Benoît Hamon face aux bloggeurs à l’Assemblée Nationale

A l’assemblée nationale le 20 juin 2008, B.Hamon délégué national du Parti Socialiste, reçoit des bloggeurs. Cet échange a lieu dans un bureau vieillot et compassé à l’étage du « château ». Le bonhomme est souriant et prodigue des salutations franches à chaque participant : Valerio Motta l’organisateur, Le dandy démocrate L.Mandret, Martin P., Abadinte, Jonathan Debauve, Fabien-Pierre Nicolas, Richard Ying

Sur les starting-blocks, il a visiblement hâte d’en découdre.

 

L’Europe

Les premiers traits seront européens. D’abord, l’Irlande et son « no ». Le député européen « noniste » silencieux en 2005, prend position contre un nouveau referendum sur le traité de Lisbonne. (Qu’aurait on dit si H.Chavez avait fait revoter son referendum perdu ?). L’argumentaire et l’analyse de l’Union sont ceux déployés par les partisans d’une Europe plus sociale et plus proche des peuples. Il glisse rapidement sur la possible interprétation de ce refus, spécifiant seulement que ce sont les oubliés du système (classes populaires) qui renâclent. Par digressions, nous visiterons les thèmes habituels de l' »Eurocratie » : en particulier l’inanité de l’approche uniquement financière et économique, son dogmatisme libéral, et le peu de foi qu’accordent les technocrates aux peuples (citant B.Constant et F.Guizot). Comme dysfonctionnement patent, il pointe avec justesse les prédations fiscales et sociales au sein (et en dehors) de l’Union. Par exemple, un sans-papier sur un chantier de la région parisienne (1 400 euros) est concurrencé par un intracommunautaire polonais (700 euros).

Son diagnostic est lapidaire : à 30 plus rien n’est possible. Il faut retrouver des marges de manœuvre hors du pacte de stabilité et se recentrer sur des groupes de pays volontaires.

Preuve que les briefings qui précèdent les interviews trouvent leurs limites, la « directive retour » sera ensuite abordée.

B.Hamon est opposé à ce dispositif tout en admettant la primauté du vote démocratique à Strasbourg. Ces dispositions sont liberticides. Elles forment les nouveaux repères dans le domaine des durées de détention et de la possibilité d’expulsion d’un mineur isolé. Paradoxalement, les zélateurs de l’Union se gargarisent de l’inclusion de la charte des Droits de l’Homme dans les textes officiels, et parallèlement nous votons « la directive de la honte » (selon la Ligue des droits de l’Homme). La doxa libérale de l’Union impose la libre circulation des capitaux tout en érigeant des murs toujours plus hauts pour les personnes. Evo Moralès le président bolivien, dans une récente allocution, qualifiait l’Europe de phare des Droits de l’Homme. Pour B.Hamon, il est éteint depuis des lustres.

 

L’organisation territoriale

Ensuite nous aborderons l’organisation territoriale de l’hexagone, du pouvoir des régions et des propositions de réorganisations. La décentralisation a-t-elle permis une égalité de droits ?

A certains égards, elle serait un facteur d’inégalités. La solidarité entre les territoires passe (entre autres) par la péréquation des taxes professionnelles. En effet, les villes les mieux dotées devraient participer au dynamisme de celles qui disposent de peu d’activités. Néanmoins, dans l’approche des problèmes nationaux, la démagogie veut que l’on emploie de manière très redondante l’expression : « La proximité c’est tout ! ».

Pour simplifier le système administratif des territoires français il est urgent de faire l’inventaire de l’existant, mais un début prometteur est la suppression des départements.

 

L’approche « entrepreneuriale » au sein du Parti Socialiste

La question du gisement de voix au sein de l’entreprise est évoquée. Le parti socialiste ne serait pas en mesure de parler correctement au secteur privé (patrons et salariés) ? La question du recrutement des dirigeants au sein du parti constitue une entrave à l’ouverture à plus de diversité.

C’est avec précaution que ce problème doit être abordé, les problématiques sont différentes selon la taille et la situation des entreprises, l’approche systémique dans ce cadre est à prendre avec circonspection. Les questions de gouvernances, terme fourre-tout pour dire n’importe quoi (sauf démocratie) ne seront que rapidement survolées.

La structure sociale du parti socialiste où les fonctionnaires sont très représentés n’a rien de problématique, ni d’insurmontable. Il ne doit pas être seulement un parti de fonctionnaires, mais une base électorale de professeurs, d’infirmières n’a rien de honteux. Sur ces fondements, l’ouverture au reste de la société est un objectif.

