Libération d’otage : fantasmer une liesse, oublier l’essentiel

I.Betancourt est libre. C’est la plus formidable nouvelle de l’année…
… pour elle, ses enfants, sa famille et n.sarkozy*.
Ad nauseam, pendant 72 heures les journalistes « engagés » inondent les journaux de mièvres pathos. Trop habitué au sordide servi chaud à 20 heures, le citoyen/cerveau disponible ne se rend plus compte de l’indécence de la situation et du voyeurisme ordinaire qu’il propage. Au gouvernement, l’attelage F.Fillon, n.sarkozy, B.Kouchner, R.Yade vend une indigente fiction de série B. Ces aigrefins sont sans scrupules.

Volant (comme toujours) au secours de la victoire, le gouvernement français se répand ostensiblement sur le front médiatique. n.sarkosy se précipite sur quelques miettes de la libération d’I.Betancourt. Sauf qu’il n’y est absolument pour rien, le gouvernement ! Depuis son accession, le jocrisse présidentiel prône la négociation ; seulement la négociation. Tout y passe, même l’asile politique pour les déserteurs de la guérilla FARC. En avril 2008, les Français organisent une opération diplomatique avec le Venezuela de H.Chavez. Parallèlement, un avion médicalisé avait pique-niqué deux jours sur le tarmacadam de Bogotá, avant de repartir. Vide. Finalement c’est la méthode brutale d’A.Uribe qui aboutit. Diamétralement opposée à la position Elyséenne, c’est par des raids de commandos qu’il veut traiter le problème FARC.

C’est avec un certain étonnement que l’on écoute le 3 juillet sur France Inter, les commentateurs dresser un portrait hagiographique du président Colombien. S’il a réussit à libérer I.Betancourt et 17 autres otages, il possède d’autres particularités que, dans cette atmosphère de liesse planétaire, il vaut mieux taire. A.Uribe est l’homme des milices d’extrême droite exécutant les opposants en Colombie. Cet ancien du cartel de Medellin fournit très peu de détails sur la provenance de sa fortune. Mais de cela l’invité d’Inter n’en fera pas mention.

Jamais repus, le complexe médiatico-politique déverse des tonnes d’emphases sur toutes les ondes. Le soir de la libération, un journaliste en transe médiatique évoque de probables « sévices » subis par les otages et de guerres larvées entre la Colombie et le Venezuela. Rien ne permet d’avancer de telles allégations sur des tortures physiques au moment où le journaliste s’exprime. D’autre part, en mai 2008, des troupes prirent position aux frontières ce qui rendit la situation tendue pendant deux jours. Le 4 juillet sur France Inter, un auditeur ulcéré et saturé de Betancourt apostrophe l’innocent multicarte S.Paoli qui répond sans complexe « non, nous (entendre les journalistes) n’en faisions pas trop… ». Sans aucune espèce de retenue, ils tendent le micro à un otage qui est visiblement en bonne santé physique (contrairement aux rumeurs distillées) mais qui à l’évidence souffre psychologiquement. Elle donne dans le mystique à qui veut bien l’entendre, citant la vierge Marie, la prière, sa douce France, pays des droits de l’homme. Le citoyen éberlué espère qu’un reporter engagé lui soufflera gentiment que, dans cette France féerique, la chasse aux êtres humains est planifiée 24 heures sur 24. Mais nenni. La machine déboule, inflexible. On tend les micros, on diffuse tout et principalement le pathétique.
Est-ce si compliqué d’annoncer, voire se féliciter de la fin d’un calvaire ? Attendre que tout le monde recouvre ses esprits, en particulier l’ex-otage. Elle pourra ensuite, en toute quiétude, posément narrer sa captivité : attendre, respirer, prendre du recul. Au lieu, un déferlement de commentaires oiseux qui n’a qu’un but : provoquer une virtuelle liesse planétaire, et d’en être. Surtout d’en être.

Aujourd’hui défilent les journalistes, politiciens, artistes, tous engagés pour la libération de la Jeanne d’arc des Andes. Ils font de cet évènement positif leur victoire. Ils n’y sont pour rien. C’est une cause sans risque, consensuelle, où il est confortable de s’exposer (qui est pour la captivité de Betancourt ?). Les démonstrations de soutien comme les lâchés de ballons, les concerts, et des photos gigantesques sur des mairies sont sans péril. Pour certains pisse-vinaigres, elles seraient à l’origine du prolongement de sa séquestration. Aujourd’hui c’est la grandiloquente parade des combattants d’une cause sans opposition, ni contre argument. Tout le monde est d’accord sur tout excepté une poignée d’extrémistes bivouaquant dans une jungle d’Amérique du sud.

Aujourd’hui, par bonheur, Elle est libre des FARC. Il est grand temps que les médias la libèrent aussi et par là même le citoyen.

Vogelsong – Paris – 04 juillet 2007

*et quelques autres hyènes du même acabit que le locataire de l’Elysée

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13 réflexions sur “Libération d’otage : fantasmer une liesse, oublier l’essentiel

  1. Heureusement que pas tous les leaders politiques sont soumis à ce système parisiano-politico-médiatico-financier sarkosyste…
    Merci à ségolène Royal d’exister.

