Mediapart face au journalisme assis

"Nous n’accepterons pas éternellement que le respect accordé au masque des philosophes ne soit finalement profitable qu’au pouvoir des banques" P.Nizan in Les chiens de garde

C’est le cul bien vissé sur sa chaise que J. M. Aphatie harangue ses confrères. De son poste d’observation, assis, il distribue ses sociabilités sur la bonne manière de faire le métier de journaliste. J. M. Aphatie, point culminant de l’iceberg journalistique français, phare de la profession qui édicte les règles de bonne conduite dans le landerneau. Pour le savoir-être, il a su mené sa carrière de Politis à l’antenne quotidienne de Canal plus et de RTL, dans ce que l’infotainment à carte de presse fait de plus vulgaire. Pour le savoir-faire, c’est l’"analyse" goguenarde et conformiste sauce expert économique. J. M. Aphatie recrache fraiches ses lectures de la presse mainstream, mâtinée de péroraison contre les assistés, récitant le mantra de la dette, agonissant l’impôt. Là où il est le meilleur, c’est dans la défense de l’oligarque contre les inquisiteurs publicistes. Il excelle dans cette exquise subversion qui consiste à faire rempart de son corps pour protéger les moins démunis. Dans le cas Cahuzac, il va jusqu’à demander à ses confrères de Mediapart des preuves. Allusion à peine cachée sur l’hypothèse d’une cabale politique échafaudée par la rédaction du pure-player d’E. Plenel, au pire. Au mieux, d’une incompétence crasse des plumitifs qui y travaillent et y enquêtent.

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Christopher Dombres

L’enquête, la grande absente de la presse française. Le scoop, cet objet totalement étranger à une infosphère moribonde, qui ne sait plus comment boucler ses fins de mois. Et qui, au passage, paie le prix d’une brochette de journalistes de terrain des vigiles de la trempe de J. M. Aphatie. Pourquoi enquêter et mettre sur la table des questions gênantes à condition de déployer des moyens journalistiques, alors qu’on peut occuper l’espace à flux tendu d’imprécations Aphatistes.

Que Mediapart se soit planté n’est finalement pas le problème. J. Cahuzac est un oligarque qui ne manque pas de ressort pour se (re)faire une place dans le panthéon hexagonal. E. Woerth, par exemple, (re)tourne déjà sur tous plateaux. Ce qui pose question c’est la façon dont les medias réagissent à la mise en cause d’un ministre. Comme si la réputation de la presse dans son ensemble pouvait pâtir de ce type de révélations (fausses ou pas). Or ce que ce cas met en lumière c’est l’incapacité du monde mediatico politique à gérer sereinement une information qui possiblement pourrait mettre en cause un ministre. Du côté du pouvoir c’est le retroussement de babines, du côté des journalistes installés le dénigrement des confrères. Notons au passage que l’Élysée déclarait « croire sur parole » son ministre. Manifestement une bonne partie de la corporation ne croit pas sur parole Mediapart.

Même si cette affaire tourne court, c’est à l’honneur de Mediapart d’avoir mis sur la table des éléments pouvant constituer une information symboliquement forte pour le fonctionnement et l’éthique de la vie politique. Ce qui est aujourd’hui l’exception, c’est-à-dire la mise en cause nominative des puissants, doit devenir la règle, quoi qu’en pensent les Jean-Michel Aphatie. Et qu’éventuellement, "se payer" un oligarque ne doit pas être un accident journalistique, mais une hypothèse gratifiante dans une carrière. Une chose dont on pourrait être fier. Or la seule chose dont sont fiers la plupart des journalistes est plutôt le carnet d’adresse, et les menus passe-droits accordés par l’Olympe de la république.

