Piratage(s)

septembre 30, 2009

Management fatal

Classé dans : Général — Vogelsong @ 9:55
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À France Telecom, stigmate purulent du mal-être au travail, on sécurise le bâtiment pour que le suicide ne se produise pas dans l’entreprise. X. Bertrand, le gentil patron de l’UMP, parti qui gouverne la France depuis 2002, veut faire “l’autopsie des suicides”. Les temps sont à l’individualisme, la glorification de la valeur travail et la société du produit. On élit des présidents sur ce thème, on construit des vies sur ce concept. On en meurt aussi, mais pas tout le temps.

HareX. Bertrand se réclame de l’individualisme, de la responsabilité. Pour le chef du 1er parti de France, le travail est l’alpha et l’oméga de l’activité humaine. Seul le travail créerait de la richesse, seul le travail permettrait de la répartir. À l’actif de l’UMP et ses affidés, le rallongement légal de la durée du travail. Les futurs retraités partiront plus tard. Théoriquement. Les salariés devront turbiner davantage. Aussi. On permet à l’employeur et au salarié de se séparer plus facilement, dans une sorte de consentement pacifique et mutuel. Tout cela dans un contexte d’équarrissage des services collectifs non marchands. La paix est déclarée entre les intérêts antagonistes. Le travail pour ceux qui ne le fréquentent pas prend des atours tempérés, un environnement de cravatés épanouis.

La réalité est tout autre. Le management a pris le pouvoir. Édulcorer le réel, vaincre en douceur les rétivités. Endosser le costume du manager, c’est prendre le parti de l’asservissement par le verbe et la méthode. Ces hyperactifs du brassage de concepts ont pour seul et unique objectif d’arracher un consentement enthousiaste pour l’accomplissement de tâches banales ou rébarbatives. Pour une grande partie de la population, le travail sous l’angle de l’épanouissement personnel est un but, non une réalité. Pour une grande partie de la population, le travail est vécu comme un état transitoire “sisyphien” où demain sera mieux grâce à l’évolution de carrière. Pour une grande partie de la population, à la fin des fins, à l’heure des bilans, un seul terme résume une vie entière d’activité : frustration.

D. Linhart, sociologue au CNRS*, évoque le chassé-croisé des valeurs entre le secteur public et le secteur privé. Ce qui fait sens c’est le rapport aux autres, le service que l’on rend à la collectivité. Son intrication dans la société. L’aigreur des salariés du privé envers ceux du public tient principalement à la finalité du travail de chacun. Pour une immense majorité des “créateurs de valeur” du secteur marchand, l’horizon professionnel s’arrête à l’achat et la vente d’un produit (de la cuvette WC à la chaîne HI-FI) ou à la réalisation de séquences qui, même complexes ne forment pas une finalité émancipatrice. Générer du chiffre d’affaires, atteindre un objectif abstrait pour un Homme intègre, ne peut suffire. Les méthodes modernes de management incorporent des aspects éthiques, des chartes, de l’investissement personnel et du “collectif”. Mais ces “pseudo” implications s’avèrent caduques. Il n’y a aucun socle réel à ces assertions. Il est impossible, malgré une rhétorique ciselée, de donner du sens à un non-sens. On se réveille toujours, plus ou moins brutalement, de cette anesthésie managériale. Expliquer aux vendeurs de téléphones portables qu’ils exercent une activité positive pour eux et leurs semblables relève de fariboles. À terme, pour beaucoup la plaisanterie s’achève. Ceux qui leur ont affirmé ça s’en rendent compte, aussi, avec le décalage temporel dû à leurs émoluments. De plus, le turnover imposé au salariat depuis 30 ans ne plaide pas en la faveur du paradoxe don de soi/précarité. À un moment, la conscience émerge, névrosée. Une situation intenable où la démonstration sous sa forme la plus paroxystique se manifeste par le meurtre ou par le suicide.

Généralement, la violence sourde reste contenue. L(e)’(auto)contrôle passe par l’absorption d’antidépresseurs ou la fuite dans des addictions. Pour les plus robustes, la colère est rentrée, les mâchoires serrées. Dans ces cas, pas de bruit, tant que les conséquences sont “propres”. Le système infini de production doit continuer sa besogne. On affirme benoitement que les Français, aux vues d’études et sondages, sont globalement heureux au travail. Ils s’égayeraient avec passion dans la confection d’objets inaccessibles et inutiles. Et à ce train, ils travailleront guillerets et gratuitement dans un avenir tout proche.

