Harcèlement de rue, questionnement

« Les maladies dont souffre ce pays sont d’abord un sexisme patent, brutal, institutionnel, omniprésent, systémique ; et un racisme patent, brutal, institutionnel, omniprésent, systémique ». C. Delphy

Le film de S. Peeters a le mérite de mettre en exergue un phénomène de la vie courante. Que tout le monde a pu constater. Le harcèlement de rue. On ne peut pourtant s’empêcher après le visionnage de ressentir un certain malaise (autre que celui provoqué par les insultes). Sur la pertinence d’un objet cinématographique dans le champ sociologique, sur la pertinence des choix et du contexte.

Marianne 2, dont on connaît les ambiguïtés sur les sujets sociétaux, reprend des propos que S. Peeters (étudiante en cinéma) a tenus sur l’antenne de la RTBF pour apporter une dénégation ferme à la portée xénophobe de son film : « C’était l’une de mes grandes craintes, comment traiter de cette thématique sans tourner un film raciste ? Car c’est une réalité : quand on se promène à Bruxelles, 9 fois sur 10, ces insultes sont proférées par un allochtone. Mais ces personnes ne sont pas représentatives de toute la communauté maghrébine.« 

Un allochtone. Mais non représentatif de toute une communauté. Précision utile. Mais qui n’apporte pas de solution au problème posé. S. Peeters n’a sûrement pas tourné un film raciste. Mais son matériau le devient. À l’usage. Le buzz a commencé autour du 31 juillet. Le site d’extrême droite (FDesouche) s’en est emparé avec gourmandise dès le 27 juillet. En reprenant même les citations anti-xénophobes de l’auteure. Mais peu importe puisque les images (fortes) sont là.

Autre remarque : on navigue en pleine sociologie de bazar. S. Peeters affirme que « s‘il y a une forte proportion d’étrangers parmi les garçons qui me font des remarques, c’est parce qu’il y a aussi une forte proportion d’étrangers parmi les populations fragilisées. » Deux propositions mises bout à bout pour dire quoi ? Que les « fragilisés », les pauvres ont une tendance au machisme plus forte que les riches. Que les gueux, de surcroit allochtones, sont moins polis que les nantis.

Pourquoi S. Peeters n’a pas tourné son film dans les quartiers chics de Bruxelles ? Où les seuls basanés qu’elle aurait croisés sont issus des consulats et ambassades. Y aurait-elle subi le même traitement ? C’est peu probable. Pourtant le modèle patriarcal y est-il moins présent ? L’œil masculin y est-il moins sournois ? Les remarques sexuelles et sexistes sont-elles plus polissées ?

Avec une actrice noire ou arabe, quelles auraient été les réactions ? Dans un quartier populaire ? Dans un quartier d’affaires ? On ne sait pas, on ne saura pas. Puisqu’il y a certitude d’avoir cerné le problème.

Enfin, comme le signale C. Delphy dans l’affaire des tournantes, où elle fait le lien entre racisme et sexisme : « L’effet global du discours est de produire une image dans laquelle le sexisme est le seul fait de ceux qu’on appelle « immigré de la deuxième génération (…) » ». Le modèle occidental sort encore une fois renforcé par ce type de document, à simple valeur médiatique. On décerne à cette civilisation (la blanche), à chaque fois, de façon tacite ou pas, un satisfecit, une marque de supériorité.

La question n’est pas d’excuser, de comprendre, d’avoir une quelconque empathie pour les frotteurs, les insulteurs, les déjantés qui se lâchent sur les filles « jeunes et jolies » pour reprendre la « pertinente » formule de Marianne. On devrait plutôt se demander pourquoi dans un tel contexte (européen), ce type de document acquiert une telle valeur. Un tel consensus qui va jusqu’à la droite raciste.

Pourquoi se rend-on compte à la faveur d’un film sur les autres (les allochtones) de l’existence d’un machisme violent de rue ? Comme si en Europe blanche la domination des femmes n’était qu’un monopole des « autres ». Et les images en témoigneraient. Pour reprendre la formule de classe d’ E. Badinter « Depuis longtemps dans la société française de souche (sic), que ce soit le judaïsme ou le catholicisme, on ne peut pas dire qu’il y ait une oppression des femmes ». Sans commentaire.

On ne pourra jamais lutter contre de telles images. Trop violentes pour prendre du recul. Devant le dilemme sexisme et récupération raciste, compte tenu de la puissance du document, le choix majoritaire est vite entendu. Un argumentaire rudimentaire suffit même à emporter la mise.