Le cul vissé sur sa chaise, le journaliste du Spectacle corrobore ses insignifiantes informations, non pas pour faire du scoop, mais pour griller la concurrence. Dans une course futile à l’info insipide, au néant informationnel. Quant aux Jean-Michel Aphatie, qui jaugent l’opinion chez leurs boulangers parisiens, et qui considèrent les Français comme une réserve indienne, ils dispensent de l’analyse verbeuse et meublent du temps d’antenne vacant. Ne souffrant pas que l’on puisse ternir ce précieux paysage politique, où finalement il se sent si bien. Parce que si des ministres prônant l’austérité (comme lui), se retrouvent mis en cause dans des histoires de transfert de fonds sur des comptes numérotés, c’est aussi de sa crédibilité qu’il en va. Parce que lui aussi soutient mordicus les ventrus.

Vogelsong – 12 décembre 2012 – Paris

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23 réflexions sur “Mediapart face au journalisme assis

  1. Excellent. Brillant, et tout et tout. Bravo. Je ne suis pas d’accord avec tout, notamment quand tu juges qu’on devrait jauger la compétence d’un journaliste au fait de s’être fait un politique. Mais l’ensemble est de bonne facture, et d’une expression française qui me ravit. Nous allons dans le même sens, même si je suis un peu plus… comment dire…. direct. Merci pour ce billet.

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  3. Que Mediapart se soit planté n’est finalement pas le problème.

    si cette hypothèse se confirme , c’est bien là qu’est le problème
    calomniez, calomniez il en restera toujours qq chose
    l’opprobe sur l’un , le pognon dans la poche des autres

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    • Remarque tu parlais aussi d’intellectuels avachis en commentaire chez moi quand nous avions abordé de problème de journalistes couchés. D’autres se bougent beaucoup, là en ce moment par exemple , les chaines d’infos inventent des histoires au sujet de Baudis et du mariage pour tous… Quand ça les arrange ils sont donc capable de faire des efforts.

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      • Exact, même réponse, aux commentateurs qui n’ont pas la délicatesse de se donner la peine d’offrir une critique constructive. Ils sont rare les articles qui critique les nons travailles de ces journalistes assis, biens épinglés comme étant des "chiens de gardes" (Apathie connait bien cette critique qui lui est faites), car il ne dérange jamais de pouvoir, tout comme Denisot.
        Sur ce dernier, il était tant qu’il parte lui aussi, de ce que l’ex journaliste sportif, ‘il osait appeler "le Grand Journal" : Tout juste, un torchon humoristique, jamais trop égratignant sur le pouvoir, à tel point que tous les politicien y vont avec le sourire, sachant que la forme sera toujours plus accablante qu’un fond absent et divertissant.

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  7. Pour le fond, d’accord, enfin sur certains points. Mais de grâce, quant on prétend avoir un style aussi mordant et métaphorique, on connaît ou on respecte la grammaire et la ponctuation. Certaines phrases massacrent le français.

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      • t’es un tueur Vogelsong :).. À Immanence : les fils d’oligarques respectant soigneusement les règles grammaticales n’hésitent pas, en ce moment même, à s’agenouiller devant le pouvoir, et à taper sur une ou des minorités. À quoi bon se targuer d’écrire mieux qu’une lumière, si on assombrit l’histoire en plébiscitant les méfaits des monarques et leurs caniches (quel vallserie !!)
        .

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  9. Compte suisse : la question posée par Cahuzac à UBS est-elle vraiment la bonne ?

    Il dit vouloir «clouer définitivement le bec à ses calomniateurs». Accusé par Mediapart d’avoir détenu un compte bancaire caché en Suisse, le ministre du Budget a annoncé mercredi avoir entamé une démarche pour demander à UBS de certifier qu’il n’a jamais détenu de compte dans cette banque suisse.

    Mais Jérôme Cahuzac a-t-il posé la bonne question à la banque UBS ? Selon un spécialiste du droit bancaire suisse, la réponse est « non ».

    Cette demande de «confirmation négative» n’est pas la bonne façon de se faire disculper, car la banque n’est pas obligée d’y répondre.

    D’ailleurs, dans un courrier envoyé à l’avocat du ministre, la banque UBS confirme qu’elle n’accède pas à ce type de requête et n’établit pas de confirmations négatives.