La réduction du temps de travail reste un point épineux. Il faut accepter l' »autocritique », mais surtout défendre ce dont le parti socialiste fut promoteur. L.Parisot dut avoir un énorme sifflement aux tympans lors de la proposition d' »aggravation » des congés payés à 6 semaines par an. La patronne du MEDEF émettra sûrement des couinements de souffrance à l’évocation de cette possibilité. Pour le « gauchiste »* B.Hamon, c’est une manière lisible et symbolique de diminuer la durée du travail.

 

La situation sociale et le Parti socialiste

Pour B.Hamon la situation est très délicate : compte tenu des réformes programmées par le gouvernement, la puissance publique sera affaiblie pour faire face aux crises futures.

Le constat est amer. Le centre de gravité des problématiques au sein du parti s’est déplacé. Les socialistes sont plus prompts à s’exposer sur des sujets consensuels comme par exemple le mariage homosexuel plutôt que la défense de la réduction du temps de travail. Un signe des temps.

L’échec des contestations tient au fait que jusqu’à présent le gouvernement réussit à disperser les oppositions. Les mouvements de mécontentements sporadiques ne cristallisent pas en une véritable force capable de peser. Compte tenu des sombres perspectives économiques, les risques de fortes convulsions sont probables. Jusqu’à quel niveau, pour quel résultat ?

Bien que certains (au sein du PS) puissent se réjouir du sale boulot fait par F.Fillon, il n’y a (malheureusement) aucun calcul stratégique pour une victoire par saturation en 2010. La situation de désorganisation actuelle ne permet pas au parti de se projeter à plus de six mois.

Dans l’état actuel des choses, les propos du premier ministre, babillant que la droite a gagné idéologiquement, ne sont pas contestables.

 

Prises de position

Par delà l’hallucinante proposition sur les six semaines de congés payés, B.Hamon se prononce pour l’abandon du scrutin présidentiel au suffrage universel, dont l’objectif est l’élection d’un Bonaparte. Une franche réussite en 2007.

Dans son approche politique, la primauté de l’Égalité l’emporte sur celle de Liberté. Avant toute émancipation individuelle, les conditions matérielles de celle-ci sont pré-requises. L’évocation du RMIste ou du retraité pauvre au cœur de la Creuse peut facilement illustrer cette position. En effet comment penser à son épanouissement personnel alors que les besoins élémentaires ne sont pas garantis ? B.Hamon se rapproche des positions de S.Royal sur ce sujet.

 

Limites du procédé

Le protagoniste principal se livre sans langue de bois à l’exercice, même s’il connaît l’impact limité de ce type de « happening ». Nous sommes loin de la force de frappe d’un 20 heures de L.Ferrari.

Dans le cadre temporel alloué, les intervieweurs devraient intervenir fréquemment, demander des précisions, relancer B.Hamon qui a parlé 95% du temps dans un environnement très (trop) attentif.

Les termes du débat se sont concentrés sur des sujets politiques très communs. Un média « ordinaire » aurait pu traiter ces thèmes. Finalement, aucune approche originale n’émerge et B.Hamon avec beaucoup de tact indique certains sujets sensibles à développer comme par exemple les nouvelles problématiques d’internet.

Il est intéressant de constater le décalage entre une situation d’interview exceptionnelle (bloggeur versus homme politique) où les bloggeurs** abordent essentiellement des sujets traités par les médias ordinaires. Il est impératif de trouver un angle spécifique à ce type d’entrevue pour en extraire une approche originale, rafraîchissant le format habituel de l’éditorialiste barbon servant une soupe douceâtre à l’auditoire et au locuteur.

 

 

* Souvent et à tort, taxé d’archaïque marxiste

** ces bémols s’appliquent à tous les bloggeurs mais au premier chef à celui qui écrit ces lignes 

 

vogelsong – Paris – 21 juin 2008

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7 réflexions sur “Benoît Hamon face aux bloggeurs à l’Assemblée Nationale

  1. Pourquoi hallucinante la proposition de 6e semaine de congés payés ?
    Juste à mettre en balance avec la semaine de 4 jours (et pas de 32h. !).

    Sinon très bon compte-rendu qui je crois (en tout cas à ta lecture) montre que le constat européen et national est partagé par l’ensemble des socialistes. D’ailleurs, comme tu le relèves si justement : « B.Hamon se rapproche des positions de S.Royal sur ce sujet. » de la primauté du socialisme sur le libéralisme. J’ai l’impression cependant qu’il vous a hypnotisé par son discours (théorique et revendicatif ?).

    Je suis d’accord avec Gaël. Les départements c’est bien !

    J’aurais bien vu des questions sur l’interne du PS.

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  2. Bonjour,
    Je m’immisce pour dire mon accord sur la nécessité de trouver à l’avenir un angle plus original pour permettre à ce type de rencontre d’éviter une forme de répétition des itw politiques/journalistes et leur donner une vraie valeur ajoutée par rapport à l’info classique. Sinon, j’ai bien aimé.
    BH

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