Au final, le conseiller municipal de Bruxelles a décidé de verbaliser les paroles sexistes dans les rues. Soit l’administration Bruxelloise joue l’enfumage, soit elle va devenir très très très riche.

Vogelsong – 2 août 2012 – Paris

Osez le clito: pour ne pas s’en foutre

“Non mais cette affiche, on dirait une illustration pour des steaks de Dindonneau” Un commentaire sur Twitter le 21.06.2011

L’association “Osez le féminisme” a lancé une campagne d’affichage dont la controverse va au-delà des luttes intestines aux mouvements féministe, des jalousies ou des règlements de comptes politiques. À se demander si les instigateurs du projet ne voulaient pas saborder purement et simplement la cause. La trichromie placardée sur les murs de la capitale, par son aspect “cheap”, ses traits simplistes, presque naïfs défient les canons de la communication politique moderne. Car au premier abord, “Osez le clito” par ce design archaïque rappelle une affiche d’agit-prop gauchiste. Dans le slogan, l’image, hors du réel. Pas de quoi, apparemment, fédérer autour du sujet : “Le plaisir féminin”. Pourtant, cet idéogramme en forme de maison au centre du monde, tout à fait inattendu, remplit parfaitement sa mission. Faire parler, choquer. En d’autres termes, oser (faire) aborder le sujet.

L’affiche d’“Oser le clito”, si on veut bien s’en donner la peine, rappelle que le féminisme est consubstantiel à la Politique. Que l’on ne peut aborder les rapports de soumission dans la société sous l’angle irénique du dialogue consensuel. Un rapport consensuel qui prend une certaine forme, un standard contemporain de la publicité. Comment casser le cadre de la propagande urbaine en affichant sa rupture hors des codes employés pour les campagnes consuméristes ? Et ce, en montrant des vagins. Comment sur la forme s’affranchir des archétypes de la femme au parfum du papier glacé ? Les commentateurs déçus, en particulier féministes (les opposants au féminisme n’attendent rien de toute façon) auraient espéré une image plus fédératrice et moderne. Ce véhicule (moderne et fédérateur) d’ailleurs existe déjà puisqu’il est publié à des centaines de milliers d’exemplaires dans les magazines féminins. On connait les résultats. Des magazines qui au lieu d’afficher des vulves sur les murs des métropoles se contentent de cosmétiques pour lèvres pulpeuses. Des vecteurs de standardisations d’images de la femme qui ont colonisé l’univers mental de certains progressistes eux-mêmes.

Revenir au plaisir du clitoris, c’est s’en prendre au dernier maillon de la chaîne de domination mediatico-sexuel, le pornographique. Quoi que l’on puisse en penser, cette industrie s’attache essentiellement aujourd’hui à faire jouir les hommes. Un univers glabre, de muscles parfaitement cliniques. Dans ce contexte, la toison frisée de l’affiche “Osez le clito”, vient au réel. Dans ce réel notamment, où on a vu jusqu’où on ne pouvait aller trop loin. Veet, multinationale de l’épilation, dealer mondial des galbes parfaits, a voulu convertir une génération d’adolescentes au rasage intégral grâce à une campagne de publicité très ciblée intitulée “tout doux mon minou”. Le projet avorta, mais la tentative de ralliement au modèle industriel du « porno » est là. Un modèle industriel où tout est marchandise, même les comportements épilatoires et les fétichismes.

De là à affirmer que l’affiche “Osez le clito” touche juste ? En tout cas, elle produit un effet. En écartant le consensus esthétique globalisant. Si on se donne la peine d’y voir autre chose qu’une publicité pour de la viande. Dans un Spectacle qui confond trop souvent belles représentations de choses et représentations de belles choses. En l’occurrence une symbolique imparable grâce à quelques traits. Comme l’éloge au minimalisme dans un trop-plein de glamour sur papier glacé. Cette affiche alors n’est ni archaïque, ni moderne, mais dans la gueule du spectateur.

Le féminisme est politique, de gauche, progressiste et subversif. Car il s’agit d’aller à l’encontre des forces de dominations sociales. Qui ont colonisé la plupart des vecteurs informatifs. Trouver donc un interstice de communication dans la logorrhée visuelle contemporaine relève du challenge. Loin du consensus, cette campagne, néanmoins, permet d’entrer dans la problématique du plaisir strictement féminin (et au regard de celui de l’homme). Pour ne plus s’en foutre.

