Blogueur en campagne – François Hollande

“Plus ils sont exposés meilleurs ils sont…. Après il ne faut pas se bruler” F. Hollande parlant des candidats à l’élection présidentielle – Le 6 septembre 2011 à l’annexe de l’Assemblée nationale

Une escouade fantôme de blogueurs bavarde avec M. Aubry, une vingtaine selon les réseaux sociaux. Le soir même F. Hollande recevait dans l’annexe du Saint des Saints de la représentation nationale, une longue brochette de blogueurs politiques (ceux- bien identifiables). Nouvelle configuration dans le paysage médiatique ? Difficile de décrypter les signes et signaux. Quand par envie, par la force des choses, on participe à la lente gesticulation.

Blog versus politique

Les entretiens politiciens-blogueurs ont des caractéristiques particulières. Une spécificité studieuse où chaque convive arrive là avec le sentiment de pouvoir apporter quelque chose au débat, que l’on peut jauger à l’épaisseur du nombre de pages de calepin grattées en préparation du happening. Nourrir le débat certes, mais de façon étonnement biaisée. Car plus que le caractère studieux, on mesure à quel point on se fond imperceptiblement, mais inéluctablement dans le cadre imposé. Les internautes, si petits soient-ils, ne représente rien, mais surtout personne. Approcher les figures du papier glacé s’avère souvent une expérience complexe, frustrante et piégeuse.

Les propos de l’entrevue avec F. Hollande seront largement diffusés. Trois caméras, prises de son, une douzaine d’invités, des proches, des membres du parti. La question de la furtivité ou anonymat sera laissée au vestiaire. Comment participer tout en restant discret, dans un même temps afficher ses opinions et rendre compte ? Un cap compris, mais difficilement franchi.

Le blogueur tend à mimer la posture de l’intervieweur professionnel, c’est-à-dire le journaliste, davantage rompu à l’exercice. La performance s’en ressent. Pour de multiples raisons : Proximité de vues et éloignement du langage. Quand un Hollandiste questionne un Hollandiste ? Quand un militant gorgé d’informations s’attaque à un animal politique et reproduit les circonvolutions selon les mêmes schémas de pensée ? Ou quand à gauche on ne veut pas saboter (symboliquement, s’entend) ce qui pourrait être sa seule planche de salut pour sortir du cauchemar Sarkozien ?

Politique versus blog

Sur le fonds, le candidat aux primaires, charmant, exécute sans coup férir chacune des questions qui lui sont proposées ; mondialisation, protectionnisme, immigration, sécurité, nucléaire, organisation de l’État, fiscalité. Parfaitement à l’aise et structuré dans le déroulé argumentaire. Une certitude, les échéances de l’année électorale qui s’ouvre, sont parfaitement maitrisées. Trois points saillants toutefois :

Le 20 juillet 2011, F. Hollande avait promis de rencontrer les réfugiés tunisiens de Botzaris. Manifestement il est embarrassé par la “polémique” que suscite cet engagement public, pour l’instant non tenu. Très assertif, il tient à clore ce très symbolique sujet. Soit en programmant un déplacement sur place, soit en organisant une rencontre.

Sur ses options économiques, on aura droit, là comme tout au long de la campagne (certainement) à une approche ultra-orthodoxe de l’économie, calibrée aux standards du libre-échange et de la compétitivité. Dans l’impossibilité de penser le protectionnisme, les barrières douanières, et le démondialisation (même intelligente). Égratignant au passage ses adversaires du moment A. Montebourg et S. Royal (sans les citer). Le paradigme du candidat sérieux, dans l’obligation de coller à la réalité (pré-)fabriquée par trente années d’hégémonie du libre-échange servi à toutes sauces d’experts et de journalistes. En sortir c’est (en plus de se dédire) faire figure d’iconoclaste, prendre le risque de se couper de sa base partisane et culturelle. Apparaître comme clivant. Plutôt que neuf (“pas nouveau”), apaisant, “jeuniste” et normal.

