Delanoë : le trompe-l’œil libéral

Pour préparer le congrès du Parti Socialiste, les candidats au Primo Secrétariat nous annoncent ce que tout le monde savait déjà. Ce mouvement est de moins en moins de gauche (donc de plus en plus libéral économiquement), incapable de produire des idées progressistes nouvelles, les candidats (très probablement perdants) à la prochaine présidentielle se bornent à piller le camp d’en face. Certains assument cette flibusterie, d’autres, par tactique jouent les effarouché(e)s.

Coup de tonnerre dans le landerneau politique, Bertrand Delanoë serait libéral (et accessoirement socialiste). Dans une interview au libéral et socialiste « Nouvel Observateur » le maire de Paris déclare sa flamme au libéralisme. De son ouvrage, cette seule assertion est reprise en boucle dans les médias (et sur les blogs). Contempteurs et alliés s’en donnent à cœur joie.

Dans sa double acception, le libéralisme est une chausse-trappe. Il y a une approche sociétale. Elle met l’accent sur le développement individuel par la liberté de choix. Une seconde approche est économique. Elle reprend la théorie classique du « laissez-faire » et de la primauté et de l’exclusivité du marché. Si la première définition suscite assez peu de débats, la seconde est plus problématique pour un parti de gauche.

Les soutiens de Bertrand Delanoë ne se sont pas privés de brouiller les pistes. Pour eux, (évidemment) il parle du sens sociétal et émancipateur. Inversement, ses détracteurs appuient sur le sens économique. Dans ce concours de faux-culs, on peut facilement penser que les adversaires de Bertrand Delanoë auront gain de cause. En France, le libéralisme (économique) ne fait pas recette. Il est plus prisé par les éditorialistes et l' »énarchie » que par les citoyens. Les études montrent une défiance croissante parmi ceux qui en pâtissent. Logique. En employant ce terme, Bertrand Delanoë évoque les deux sens. Pour un leader de la gauche ce n’est pas innocent. Par ce biais, il projette de frapper même inconsciemment l’électorat. Car il y avait une multitude de termes pour exprimer exclusivement le libéralisme sociétal.

Cette annonce peut être interprétée comme des preuves de courage et de clarté. Non pas qu’il faille être courageux pour être libéral (au contraire), mais il faut une certaine hardiesse pour annoncer à une partie de l’électorat de gauche qu’il n’aura pas ce qu’il attend. En effet, les pauvres, les perdants de la mondialisation, ceux qui aspirent à plus d’équité, attendent du principal parti d’opposition de gauche une politique qui rompe avec l’ordre des choses tel que le libéralisme l’impose. Comme Lionel Jospin, à ces gens, Bertrand Delanoë dit « audacieusement » que l’état social n’existe pas et ne les aidera pas. Il se met en position pour tenir ses squelettiques promesses sociales.

Le tournant de la rigueur de 1984 est à l’origine de ce comportement. A cette époque, le déficit commercial se creuse dangereusement, les équilibres budgétaires tels que les conçoivent les libéraux donnent des signes alarmants. Laurent Fabius, alors premier ministre, impose un plan d’économies. Rideau sur les espérances. François Mitterrand, élu avec le programme commun (PS-PCF) gouvernera à gauche seulement deux ans et demi. La suite du mandat n’est qu’une succession de renoncements plus ou moins reconnus (privatisation, libéralisation des marchés financiers…). Depuis lors toutes les défaites de la gauche portent la marque d’une désillusion. Depuis 2002, certains dirigeants du PS préfèrent assumer ce reniement AVANT de passer devant le suffrage universel. Politiquement, la stratégie est osée, audacieuse (de l’audace, de l’audace), suicidaire.

Ainsi donc, le Parti Socialiste virerait dangereusement à droite : diantre ! Quel scoop ! Ségolène Royal déclare que « le libéralisme est inconciliable avec le socialisme ». Sauf quand il s’agit de gagner le second tour de l’élection présidentielle avec le leader du parti de centre-droit (UDF). On perçoit même les vagissements de certains qui voyaient en la constitution européenne une solution indépassable. Cette constitution (finalement votée) est sans aucun doute d’inspiration libérale. Depuis mai 2007, une vingtaine de mouvements sociaux secouent la France. Le PS n’apporte même pas un timide soutien, et brille par son inexistence.

La droitisation du PS remonte bien avant. Depuis 1971 et le Congrès d’ Épinay. Avec les résultats qu’on connaît et le grand suicide collectif « Mon programme n’est pas socialiste » de Lionel Jospin en 2002. Les refondateurs potentiels foisonnent pourtant aujourd’hui. Manuel Vals est l’un de ceux-là. Pour lui le PS doit abandonner son nom, se rapprocher des entrepreneurs, allonger la durée de travail,… On imagine presque la reformation du CDS. C’est le symptôme d’une formation à court d’idées, autiste, qui ne survit que pour sa principale fonction : être une écurie qui produit des finalistes libéraux et perdants aux élections présidentielles.

Le mois dernier, François Fillon pérorait : « la droite avait finalement gagné sur le plan idéologique ». Selon lui, les questions politiques se débattent essentiellement par rapport au libéralisme. Il a absolument raison.

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