Vogelsong – 22 juin 2011 – Paris

La cause des femmes au secours de la contre-réforme des retraites

“Donner la priorité à la lutte contre les écarts de salaire, voilà l’un des principaux défis pour améliorer la retraite des femmes. Ce défi est réel, il est colossal, il concerne absolument toutes les femmes” E. Woerth – N.Berra – N. Kosciuzko-Morizet – G. Tron – N. Morano – le Monde 4 octobre 2010

Comme une habitude, s’appuyer sur un progrès pour instituer un recul. La contre-réforme des retraites hoquette. Une opinion revêche, des manifestations solides, pourtant tout est mis en oeuvre pour clore le processus au Sénat. Les arguments d’autorités sur le problème de l’espérance de vie n’ont pas porté leurs fruits. La mort est devenue un problème. Il faut donc en passer par le sexe. L’inégalité salariale hommes-femmes s’invite donc dans le débat. L’entrée de la question de genre, accompagnée de quelques avancées sur le sujet pour faire passer le tout. La dernière phase, semble-t-il, d’une mécanique de persuasion bien pensée.

Méthodologie du dressage

Le gouvernement veut porter l’estocade avec la question féminine. Les syndicats, l’opposition ont pointé les lacunes d’un allongement de l’âge légal de départ à la retraite (de 60 à 62 ans), ainsi que celui du taux plein (de 65 à 67 ans) pour les femmes. Elles font des carrières moins régulières, et perçoivent en moyenne des salaires moins élevés. Ce qui devait être un argument déterminant face à la contre-réforme des retraites a judicieusement été retourné par le gouvernement. D’une situation d’inégalité générale sur la question de la répartition, la communication de l’Élysée a trouvé un point d’appui sur un aspect spécifique du projet. Un processus habituel d’individualisation dans le cheminement des politiques néo-conservatrices. Une stratégie qui permet d’éparpiller les forces. Et dont l’objectif consiste à raboter les résistances en consentant aux moins mécontents de menues concessions.

L’UMP découvre la lune

E. Woerth le 21 septembre déclarait au parisien que “La plus grosse injustice (…), c’est l’écart de salaire entre les hommes et les femmes”. Il découvre enfin, au crépuscule de son mandat l’ampleur du travail qui l’attend dans son ministère. Il a surtout pris conscience de l’immense potentiel que représentait l’argument progressiste “féministe” dans la bataille sur les retraites. Le 4 octobre, juste avant l’arrivée au Sénat, N. Kosciusko-Morizet, N. Berra, G. Tron, N. Morano viennent au secours d’E. Woerth dans une tribune du Monde commençant ainsi “les inégalités de retraite entre les hommes et les femmes demeurent une injustice criante, c’est une évidence et c’est inacceptable. La réforme des retraites voulue par le président de la République est l’occasion de progresser ensemble sur cet enjeu de société”. S’en suit une série de “désintoxications” sur l’argumentaire des “anti-réformes” concernant le travail des femmes. Une désintoxication partisane, mais plutôt bien sentie, qui ne brille pas par la limpidité ou la fulgurance de l’argumentation, mais par sa focalisation sur une partie du problème. Une focalisation qui permet de faire passer le reste. Le gouvernement possède encore quelques francs-tireurs capables de dégainer de minimes avancées pour emporter la totalité de la mise. Comme G. Larcher, qui lui aussi, très préoccupé par la condition féminine propose de conserver l’âge du taux plein (65 ans) pour celles qui auront eu trois enfants. Une certaine conception du féminisme.

Mauvais interlocuteurs

Tombés des nues, les promoteurs du projet de l’UMP s’appuient sur une situation qui perdure. Rien n’a été fait sur les disparités de salaires, mais cette tare sert de levier pour emporter l’assentiment. On découvre le “féminisme” presque 40 ans après le premier texte de loi instituant l’égalité salariale, en l’occurrence la loi du 22 décembre 1973 et le décret du 15 novembre 1973 qui posent le principe de l’égalité des rémunérations auquel est assortie une sanction : celle de la nullité de plein droit de toute disposition contraire. On découvre aussi l’alinéa 3 du préambule de la constitution de 1946 qui reconnaît que la “loi garantissait à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme”. Cette situation demeure, elle n’est pas imputable à l’UMP spécifiquement. Mais en utiliser le motif pour asseoir un recul social relève de la mauvaise foi crasse. Les syndicats ne sont pas les bons interlocuteurs dans ce cas de figure. Les décisions de management et de politique salariale ne se prennent pas au siège de la CFDT. Elles sont l’apanage exclusif des directions d’entreprises. Une fois les dispositions de grilles respectées et le salaire minimum atteint, les sociétés font ce qu’elles souhaitent. Dans l’éditorial des mousquetaires de l’UMP, il n’est à aucun moment fait mention du MEDEF, de la CGPME ou d’une autre organisation patronale. Organisation potentiellement capable de remédier au problème si crucial des écarts de salaires. À moins que ce soit l’État, le ministère, ou bien celui qui peut tout en France : N. Sarkozy. Parler de disparités de salaires dans ce contexte c’est prendre le problème par la fin. Mélanger causes et conséquences.