F. Hollande a tranché, il préfère être un candidat “mainstream”, plutôt qu’un candidat de changement (de système). Il s’oppose ainsi au Sarkozysme de 2007 dans la forme, celui de la rupture (libérale) et du vote “vieux”. Un challenge risqué quoiqu’il puisse dire sur l’empathie des anciens sur leurs descendances. En 2007, l’élection de Sarkozy a montré que l’individualisme (des vieux) l’avait largement emporté sur la capacité à faire un choix collectif et trans générationnel (billet à suivre – La stratégie Hollande).

Ils ont voté comme prévu pour leurs intérêts. Auront-ils changé d’état d’esprit après les coups de grisou de 2008 et 2011 ? Se rappelleront-ils qu’ils vivent dans une société ? Croit-on encore en une forme de solidarité ? L’équipe de F. Hollande en a fait le pari.

Vogelsong – 7 septembre 2011 – Paris

Libres échanges entre J.L.Bianco et les blogueurs

rose01Pour la deuxième fois, J.L.Bianco accompagné de N.Cadène reçoit des blogueurs dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale. L’ambiance est détendue, les questions sont libres. Le député des Alpes-de-Haute-Provence répond toujours clairement aux questions très diverses qui lui sont soumises. Au menu, la stratégie électorale du parti socialiste, les conflits sociaux, la régulation. Plus formel que lors de la première rencontre, il demeure clair, subtil et structuré.

Stratégie électorale
Via twitter, Olympe, blogueuse féministe lance le premier trait. Il traite de la méthode du PS pour conquérir l’électorat âgé. Captive de la droite, cette classe d’âge est la clef des scrutins à venir. J.L.Bianco le rappelle, en dessous de 65 ans, S.Royal était majoritaire lors des présidentielles de 2007. Le PS à l’heure actuelle n’a pas de position arrêtée sur le sujet, pas de stratégie claire. Le constat d’échec est néanmoins tiré. Lors de la campagne, le parti n’a pas réussi à intéresser les personnes âgées aux problèmes de leurs (petits) enfants. De plus, cet électorat répugne à mettre au pouvoir une femme, du seul fait de son genre. La sécurité est un élément majeur de leurs préoccupations. Les événements de la gare du Nord viennent à l’esprit, le proche de S.Royal admet une erreur d’interprétation. Cet événement aurait dû discréditer la droite et sa gestion sécuritaire. Bien au contraire, cette dramatisation a provoqué un réflexe reptilien, une réaction droitière. L’ancien ministre rajoute de manière connexe que le PS est faible en milieu rural. La reconquête s’annonce ardue.
Plus généralement, la stratégie devra porter sur quelques axes forts (l’identité, la sécurité, le travail…), une vision de l’avenir et des réponses concrètes comme les retraites. À la manière de N.Sarkozy mais en évitant les fausses évidences attrape-tout “lepénistes” du type “travailler plus pour gagner plus”. Sur la sécurité, J.L.Bianco reprendra une phrase de T.Blair, “dur avec le crime, dur avec les causes du crime”. On ne peut qu’y souscrire.
Il propose aussi de s’appuyer sur les pratiques locales où le PS peut être fier de ses réussites. Le forum des territoires qu’il pilote avec M.Lebranchu permet une analyse (critique) et une mutualisation des pratiques. Cela permet une remontée efficace et utile pour le PS sur le plan national.
L’épisode Zapatero conforte dans le fait que le PS doit produire du bruit médiatique. Bien que les effets à court terme soient difficilement interprétables. Il faut entrer dans cette bataille du “buzz” sous peine de disparition du paysage médiatique saturé par l’UMP et ses communicants.
Il reprend aussi la thèse de B.Theulien sur la mobilisation grâce à internet, “militante et scientifique” qui fit selon les spécialistes gagner B.H.Obama, “il faut se battre aussi sur ce terrain-là !”.
L’UMP lance en boucle “que le PS n’a pas d’idées”. J.L.Bianco affirme qu’un travail sérieux est abattu dans le parti. Malheureusement, pour passer le rideau des médias il faut des actions d’éclat. Le parti doit parler d’une seule voix forte, communiquer sur des axes plus simples (non simplistes). Le plan de relance du PS est le parfait contre-exemple.

