Par un surcroit de concurrence, il entend davantage de compétition entre les entreprises, mais aussi entre les travailleurs à l’intérieur et à l’extérieur des firmes. Le rêve moite de la majorité UMP serait d’instaurer le contrat unique et la « fléxisécurité » à la française.
En vue d’enterrer le contrat à durée indéterminé (CDI), trop contraignant pour les entreprises, la droite prévoit la mise en place d’un contrat de travail évolutif. En théorie les droits seraient acquis en fonction de l’ancienneté passée dans l’entreprise. Le licenciement serait facilité. Une manière de donner des latitudes supplémentaires aux DRH pour la gestion des ressources humaines. Objectif : le « turn-over » maximum. Cela fait écho aux demandes répétées du patronat qui, dans l’intérêt d’inconscients salariés, exige plus de souplesse dans la gestion du personnel. Idéologiquement c’est la loi de l’offre et de la demande sans aucune entrave.
Du même tonneau, le concept de « fléxisécurité » prévoit une plus grande souplesse dans la mise à l’écart des collaborateurs. Très admiratif du modèle anglo-saxon, N.Sarkozy l’américain* voudrait imposer en France la « fluidité » du salariat d’outre-manche. En pratique, la « fléxisécurité à la danoise » que vante tant le versatile E.Besson demanderait (à prestations égales) de multiplier par huit les ressources des services de l’emploi. Avec l’UMP et N.Sarkozy, impossible.
En réalité, la loi de modernisation de l’économie met en œuvre (faute de contrat unique) la rupture par consentement, qui permet aux salariés et aux chefs d’entreprise de mettre fin au contrat à »l’amiable ». Ce dispositif a pour but d’éviter le recours au licenciement « déguisé ». Néanmoins, il ouvre la voie à de nombreux abus. Dans les sociétés, compte tenu du rapport de subordination, il est fort probable que ces nouvelles réglementations entraînent des dérives arbitraires. Assuré de percevoir des allocations chômages, le salarié est peu enclin à s’accrocher au poste si les pressions sont trop fortes. Au final, c’est une manière de faire peser sur les comptes sociaux les ajustements économiques et financiers des entreprises. Au prix de moindres efforts.
La « corvéabilité » du salarié est au cœur du dispositif du gouvernement de F.Fillon. Les ministres semblent oublier que les entreprises françaises effectuent près de 800 000 licenciements par an. Après consultation de ces chiffres, l’éminent analyste officiel J.Marseille ne pourra plus affublé la France de « dernier pays à économie planifiée après la Corée du Nord et Cuba ».
L’emploi dérégulé est aussi en constante augmentation : en 1996, le nombre d’entreprises de travail temporaire s’élevait à 5 000 et elles comptaient un effectif de 320 000. Ces chiffres sont passés en 2006 à 7 800 pour un effectif de 690 000**.
Par l’argument de l’employabilité, les thuriféraires patronaux souhaitent contraindre les travailleurs à la mobilité. La sociologie du travail semble échapper totalement aux décideurs de ce pays. Comment peut-on encourager l’accès à la propriété pour tous***, c’est-à-dire l’endettement sur 35 ans, et inciter à une chimérique mobilité ? Les employés et ouvriers représentent plus de 50% des travailleurs en France, 70% si on additionne les professions intermédiaires**. De quelles mobilités parle-t-on pour ce type d’emplois et quels niveaux de salaires ? Va-t-on imposer, par exemple, la mutation d’un opérateur de saisie à 350 km de son domicile pour 1 380 euros bruts par mois parce que c’est « moderne » ? Pour un cadre dirigeant, mutation, mobilité signifient (forte) évolution de la rémunération. Il en est tout autrement d’un salarié au dessous de 1,2 fois le smic, pour qui mobilité implique souvent déclassement.
La quintessence de cette vacuité est atteinte par le prospecteur d’avenir J.Attali et son concept évanescent de travailleur nomade. Notion idoine pour un public de cadres aisés captifs, applicable aujourd’hui à 5% des travailleurs et demain, pas au delà du double.
En janvier 2008, J.Généreux, tentait d’expliquer à un parterre de socialistes que la clef de la mobilité pour ceux qui la désirent, c’est la sécurité• . Contrairement aux néo-classiques (fraîchement baptisés libéraux), il estime qu’un environnement économique et légal rassurant pour le salarié motive les mutations dans des conditions moins violentes, moins stressantes.

*En septembre 2006, il déclara qu’il ‘appréciait l’énergie et la fluidité de l’Amérique
** Source INSEE
*** Cf. campagne du petit président
• Employant le terme malheureux de « sécure-mobilité »

vogelsong – Paris – 11 Août 2008

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13 réflexions sur “De l’employabilité à la corvéabilité

  1. Très intéressant, mais il manque un lien sur la déclaration de la Folle hystérique qui se soumet aux désirs du FMI! A quand la mise sous tutelle pour cause de dettes UMP trop importante?

    Grosso modo , ces ânes là observent la qualité de vie des 4 ou 5% de salariés qui changent de situation en changeant de contrat ( pas uniquement des très gros salaires, certains jobs dans les NTIC le permettent: infographiste etc..) et projettent ces comportements sur la caissière de super marché ou le cadre intermédiaire, ou l’employé.
    Cela dénote comme tu l’as remarqué une vision étriquée du monde du travail et même de la société française et c’est un erreur de jugement.

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  2. « Au final, c’est une manière de faire peser sur les comptes sociaux les ajustements économiques et financiers des entreprises. Au prix de moindres efforts. »

    Bingo ! Toujours les mêmes qui trinquent et paient…

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  3. Ben dis donc.

    Tu as du souffrir dans ta vie professionnelle pour avoir une vision aussi pessimiste du monde du travail.

    En dehors des livres des gens intelligents qui parlent d’économie dans les universités, mais qui n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise, que connais tu toi d’une entreprise ??

    Que sais tu de la condition de salarié ??

    Je serai curieux d’en savoir plus…

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  4. Je me souviens qu’on é déjà supprimer l’autorisation administrative de licenciement sur l’argument que c’était absolument nécessaire pour améliorer la situation.
    Or, tout est pire aujourd’hui !
    A quoi sert d’assouplir encore ?
    :-))

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  5. Bravo, Vogelsong, tu as attiré du lourd !

    Dis Mistral, je suis fonctionnaire et universitaire, et je suis administrateur d’une entreprise de restauration qui va plutôt bien.

    Tu peux me dire où ça cloche par rapport à ta « théorie lumineuse » ?

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  6. Jon j’ai pas de théorie.

    Je dis juste que parler de problèmes à travers le prisme des idées reçu ne me parait pas crédible.

    Quand ptit quik nous dit qu’il rame en ass, on peut lui accorder de la crédibilité sur la notion de précarité.

    Mais quand les gens, notamment de gauche, qui sont fonctionnaires, notamment enseignants, qui connaissent que dalle à l’économie, qui n’imaginent pas ce que c’est de travailler dans une entreprise et qui viennent nous donner des leçons sur le monde du travail, n’ont aucune crédibilité à mes yeux.

    C’est entre parenthèse les bataillons de militants de la LCR ou du PS …

    En ce qui te concerne, je ne sais pas ce que c’est d’être « administrateur d’une entreprise de restauration ».

    Explique … :)

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