L’équité au secours de l’inégalité s’inscrit dans la communication habituelle qui accompagne le recul de droits acquis. Les questions de progrès sociétaux se retrouvent souvent dans la panoplie argumentaire des néo-conservateurs. Ces questions sont souvent avancées pour les opposer aux droits sociaux. L’UMP par exemple n’a aucun tabou à évoquer l’égalité des sexes, la non-discrimination dans les entreprises. Cette communication de crise, bien que touchant des thèmes cruciaux, sert principalement à distraire le public de l’enjeu principal. Faire miroiter des avancées marginales dans une problématique générale. En l’espèce, le recul pour tous (hommes, femmes, maris, épouses, concubins, amies, frères, enfants, etc.) et avec pertes et fracas d’un droit primordial, celui de finir décemment ses jours.

Vogelsong – 5 octobre 2010 – Paris

E. Badinter, une journée de publicitaire sur France Inter

On met les petits plats dans les grands à radio France, N. Demorand tout miel dans la matinale joue l’écolier candide face à la figure tutélaire du féminisme français. Pour E. Badinter, la voie est libre pour exposer sa vision de la femme, de la modernité, du Bien. Derrière les doléances habituelles et justifiées du combat féministe, inégalité de traitement, flexibilité, elle profite du créneau pour distiller une vision très conservatrice de la société. Elle affirme à juste titre que les femmes sont les premières victimes de la crise. Mais bien qu’exact, ce constat est lacunaire. On ne peut parler de la crise sérieusement en abordant seulement ses conséquences. Car les causes sont bien trop encombrantes. Cette publicitaire est légataire d’un vieux monde qui refuse de rendre les armes. Celui de l’exploitation symbolique des femmes, de la consommation comme mode de vie, du gaspillage comme habitude.

Une invitée de marque

E. Badinter est à la tête du conseil de surveillance de Publicis, quatrième groupe mondial de communication. Le groupe dont le chiffre d’affaires 2008 s’élève à 4,5 milliards d’euros. Moteur du capitalisme consumériste, les transnationales de la communication se repaissent de l’idée de croissance infinie. Pour E. Badinter et ses semblables, la crise s’apparente à un accident de parcours qu’il faut surmonter. Ancrée dans le paradigme de la fin XXe siècle, il est impossible à cette caste, enfants d’E Bernays, de penser autrement. La publicité massivement pilonnée est la seule manière de refourguer des babioles inutiles à des consommateurs qui n’en ont pas besoin. L’activité des groupes de communication comme Publicis ne s’arrête pas à la force de vente pour colifichets superflus. Lobbying et communication font partie de l’arsenal des prestations. Quand un groupe pétrolier veut verdir son image, il fait appel à une entité telle que Publicis pour lui servir un “wording” et un argumentaire qui lui permettra de lisser son profil public. Elle pourra continuer de polluer la biosphère avec un label “greenwashé”. Quand une multinationale du tabac en proie à une législation sanitaire veut continuer à toucher un public jeune par exemple, elle mandate une agence de communication pour échafauder une stratégie d’infiltration de ce segment de marché.