Climat social
A.Besnehard du site “la social-démocratie est un sport de combat” demande si la séquestration de patrons est une bonne solution, où s’arrête la violence ? “Structurellement en porte à faux”, il y a ambivalence entre la violence de la séquestration et la colère terrible des salariés humiliés (comprises par une majorité de la population). Le terme séquestration est trop connoté réellement et pénalement. Les dirigeants d’entreprises sont retenus dans leurs bureaux dans de bonnes conditions. Ces actions sont plus le symbole d’une violence. Pour le député “les salariés sont condamnés à ce type d’actions”. Seul moyen d’exister, de peser et de récupérer quelques miettes. “On ne peut pas les condamner, on ne peut pas les légitimer”, c’est le résultat d’une violence en réponse à une autre violence sociale terrible.
Comme tous les responsables du PS, J.L.Bianco défile le 1er mai. Lui, manifeste à Digne dans sa région. Il juge nécessaire la participation aux côtés des organisations syndicales. Rejette le cynisme d’A.Minc qui trouve les syndicats “formidables” en soupapes de sécurité du gouvernement. Faire fi du petit jeu démobilisant de la droite, “nous aurons Fillon au 20h…”, se compter, faire corps, être nombreux, pour J.L.Bianco “c’est un élément du rapport de force”, donc indispensable. Ce qui compte c’est la valeur solidarité malgré les situations difficiles, “on n’est pas sûr de gagner, on a assez peu de chance de gagner, on est toujours là et on est ensemble”.
Il soutient les syndicats dans leurs actions, “ils doivent à la fois organiser un mouvement le plus voyant possible et trouver une issue à la crise”.

Les “utopies”
J.L.Bianco aborde l’intervention de l’État. Il est un fervent partisan du système de “golden chair avec des droits précis”, en particulier un droit de véto de l’État sur des OPA hostiles. Il propose une stratégie de participation dans les entreprises, variable pouvant aller de 30% à plus de 50% si nécessaire. Mais c’est au coup par coup après étude.
Dans le fonctionnement et le rapport salariés/direction, il propose la moitié de représentants des travailleurs dans les conseils de surveillance. De manière à redonner du pouvoir aux salariés. À tous les échelons :
J.L.Bianco déclare “que l’on doit rêver à un ordre mondial démocratique”. Très utopique quand on connait l’état de la démocratie dans le libéralisme même régulé. Un objectif ambitieux.
Le PS travaille sur des mécanismes de régulation de l’économie internationale. Le terme de protectionnisme sera prononcé, connoté “sale”. L’ancien conseiller de F.Mitterrand propose plutôt le terme de régulation des échanges. Ce ne sont pas les barrières caricaturales des années 30. J.L.Bianco évoque le travail d’E.Todd, de J.L.Gréau. On se souvient des propos létaux du démographe envers S.Royal “candidats du vide (avec N.Sarkozy)”.
Il tire un constat des effets du libre-échange : bien que 600 millions à un milliard de personnes soient sorties de la pauvreté, ce contexte a abouti à la paupérisation relative et absolue de beaucoup de pays, à l’accroissement des inégalités, à la mise en concurrence des travailleurs de tous les pays. Bien que corrélés dans le temps, sont-ils vraiment dus au libre échange ? La Corée du Sud, par exemple, est protectionniste et profite du contexte international. Finalement, l’ancien ministre prône le protectionnisme altruiste qui consiste à reverser les taxes collectées pour le développement de systèmes sociaux dans les pays qui n’en ont pas ou peu. J.L.Bianco admet qu’il s’agit de modèles théoriques sur lesquels il faut travailler, “ce n’est pas demain la veille qu’on appliquera ces règles”.

À une année d’intervalle, le contraste est sensible. J.L.Bianco martelait “les idées d’abord” évacuant les questions communicationnelles. Il garde une approche structurée en termes de propositions, mais lors de cette rencontre, il aborde avec ses interlocuteurs les questions de forme pour gagner les élections. Comme H.Dean peut-être, il en a marre de perdre les élections et de laisser les “crapules” diriger son pays. Peut-être.

A l’année prochaine.

