Même quand ça va mal, tout va (quand même) très bien

La marquise C.Lagarde déflorait en avant première l’excellente nouvelle ce 14 août 2008 sur l’antenne matinale de France Inter. La croissance française au second trimestre est en baisse de 0,3% selon l’INSEE. Champagne !

C’est quasiment guillerette● que la ministre de l’économie du gouvernement du pouvoir d’achat de N.Sarkozy vient déclamer que tout ne va pas si mal pour l’économie française. Forte des évaluations de l’INSEE, elle estime ses performances, pas si mauvaises. Succédant au cuistre J.Attali, la ministre de la compétitivité monopolisa la parole par téléphone pendant plus de 15 minutes. Face à un journaliste en état de sidération, l’ancienne avocate d’affaires américaine déroule sans aucun complexe une litanie d’insanités.
La paquet est bien ficelé, on y trouve pêle-mêle, des mesures fiscales partiales, la mise en concurrence des universités, le bonus/malus « écologique » du très brillant J.L.Borloo, le libéralisation du marché de l’emploi et la baisse du prix des matières premières. Le gouvernement a tout bon. Elle précise, pithiatique, que la France fait moins pire que son voisin allemand (-0,5%), et aussi mal que l’Italie et omet au passage que la zone euro fait mieux (-0,2%). Quelles fabuleuses performances !
Le citoyen effaré doit se remémorer que F.Fillon, en juin 2007, annonça péremptoire -après deux éblouissants succès électoraux du parti conservateur- qu’il allait « déclencher » un choc de confiance. Qui dynamiserait l’économie, stimulerait la croissance. Le président Sarkozy a arraché son élection sur le leitmotiv du pouvoir d’achat. Mais la France, que l’intelligentsia « umpiste » disait protégée de la crise internationale subit naturellement (et comme tout le monde) le choc planétaire. Pas meilleure, voire pire si on s’attarde sur les efforts demandés aux plus pauvres et les libéralités octroyées aux plus replets. La confiance n’est pas là, l’indice de moral des ménages (dont la pertinence peut être discutée) est au plus bas depuis sa création en 1987. De pouvoir d’achat, pour les salariés et la classe moyenne, il n’y eu point. En effet, l’institut de statistiques annonce une augmentation du salaire de base de 3,1%. L’inflation s’établissant à 3,6%, la conséquence semble limpide.
Caractéristique exceptionnelle du gouvernement sarkozyste : son aplomb dans le ridicule. Prétextant une baisse du prix du pétrole, miss Lagarde prévoit une période d’alanguissement aux Français qui souffrent. Effectivement, le baril diminue sensiblement sur les deux dernier mois, mais il est absolument inconcevable que cette tendance perdure. En charge de dossiers cruciaux (en particulier l’énergie), une ministre s’appuie sur des données statiques émanant de variations à court terme d’un marché très spéculatif pour annoncer d’abracadabrantesques conclusions (et solutions). À ce niveau de responsabilités, cela relève soit du mensonge, soit d’une incompétence crasse (ou des deux).
Lors de l’annonce des chiffres de la croissance de 2007, la jubilante C.Lagarde s’était réjouie de l’exceptionnelle performance de 2,2%. Ce résultat constituait une fourchette basse, mais l’INSEE avait fait un excellent travail de sape en amont, annonçant moins de 2%. Même médiocre, cette révision à la hausse permit au gouvernement de plastronner. S’accaparant même ce « fantastique » redressement (+0,3%). Selon les brachyoures de Matignon cela serait dû « à-la-politique-mise-en-œuvre-depuis-des-mois-et-qui-porte-ses-fruits ». Aujourd’hui, l’annonce d’une « possible » récession relève (évidement) du contexte international (subprimes, énergie). Mais bien sûr, pas de la fabuleuse politique économique « mise-en-œuvre-depuis-des-mois-et-qui-porte-ses-fruits »…
L.M.Chatel déjà illuminé, claironnait la fin de l’inflation sans réel élément tangible●●. Aujourd’hui, la baisse de la croissance est quasiment louée comme une victoire par la droite.
Quand une auditrice pose une question sur la désindustrialisation du pays, la ministre répond : (1)loi TEPA, (2)les heures supplémentaires, (3)libéralisation du marché du travail, (4)etc… Subséquemment un auditeur se fend d’un question sur le commerce international, l' »aristocrate » de Bercy remet la bande : (1)loi TEPA, (2)les heures supplémentaires, (3)libéralisation du marché du travail, (4)etc… Perpétuelle.
La machine présidentielle impose une exceptionnelle discipline à ses affidés. Et sur ce point, la stratégie est irréprochable. Le discours est martelé d’un même tempo, d’une même substance. Un rideau d’allégations ponctuelles est tiré sur une situation réelle qui se prolonge. Cela permet à Ubu de demeurer au pouvoir, installant ainsi un confortable climat de résignation béate. Il serait grand temps de déchirer ce voile.

● Libération titrera « C.Lagarde admet que les chiffres ne sont pas bons » (nldr : « mauvais » n’est pas dans le lexique de l’élite sarkozienne). Il semble que l’effectif restant de journalistes carlabrunistes n’ait pas saisi l’interview dans son tout
●● une stabilisation au mois de juillet

vogelsong – Paris – 14 août 2008

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5 réflexions sur “Même quand ça va mal, tout va (quand même) très bien

  1. quand j’avais entendu M. FION dire que la France serait moins touchée que le reste de la zone Euro par une possible récession en janvier dernier j’avais pensé à Tchernobyl

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  2. @annieday merci ça fait toujours du bien. Pour les journalistes, ils sont humains, faillibles, corruptibles, peureux, suivistes, ou simplement nuls. Souvent des gens pas fait pour le métier, mais les réseaux tout ça…

    Gael @annieday Pour ajouter une petire pièce au dossier.

    N.Bavarez, conseiller du petit pendant la campagne électorale de 2007 déclare aujourd’hui que l’on ne peut être le président des réformes ET du pouvoir d’achat. Et qu’il fallait continuer sur les réformes.
    C’est proprement ahurissant ! Mais ce qui est encore plus ahurissant, c’est que cela n’émeut qu’un petit microcosme. La résignation intégrale guette. « On » aurait pas permis cela à F.Mitterrand…)

    Et pour finir, on peut citer Juan, quand il reparle de la campagne présidentielle, qui s’est jouée sur la soi-disante compétence (et incompétence de la donzelle). De quoi se poser quelques (graves) questions.

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  3. Excellent billet. Cette incapacité que nous avons nous opposition à médiatiser ces contradictions, ces pétards mouillés ;
    cet oubli de la propagande à six mois de distance, comme je le dis ici ( http://ferrailleur.over-blog.com/article-22337572.html ), c’est cela qui me déprime le plus en ce moment !

    Déjà quand Sarkozy était ministre de l’intérieur, il y a avait une amnésie totale vis-à-vis de ses annonces non tenues et de ses ratages.

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  4. Pingback: Positions & Actions du Gouvernement | Pearltrees

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