Du pitoyable récit européiste à l’injonction de voter

« L’Europe a été notre ajustement structurel » Jean Pisani-Ferry (cercle des économistes) dans le Figaro en mars 2005 

L’Union Européenne c’est l’Europe. Ni plus ni moins. Par un étrange tour de passe-passe, les professionnels du marketing politique, bien aidés par les répétiteurs médiatiques, ont gravé l’idée qu’un assemblage économique hétéroclite faisait entité politique. Or ce récit, aussi peaufiné soit-il par les agences de communication, s’avère pitoyable quand il entre en collision avec le réel. Le bernardguettisme (♠) a ceci de prodigieux, et cela vaut pour tous ses avatars dont le jeanquatremerisme, c’est qu’il fait fi de la pesanteur des contingences du monde élémentaire. Il est le révélateur de deux univers, ceux qui vivent de la politique et ceux qui la vivent.

Les éléments du récit

11097694376_efa448cd88_zCe pitoyable récit comporte deux volets. L’un emphatique à base de paix et d’harmonie des peuples, dont les réalisations sont difficiles à évaluer. Si ce n’est pour évoquer les prodiges d’Erasmus, un échange d’étudiants qui a même donné lieu à un film, ou l’incroyable vertige de pouvoir passer la frontière avec la même monnaie en poche. Deux éléments qui sont pour le vulgaire péquin (hermétique aux grandeurs du projet), vivant avec un salaire médian juste autour de 1 500 € (1 675 € brut) sont d’une cruciale utilité. Autant le dire d’emblée, Erasmus ou tout autre dispositif d’échange aurait pu exister sans l’entité économique européenne. Quant à la monnaie unique, le vertige du passage de frontière sans passer au bureau de change s’avère d’un coût autrement plus important quand il s’agit d’appliquer des dévaluations internes, c’est-à-dire des baisses de salaires qui permettent d’être compétitifs.

Et c’est là que ça se raidit. Précisément. Parce qu’à côté de ce volet tout en couleurs, que l’on ressort, et c’est sa spécificité, notons-le, avant chaque scrutin, le dégoisement massif sur l’UE, c’est l’entêtante symphonie des obligations économiques. Ces prescriptions granitiques ayant valeur supra constitutionnelle et dont il n’est à aucun moment sujet de discussion, d’appréciation et encore moins de modifications. Ces sempiternelles locutions à base de « réforme », «  déficit », « compétitivité » et autres jacasseries que l’on colle dans la bouche des politiciens, experts et autres demi-journalistes (♣). 

Il suffit d’imaginer ce que peut provoquer sur le corps social d’un pays ce que les technocrates européens nomment pudiquement « pacte de stabilité et de croissance », pour avoir une idée de la déconsidération des institutions et de leurs représentants. La physique européenne est d’une étonnante simplicité. Le discrédit électoral n’est que le résultat d’un système sourd qui avance vaille que vaille en faisant subir aux citoyens de chaque pays européen (en particulier ceux du sud du continent) des pressions telles qu’il s’ensuit un discrédit encore plus important ensuite.

La double violence du vote

Or le carburant de ce système ordoliberal c’est le vote. Sa légitimation. Il est intéressant de noter que ceux qui exhortent au vote sont ceux qui fréquentent les locaux ouatés des institutions européennes et qui perçoivent un salaire pour ça. C’est à dire, experts, journalistes, et (futurs) élus. Ils ont besoin d’éteindre l’incendie du discrédit en avançant l’impérieuse obligation de se rendre aux urnes. Non pas qu’il soit mal de voter, bien au contraire, c’est l’un des piliers de la démocratie. Mais avant de s’exécuter comme bon citoyen, il faut avoir une idée précise des règles du jeu et du système politique, mais surtout économique engendré. A qui cela profite en somme !

On ne va pas tourner autour du pot pendant cent cinq ans, quelle que soit la majorité centrifuge qui sortira des élections européennes la pression ordolibérale ira crescendo. L’histoire en atteste. Et les promesses d’Europe Sociale datent. Et il faut avoir un sacré sens de la nuance pour distinguer les différences entre sociodémocrates (le parti « socialiste ») ou libéraux populaires (Union pour un Mouvement Populaire). Surtout quand on les voit à l’œuvre dans les pays de l’UE (♥).

