Le vent de l’opinion sur le voile

L’équivalent de "Dieu est avec nous", c’est aujourd’hui "l’opinion publique est avec nous " Pierre Bourdieu (1971)

Le microcosme médiatique et ses journalistes tricards sous-payés ont une constance de marathoniens lorsqu’il faut mettre en scène une polémique portant sur le port du « voile » des femmes musulmanes. À intervalle régulier, lorsque la situation sociale se tend, ou lorsque l’actualité a un coup de mou, sort du chapeau, adroitement, le péril de la mahométane dissimulée (même partiellement). Avec un sens aigu de la variation, puisqu’après les mères voilées à la maternelle, se pose le problème des étudiantes voilées à l’université. Pour donner le sentiment que cette préoccupation préoccupe tout le monde, l’opinion vient à la rescousse. Pierre Bourdieu a décortiqué en 1971 le non-sens de l’opinion tel qu’on nous la présente. Son analyse est plus que jamais d’actualité. Spécifiquement dans ce cas du voile, on peut se demander à qui profite le sondage ?

Poser des questions comme poser des pièges

NTQue des « instituts », mal nommés, car ce sont banalement des entreprises capitalistiques, sondent comme les chaines des fast-foods produisent du hamburger au kilomètre n’est finalement pas une surprise. On peut toujours s’indigner que l’industrie médiatique fonctionne sur la production d’artefacts, que l’on assimile à de l’information. On pourra décrire, démonter avec minutie la fabrication industrielle d’opinions, cela ne répond pas à la préoccupation Politique majeure du « pourquoi » ?

Sur le service public radiophonique, on affirme que "78 % des Français sont opposés au voile à l’université", en accompagnant le commentaire du point de vue du ministre de l’Intérieur (Manuel Valls) et en omettant celui de la ministre de l’Enseignement supérieur (Geneviève Fioraso).

Qui pose la question et pour avoir quel type de réponse ? On se rend compte alors que toutes les questions soumises aux sondeurs sont en prise directe avec les préoccupations des politiciens et seulement d’eux. Qu’en d’autres termes, au cœur du mois d’aout, dans la France de 2013, personne, à part une poignée de planificateurs en polémiques médiatiques, ne s’intéresse à ce type de problématique. Mieux, on ne pose jamais les questions qui mettraient en péril l’ordre dominant. Aucun sondage sur le partage des richesses ou la mise sous tutelle des banques ne barre la une des grands quotidiens nationaux. La pratique normale consiste à ne s’intéresser qu’à l’intérêt d’une classe, d’une caste.

Et que, ce faisant, on remet perpétuellement en scène les mêmes, avec la même inclinaison idéologique sur le sempiternel ordre républicain mâtiné de laïcité. Avec évidemment les mêmes cibles continuellement désignées.

"L’opinion publique est avec nous"

En reprenant les termes de Pierre Bourdieu, on se rend bien compte que ce que recherchent les commanditaires de l’industrie de sondage est de légitimer un recours à la force contre une catégorie de la population. En construisant un assentiment : L’opinion. En l’occurrence, empêcher des filles par la coercition de suivre des cours à l’université. Si l’opinion est d’accord, peu importe que l’on soit de droite, de gauche, progressiste, réactionnaire, révolutionnaire, l’opinion, cet avis moyen de la société, a forcément raison.

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Se pose alors la question politique de l’engagement et des valeurs que l’on défend. Et ce, bien au-delà de ce que pense même une majorité fabriquée de Français. La réponse nous est donnée par Manuel Valls au fil du temps médiatique qui rythme son temps politique.

On n’ira pas jusqu’à affirmer que Manuel Valls soit lui-même à l’origine de la polémique. Ce qui est certain c’est qu’il y a une coordination naturelle des thématiques entre politiciens en vue et médias en galère. Et qu’en appelant  l’opinion ("les Français pensent que…") à la rescousse sur un sujet dont les gens se fichent (ils ne se seraient pas posé la question si on ne les avait pas interrogés), on crée un boulevard médiatique pour la portion la plus sécuritaire du personnel politique.

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Le 9 août 2013, Geneviève Fioraso ministre de l’Enseignement supérieur déclare que "le débat sur le port du voile sur les bancs des facs françaises n’a donc pas lieu d’être". Mais qui est Geneviève Fioraso ? A-t-elle une quelconque prétention à de hautes fonctions au sommet de l’État ? Certainement pas. Et dans la fabrique du consensus sur le port du voile, la figure de Manuel Valls, que l’on promet à un long avenir politique est bien plus important.

Vogelsong – 9 août 2013 – Paris

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14 réflexions sur “Le vent de l’opinion sur le voile

  1. Et oui, le voile occupe soi-disant le peuple Français ! Bien plus parait-il que le gavage des banques avec nos sous, le pillage du livret A des pauvres, le chômage de tous et la corruption de ceux que nous nourrissons grassement .
    J’ai de gros doutes tout de même, le peuple serait idiot alors ?

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  2. On a passé voici peu le seuil des SIX millions de chômeurs. Fallait bien trouver kèk chose pour qu’en en cause pas. Et quoi de mieux qu’un foulard pour cacher ce sein que je ne saurais voir ? En plus, c’est chouette, on tape sur des femmes sans défense. Au nom du féminisme bien sûr.

    SIX millions de chômeurs et on a encore réussi à ne pas en parler. Les couilles en or serti de diamants qu’on se fait pendant que ces connards continuent à s’écharper au sujet de fringues.

    Dans sa motion pour fêter les 25% de progression moyenne annuelle de la fortune des 500 plus riches Français le CAC 40 demande au Medef de dresser une statue à la gloire du foulard.

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  3. Je note aussi la propension des medias à faire des gros titres en se focalisant sur une seule question d’un sondage. Or une question de sondage est très facilement orientable :

    1- Faut-il soigner les pédophiles récidivistes ?
    2- Êtes-vous pour la castration forcée ?

    À comparer avec :

    1- Les handicapés ont-ils droit à une sexualité ?
    2- Êtes-vous pour la castration forcée ?

    Ça me donne 2 unes très différentes en ce qui concerne la castration, selon mon humeur du moment, ou les intérêts de mes "amis" haut-placés. Jamais on ne peut lire l’intégralité d’un sondage, et les conclusions que les journalistes nous assènent ne valent donc rien.

    Conservez votre santé mentale. Ignorez-les.

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  4. Tout ceci fait penser à l’expérience de Asch qui démontre l’influence de "l’opinion majoritaire" :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Asch

    On matraque que "les Français" sont majoritairement contre, ce qui permet de les influencer telle une prophétie autoréalisatrice.

    Il faut aussi regarder les détails du sondage pour voir qui est le plus opposé au voile à l’université : plus on est vieux et plus on est loin des grands centres urbains (donc moins on est concerné), et plus on est contre.

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