Révolutions arabes : l’Europe, la France à rebours

“Nous savons ce que pourraient être les conséquences de telles tragédies sur les flux migratoires devenus incontrôlables et sur le terrorisme. C’est toute l’Europe alors qui serait en première ligne” Allocution du chef d’état aux Français,  27 février 2011.

Alors que les nations arabes tentent de s’élever vers un idéal démocratique qui reste à inventer, les démocraties “mures”, elles, semblent décliner. Ce mouvement contradictoire prend tout son sens avec la parution du rapport de “the Economist”, annonçant la relégation de la France du club très fermé des “démocraties complètes”. Quitte à s’ingérer en Tunisie et en Algérie, la France aurait pu proposer son savoir faire en matière de médiation. Elle n’en a rien fait. Il est vrai qu’à l’époque on ne savait pas encore qui du million de manifestants ou du dirigeant acculé, était le véritable facteur d’insécurité et de violence. On croyait alors, sincèrement certainement, qu’il fallait protéger le peuple de lui même et le prémunir de ses débordements intempestifs. Un mouvement à rebours, signe évident d’un aveuglement, de pesanteurs historiques (et coloniales) mais surtout de peurs.

Le vent des révolutions n’a pas su inspirer le vieux continent. La liberté des peuples suscite une sympathie paradoxale parmi les Européens. Certes une emphase avec le souffle de l’histoire, du peuple qui emprunte le long chemin vers la démocratie. Une démocratie, il est bon de le rappeler, qui a mis plus de 100 ans à s’installer fermement en France. Mais aussi la malsaine retenue des hypothèses égoïstes. Parce que la liberté là-bas implique un changement ici. Inconsciemment, automatiquement, les Européens se questionnent sur ce qu’ils ont à perdre d’une explosion des pouvoirs dictatoriaux au sud de la méditerranée. De ces potentats sous supervision qui tempèrent les flux nord-sud. Depuis la chute de Z. Ben Ali et de H. Moubarak, les dirigeants français ont été contraints de modifier le tir, tant il devenait évident que, s’il fallait protéger le peuple, ce n’était pas de lui-même. Le mouvement n’étant pas porteur de violence, il a fallu se crisper sur des conséquences qui sont autant de scénarios catastrophes : l’immigration massive à nos portes, l’instabilité de la région ou encore la flambée du prix du pétrole. Bref, la révolution Arabe : pas une bonne nouvelle. Un sondage du Parisien indique que pour 69% des personnes interrogées ces révolutions sont un sujet d’inquiétude, alors que 49 % éprouvent de la “joie”.

Étrange réaction des états européens s’inquiétant après la révolution tunisienne d’un afflux de migrants sur les côtes siciliennes. Étrange psychologie de matons incapables d’interpréter les signaux contradictoires d’une libération. Enfin, étrange et paradoxal sentiment que d’affirmer sa supériorité dans les domaines sociaux, économiques et des droits de l’Homme et de redouter l’attrait que l’on suscite. On se veut à la fois un modèle et une forteresse. A la fois un monde libre et une prison fermée de l’intérieur.

Le continent européen se considère comme une vitrine des libertés et du progrès, rutilante, sur une planète en ruines, sans que cet attrait puisse susciter un espoir, un mouvement. C’est une logique de gardiens, que l’on n’ose pas s’avouer. Des gardiens de la culture, d’une pureté européenne impartageable que l’on perçoit. D’un repli sur soi, établi sur des bases culturelles, pour ne pas (encore) dire ethniques. Les mouvements nationalistes puissants qui émergent en Hongrie, France, Italie, Autriche et partout ailleurs sur le continent se proclament garants d’une prospérité économique et culturelle. Conserver un havre, un entre soi. Un état d’esprit qui rentre alors en collision avec les révolutions Arabes. Pourtant les choses changent. S’inversent. La démocratie recule en France. Toujours selon “The Economist”, le phare de la démocratie faiblit sur 3 points : la participation citoyenne, les institutions et les libertés individuelles. Un recul sourd et constant exercé au nom de la sécurité, sans être pour autant mieux ou moins bien protégé. Inversement elle avance au Maghreb et au Moyen Orient. Elle y a fait ses premiers pas, sans violence, ni débordement, avec un courage et une détermination pacifique qui forcent l’admiration. De cette prouesse extraordinaire, vous entendrez peu parler. Ça n’arrange personne, pas plus les idéologues sécuritaires, que les intérêts géostratégiques de l’occident.