Vogelsong – 30 avril 2009 – Paris

Entretien avec Jean-Louis Bianco à l’Assemblée Nationale

Au 1er étage de l’Assemblée Nationale, bureau n°3, l’imposant J.L.Bianco déjà là, reçoit des bloggeurs. La rencontre est organisée par N.Cadène, conviant Dagrouik, O.Bonnet, le Dandy arlésien Luc Mandret, le virtuel Marc Vasseur. La rencontre est redoutable, de prime abord le personnage parait glacial, technique. Finalement, l’entrevue se révèle conviviale et sérieuse, l’Homme a de la stature. L’ancien conseiller du président F.Mitterrand s’entretient plus d’une heure avec ces citoyens internautes. Il admet méconnaître ou survoler certains points, faisant totalement confiance à ses contradicteurs sur des sujets sensibles. Ouvert, toujours précis, il réplique sans verbiage ni digression à toutes les questions en maîtrisant brillamment les crocs en jambes.

Le Fonctionnement du Parti Socialiste
Le parti est un lieu d’intenses débats, c’est sa force mais aussi sa faiblesse. Tout le monde a le droit de s’exprimer. C’est une vertu, on doit s’en enorgueillir. Même si certaines fois cela peut ressembler à une joyeuse cacophonie.
La grande qualité des contributions déposées à la fin du mois de juin est la preuve que les débats portent leurs fruits. Le travail d’analyse est sérieux. On peut puiser dans chacune des contributions d’excellentes propositions (par exemple L.Fabius qui souhaite un fonds souverain France). Cette dynamique reste un gage de démocratie au parti : contributions puis motions puis ligne politique.
Les dissensions sont sources d’incompréhension, d’illisibilité. L’exemple du vote pour le TCE en 2005 apparaît comme un moment de confusion au sein du parti. Il pointe les opposants au traité “non silencieux” (J.L.Mélenchon, L.Fabius) qui ne se sont pas soumis au résultat de la majorité. Le principe fondamental veut que la discipline de parti s’impose : c’est une question de respect des militants et du vote.
Ces points sont discutables. D’une part le vote au sein du Parti Socialiste a eu lieu trop tôt. De plus, écoute-t-on aussi les sympathisants ? Enfin, des responsables du PS peuvent aussi être les représentants d’un “non” socialiste (qui ne fut pas marginal) au lieu de laisser ce champ à l’extrême gauche.
Après le congrès de Reims, des sujets prépondérants devront être abordés dans des conventions. La problématique des retraites est incontournable. Ce thème est largement dramatisé, oblitérant les propositions alternatives. Selon ces modalités, le PS devra aussi traiter l’Europe et l’entreprise.
L’interdiction du cumul des mandats
Le cumul des responsabilités est un marronnier au PS (avec le vote des étrangers). Le président du conseil général des Alpes-de-Haute-Provence est prêt à s’appliquer l’interdiction mais soulève une objection intéressante : l’ambiance actuelle au parlement. Aujourd’hui, la représentation nationale n’est pas un lieu de débat. La majorité qui y siège est la plus “chienne” des trente dernières années. Quels que soient les sujets abordés, les méfaits sont fatalement socialistes, évoquant les “archaïsmes”, les 35 heures, le manque d’idées… Les amendements et propositions même consensuelles sont invariablement rejetés sans autre procédé. Des conditions qui biaisent ce débat sur le cumul. Dans un tel environnement politique, un mandat local permet de peser.