La souffrance à France Telecom est abordée comme un épiphénomène. La gauche tombe dans le panneau en demandant la tête de D. Lombard, le président du groupe. Mais ce n’est pas la démission d’un cynique, aux méthodes crasses qui sur le coup d’un décès parla de “mode des suicides”, qui changera quoi que ce soit au monde du travail. La gauche comme à son habitude n’est plus capable de penser autrement la société. À droite, on évoque comme de coutume les problèmes strictement personnels des suicidés. Plus à un contresens près, les mêmes qui prônent l’investissement corps et âme dans le travail écartent la responsabilité des entreprises lors de ces drames par l’argument “personnel”. Tout est finalement affaire de communication et de visibilité. Une semaine, le PIB, et la production sont mis au pilori parce qu’incapables de rendre compte réellement du progrès d’un pays**. La suivante, les mêmes se réjouissent d’une croissance retrouvée***. Ce n’est pas la mort d’un salarié qui choque l’oligarchie, mais le symbole mortifère qu’elle inflige au monde de la production.

* Les méthodes managériales du secteur privé envahissent le secteur public. Le secteur privé se dote de chartes éthiques pour simuler des comportements vertueux.
 Pour le malheur de tous "Travaillez sans les autres ?" Danièle Linhart - Seuil
** Rapport J. Stieglitz suivi du discours pontifiant du président N. Sarkozy
**les suicidés par l'activité qu'ils ont générée ont, à un degré infinitésimal, créé de la croissance

Vogelsong – 29 septembre 2009 – Paris

septembre 18, 2009

Éditorialiste, tu perds ton sang-froid

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:30
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La vidéo des propos racistes de B. Hortefeux n’a pas fini de faire des dégâts. Sauf pour le principal intéressé qui squatte encore son poste de ministre. La pression d’Internet force les médias “mainstream” à sortir de leur réserve habituelle. Montrer une sommité de l’Etat sous un jour crasseux gêne beaucoup le journaliste plan-plan. A. Duhamel dispose à son aise de colonnes ouvertes dans le journal centriste Libération. Aigri et dépassé il y dépeint une dictature de la transparence où le web serait, avec son immédiateté et son amateurisme, un Léviathan pour les libertés.

gggyyA. Duhamel en digne représentant du “journalisme à papa” ne lésine pas sur les poncifs. La bile qu’il déverse dans son “rebond”* démontre l’incapacité du birbe plumitif passeur de plats des puissants à penser autre chose qu’une information tempérée. Il fustige en premier lieu l’amateur. Pour ce briscard des canapés de saumon, une bonne information est une information passée au mixeur de la “bien-pensance” de l’éditorialiste de cocktails. Rabâcher le recul nécessaire à la distillation d’une information intelligente relève d’une atterrante lapalissade. Malheureusement, l’information salace sur les “prolos” du Nord (par exemple), marketisé pour les annonceurs n’a pas attendu le web, ses amateurs, et sa théâtralisation pour être un attrape crétins. Sous l’influence de l’Internet, il affirme “c’est de l’information sauvage, du journalisme barbare, de la traque totale”. A. Duhamel confond tout, mélange vie publique et vie privée. Dans l’affaire Hortefeux, l’Internet a juste permis de révéler le racisme ordinaire d’un hiérarque de la République déambulant parmi les siens lors d’un évènement politique (le campus de l’UMP). Un scoop que la chaîne parlementaire du placardisé et néo-sarkozien G. Leclerc a voulu taire. (On se demande pourquoi ?).

Finalement, ce qui effraie A. Duhamel c’est que l’on puisse penser qu’ils (lui et les éditorialistes installés*) ne fassent pas le boulot. Ils cumulaient confortablement la double casquette, de phare de la démocratie pour le public et de communicants de confiance pour le pouvoir. Magnifier le puissant et résister aux gueux, tel est le crédo d’A. Duhamel. Fustiger le spectacle sans nuire au story-telling. B. Hortefeux se fait passer pour un père tranquille chez M . Drucker, un peu rigide, mais cela plait aux ménagères. Un drame depuis l’avènement des nouveaux média, sous la pression, l’information jaillit. Pis, elle est révélée par ceux qui voulaient la retenir. Forcés qu’ils sont de ne pas perdre la face. A. Duhamel s’insurge alors, contre cette immixtion du web sur le terrain balisé de l’information pré pensée. Finies les petites critiques en contrepoint des hagiographies. Lui qui ne s’est jamais révolté contre la misère, la précarité, la pauvreté.