Les signaux révolutionnaires sont contradictoires : à peine libérés, des Tunisiens par milliers débarquent sur les plages de Lampedusa. Les gouvernements sont en émoi. Les citoyens aussi et de façon ambivalente. Ils exultaient devant leur poste avec les révolutionnaires quelques semaines auparavant, et se sentent là, envahis. Pourquoi les Tunisiens, la liberté conquise, la cherchent encore ailleurs, en Europe ? N’était-il donc pas préférable de conserver les cadenas des régimes autocratiques ? Des régimes avec lesquels les pays du Nord signent des accords sur l’immigration. La Tunisie en 2008, la Libye en 2005. Un marché de la peur conclut avec la livraison de matériel de surveillance. Les zones périphériques de l’Europe, comme le Maghreb dressent un glacis à l’immigration subsaharienne.

Le changement brutal fait peur aux occidentaux calfeutrés dans de nonchalantes Républiques déclinantes. Amnésiques du prix du sang pour arracher les droits. Les européens, du simple quidam au diplomate le plus aguerri se posent la même question, qu’avons-nous à perdre de la liberté des autres ? Une question de civilisation manifestement posée là par des Européens dotés d’une double personnalité. Docteurs Jeckyll qui psalmodient des odes à la gloire des droits de l’Homme avec la mémoire d’un abominable XXe siècle, Mr. Hyde qui vivent dans le tourment des régressions identitaires et sécuritaires de leurs temps.

Zeyesnidzeno & Vogelsong – 1 mars 2011 – Paris

Dans une société qui s’individualise, la demande de sécurité est exponentielle. Un entretien avec J. J. Urvoas [Vidéo]

“Quand N. Sarkozy dit : la sécurité est un droit, il ment” J. J. Urvoas

Il cite S. Royal, soutient D. Strauss-Khan. Mais surtout, J. J. Urvoas, député Socialiste, se spécialise dans les questions sécuritaires. Il a publié pour la fondation Terra Nova, “Le baiser de Judas”, un rapport où il cible les impérities sarkoziennes concernant le double langage envers la Police et les citoyens. Dans la perspective de 2012, il est mandaté pour proposer des idées nouvelles au candidat du PS. Iconoclastes, voire sécuritaires, pour tenter de faire oublier l’écueil électoral récurrent sur ce sujet. L’“angélisme” qui colle à la gauche.

1 – Les questions de gestion, les missions et le “droit à la sécurité” (16’24”)

  • Une gestion dispendieuse quand les moyens humains et financiers sont rares
  • Les propositions
  • La délégation des compétences aux des sociétés privées (élargissement des sous réserve d’encadrement législatif)
  • Il n’a pas de droit à la sécurité. En totale contradiction avec la tribune de M. Aubry la semaine suivante
  • La sécurité, pas la première des libertés

2 – La Police, trahison du Sarkozysme et l’ovni sécuritaire des émeutes urbaines de 2005 (12’04”)

  • Le pacte Sarkozy-Police, un amour déçu
  • Les émeutes de 2005, impensées de la maison Police
  • Emeutes urbaines – La logique de guerre
  • La gestion des mouvements sociaux (zéro mort)

3 – L’insécurité, le sentiment d’insécurité (12’18”)

  • Une société plus sûre
  • Les statistiques de la sécurité (la religion du chiffre)
  • Le sarkozysme comme simplisme sécuritaire
  • Prévention/Dissuasion/Sanction/Réparation

4 – Les propositions (9’49”)

  • Stratégies locales et expérimentations
  • La police de proximité ne sera pas remise en place (comme en 1997) mais une Police des quartiers
  • Passerelles juges-policiers

5 – Les révoltes de 2005, les quartiers et de la violence en général (6’14”)

  • L’économie des quartiers
  • Reconquérir l’espace public
  • Faire baisser le niveau de violence général dans la société. N. Sarkozy comme détonateur de la violence : “Le monde de Sarkozy est anxiogène
  • Considérations électorales

Montage :

Sebmusset

Interview :

Zeyesnidzeno/SebMusset/Vogelsong

Vogelsong – 22 novembre 2010 – Paris

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- Y-a-t-il un droit à la sécurité ?

Y-a-t-il un droit à la sécurité ?