L’univers de l’entreprise
Comme S.Royal, J.L.Bianco insiste sur le changement du rapport de force dans les sociétés. Des syndicats forts sont le gage de cette évolution.
Le modèle coercitif type “interdiction de licenciement” semble inopérant, retardant plus qu’empêchant les dommages sociaux. Pour aboutir à un dialogue plus équilibré au sein des firmes, la voie consensuelle est la négociation équilibrée. La méthode doit déboucher sur des accords que chacun assumera. D’autres hypothèses sont avancées pour impliquer en amont les salariés, par exemple la participation de représentants du personnel dans les conseils d’administration (on imagine la margoulette tourmentée de L.Parisot à l’écoute d’une telle proposition). En aval, l’instauration de sanctions pour les entreprises qui bénéficient d’aides (60 milliards d’euros) et qui licencient. Ainsi que la mise œuvre d’un système de bonus/malus conditionnés aux réinvestissements au sein de l’entreprise. Ce mécanisme permet de développer l’activité plutôt que d’assécher les ressources par des remontées de dividendes irréalistes.
D’autre part, les gens installés à leur compte, dits “petits patrons”, sont dans la même tourmente que les salariés ordinaires. Aujourd’hui captifs des partis de droite, ils ne sont pas des ennemis de “classe”. Il est important de leur parler.
La période de crise financière est propice aux changements. La situation permet d’avoir un levier idéologique fort. En effet, dans tous les milieux, y compris financiers, s’opère une prise de conscience sur la folie spéculative. Des spécialistes demandent même la nationalisation de certaines banques pour remédier aux aberrations du système. C’est un tournant pour lancer des propositions d’évolution économique constructives.
Indiscutablement, les 35 heures, dans une perspective historique, restent un progrès social. D’indéniables problèmes de mise en pratique ont émergés. La modération salariale, l’augmentation des cadences, les carences de postes dans le milieu hospitalier méritent d’en repenser l’application. Mais, loin de la caricature faite par l’UMP, cette loi a permis de négocier et repenser efficacement les rythmes de travail. Elles ne furent pas un oukase instaurant un carcan tel qu’elles sont dépeintes par les “gogos” du MEDEF, mais un cadre légal de négociations.
Pour les socialistes, il est déterminant de sortir de l’ambiguïté sur la valeur travail en affirmant quelques vérités. L’ouvrier français se classe parmi les trois premiers en productivité horaire. Le nombre d’heures travaillées annuellement n’est pas inférieur à celles de nos voisins européens. La France reste un pays attractif pour les capitaux. Ce ne sont pas de minces paradoxes.
Plus généralement, la négociation doit se durcir sur la précarité au travail. L’entreprise de sape initiée par la majorité sarkozienne a déjà fortement entamé les droits de travailleurs. La tâche s’annonce longue et exténuante.

Pierres angulaires de l’action politique : les idées
L’éminence mitterrandienne revient inlassablement vers les idées. Chaque fois qu’il est orienté sur des thèmes de communications ou d’artifices médiatiques, il remet le cap vers les concepts, les fondamentaux. La clarté idéologique est la base de tout raisonnement.
Les alliances avec le MODEM devront s’articuler autour des positions initiales du Parti Socialiste. Sur le terrain, il est prégnant que certaines vues sont conciliables. Pour un parti qui fit 18% aux élections présidentielles (beaucoup moins aux municipales) cette approche peut paraître condescendante. Le principe intangible est le non revirement d’alliance. Le coup de poker de S.Royal entre les deux tours est aisément étayé. Malgré les grincements de dents, vaut-il mieux un tandem S.Royal/F.Bayrou ou n.sarkozy/F.Fillon ? Compte tenu de ce que l’on voit, de ce que l’on sait, de ce qui devrait être su, la réponse est évidente. Néanmoins on peut s’interroger sur l’entourage du centriste béarnais. Les récentes trahisons, les retournements de veste, la mélancolie CDS/UDF laissent pantois. Quelle aurait été l’attitude de ses individus face aux difficultés de l’exercice usant du pouvoir ?
Le PS et les autres partis de gauche (verts, PCF, LO, NPA/LCR) sont dans le même camp (Stupeur moscovicienne!). La perspective d’alliance avec ces formations constitue le socle pour obtenir une majorité. Il n’y aucune raisons de refuser la discussion (mais sans concessions). Même la position d’O.Besancenot sur l’exercice du pouvoir doit être respectée. L’alliance à gauche est nécessaire, électoralement, politiquement. Dans ce cadre, il existe une cellule de veille sur la gauche radicale comme il en demeure sur la droite et l’extrême droite. En aucun cas, un plan “anti extrême gauche” n’est à l’étude.
Les mouvements d’extrême gauche sont certaines fois en avance pour identifier certaines problématiques. Dans le combat des sans-papiers, par exemple, les associations et les partis de la gauche radicale furent les fers de lances de la lutte. Le PS arrive dispersé, en retard et timidement sur cette question.