Promettre les larmes et la souffrance à toute une génération pour conserver des indicateurs financiers conformes aux désirs de la finance ne constitue pas en soi un récit politique. Il n’a à proprement parler aucune résonance pour l’immense majorité de la population accaparée par les problématiques salariales, éducatives, et de précarités. 

Or l’injonction à voter, et donc légitimer sa propre mise au carcan relève d’une violence que les experts bénéficiant d’un salaire à 6 chiffres ne peuvent intégrer. Avec en sus, la remise aux calendes grecques des promesses électorales à objet social. L’électeur va de trahisons en trahisons, d’élection en élection. Tout ce qui est entrepris politiquement aujourd’hui, au nom de l’UE (ou pas), se fait au détriment des dominés et ce malgré les professions de foi des partis (de gauche qui gouvernent).

Alors, il ne faudra pas s’étonner, finalement, qu’une partie du corps électoral envoie tout ce barnum au diable. En ne se déplaçant pas ou en votant mal. Il est fort probable que les électeurs feront n’importe quoi avec leur bulletin aussi longtemps que les politiciens feront n’importe quoi avec leur vie (♦).

(♠) Le théorème de Guetta établit par P. Rimbert pose 3 principes intangibles :  toute réussite s’explique par l’Europe ; tout échec est imputable au manque d’Europe ; toute réussite et tout échec appellent davantage d’Europe.

(♣) Voir le chapitre 1er de « La malfaçon » de F. Lordon où sont longuement et didactiquement détaillées les impasses du modèle économique européen.

(♥) F. Lordon met exergue que même quand les astres européens sont propices, c’est à dire que des gouvernements « de gauche » sont aux commandes dans une majorités de pays européens, d’Europe sociale il n’y a pas.

(♦) A ce propos, il sera intéressant de voir à moyen terme les ravages qu’auront produit les reniements (les trahisons ?) du candidat F. Hollande sur la partie gauche du corps électoral.

Vogelsong – 20 mai 2014 – Paris 

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30 réflexions sur “Du pitoyable récit européiste à l’injonction de voter

  1. Une bonne illustration de votre billet serait cette vidéo (https://www.youtube.com/watch?v=qzV52nNCvB0) qui rappelle effectivement les 35 ans de promesses socialistes qui ont rythmé la mise en place d’une europe ordolibérale. On y retrouve d’ailleurs Hollande, en 1999, qui explique que désormais, la gauche étant majoritaire en Europe, celle-ci va pouvoir être remise sur de nouveaux rails…On a vu le résultat.

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  2. Entièrement d’accord avec vous, et utile renvoi au dernier bouquin de Lordon. Je m’interroge toutefois sur votre dernière phrase : « Il est fort probable que les électeurs feront n’importe quoi avec leur bulletin aussi longtemps que les politiciens feront n’importe quoi avec leur vie » : j’ai trouvé la formule juste et frappante, mais l’inverse n’est-il pas vrai aussi ? Bien à vous,

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    • Vous avez raison. J’ai pensé aussi à inverser les propositions. J’ai finalement opter pour donner l’initiative aux citoyens. Même si cela peut être interprété comme une accusation.
      En fait je crois que nous sommes dans un jeu pervers de punition mutuelle.

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  3. Oui sur le fond, mais quand même cette énormité ! « Non pas qu’il soit mal de voter, bien au contraire, c’est l’un des piliers de la démocratie  »
    voter dans un référendum, c’est bien, car c’est la démocratie. le peuple décide. Voter dans une élection, c’est moins bien, et c’est parfaitement aristocratique ou oligarchique. c’est choisir nos maîtres, ce qui n’est pas la démocratie.
    Le 25 mai, soyons citoyens. votons pour l’abstention générale. http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/cessons-de-soutenir-nos-maitres-151906

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    • Je ne suis pas d’accord. je pense que c’est l’un des pilier de la démocratie. L’un. Pas le.
      Je sais qu’il existe des systèmes intéressants de tirage au sort. Je peux convenir qu’il s’agit d’alternatives.
      Pour ma part et jusqu’ici, je reste attaché au vote en conscience. Et j’accepte totalement que l’on puisse choisir l’abstention. Un non-vote.