“Pour nous, le droit à la sécurité est une exigence absolue. Partout et pour tous” – M. Aubry – 16 novembre 2010 dans une tribune du Monde

“Le droit à la sécurité partout et pour tous” – B. Hortefeux – 23 juin 2009 – Lors de sa prise de fonctions

Nouvel aggiornamento pour la gauche. M. Aubry dans une tribune du Monde intitulée “Il ne peut y avoir de justice véritable sans droit à la sécurité” datée du 16 novembre 2010 décrit à grands traits le nouveau plan sécurité du PS. De son côté, J. J. Urvoas planche sur une “boîte à outils” utile au candidat de la gauche pour les présidentielles dans cette thématique. Il avait publié “Le baiser de judas”, une charge ciblée de la politique sécuritaire de N. Sarkozy. Un démontage par le menu du double jeu, discours/actes sarkozyste avec les forces de l’ordre. Bien ressenti par les responsables de l’opposition deux années avant l’échéance, le scrutin se jouera probablement, essentiellement sur “la sécurité”. Ce vocable acquiert ses lettres de noblesse comme une thématique unique et spécifique, au même titre que “l’économique” et “le social”. Une grande victoire culturelle pour la droite qui y pratique le perpétuel labour. À gauche, on traîne le boulet d’un laxisme de 30 ans. Une situation qui oblige à s’adapter voire à mimer sans répit.

Le droit à la sécurité, une construction

La première secrétaire du parti socialiste se réfère au concept dans sa tribune qui se termine par “Pour nous, le droit à la sécurité est une exigence absolue. Partout et pour tous”. Auparavant elle y exposait une série de propositions donnant la part belle à la sanction saupoudrée de prévention. Des positions commentées comme “décomplexées”. Pourtant, le droit à la sécurité est une construction contemporaine qui relève d’une mutation de la sûreté telle qu’elle est énoncée dans la Déclaration des droits de l’Homme de 1789 et d’une thématique “culturelle” et “médiatique” omnipotente. Dans la version initiale, le concept de “sureté” entend limiter les atteintes à la liberté individuelle face à la force publique, l’Etat. Que cela soit le droit des accusés pour la rétention et les peines ou pour le respect de non-rétroactivité de la loi et de la présomption d’innocence. À ce titre, les rodomontades sécuritaires en lien avec la délinquance telle que l’entendent les politiques actuels sont hors propos.

Dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948, le droit à la sécurité est évoqué à deux reprises. Tout d’abord dans le cadre de “la sécurité sociale” article 22, plus loin dans l’article 25 qui stipule “le droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie…”. Des cas faisant exclusivement référence à l’univers économique et social.

La sécurité comme concept légal subit un double mouvement. Elle a enrichi l’idée de sûreté en y adjoignant un volet délinquance. Quant à la sécurité économique et sociale, elle se trouve appauvrie dans son objet pour ensuite trouver une extension biaisée. En l’occurrence, l’obligation de sécurité des plus pauvres, non pas dans leurs conditions économiques et sociales (comme initialement prévu) mais dans leur condition invariable de pauvres. Comme strate sociale davantage sujette à la délinquance. Et ce, dans les deux sens. Comme victimes, car plus vulnérables et plus proches des zones à risques, mais aussi (et surtout) comme potentiels délinquants.

Le droit à la sécurité, des moyens aux résultats

La sécurité, valeur cardinale du sarkozysme, le promontoire qui permet d’atteindre le pupitre. N. Sarkozy en 2009 s’adressait aux policiers ainsi : “…vous êtes en charge du premier des droits de notre République. La sécurité est un droit (…). Vous pouvez compter sur mon soutien total comme sur celui du gouvernement de F. Fillon”. Les éléments saillants dans ses déclarations sécuritaires renouent invariablement avec la culture du résultat. Idées de campagne lourdement martelées. En ce domaine dans ses discours ressort la prédominance de l’assertion, qui dépasse largement le registre volontariste. Une hardiesse qui vaut bilan quasi immédiat. Dans une langue qui ne tolère que l’indicatif, présent ou futur. En d’autres termes en matière de sécurité le sarkozysme n’essaie pas, ne met pas les moyens pour atteindre ce qui pourrait être un objectif de sécurité. Dans le réel et le possible. Le sarkozysme, lui, sécurise, halls d’immeuble, zones sensibles, lieux publics de manière certaine. Le gouvernement fait la guerre à la délinquance (et compte tenu du rapport de force : la gagne). Ce droit à la sécurité avec obligation de résultat apparaît finalement comme un fantasme. Il y a peut-être une tolérance zéro, mais il n’y a pas de risque zéro. En promettant la sécurité comme résultat, on entre dans le domaine irrationnel du contrôle total. De l’asservissement intégral des vies, de l’environnement et du monde. On découvre alors la prétention inepte du régime dans sa perpétuelle quête du résultat. Loin d’une approche rationnelle d’obligation de moyens pour déployer une politique de sécurité débarrassée des chimères démagogiques.