L’écologie, cet asservissement

Quand on parle d’écologie, E. Badinter conçoit, bouche pincée, qu’il “faille un peu changer ses habitudes”. Un peu. Que cela soit pour des raisons de survie, ou d’hygiène globale l’approche écologique devrait normalement s’imposer. Renoncer à l’économie du gaspillage, de l’accaparement et du bâfrement pour une minorité constituerait l’ébauche d’un progrès. Pas pour une publicitaire qui vend des livres parlant de femmes. Car elle a trouvé ses cibles. Les “naturalistes”, ces immondes sauvages empêcheurs de gaspiller en rond. Points focaux de sa critique, l’allaitement, les couches lavables, la nourriture bio. C’est doctement qu’elle raillera C. Duflot, avec l’aide complice de N. Demorand sur la nourriture pour enfants, préférant les petits pots industriels aux “brocolis bios”. Si la vérité se niche dans les détails, ces derniers sont troublants. Car l’asservissement des femmes est aujourd’hui le fait des nouveaux naturalistes qui imposent des habitudes de consommation et un mode de vie plus continent. Argument ultime, “ils”, entendre les écologistes, font passer la nature avant la femme. On pourrait s’étendre indéfiniment sur ce type d’allégation, mais elle met en relief une chose, pour E. Badinter la femme surpasse la nature, et elle n’en fait pas partie.

Une critique aveugle

Par contre, elle fait naturellement partie de l’univers publicitaire. Mythologie de la femme-objet, de la femme-produit pour écouler toutes sortes de colifichets. Publicis, par exemple, est l’origine d’une campagne mettant en scène une femme et ayant pour slogan “mon banquier me préfère à découvert”. Exemple ponctuel ? Évidemment pas. Le monde de la publicité fonctionne essentiellement sur le motif libidinal. Les références sexistes mettant en scène le désir avec des femmes utilisées comme objet de convoitise sont pléthores. Mais la ménagère revient aussi en force, J.M. Teyssier du BVP déclarait “voilà que la femme retrouve dans la publicité un rôle qu’elle maîtrise à merveille pour l’avoir pratiqué des siècles durant, celui du petit être, ravissant et fragile, futile et désarmé, qu’anoblissent pourtant les nobles responsabilités de la maternité et de l’éducation des enfants”. Le monde de la publicité en interne comme en externe est éminemment sexiste. Et dans ce métier, les faux culs sont légions, J. Séguéla sans complexe déclare “l’absence de femmes est liée – paradoxalement – à leur qualité de maturité, à leur recherche de stabilité, de sécurité”, mais la profession compte 65 % de femmes, le problème vient de la cooptation masculine et des stéréotypes véhiculés mettant en avant “de grands gosses attardés, joueurs et immatures”. Résultat : faible féminisation parmi la direction créative. D’ailleurs un cacique du métier, N. French déclara “s’il existe si peu de femmes directrices de création, c’est tout simplement parce qu’elles sont trop connes”. Il fut viré. Mais cela reste un angle mort de la profonde réflexion d’E. Badinter. Elle préfère vitupérer grâce aux bons soins d’une radio d’État sur le retour à la sauvagerie des langes.

La chaîne publique se lance dans un programme publicitaire au profit d’E. Badinter. Elle a pu y promouvoir son dernier ouvrage la journée durant. En rang d’oignons, les journalistes de la rédaction ont fait circuler les plats chauds. Questions gentillettes, temps de parole élargi et sans coupure. Seules les apostrophes d’auditeurs ont sorti ce beau monde d’une torpeur usante. Que vaut autant d’attention à une philosophe révolue ? Hormis ressasser les généralités féministes, elle s’est trouvé un créneau étroit, une niche économique pour y promouvoir ses thèses antiécologiques et conservatrices. Et aussi refiler son bouquin. Sous le vernis c’est un féminisme publicitaire de marché qui se cache. Mettant à son profit l’espace médiatique que son envergure lui permet pour que rien ne change dans l’ordre économique du monde. Sur France Inter, il est grand temps de consacrer une journée entière à V. Despentes.

Sources :

Marie Benilde – « On achève bien les cerveaux » ed. Raisons d’agir

Articles connexes :

Rue89 – Elisabeth Badinter, actionnaire féministe d’un Publicis sexiste ?

Le plafond de verre – Elisabeth Badinter encore

P. Carles – (video)  Le couteau électrique

C. Duflot & E. Badinter -  (Video) Twitter

Vogelsong – 12 février 2010 – Paris

La burqa, l’ennui de F.Amara

F.Amara s’ennuie. Terriblement. Issue du casting d’ouverture, elle est devenue un fantôme dans le dispositif gouvernemental. Pour justifier sa charge, telle une Marianne au secours de la république, elle monte au front pour éradiquer ce fléau qui défigure la France éternelle : la burqa. À l’UMP, on ne se lasse pas des marronniers. À intervalle régulier, on ressort les thématiques bien « clivantes », bien discriminantes. Drapée de vertus, la droite racle large, mais surtout profond, dans un cloaque de bas instincts. À l’étal, xénophobie, sexisme et république, pour le bonheur de tous.

