Syndicats : Une carence en créativité

Le 3 juin, G.Aschieri secrétaire général de la FSU l’admet, X.Darcos et n.sarkozy sont habiles et redoutables. Dans sa croisade anti-syndicale, le gouvernement sarkozy sort très largement vainqueur. La finesse du locataire de l’Elysée n’est sûrement pas la seule explication.

Pour G.Aschieri, le marasme syndical et les faibles mobilisations sont dus aux qualités tactiques des adversaires. B.Thibaut et F.Chérèque ont-ils la même analyse ? Une chose est certaine, pas une fois depuis 13 mois les syndicats n’ont eu le dessus.

Le néant sur les franchises médicales. Sur la revalorisation des traitements dans la fonction publique, F.Fillon n’a pas cédé un pouce. Sur les régimes spéciaux de retraites, nous avons assisté à l’effondrement du mouvement cheminot dont la réputation agitée en épouvantail n’est plus qu’un mythe. En effet, le tigre de papier a perdu la moitié de ses effectifs au soir du premier jour de grève, passant de 70% à 35% avant de s’évanouir définitivement. Une telle mollesse dut même surprendre le gouvernement.

Le mouvement étudiant qui s’opposait au nouveau régime des universités a été lentement euthanasié et expira en décembre. V.Pecresse se pâme encore.

La fronde des lycéens du mois d’avril, n’a suscité aucune réaction. Les adolescents et les professeurs ont occupé les lycées, lancé des mouvements, de guerre lasse, la contestation s’est étiolée.

La réduction des effectifs dans la fonction publique a une fois de plus mis les fonctionnaires dans la rue. La semaine suivante, on battit le pavé contre l’allongement de la durée de cotisation, ils furent entre 400 000 et 700 000.

Fin juin, une autre marche en ordre dispersé est prévue pour montrer son désaccord sur l’équarrissage des 35 heures. B.Thibaut de la CGT rêve d’un million de manifestants. Dans les cénacles, on pouffe en se demandant si un plan diversion pour le 20 heures est vraiment nécessaire.

X.Bertrand le franc ministre du travail, l’a précisé, il n’est pas là pour compter les manifestants mais pour mener à son terme les (contre-)réformes (libérales).

Les propos de G.Aschieri sont atterrants. Ce responsable devrait savoir que lorsque l’on se fait abuser une fois, on peut plaider la malhonnêteté, l’abus de confiance. Mais dès la seconde itération, on doit se remettre sérieusement en question, surtout quand on a la responsabilité des intérêts de centaines de milliers de travailleurs. Le secrétaire de la FSU, n’est qu’un exemple. Les jumeaux “réformateurs” des deux grandes centrales syndicales se retrouvent aujourd’hui tout dépourvu. Après les camouflets de l’automne et du début de l’hiver, ils signent presque guillerets sous la houlette du gouvernement, un texte sur la représentativité. Les autres centrales syndicales, en particulier FO, s’y opposent. Aujourd’hui, X.Bertrand constatant une scission du front syndical, passe à la hussarde un texte qui remet en question les 35 heures. Alors F.Chérèque se fâche “tout jaune”*. A ce niveau, une telle candeur est effarante. On peut même se demander si ce n’est pas volontaire.

Habile et redoutable. Certes. Mais faut-il posséder ces attributs pour jouer du calendrier, des dissensions entre les organisations ? X.Bertrand et n.sarkozy sont-ils des virtuoses de la négociation, des marionnettistes hors pair ? Non. Ils utilisent des artifices éculés. Malgré tout, ils fonctionnent parfaitement. Lors de l’escarmouche sur les régimes spéciaux de retraites, le gouvernement a joué la carte de l’opinion, mettant l’accent sur les privilèges pharaoniques des cheminots. Incapable de fournir un démenti cohérent à ces allégations, le mouvement s’égaillera avec une célérité stupéfiante. Pendant la fronde étudiante, V.Pecresse joua la montre jusqu’aux confiseurs. Très novateur. Même méthode pour les lycéens, où X.Darcos botte en touche jusqu’au Baccalauréat. Vraiment inédit. Les syndicats parleront de responsabilité pour que les épreuves aient lieu. Sur ce, le gouvernement, sur du velours, rajoute le service minimum de garderie. On sent poindre l’humiliation. Les suppressions de postes auront lieu, G.Aschieri ne parle plus aujourd’hui que de résistance dans la durée. Quelle abnégation !

Chants du cygne ? Pour s’opposer aux contre-réformes sur les 35 heures, les centrales syndicales, toujours très inventives, appellent à une journée de manifestation. Cette fois-ci le PS se mobilise. Enfin. On peut sans se tromper dire qu’après cette marche entre République et Bastille, le gouvernement regardera amusé ce petit battage sans aucune incidence.

La “modernisation” a de beaux jours devant elle. Tant que les syndicats ne trouveront pas d’autres méthodes d’actions (non-violentes) pour faire entendre des revendications, ils s’exposeront à l’humiliation du 20 heures. On doit se rendre à l’évidence, la rue n’est plus une solution efficace. Il a fallu plus deux mois et deux millions de personnes pour faire ajourner le CPE. Aujourd’hui, les militants sont exténués et démotivés par la perte isolée de batailles successives.

Ce gouvernement a une image exécrable sur les mesures économiques, selon une étude LH2, 80% des personnes interrogés se disent mécontentes. Incapables de saisir cet état de fait, les syndicats s’enferrent dans la contestation ponctuelle et inefficace. C’est une situation paradoxale, une population exaspérée par la diète qu’on lui inflige, et des syndicats qui mobilisent peu et de moins en moins.