D’ailleurs lors de son élocution télévisuelle du 16 novembre 2010, le président toujours en campagne s’arroge de nouvelles prérogatives, en déclarant être “Chef de l’Etat garant de l’ordre public”.

Point de salut sans victoires électorales. Le PS s’y est résigné. Regarder passer les élections majeures, les perdre en pratiquant un discours raisonnable dans un univers insensé relève du suicide politique. Même si c’est avec panache. À sa manière la gauche emprunte le chemin sinueux du droit à la sécurité. Expression fourre-tout, destinée à ravir : l’éditosphère par l’évolution du discours d’une gauche plus “moderne” (dont M. Valls est le parangon) débarrassée de ses oripeaux “laxistes”; le champ sémantique et par là même, l’univers mental du camp d’en face, pour conquérir son électorat. De son côté, la droite pratique avec beaucoup de parcimonie la colonisation idéologique. Le droit à l’économie, ou le droit au social avec obligation de résultat, bien moins vendeur, ne figure pas à l’ordre du jour.

Références légales – Ligue des droits de l’Homme de Toulon

Vogelsong – 19 novembre 2010 – Paris

Le sécuritaire en sécurité

Le sécuritaire est le Fort Alamo de la droite. La violence, un fond de commerce. La victime, un client. Il exhale dans ce pays un fumet fétide. Un mélange de vieilles recettes rances, accommodé de technologies de contrôle et de gestion communicationnelle. La décomposition organique du corps social opérée en 2002 atteint le stade fossile ; visqueux, poisseux et nauséabond.

Les fondamentaux
Quand fleurent les postes grassement rémunérés, la machine à faire peur se met en branle. C’est une manie, un tic, une psychopathologie, la droite sort son képi à l’approche de chaque scrutin. Il rappelle à son électorat et aux hésitants que le monde est très dangereux. Et ce, par des démonstrations dont on ne cache plus l’instrumentalisation. Les événements de la gare du Nord à l’orée des présidentielles, la descente de 1 000 policiers à Villiers-Le Bel en février 2008, juste avant les élections municipales. Le scrutin européen approche, les “blacks blocs” saccagent un quartier populaire de Strasbourg lors d’un sommet international. Selon les paroles du président “il n’y a eu aucun dysfonctionnement“. L’aubaine, d’une pierre, coup double. On réinstaure un sentiment d’insécurité pré-insurrectionnel dans un contexte international avant un vote à portée internationale. La magie du hasard.
C’est à Nice, un 21 avril, que N.Sarkozy renoue avec ses antiennes sécuritaires. Il est accueilli par le fidèle pantouflard C.Estrosi, dont le principal fait d’armes n’est pas l’affrètement d’un Falcon 900 pour être à l’heure à un apéritif, mais le dépôt en 1992 un projet de loi pour rétablir la peine capitale. Devant une cohorte d’uniformes rutilants, le chef de l’UMP fustige les bandes, prend courageusement la défense des victimes, vitupère les pacifistes cagoulés dans les manifestations. Rien d’original, si ce n’est un cran de plus dans l’inflation sécuritaire. N.Sarkozy aime tant s’adresser aux tripes de ses concitoyens. Il sait par expérience que c’est un retour immédiat sur investissement.