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  2. Très très bon, en particulier ce passage:

    « Aujourd’hui défilent les journalistes, politiciens, artistes, tous engagés pour la libération de la Jeanne d’arc des Andes. Ils font de cet évènement positif leur victoire. Ils n’y sont pour rien. C’est une cause sans risque, consensuelle, où il est confortable de s’exposer (…). Aujourd’hui c’est la grandiloquente parade des combattants d’une cause sans opposition, ni contre argument. »

    tiens, je le colle dans mes brèves

    ce qui est marrant c’est que j’ai eu la meme impression, et fait le rapprochement avec le « choix de carcassonne »: surtout ne pas traiter les sujets problematiques

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  3. Pingback: Libération Bétancourt : Moins simple qu’il n’y parait… : GA-BU-ZO-MEU-BLOG

  4. Salut Volgesong, j’ai vu sur Twitter une promesse d’article polémique. Par l’odeur alléché, me voilà qui accourt dérechef :)

    Pour faciliter la polémique, je vais numéroter mes quelques observations. Comme ça tu pourras me dire lesquelles tu réfutes.

    1) Le cas Ingrid Bétancourt est consensuel.
    a) Oui et alors ? C’est très marketing capitaliste cette volonté de se dé-«marque»r à tout prix. Apple, Think different. Nutella, pas une simple pâte à tartiner : 25 ans d’expérience feront toujours la différence. NRJ, c’est pas de la radio, c’est de la musique, je peux continuer longtemps comme ça…
    b) Oui et alors ? Tant mieux si la rage au coeur, dont Ingrid Bétancourt est le porte-drapeau, de la large mobilisation pour ramener la paix en Colombie est consensuelle. N’en était-il pas de même pour, au hasard, le conflit en Irlande du Nord ou la guerre en Irak. Fallait-il ne pas être contre parce que Villepin et Chirac étaient eux aussi de la partie.
    c) Plus globalement : « Quand les blés sont sous la grêle / Fou qui fait le délicat / Fou qui songe à ses querelles / Au coeur du commun combat »

    2) Uribe est peu recommandable ? Prenons les choses dans l’ordre. Si alors que l’amérique latine toute entière penche franchement à gauche, Uribe est à 80% d’opinions favorables après 5 ans de pouvoir, c’est pour une seule et unique raison : l’existance de ces connards de FARCs se prétendant progressistes. Commençons donc par éliminer le problème « FARCs » (et autres paramilitaires), Uribe et ses successeurs sentiront l’échelle se dérober sous leurs pieds et tenteront avec panique de s’accrocher au pinceau. Regarde comment les choses ont mal tourné avec l’alors très populaire président Fujimori une fois que le sentier lumineux a disparu.

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  5. JMF

    Attention, l’odeur du sang est une ancestrale technique de chasse.

    Je ne vois pas trop où tu veux en venir à vrai dire. Je subodore que tu abordes le billet comme une tentative de me singulariser du béat discours ambiant. C’est à dire la communion généralisé.

    Pf…. J’en sais rien. Je crois que j’ai toujours été pour les indiens dans les westerns. C’est pour se démarquer ?
    J’aime pas Johnny, est ce pour me démarquer…

    A.Uribe est lié aux cartels, il a fait exterminer des opposants, syndicalistes . C’est mon propos. Devrais je dire que c’est un soldat épique ?

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  6. Aïe, je serais à côté des clous ? J’ai peut-être bien résumé sur toi certaines réactions qui m’étaient venus après avoir lu Luc Mandret & cie :)

    En fait, j’ai plutôt l’impression que tu jettes le bébé Bétancourt avec l’eau du bain médiatique. On sait que la machine médiatique fonctionne toujours de manière un peu balourde, voire complètement. Il n’en reste pas moins que cette cause qui a franchi le mur des médias derrière le porte-étandard de la liberté d’une femme est fondamentalement juste.

    Et pour Uribe, comme je l’ai sous-entendu dans mon 2), je serais fort aise qu’on en soit débarassé – mais ses taux de popularité délirants montrent que ce sera impossible tant qu’on ne l’aura pas délesté de son assurance-vie (« mieux vaut Uribe que les FARCs »).

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  7. Excusez la redite :

    Passé le déferlement médiatique autour de la libération d’Ingrid Bétancourt, on se prend à rêver.

    Rêver que les 2400 syndicalistes colombiens assassinés depuis 1991 par des paramilitaires d’extrême-droite proches du Président Uribe suscitent le même élan de compassion et de solidarité, tant de la part du Président Sarkozy que des faiseurs d’opinion.

    Mais ne rêvons pas, il y a manifestement des bonnes et des mauvaises victimes. Les premières étalent leurs richesses et les secondes les produisent. L’état de santé des premières alarme la planète, l’assassinat des secondes passe inaperçu. Inaperçue comme une grève en France pour paraphraser notre Président.

    L’information spectacle, qu’elle mente par excès ou par omission, sert avant tout une politique de classe violente : celle des people contre le peuple. Plus précisément, celle du capital contre le travail.
    C’est aussi çà l’information spectacle sous Sarkozy. Une machine puissante qu’il faut mettre hors d’état de nuire.

    Quelques infos sur la réalité colombienne :

    la suite sur http://rupturetranquille.over-blog.com/article-21195932.html

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