    En revanche, au lieu de demander cette «confirmation négative», Jérôme Cahuzac pourrait demander à la banque de «confirmer une relation d’affaires», note cet expert helvète.

    Ce genre de demande entraîne alors automatiquement une réponse de la banque. La banque fait systématiquement des recherches face à une telle demande et répond soit «Nous confirmons», soit «Nous sommes désolés, mais nous n’avons pas trouvé trace de relation d’affaires avec vous».

    http://www.leparisien.fr/politique/compte-suisse-la-question-posee-par-cahuzac-a-ubs-est-elle-vraiment-la-bonne-20-12-2012-2423547.php

    En clair : maintenant, le ministre Cahuzac doit demander à la banque UBS de «confirmer une relation d’affaires».

    C’est la seule façon de mettre fin à cette polémique.

    C’est la seule façon de savoir la vérité.

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    • il vient de porter plainte à nouveau mais avec constitution de partie civile ce qui entraîne la nomination d’un juge auquel la banque est tenue de répondre
      soyez donc rassuré , il sera bientôt blanchi et Plenel coulé

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  10. Ramzan Kadyrov est le dictateur au pouvoir en Tchétchénie depuis 2007.

    Pour son trente-cinquième anniversaire, le 5 octobre 2011, des vedettes acceptent son invitation pour des montants inconnus : Jean-Claude Van Damme, Hilary Swank, Eva Mendes, Vanessa Mae (celle-ci pour 500 000 dollars, selon la presse locale).

    Un an plus tard, le 5 octobre 2012, Ramzan Kadyrov a de nouveau payé quelques vedettes pour venir fêter ses 36 ans dans la capitale de la Tchétchénie, Grozny.

    Question : combien de dollars le dictateur Ramzan Kadyrov a-t-il payé à Gérard Depardieu ?

    500 000 dollars ?

    Lisez cet article :

    « Gloire à Kadyrov ! » Depardieu célèbre son ami l’autocrate tchétchène.

    Depardieu n’est pas seulement l’ami de Nicolas Sarkozy et de Fidel Castro.

    Le 5 octobre 2012, Grozny a célébré sa fête annuelle, qui tombe opportunément en même temps que l’anniversaire du président de la République et autocrate tchétchène Ramzan Kadyrov, soupçonné de nombreux crimes.

    Invité d’honneur, l’acteur Gérard Depardieu est venu rendre gloire à son ami Ramzan Kadyrov, qu’il célèbre sur cette vidéo :

    « Gloire à Grozny, gloire à la Tchétchénie, gloire à Kadyrov ! »

    Selon un communiqué de presse officiel tchétchène, le gala auquel assistait Depardieu s’est terminé par une danse caucase au cours de laquelle Kadyrov a dansé quelques pas avec l’autre invitée de marque, l’actrice italienne Ornella Muti.

    Voir la vidéo complète :

    http://www.rue89.com/zapnet/2012/10/22/gloire-kadyrov-depardieu-celebre-son-ami-lautocrate-tchetchene-236434

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  11. Bref, Apathie est à jeter parce qu’il ne colle pas aux bons principes en vigueur. Mediapart est génial même s’il sort des scoops qui n’en sont pas. Et la conclusion c’est qu’il faudrait se lever de sa chaise pour faire fonctionner son cerveau ? Je ne vois pas le rapport. Le plus drôle c’est ce genre de papier fustigeant les donneurs de leçons et qui ne sont autre chose que… des leçons. Mais bon si ça vous rassure entre vous…

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  12. Je ne vois pas le rapport entre la citation de Paul Nizan et le journalisme sans intérêt d’Edwy Plenel. Qui a jamais cru que les élites démocratiques sont plus pures que les précédentes ? Pratiquement personne. Les philosophes que Nizan accuse de collusion (des lustres après K. Marx) sont chargés d’inculquer le respect de la démocratie, mais eux-mêmes vivent en dehors de cette utopie et s’en accommodent très bien.

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