L’”Alliomarisme”
Crispée dans un tailleur année 60, le* ministre de l’intérieur est au diapason des nouveaux préceptes ultra sécuritaires préconisés par le Parano-Businessman A.Bauer. Sur les tablettes, caméras de surveillances partout, discours monolithique et saturation médiatique. Le ministère de l’Intérieur veut enregistrer tout le monde et sous toutes les coutures. Le nombre de caméras sur la voie publique passera de 20 000 en 2008 à 60 000 à 2009. Aucune étude indépendante sérieuse ne prouve la corrélation entre l’augmentation des dispositifs de filmage du citoyen et la baisse de la criminalité. Le coût de “la protection filmée” s’élève, par exemple, à Marseille à 1 600 000 €**.
M.Alliot-Marie jacasse, puissamment. Un staccato indescriptible qui impose une prouesse de concentration pour qui veut suivre plus de dix minutes. Elle n’est pas adepte du “parler cash”, quintessence de la langue de bois en vigueur au gouvernement. À propos de l’incarcération de J.Coupat, le birbe ministre déclare que “ce ne sont pas les journaux qui rendent la justice“. Ils sont pourtant utiles et conviés lors des arrestations spectaculaires, à Tarnac par exemple. Elle déclare lors de l’interview donnée à France Inter que “les CRS avaient été irréprochables“, niant le “caillassage” filmé des manifestants lors du sommet de l’OTAN. Ardente zélatrice de la vidéo, elle n’aurait pas visionné les fichiers montrant les forces de l’ordre caparaçonnées lancer des pavés sur le manifestant. Elle fait l’impasse sur les violences faites aux personnes qui ont augmenté de 14 %. Et finalement, l’horloge soulage tout le monde. Mensonges froids, reniements tendus, mépris.

La lutte contre l’insécurité est un leurre. Pour la droite, c’est le contrôle de l’ordre social qui motive les mesures politiques. La manœuvre consiste à entretenir l’insécurité pour accentuer la pression sécuritaire. Réduire l’insécurité entraînerait le tarissement de la manne élective. C’est dans ce cloaque gluant et empesté que brasse paisiblement la droite française.

*Elle tient elle-même au masculin, consciente de sa féminité
** Selon la Ligue des droits de l’homme

Vogelsong – 21 avril 2009 – Paris

Jusqu’où va-t-on dégringoler ?

Le président est au plus mal face à l’opinion, et cette situation peut être le ferment de dégâts inattendus. En particulier de graves troubles urbains. Nous le savons, le repli sécuritaire est le fort-Alamo de la droite.

L’opposition officielle et tous ceux qui pensent que n.sarkosy n’a pas la stature de sa fonction ironisent de la défiance qu’il suscite vis à vis de l’opinion. Selon LH2, 80% des français désapprouvent sa politique sur le pouvoir d’achat et sa popularité plafonne à 36 % (étude LH2 du 2 juin 2008). La fiabilité de ce type d’enquête devrait être discutée. Mais elle fait foi comme vérité dans la vie politique contemporaine.

Or depuis novembre 2007, Le jocrisse présidentiel a presque tout essayé. D’abord la normalisation privée complètement ratée avec une chansonnière germanopratine. Une posture qui devait réinstaller le chef de l’état dans une situation familiale stable, sachant que l’opinion, et en particulier l’électorat conservateur est sensible à ces valeurs. Même le coup double culturel n’a pas fonctionné. Ce fin connaisseur des arts nous avait habitués à la finesse de J.M.Bigard ou la classe de C.Clavier. Une chanteuse estampillée “arty” aurait pu redorer son statut, donner un peu de profondeur. Le rendez-vous de Disneyland débouche sur un résultat désastreux. L’image de l’adolescent hyperactif s’installe.

Pour les vœux 2008, le président fabriquera un symposium de presse, dans un décorum ahurissant. Le ton est à la rigueur volontariste. Plus personne ne s’y retrouve. Il veut “faire” président et comme récent ministre des finances, il lâchera un mémorable : “les caisses sont vides…”. Les français se souviennent des promesses sur le pouvoir d’achat, du “je ne vous décevrai pas” de la Concorde (avec M.Mathieu), mais surtout du paquet fiscal, et de l’augmentation “présidentielle” de ses émoluments.

Parmi les marottes de l’Elysée, il y a la mémoire et les petits enfants. Là,  toutes les occasions sont bonnes (on se souvient du résistant communiste Guy Moquet). Il propose au début d’année, le “parrainage” d’un enfant victime de la Shoah pour chacun des marmots de l’école primaire. La manœuvre est vile, l’idée inique. Mauvaise pioche et tollé général.

Au printemps, il remet ça avec l’esclavage et propose que ce fait historique soit enseigné à l’école primaire. Les médias relaient comme un seul homme. Puis on découvre que c’est déjà au programme. Quand le sort s’en mêle (et que les fiches sont mal préparées) !