Ce balladurien de racine se révèle en justicier de la presse vraie et vérifiée. Car tout le monde le sait, la presse recoupe toutes ses informations et ne truffe jamais ses articles ou ses reportages. Sur TF1, Le Figaro ou M6 tout est frappé du sceau de la déontologie. Ce fabuleux prétexte.

Maquiller la transparence en “œil inquisiteur” de la part d’un omniprésent multicarte prête à sourire. L’opacité signifie sauf-conduit dans les méandres du pouvoir médiatico-politique. Les petits secrets graveleux de la politique sont connus du cénacle médiatique. Tout le monde sait que B. Hortefeux est une petite frappe xénophobe. Et même spécifiquement payé pour ça. Que serait le dignitaire A. Duhamel sans ses petits secrets bien gardés ? Un scribouillard moyen, un intervieweur fade. Ce qui lui permet d’exister, c’est ce qu’il ne divulgue pas et ce qu’on lui permet de distiller, goutte à goutte, pour en faire ce qu’il est. Un porte-voix médiatique et politique. Voir tout ce petit monde porter secours à B. Hortefeux est pathétique, mais révélateur. Mais si par le plus grand des malheurs la transparence s’imposait (grâce au web), ce petit monde clos, qui a peur maintenant, vivrait une révolution sans précédent : pertes de plumes, de statuts, d’émoluments.

Bénie soit l’opacité !

Vogelsong – 17 septembre 2009 – Paris

*Libération du 17 septembre 2009

**J. P. Elkabach, L. Joffrin, E. Fottorino, C. Barbier, P. Val, liste non-exhaustive

septembre 17, 2009

Un pôle public d’assurance maladie aux USA ? Plutôt crever !

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:30
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B. H. Obama fait face à la mobilisation d’une fraction importante de la population américaine. Son projet d’assurance maladie universelle provoque l’ire dans les rangs conservateurs. Jusqu’à présent aux USA, il n’est pas obligatoire d’avoir une protection sociale. Qualifié de bolchevique, ce nouveau “droit” va à l’encontre de l’un des piliers de la société américaine : crever sans médication. Inéquitable, dispendieux, obsolète, le système de santé américain possède ses fondamentalistes. Bien terrés derrière l”American way of life”, ils préfèrent un système inégalitaire où ils sont l’élite choyée, plutôt qu’une approche collective, solidaire et plus efficace.

JokerChauffée à blanc par les médias réactionnaires, l’Amérique marche contre son président et sa réforme. Désenclaver une partie de la population en proposant un pôle public d’assurance maladie semble, dans un pays développé et compte tenu de la situation économique et sanitaire, un progrès indiscutable. 46 000 000 d’Américains* ne disposent ni d’assurances privées payées par les entreprises, ni des dispositifs fédéraux tels que MEDICARE ou MEDICAID.

Les opposants au projet soutiennent souvent les thèses libérales sur la concurrence, la responsabilité et la liberté. Comme souvent, ce ne sont que des prétextes pour conserver un ordre social rigide. L’Amérique contrairement aux fariboles assénées par les experts du marché, n’est pas le pays où tout est possible, où la réussite est à portée de volonté. Le fils d’un Américain appartenant aux 20% les plus pauvres a 40% de chances ne pas faire “mieux”** que son père.

Les éditorialistes lobotomisés des empires médiatiques (foxnews et consorts..) déversent les mêmes rengaines, vilipendant les profiteurs, les irresponsables. Toujours la même histoire :”On ne veut pas payer pour les autres”. Ils oublient qu’ils le font déjà avec les assurances privées. La mutualisation des risques fait partie du système. À une nuance près, la concurrence du secteur fait exploser le coût des couvertures sociales. Elles dépensent des sommes faramineuses en lobbying et communication publicitaire. 360 millions de dollars s’évaporent chaque année dans une course effrénée à l’influence. Des sommes folles sont englouties dans des campagnes de publicité. D’autre part, ces officines emploient des cohortes de juristes bien rémunérés pour éplucher les dossiers de malades. L’objectif, tout mettre en oeuvre pour ne rien débourser aux malades. Les mutuelles privées, insatiables, n’ont cure de l’état de santé des patients, se fichent de la prise en charge des soins, seul compte EBITDA.