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      • si vous parlez toujours d’élection (vote en vue d’élection), alors on ne peut pas affirmer que l’élection ait quelque chose à voir avec la démocratie, puisque cette élection consiste à justement abandonner son pouvoir au profit de quelqu’un qui l’utilisera suivant les intérêts de sa caste. une fois le pouvoir abandonné, la démocratie n’existe plus, puisque le peuple ne décide plus de rien. j’ai l’impression que vous avez identifié l’injonction de voter (le faux devoir citoyen) mais pas fait le lien entre votre vote en conscience (concept qui m’est étranger) et cette injonction. l’ajout de conscience ayant pour objet de lever cette contradiction trop flagrante.

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        • La démocratie representative est une démocratie. Bien qu’imparfaite.
          Je vous conseille le livre de Jacques Rancière « La haine de la démocratie ».

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        • C’est une forme de démocratie qui fonctionne imparfaitement chez nous et qui n’est pas la seule manière de gouvernement possible. Ce qui est certain c’est qu’elle profite considérablement à un petit nombre d’élus qui représentent très mal la population mais très bien leurs propres intérêts, en cumulant notamment les responsabilités, ainsi que ceux des lobbies. Démocratie signifie « Pouvoir du peuple ». On en est malheureusement très loin.

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  4. Voilà un article qui ne manque pas d’un certain panache.
    Plus précisément du type de ce panache si particulier avec lequel feu Don Quichotte partait à l’assaut des moulins.

    Le présupposé de base de @Vogelsong est que tous les partis, médias & cie principaux sont des européistes convaincus qui font passer leur idéologie avant toute autre considération.

    Désintox:

    Les deux plus « grands » partis (en terme d’élus) sont plus précisément des euro-mous, des euro-divisés, des euro-opportunistes, le meilleur terme qui me vient à l’esprit étant des **euro-rien-du-tout**

    1) Ainsi l’UMP ex-RPR a été fondé puis dominé par Jacques Chirac, l’homme de l’appel de Cochin, de la défense intransigeante de la PAC à la française (catastrophe pour le tiers monde), du traité de Nice et de l’instauration d’un référendum (purement national) sur la constitution européenne. Ne pas lui reconnaître un travail immense dans la déconstruction européenne serait d’une injustice flagrante. Aujourd’hui on y trouve toujours la chèvre et le chou, Alain Lamassourre et Laurent Wauquiez de la droite sociale, pour qui au mépris du droit et des principes démocratiques les plus élémentaires, Paris a le droit de rayer 22 pays des membres de l’union européenne. Au milieu de tout cela, vous avez Jean-François Copé, dont il faut avoir de sacré ornières pour en voir un européiste. Ce type est la caricature du politicien national pour lequel tout est subordonné à sa volonté de devenir notre monarque. Si l’Europe peut l’aider, il fera semblant d’être européiste. Si c’est un frein, il dénoncera Schengen et l’euro.

    2) Ensuite le PS un parti européiste ? A y regarder de plus près, ce mythe est entièrement basé sur la personne du monarque élu en 1981, qui lui oui était un eurofédéraliste, présent par exemple dès 1947 au congrès de la Haye. Depuis, il est en panne sèche d’idées, avec des minorités qui tirent à hue et à dia, avec des alliés (PCF et MRC vs Verts et PRG) qui tirent également à hue et à dia, des expériences cuisantes des rares moments où il est « sorti à son détriment de l’ambiguité ». Finalement l’attitude la plus emblématique du PS face à l’europe est celle de Jospin qui en 1998 a décidé… de ne pas en avoir.

    3) Ensuite nous avons avec le front natioanl et le front de gauche deux partis militants importants (par ailleurs fort différents) dont l’hostilité de principe à la construction européenne ne fait de doute pour personne

    4) Ne restent donc être pour être qualifiés d’européistes-fédéralistes que europe-écologie et le MODEM-UDI. Et encore ils ne sont pas franchement à l’offensive depuis un moment.