Idéologiquement, la droite, depuis les années 80, a fait un gros travail de conquête, remettant au goût du jour des valeurs invraisemblables ou obsolètes. En effet, la réussite personnelle, la domination, l’individualisme, et leurs pendants, les profiteurs, les nonchalants, les fonctionnaires parasites sont devenu un fond de commerce électoral rentable et efficace. La victoire de mai 2007 n’est pas seulement due à un candidat qui maîtrisait les outils de communication et qui était favorisé par des réseaux médiatiques dominants. Le travail conceptuel en amont a permis cette accession. Parallèlement, les partis de gauche sont restés tétanisés.

L’après pétrole.
Le Parti Socialiste se démarque de l’UMP sur les questions écologiques. Le parti conservateur ne propose pas de taxer les superprofits de total, ni d’utiliser la rente nucléaire pour financer l’après pétrole, ni de soumettre tous les permis de construire à des normes environnementales, ni d’instaurer des taxes carbones.
Mais la croissance reste un objectif. La création d’indicateurs plus pertinents ouvrira des perspectives de développement plus saines. Ces agrégats quantifieront les impacts induits par l’activité humaine. On attend notamment les conclusions des travaux de l’économiste américain J.Stieglitz.
Le député contourne adroitement le paradoxe “ressources finies versus croissance infinie”. Les ressources non fossiles conditionneront le développement durable et la croissance “propre”. Cette approche est-elle réaliste, une société qui croît essentiellement sur l’immatériel et le service est-elle viable ? Comment négocie-t-on la transition du gaspillage frénétique vers la consommation raisonnable ? Anxiogène, le terme de décroissance paralyse le citoyen. Pour accompagner le changement il faut une communication motivante (ah enfin !). Si la gauche arrivait au pouvoir, la politique du gouvernement ne freinerait pas la consommation mais inciterait une modification de ses habitudes consuméristes. On a le sentiment de ne pas changer de paradigme, de ne pas saisir une chance de marginaliser les entêtantes psalmodies du pouvoir d’achat et de l’immédiateté du paraître. J.L.Bianco, dans ce domaine, persiste sur ces notions en particulier pour les classes populaires. Faute de projets sérieux alternatifs ?
La prise de conscience sur l’environnement est forte depuis les 5 dernières années. L’approche environnementale des actions humaines commence à devenir une “norme sociale”. C’est une chance pour amorcer des évolutions.

Sécuritaire & technologique
Concernant la loi HADOPI, le député formule les critiques fondées et communes à ce dispositif. Elle est répressive, et seulement répressive. La loi Olivennes donne le sentiment de servir uniquement les acteurs puissants du marché du divertissement (majors), peu enclins à lâcher un vieux monde. Les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) sont cantonnés dans le rôle de cerbères. Les utilisateurs sont criminalisés. A.Hidalgo et P.Bloche s’occupent des propositions alternatives au PS et en particulier d’étudier la licence globale…
Les événements récents dans l’est de Paris font ressurgir le débat sur la télésurveillance. En effet, le Maire socialiste de Paris veut installer de nouvelles caméras dans des arrondissements de gauche. M.Alliot-Marie est venue encourager cette initiative. Pour J.L.Bianco, qui croit en l’efficacité de ces dispositifs pour l’arrestation des délinquants, le problème des libertés reste entier. Pourtant, une étude anglaise vient atténuer la soi-disant efficience de ces systèmes de surveillance. Le libéral maire de Paris, B.Delanöe, installe pourtant à tour de bras.

J.L.Bianco déploie méthodiquement ses idées sur le travail, le social, l’écologie, la gauche et fait le point (et propose des pistes crédibles) sur l’action qui reste à accomplir pour chasser les conservateurs du pouvoir et proposer un espoir aux citoyens français dans une société plus solidaire. Aucune synthèse, quels que soient les chemins que prendront les débats du congrès, ne peut se priver d’une telle clairvoyance.

vogelsong – Paris – 02 juillet 2008

Benoît Hamon face aux bloggeurs à l’Assemblée Nationale

A l’assemblée nationale le 20 juin 2008, B.Hamon délégué national du Parti Socialiste, reçoit des bloggeurs. Cet échange a lieu dans un bureau vieillot et compassé à l’étage du “château”. Le bonhomme est souriant et prodigue des salutations franches à chaque participant : Valerio Motta l’organisateur, Le dandy démocrate L.Mandret, Martin P., Abadinte, Jonathan Debauve, Fabien-Pierre Nicolas, Richard Ying

Sur les starting-blocks, il a visiblement hâte d’en découdre.