Nude TorsoLe cortège d’une soixantaine de députés, dont une grande majorité issue du binôme UMP/nouveau centre, s’est lancé dans la croisade anti-burqa. En tête de gondole, l’ineffable sarkozyste F.Amara, supposée forte en gueule dont le parlé « cash », forme accomplie de la nouvelle langue de bois, fait merveille dans les médias croupions hexagonaux. Plus à une vacuité près, elle se prononce pour l’interdiction dans les lieux publics du port de la burqa. Un accoutrement issu d’une interprétation maximaliste des préceptes du Coran. L’application vestimentaire du joug masculin et religieux sur les femmes. Le phénomène en France est très marginal. Personne ne peut assurer que le port du voile est une violence, ni en dénombrer les cas. Mais qu’importe, les symboles sont si tentants.
Dans la modernité globalisée, et dans un pays où l’on se croit affranchi, la femme doit être « indépendante ». L’État, de son propre chef, décide de régenter les consciences. De conformer la citoyenne à la mode « casual » de l’industrie textile occidentale pour se convaincre qu’elle est libre.
Pour F.Amara et ses apôtres, il faut infliger cette liberté. Libérer en légiférant, en interdisant. Proscrire ces femmes des lieux publics, ce n’est plus les cloîtrer sous un voile, mais les enfermer chez elles. Remplacer un moindre mal par le pire sous prétexte d’émancipation. Mais peut-être que l’objectif est tout autre : le paysage fantasmé, promis par B.Hortefeux, clarifié des « fauteurs de culture ».
F.Amara, comme beaucoup, fait un complexe, celui du récent converti. En l’occurrence au sarkozysme. Dans ce domaine, il faut être plus blanc que blanc. Pousser le zèle. Et dans ce cadre, il est bien plus aisé de stigmatiser la banlieue, ses femmes, ses hommes. Dans la lignée d’E.Besson, M.Hirsch, elle apprend parfaitement les us de son camp d’allégeance : être fort avec le faible.
Quand légiférera-t-on drastiquement pour briser les chaînes de l’emprise économique qui confine les femmes ? Quand va-t-on définitivement proscrire le « porno chic » prôné par les multinationales de la mode qui mêle dans des réclames femmes lascives et animaux, par exemple ? Où sont les censeurs ? Prompts à se jeter sur les femmes de Barbès ou de Vaulx-en-Velin, mais qui ne pipent mot devant l’univers constant et lourd qui les entoure. Celui de l’Homme mondialisé.
Dans sa campagne d’éradication de la femme en burqa, le gouvernement entraîne avec lui une cohorte de bons à tout faire. Mais surtout de bons à rien, qui flinguent les proies faciles. Du militant féministe blasé à l’ »islamophobe » primaire, la Sainte-Alliance de la France libre et laïque trouve son combat juste. L’affaire du voile à l’école avait été un avant goût, aujourd’hui on pousse encore plus loin. Les banlieues françaises sont en surchauffe. Le plan Marshall promis par le président N.Sarkozy, « marketé » par F.Amara s’avère être un tissu de balivernes. La situation de ses zones perdues de la république n’est ni due à l’hijab, ni au Coran, ni à aucun autre signe d’extériorité à la France. Mais F.Amara s’ennuie. Les députés godillots s’ennuient, eux aussi. L’opposition progressiste est éparpillée, anéantie, mais les problèmes demeurent. La burqa est un hochet, un comble du cynisme, pour nigauds. Les hiérarques le remuent et sidèrent les foules. C’est le symptôme d’un pouvoir stérile, qui ne peut rien à rien et qui se réfugie dans des problématiques (d’) accessoires.

Donner le cadre d’une émancipation librement consentie est le rôle de la puissance publique par le biais de l’éducation libre et gratuite pour tous. Parallèlement en France, la violence est pénalement réprimée. L’Etat aujourd’hui se borne à allumer des brasiers dans des zones explosives où vit une population qui n’a pas besoin de ça. Accréditer encore la thèse des sauvages venus d’ailleurs par la stigmatisation de comportements non conformistes n’est pas sérieux. Pénaliser toutes les femmes qui portent un habillement particulier sachant que l’on ne sait réellement pas combien sont forcées n’est pas sérieux. Mais le sérieux n’est pas l’apanage des politiciens du marché.

Vogelsong – 22 juin 2009 – Paris