    Bilan : le paysage politique est divisé non en deux mais en trois parties inégales

    – en premier lieu les euro-rien du tout (29% et 27% des voix aux présidentielles) qui ne demandent qu’une chose, c’est qu’on parle d’autre chose que l’europe
    – à une certaine distance, les europhobes (18% 11% et 2%)
    – loin derrière les européistes (9% et 2.5%)

    On est loin du portrait qu’en brosse avec style @Vogelsong à travers ses billets. En réalité il semble que le mot « europe » est devenu un terme fourre-tout qu’il accolle à tout ce qui lui déplait. Au risque d’arroser large, à la manière des gens qui dénonce des « bobos » partout.

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    • On peut par contre signaler une parfaite homogénéité dans la capacité de tous ces élus à faire semblant, dans leur parlement décoratif. Pour ou contre, peu importe, puisque le lieu du pouvoir décisionnel est ailleurs. bizarrement cette impuissance n’a pas l’air de les gêner. serait-ce le statut social de député européen associé à au moins 6000 € de rente mensuelle qui les rendrait faibles à réclamer d’être de vrais législateurs ?

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      • C’est aussi une possibilité qui m’est venue à l’esprit en lisant « Injonction à voter » dans le titre ! Personellement ce qui m’a frappé dans cette campagne c’est au contraire à quel point PS et UMP ne faisaient pas campagne (ou vraiment service minimum).

        Une possibilité qui me vient à l’esprit est que vous focaliser sur l’étude du bernarguesttisme et sa variante jeanquatremerisme vous a fait perdre de vue son côté finalement largement minoritaire. Je m’intéresse enttement moins au secteur de la presse mais voici nez en moins mon impression : pour un Serge July qui après un référendum engueule ses lecteurs, faisant passer son idéologie européiste avant ses intérêts commerciaux, on trouvera de nombreux titres de presse euro-riendutout pour qui le sujet « construction européenn » est 1) une occasion de se fâcher avec une part ou l’autre de leur électorat 2) est chiant à couvrir depuis l’intérieur du périphérique 3) fait rarement « vendre » le journal et donc rentrer les recettes publicitaires.

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    • Très beau livre sur le sujet : contre les élections de David Van Reybrouck. Les élections n’ont rien à voir avec la démocratie. C’est un instrument de domination des élites pour confisquer le pouvoir au peuple. Il est intéressant de noter que les élections ont longtemps été opposées au tirage au sort. Ce dernier représentant la démocratie par excellence puisqu’il évite l’apparition d’une classe politique (composée d’individus dont la politique est le gagne pain) avec ses propres intérêts et qu’il restitue le débat au peuple. Par ailleurs, les élections ne sont pas l’apanage de nos « démocraties » puisque d’autres institutions fort peu démocratiques l’utilisent depuis des siècles (comme l’Eglise catholique).

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      • Le concept que j’ai du mal à comprendre, c’est celui de « représentants tirés au sort ».
        Mon côté mathématicien vous dira que si le critère qui permet de savoir si votre tirage au sort est réellement aléatoire, c’est que l’échantillon retenu soit radicalement non représentatif des citoyens. Ainsi un tirage vraiment aléatoire doit de temps en temps sélectionner une assemblée 100% nazie même si les sympatisants nazis ne font pas plus de 0.001% de la population.

        Le véritable du tirage au sort est donc non pas de tirer au sort des représentants (concept qui auto-contradictoire) mais bel et bien les politiques publique (rester ou pas dans l’euro par exemple).

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    • Diable, voici ce que j’écrivais dans mon commentaire :

      > Au milieu de tout cela, vous avez Jean-François Copé, dont il faut avoir de sacré ornières pour en voir un européiste. Ce type est la caricature du politicien national pour lequel tout est subordonné à sa volonté de devenir notre monarque. Si l’Europe peut l’aider, il fera semblant d’être européiste. Si c’est un frein, il dénoncera Schengen et l’euro.