 

L’Europe

Les premiers traits seront européens. D’abord, l’Irlande et son “no”. Le député européen “noniste” silencieux en 2005, prend position contre un nouveau referendum sur le traité de Lisbonne. (Qu’aurait on dit si H.Chavez avait fait revoter son referendum perdu ?). L’argumentaire et l’analyse de l’Union sont ceux déployés par les partisans d’une Europe plus sociale et plus proche des peuples. Il glisse rapidement sur la possible interprétation de ce refus, spécifiant seulement que ce sont les oubliés du système (classes populaires) qui renâclent. Par digressions, nous visiterons les thèmes habituels de l’”Eurocratie” : en particulier l’inanité de l’approche uniquement financière et économique, son dogmatisme libéral, et le peu de foi qu’accordent les technocrates aux peuples (citant B.Constant et F.Guizot). Comme dysfonctionnement patent, il pointe avec justesse les prédations fiscales et sociales au sein (et en dehors) de l’Union. Par exemple, un sans-papier sur un chantier de la région parisienne (1 400 euros) est concurrencé par un intracommunautaire polonais (700 euros).

Son diagnostic est lapidaire : à 30 plus rien n’est possible. Il faut retrouver des marges de manœuvre hors du pacte de stabilité et se recentrer sur des groupes de pays volontaires.

Preuve que les briefings qui précèdent les interviews trouvent leurs limites, la “directive retour” sera ensuite abordée.

B.Hamon est opposé à ce dispositif tout en admettant la primauté du vote démocratique à Strasbourg. Ces dispositions sont liberticides. Elles forment les nouveaux repères dans le domaine des durées de détention et de la possibilité d’expulsion d’un mineur isolé. Paradoxalement, les zélateurs de l’Union se gargarisent de l’inclusion de la charte des Droits de l’Homme dans les textes officiels, et parallèlement nous votons “la directive de la honte” (selon la Ligue des droits de l’Homme). La doxa libérale de l’Union impose la libre circulation des capitaux tout en érigeant des murs toujours plus hauts pour les personnes. Evo Moralès le président bolivien, dans une récente allocution, qualifiait l’Europe de phare des Droits de l’Homme. Pour B.Hamon, il est éteint depuis des lustres.

 

L’organisation territoriale

Ensuite nous aborderons l’organisation territoriale de l’hexagone, du pouvoir des régions et des propositions de réorganisations. La décentralisation a-t-elle permis une égalité de droits ?

A certains égards, elle serait un facteur d’inégalités. La solidarité entre les territoires passe (entre autres) par la péréquation des taxes professionnelles. En effet, les villes les mieux dotées devraient participer au dynamisme de celles qui disposent de peu d’activités. Néanmoins, dans l’approche des problèmes nationaux, la démagogie veut que l’on emploie de manière très redondante l’expression : “La proximité c’est tout !”.

Pour simplifier le système administratif des territoires français il est urgent de faire l’inventaire de l’existant, mais un début prometteur est la suppression des départements.

 

L’approche “entrepreneuriale” au sein du Parti Socialiste

La question du gisement de voix au sein de l’entreprise est évoquée. Le parti socialiste ne serait pas en mesure de parler correctement au secteur privé (patrons et salariés) ? La question du recrutement des dirigeants au sein du parti constitue une entrave à l’ouverture à plus de diversité.

C’est avec précaution que ce problème doit être abordé, les problématiques sont différentes selon la taille et la situation des entreprises, l’approche systémique dans ce cadre est à prendre avec circonspection. Les questions de gouvernances, terme fourre-tout pour dire n’importe quoi (sauf démocratie) ne seront que rapidement survolées.