*merci S.Fontenelle

 vogelsong – Paris – 3 juin 2008

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8 réflexions sur “Syndicats : Une carence en créativité

  1. Tu as raison vogelsong, il y a un vrai défi dans ce pays vis-à-vis des syndicats. Et face à ça il serait souhaitable de mettre en place les conditions d’un vrai syndicalisme de masse, dans le public et surtout le privé. Mais en face la volonté n’est pas là et c’est peu de le dire puisque la volonté est plutôt de l’éradiquer !

    Pour ce qui concerne les centrales existantes, il n’est pas très juste non plus de charger la mule. Il faut bien se rendre compte (et je le dis de l’intérieur en étant jeune syndiqué CGT) du gouvernement anti-social qui est en face et qui organise des simulacres de négociations (tout est déjà dans les cartons !!!!) pour mieux attaquer sur tous les fronts. En réalité, il organise la division pour mieux parader devant les électeurs en bon démagogues. Sur le mode : « regardez, on négocie et eux restent arque boutés ! ». Tout ça n’est que manipulation. Il est extrêmement difficile de combattre, réagir, appréhender et informer dans ces conditions, savamment entretenues. Surtout si le peuple joue le jeu de la droite… alors qu’il ne perdrait pas son temps à s’informer ailleurs que sur TF1 !

    Alors certes il y a du conservatisme chez les syndicats, et il faudra bien qu’ils évoluent, mais avec ce qu’il y a en face, on n’a pas vraiment le choix et beaucoup sont dans une logique intransigeante de non-collaboration que je partage amplement. D’où la forme traditionnelle de la manif’

    Bref, j’aimerais continuer d’en discuter…
    D’autant que tu poses la bonne question : comment lutter paisiblement autrement ?

    P-S.
    « Cette fois-ci le PS se mobilise. Enfin. » Oui ! Où sont mes camarades syndicalistes ?

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  2. jon

    Le “qu’est ce que tu proposes ?” Bing. Touché.

    Je me borne à critiquer (comme souvent) et faire un état des lieux. C’est toujours un début. Tu penses que si jamais des solutions…

    Mais bon j’y vais quand même :
    – Travailler sérieusement la sémantique. Utliser les armes de l’adversaire (reforme, modernisation, etc..). Le porte parole de SUD sur les retraites parla de contre-réformes. C’est valable pour les partis politiques (suivez mon regard).
    – Blocage, occupation. La date du bac ne doit pas être une faiblesse mais un point fort. La question du chantage se pose. Mais qui fait du chantage et sur quoi ? Une année de bac vaut-elle le démantèlement de l’école publique (je prends des raccourcis) ?
    – Ne pas expliquer (comme Chérèque) que divisé, on est plus fort. Pendant les retraites SNCF, il ne voulait pas entendre parler du problème des étudiants.
    – Travailler la gratuité pour les transport (le problème fut soulevé et je sais qu’il y a un soucis juridique). Tu penses bien que faire voyager les gens gratuitement avec des agents qui font de l’information sur les retraites… Ca aurait de la gueule.
    – Le niveau d’écoute concernant la manifestation est devenu ingérable? X.Darcos divise le nombre de manifestants par le nombre de lycéens. Il gagne à tout les coups. Pour le CPE, il fallu un ras de marré. Et c’était face à De Villepin (que j’apprécie). Aujourd’hui nous avons F.Fillon, X.Darcos, n.sarkosy…

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  3. Vogelsong, tout cela fleure bon les propositions et analyses constructives. Et j’essaierai à mon modeste niveau d’aller dans le sens d’une plus forte mobilisation des forces existantes. Bien, mais pour ma part, je crois que le vrai problème du syndicalisme est structurel : pas assez d’adhérents donc difficulté à mobiliser l’opinion (pour faire vite). (En cela, le parallèle avec le PS est discutable.) Le souci se situe donc aussi au niveau politique.

    Mais je suis d’accord : on a pas les manettes en ce moment donc on oublie les contre-réformes qu’on ne fera pas avant au bas mots 4 ans. Il faut soutenir et participer aux luttes et combats contre ce gouvernement qui ne doit plus leurrer personne ! Prôner les unions syndicales et collectives qui font la force et l’intransigeance…

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  4. Jon

    la cfdt c’est 800 000 adhérents revendiqués, c’est surévalué. La cgt 711 000 revendiqués. Ca fait pas mal au total. Et il y a les sympathisants.

    Sur le rapport avec le PS :
    Fait le parallèle UMP/Medef, tu verras que le PS est à la traîne.

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  5. Sur les rapports avec le PS, je trouve que ceux entre UMP et Medef sont inacceptables. Les syndicats sont apolitiques. Mais il est vrai que hors l’élection présidentielle il y a peu (et c’est regrettable) de discussions entre PS et syndicats.

    Sur le nombre de syndiqués, dans l’absolu c’est beaucoup mais relativement au nombre de salariés, c’est peu (moins de 10% je crois). Mais il est vrai que l’unité des adhérents existants est à faire d’abord !

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  6. Belle analyse détaillée… où l’on s’étonne encore, un tout petit peu, pour la forme, du manque d’imagination et de solidarité dans la lutte… Mais les mesquineries particulières et la défense de chaque pré carré sont sans doute plus importants que l’intérêt général !

    A jon :
    « En réalité, il organise la division pour mieux parader devant les électeurs en bon démagogues. Sur le mode : “regardez, on négocie et eux restent arque boutés !”. »
    Oui, sauf que quand tout le monde le sait, on ne peut plus faire semblant de ne plus savoir, et il faut s’adapter !
    S’adapter pour devenir plus fort et convainquant.
    C’est tout le contraire qui se passe.

    Nicolas Sarkozy s’était présenté comme le pourfendeur de la pensée unique… On c’est son plus grand et fidèle « applicateur »…
    Qui le lui rappelle ?

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