      Aussitôt dit aussitôt fait, c’est ce que Sarkozy vient de proposer dans sa tribune du Point

      http://www.huffingtonpost.fr/2014/05/21/tribune-point-sarkozy-schengen-ii-europe-28-commission_n_5366444.html?utm_hp_ref=france

      Calendrier imprévisible mais position qui l’était à 100%.

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    • oui j’ai lu ce livre et de nombreux autres puisque publiant un site sur la démocratie véritable, je me devais d’étudier un peu la question.
      le matériel se trouve ici http://www.la-bibliotheque-resistante.org/pages/27b_democratie_liste.html
      la démocratie représentative n’est pas une démocratie, et cette usurpation du mot est un problème majeur pour avancer. Dupuis-déri a fait un livre retraçant l’histoire de ce mot. le seul caractère démocratique de ce régime est le referendum et depuis le traité de lisbonne, même ceux qui ont votre position, sauf votre respect erronée, doivent considérer la démocratie comme suspendue jusqu’à annulation de la ratification de ce traité, dont le peuple avait dit en 2005 qu’il ne le voulait pas.

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      • @avionette
        Je vais répondre clairement : pour la ratification des futurs modifications à la constitution européenne, je défends le recours au référendum.
        Mais pas un référendum type 2005 où l’état français (en l’occurence) oppose suite à une consultation interne son véto à un texte, véto qu’il peut lever par la suite.
        Je suis (comme nouvelle Donne par exemple) pour un référendum 1) dans toute l’Europe 2) ratifié si majorité qualifiée 3) avec droit de sortie pour les pays qui seraient en minorité contre les modifications proposées.

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  5. Les élections sont en France font l’objet, pays de vieille « démocratie républicaine », d’une sorte de culte païen. On les entoure d’une importance démesurée alors même que l’on sait parfaitement que les changements seront homéopathiques et en tout cas circonscrits à l’intérieur de limites très strictes. Par le processus électoral, on ne peut pas sortir de l’organisation de la production pour le profit, des échanges marchands, de la division du travail, de l’enrichissement personnel, de l’héritage familial et par là-même de la reproduction sociale des dominants et des dominés. Les élections dont on nous dit qu’elles sont la quintessence de la démocratie sont une formidable opération de manipulation et de mobilisation des masses vers l’impasse réformiste ou conservatrice. En France, l’exemple le plus clair et le plus massif des illusions charriées par la démocratie bourgeoise est assez récent. Le référendum sur le traité européen (TCE) en 2005 a donné lieu à une opposition entre le camp du « Oui », camp de la classe politique dite de gouvernement, relayée par tous les mass médias et les « décideurs » économiques et le camp du « Non » et des « populistes » qui l’a emporté dans les urnes. Les citoyens ont « mal voté ». Pour que les affaires reprennent les partis de gouvernement ignoreront donc ce vote « souverain ». Le contenu du traité sera validé par voie parlementaire, entre « gens biens et raisonnables ».

    La question essentielle oubliée par tous les tenants de la « gauche », c’est qu’à l’époque de l’impérialisme, il ne peut y avoir que deux types de pouvoir et deux types de politiques différentes. Soit la politique de la bourgeoisie qui cherche à traiter les contradictions entre les groupes qui la composent et à maintenir soumises et divisées les autres classes. Soit la politique de la classe ouvrière qui cherche à dépasser les divisions qu’elle vit pour unir et à diriger les autres classes populaires avant de prendre le pouvoir à la bourgeoisie impérialiste. Que la politique bourgeoise soit réformiste ou conservatrice, libérale ou keynésienne, cela ne change rien à l’alternative. Dans le premier cas, la bourgeoisie impérialiste cherche à pérenniser son système (le capitalisme financier), y compris par le recours aux solutions ultimes (le fascisme) pour faire face à ses crises. Dans le second cas, la classe ouvrière dirigée par son parti communiste renversera la bourgeoisie par la force et imposera son alternative historique c’est-à-dire la dictature du prolétariat et la construction du socialisme. Il est vrai que cette distinction entre politique bourgeoise et politique prolétarienne est élémentaire pour tous les révolutionnaires. Mais elle est pourtant brouillée sous l’effet d’un matraquage idéologique et sous les tirs de barrage des « anticapitalistes » secondaires qui remplacent les contradictions de classe par la fameuse distinction droite/gauche.