Les municipales marquent un tournant dans l’interprétation politique d’un scrutin. Les citoyens dans l’ensemble donnent au même moment une majorité de communes au PS. Dans une décontraction apparente l’UMP entonne le refrain du scrutin local sans message national. De Strasbourg à Toulouse, de Paris à Pau, dans un même élan, un basculement radical à lieu, et rien ne se passe. Mauvaise foi crasse ou autisme ?

Le président sous la houlette de frais conseillers adopte une nouvelle stratégie. Fin du “bling-bling”, on met le costume et on va à Windsor…Pathétique. Il y annonce l’envoi de soldats français aux côtés des américains en Afghanistan.

Rien n’y fait. L’opinion boudeuse n’offre pas ses faveurs.

En avril, au son de trompettes et tambours, le mari de Carla Bruni s’exprime sur les grands médias. On prépare le terrain en amont deux jours avant, comme Pascal Perrineau lors d’une matinale radiophonique qui nous serine : “c’est l’image qui ne va pas, mais la politique c’est bon !”. On débriefe les deux jours suivants, pour un total de quatre journées exclusives d’intenses bourrages de neurones. Il nous (re)fait le coup de la pédagogie et du manque de communication. Le timonier admet des “erreurs”. Dans le monde réel, une erreur entraine une mise à pied. Les citoyens apprécient. Patatras, et sondages express en berne.

Presque à court d’idées on effectue une montée en pression, En mai, n.sarkozy et ses portes flingues s’en prennent directement à la presse. Estomaqués, nous découvrons que l’Express (hebdomadaire crypto-Marxiste) et le JDD (aux mains du vendeur de missiles Lagardère) le traiterait mal. Diantre ! On découvre aussi que l’AFP n’obéit pas aux injonctions du probe F.Lefebvre. Et c’est mal. Surtout en période de reconduction de crédits. Selon le président, sa très mauvaise côte de popularité est imputable à des médias récalcitrants. Rappelons qu’il fit une campagne sous le signe du volontarisme, abreuvant de promesses mirifiques des médias très attentifs. Aujourd’hui les mêmes lui auraient tourné le dos ? Nonobstant que depuis 2004 la presse n’a que très peu relayé son inaptitude à exercer les plus hautes fonctions et ses échecs dans les gouvernements successifs. Magnanime, il se permet aujourd’hui de se plaindre.

A ce stade tout est possible. Surtout le pire. Nous devons nous souvenir du karcher, puis de l’incident mortel de Ziane et Bouna, du mensonge du ministre de l’intérieur sarkosy qui prétendait que ces innocents étaient des voleurs. Un engrenage qui mena aux émeutes de novembre 2005.

L’équipe au pouvoir n’a fait montre d’aucun scrupule. Son chef est l’archétype du traître cynique. L’histoire récente prouve qu’il peut utiliser toutes les ficelles pour garder le pouvoir. La création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale pour draguer en eaux croupies est un exemple marquant. En France, la situation des citoyens ne va très probablement pas s’améliorer. Les contre-réformes mises en place et qui se poursuivent dans la santé, le social, l’éducation vont finir pas faire des ravages pour les foyers déjà en difficulté. Les classes moyennes sortent groggy du conte de fées. Le contexte international va amplifier la dépression. Dans sa main de perdant, il lui reste la carte sécuritaire, la seule et dernière échappatoire. C’est une option qui rallierait la droite à ses  fondamentaux. Avec cette entêtante odeur de fumier pétainiste, il nous resservirait la figure de l’immigré (français de couleur) fauteur de troubles et péril de la Nation. Allumer la mèche est un jeu d’enfants avec une petite phrase ou une bavure. Mâtiné de religion comme il fut fait en 2005, le résultat est assuré. On s’accorde le soutien de l’opinion face au désordre public et on donne carte blanche à la maréchaussée. La danse macabre sur les cendres fumantes ne sera plus alors qu’une formalité. 

Pour les progressistes, le dilemme est pesant. Ils sont condamnés à contempler le désastre d’une politique économique inégalitaire et ruineuse. On sait qu’inexorablement elle aboutira à l’irréparable. Ou souhaiter que la côte de popularité de la vedette des médias remonte et éviter de nouveaux soulèvements dans les banlieues ?

vogelsong – Paris – 29 mai 2008