La structure sociale du parti socialiste où les fonctionnaires sont très représentés n’a rien de problématique, ni d’insurmontable. Il ne doit pas être seulement un parti de fonctionnaires, mais une base électorale de professeurs, d’infirmières n’a rien de honteux. Sur ces fondements, l’ouverture au reste de la société est un objectif.

La réduction du temps de travail reste un point épineux. Il faut accepter l’”autocritique”, mais surtout défendre ce dont le parti socialiste fut promoteur. L.Parisot dut avoir un énorme sifflement aux tympans lors de la proposition d’”aggravation” des congés payés à 6 semaines par an. La patronne du MEDEF émettra sûrement des couinements de souffrance à l’évocation de cette possibilité. Pour le “gauchiste”* B.Hamon, c’est une manière lisible et symbolique de diminuer la durée du travail.

 

La situation sociale et le Parti socialiste

Pour B.Hamon la situation est très délicate : compte tenu des réformes programmées par le gouvernement, la puissance publique sera affaiblie pour faire face aux crises futures.

Le constat est amer. Le centre de gravité des problématiques au sein du parti s’est déplacé. Les socialistes sont plus prompts à s’exposer sur des sujets consensuels comme par exemple le mariage homosexuel plutôt que la défense de la réduction du temps de travail. Un signe des temps.

L’échec des contestations tient au fait que jusqu’à présent le gouvernement réussit à disperser les oppositions. Les mouvements de mécontentements sporadiques ne cristallisent pas en une véritable force capable de peser. Compte tenu des sombres perspectives économiques, les risques de fortes convulsions sont probables. Jusqu’à quel niveau, pour quel résultat ?

Bien que certains (au sein du PS) puissent se réjouir du sale boulot fait par F.Fillon, il n’y a (malheureusement) aucun calcul stratégique pour une victoire par saturation en 2010. La situation de désorganisation actuelle ne permet pas au parti de se projeter à plus de six mois.

Dans l’état actuel des choses, les propos du premier ministre, babillant que la droite a gagné idéologiquement, ne sont pas contestables.

 

Prises de position

Par delà l’hallucinante proposition sur les six semaines de congés payés, B.Hamon se prononce pour l’abandon du scrutin présidentiel au suffrage universel, dont l’objectif est l’élection d’un Bonaparte. Une franche réussite en 2007.

Dans son approche politique, la primauté de l’Égalité l’emporte sur celle de Liberté. Avant toute émancipation individuelle, les conditions matérielles de celle-ci sont pré-requises. L’évocation du RMIste ou du retraité pauvre au cœur de la Creuse peut facilement illustrer cette position. En effet comment penser à son épanouissement personnel alors que les besoins élémentaires ne sont pas garantis ? B.Hamon se rapproche des positions de S.Royal sur ce sujet.

 

Limites du procédé

Le protagoniste principal se livre sans langue de bois à l’exercice, même s’il connaît l’impact limité de ce type de “happening”. Nous sommes loin de la force de frappe d’un 20 heures de L.Ferrari.

Dans le cadre temporel alloué, les intervieweurs devraient intervenir fréquemment, demander des précisions, relancer B.Hamon qui a parlé 95% du temps dans un environnement très (trop) attentif.

Les termes du débat se sont concentrés sur des sujets politiques très communs. Un média “ordinaire” aurait pu traiter ces thèmes. Finalement, aucune approche originale n’émerge et B.Hamon avec beaucoup de tact indique certains sujets sensibles à développer comme par exemple les nouvelles problématiques d’internet.

Il est intéressant de constater le décalage entre une situation d’interview exceptionnelle (bloggeur versus homme politique) où les bloggeurs** abordent essentiellement des sujets traités par les médias ordinaires. Il est impératif de trouver un angle spécifique à ce type d’entrevue pour en extraire une approche originale, rafraîchissant le format habituel de l’éditorialiste barbon servant une soupe douceâtre à l’auditoire et au locuteur.

 

 

* Souvent et à tort, taxé d’archaïque marxiste

** ces bémols s’appliquent à tous les bloggeurs mais au premier chef à celui qui écrit ces lignes 

 

vogelsong – Paris – 21 juin 2008