    Participer aux élections aujourd’hui, c’est empêcher qu’émerge une force révolutionnaire autonome. Certes, la participation obligatoire ou le boycott systématique des élections ne sont pas en eux-mêmes des principes révolutionnaires. En réalité, les marxistes n’excluent aucune forme de lutte. Mais faire de la défensive une politique (selon le mot d’ordre « défendre le ou la candidate anti-libéral(e) pour reconstruire une aile anticapitaliste »), c’est une position inévitablement réactionnaire. Il ne s’agit pas de savoir si un parti révolutionnaire, celui du prolétariat comme l’ont défini Lénine (dans Que faire?) ou Mao (les trois armes de la révolution), doit ou non s’emparer de la tribune parlementaire. Il s’agit en France et aujourd’hui de (re)construire un quartier général qui pose la question de la destruction du capitalisme et du passage de la résistance des masses populaires à la victoire. Pour commencer, il faut se démarquer de tous les courants qui consolident l’ordre existant.

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    • « Participer aux élections aujourd’hui, c’est empêcher qu’émerge une force révolutionnaire autonome. »

      Elections ou pas, qu’est-ce qui empêche l’émergence d’une force révolutionnaire autonome ? Si je puis émettre quelque avis, ce seraient ceux-ci : absence d’alternative innovante qui tienne la route (en tenant compte de l’évolution de la société, des attentes des gens et de leurs comportements), inexistence d’un leader reconnu issu du terrain, incapacité à émettre et à promouvoir de façon active des idées radicales. A côté de ça, inexistence d’un activisme de terrain auprès des exclus, des précaires, des mal-logés, etc… incitant à la désobéissance civile en en assurant le soutien logistique face, notamment, à l’Administration qui tient la première place au hit-parade des ennemis jurés des exclus et des précaires – la seconde étant détenue par les propriétaires. L’administration étant l’Etat et l’Etat étant un principe de gauche… on conçoit la nature du conflit idéologique.

      Après il faut comprendre dans quel sens vont les demandes des populations :
      – plus de pouvoir d’achat pourquoi ? Parce qu’on est dans une époque où la qualité de la vie passe par la conso de biens et de loisirs, et plus forcément par un « vivre ensemble » qui reste toujours plutôt endogène (les pauvres avec les pauvres, les ouvriers avec les ouvriers, la classe moyenne avec la classe moyenne…), sachant que quand on est au bas de l’échelle, on n’a pas forcément envie de s’identifier à ses semblables ;
      – accès à des logements autres que des placards ou des « logements sociaux » dans des clapiers où les professions de foi angéliques du « brassage des populations » et de la « diversité » restent de vaines théories. Quel leader de gauche, quel parti anti-capitaliste a proposé une politique du logement qui passerait par la remise à plat du droit à la propriété privée? Au contraire, le discours de gauche continue d’invoquer le « logement social » comme parade à la crise du logement, sans toucher aux causes de ladite crise qui sont la spéculation et un droit à la propriété privée qui est un pur héritage féodal.
      – moins de fiscalité, moins d’impôts, pourquoi ? parce qu’on ne s’y retrouve plus dans la gestion publique, parce que trop d’administrations aux personnels pléthoriques, parce que trop d’usines à gaz bureaucratiques, parce que trop d’abus au niveau du mille-feuille administratif, parce que trop de pistons, d’inefficacités, de lenteurs, d’arbitraire, d’opacité, de facilités accordées à certains corporatismes au détriment de l’intérêt public.

      Et l’on pourrait décliner le pourquoi du comment du marasme sociétal actuel sur des pages et des pages. De plus compétents et de plus talentueux s’en sont chargés. Sans que cela soit utile à quoi que ce soit à celui qui croupit chez lui le dimanche faute d’avoir de quoi s’offrir de quoi partir à la campagne.

      Pour conclure, je dirais (mais c’est mon sentiment) que la Gauche révolutionnaire s’est flinguée elle-même à force de trop de joutes verbales d’ordre idéologique qui n’intéressent que les grenouilles d’assemblées générales, tandis que sur le terrain s’installaient la précarité et l’exclusion sociale et que la bulle immo du début des années 2000 posait les jalons d’une crise du logement que les plus mal lotis subissent de plein fouet. C’est tout un rapport à la réalité, aux réalités du terrain, qu’ont à reconstruire celles et ceux chez qui le sentiment révolutionnaire reste profondément enraciné. Du passé, faisons table rase… et des vieilles théories aussi. Car qui prétendez-vous convaincre, aujourd’hui, parmi les jeunes sans perspective, les RSAstes captifs d’un dispositif diabolique, les chômeurs en fin de droits ayant passé 40 ans, en invoquant le marxisme-léninisme, le trotskisme ou les thèses de Proudhon ?

      Le peuple est en attente de concret. Les théories, les réunions, le baratin, les lendemains qui chantent, il s’en fout. Il a la dalle. Il veut jouir.

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  6. Virons notre aristocratie « élue » ‘ (…nos représentants de l’aristocratie élective pensent être des « élus »…?!) et prenons les décisions nous mêmes.
    Pour cela
    1°/ Délégitimer le système politique représentatif actuel en s’abstenant à toute les élections pendant suffisamment longtemps (3,4,5 scrutins ?)
    2°/ Associer cette abstention massive à une demande de mise en oeuvre d’un processus constituant ( de la com en quelque sorte…ou plus trivialement faire du foin autour de cette idée de mot d’ordre; abstenez vous pour demander une Constituante)
    3°/ Pourquoi pas agrémenter cela d’un peu de désobéissance civile, une petite grève des impôts (de leur paiement), de création de collectifs de citoyens portant plainte contre ceux qui ce font prendre les doigts dans le pot de confiture d’argent public ou dans celui d’abus de pouvoir (pas besoin de faire la liste que tout le monde à encore en tête des affaires et autre malversations de ces derniers mois…). Tout cela pour récupérer l’argent et le donner à ceux qui en ont vraiment besoins (des infirmières, des pompiers, des juges, des associations, mutuelles ou coopératives qui pourraient gérer des services publics …etc..etc …voire les doléances du peuples principales sources d’inspiration et d’innovations sociales pour la Constituante …)
    3°/ Que les meilleurs gagnent la partie …. à mains nues. Car il ne faut pas se méprendre, ceux d’en face sont capables de faire donner la troupe et là … !?
    4°/ Pour ceux qui ne seraient toujours pas dans cette logique, commencez dès dimanche prochain …le 25 a toujours été un bon jour pour commencer

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  7. A 100% d’accord avec l’intervenant précédent (Desvouas). Quoique pessimiste quant à la capacité des masses à percevoir l’enjeu d’une abstention renouvelée. Les médias, et notamment la télé, continuent d’entretenir par le jeu d’une propagande bien huilée l’illusion chez beaucoup qu’une élite est nécessaire à la bonne marche du pays, que les urnes sont un devoir et un droit, bref, l’infantilisme citoyen fait beaucoup pour entretenir chez les uns un « sens du devoir » mal placé, une servilité à l’endroit de l’autorité chez d’autres, la trouille des représailles (perte de ses allocs, huissier) chez ceux qui seraient éventuellement tentés de se joindre à une grève de l’impôt. Le Français est par nature muselé par son atavique peur du gendarme, il a toujours entretenu avec l’autorité un rapport ambigu, entre défiance et servilité, et les pouvoirs le tiennent en respect en entretenant ces trouilles ataviques au gré d’une propagande infantilisante dont on peut dire qu’elle fonctionne à merveille.

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    • Voilà un commentaire respirant la largesse d’esprit d’un réel démocrate … Ceci dit nous n’avons pas attendu ce conseil éclairé pour allez voir http://www.democratiereelle.eu/ … C’est effectivement une excellente initiative … dont, factuellement, la portée sera bien trop courte pour faire bouger un seul cil des élus et de leurs institutions politiques …

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