Un américain dépense 7 000 $ en moyenne par an pour sa santé, les Français 4 000. Dans ce système déglingué court aussi l’idée que le malade est responsable de son affliction. Que cela soit une grippe, une tumeur, une dent gâtée, le malade par son comportement “mérite” son martyr. Il est impossible de prédire quoi que ce soit de valide et prouvé dans ces domaines. Même dans les études sur les cancers du poumon, les spécialistes analysent les risques en terme de probabilités. Et non en causalité. Mais l’idéologie a la vie dure.

obey-obama-progressLa manne est immense pour le lobby de la santé, les USA y consacrent plus de15% du PIB (la France 11%). Si B. H. Obama se contentait d’instaurer l’assurance obligatoire pour tous, il y a fort à parier que les assureurs privés y auraient trouvé leur compte. 46 000 000 de nouveaux clients ne se refusent pas malgré l’entorse à la sacro-sainte liberté d’entreprendre. La création d’un pôle public d’assurance de santé concurrencerait les compagnies privées et amputerait leurs confortables bénéfices. Étrange paradoxe (pour les libéraux) que celui des États Unis où pour faire baisser les coûts, la force publique entre dans le jeu de la concurrence.

Les prouesses du système médical américain sont inégalées dans les pays développés. La mortalité infantile s’élève à 7 pour 1 000, la France, par exemple, est à 3,6. L’espérance de vie des Américains est inférieure de 3 ans à celle des Français. Pourtant des foules se déplacent pour le défendre.

Réellement révolutionnaire, le projet de la maison blanche marque une rupture avec les réflexes individualistes. L’élection de B. H. Obama par ses symboles présageait plus de”vivre ensemble”. Une faction accrochée à de vieilles lunes abhorre la solidarité, le partage. Un collectivisme rampant qu’il faut éradiquer comme la peste. Au XXIe siècle pour beaucoup, mieux vaut trépasser seul, pauvre, mais en bon Américain, anti-socialiste.

*15% de la population (sans-emploi ou travaillant dans des PME qui ne recourent pas aux assurances de santé)

**contre 25% et 35% au Danemark et en Grande-Bretagne

Vogelsong – 15 septembre 2009 – Paris

septembre 11, 2009

L’Italie, un miroir télécratique

Classé dans : Médiatique — Vogelsong @ 9:40
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L’Italie est magnifique. Aujourd’hui, en plus, elle fascine, elle inquiète. La déliquescence démocratique atteint un point tel que ce creuset de culture, d’histoire, d’art de vivre ne se reconnaît plus. Le processus de putréfaction publique incarné par le berlusconisme sape méthodiquement l’intégrité même du corps social. L’intelligentsia dépassée et soumise aux affres de la télécratie n’a plus aucune prise sur les événements. Des journalistes et experts transalpins viennent alors geindre sur la radio publique française. Une situation cocasse si elle n’était pas prophétique.

videocracySur une chaîne de radio publique le rondelet multicarte N. Demorand accueille E. Mauro, Directeur de La Repubblica et M. Marzano, philosophe et chercheure. Ils dressent un tableau apocalyptique de la vie publique en Italie. L’empire économique de S. Berlusconi broie les médias. Le politicien dispose d’une armada de journaux acquis à sa doctrine, de canaux privés qui déverse des monceaux d’excréments télévisuels, et dispose à volonté des présidents des chaînes publiques. Complètement noyée dans ce magma, une presse dite sérieuse confinée à la portion congrue tente de se faire entendre. E. Mauro évoque une réunion d’industriels transalpins où Il Cavaliere “conseille” de ne plus commander de publicité dans des journaux d’opposition (dont La Republicca de centre gauche). L’homme qui voulait gérer l’Italie comme une entreprise, celui qui se considère comme le meilleur président du Conseil fait un odieux chantage à la réclame pour une presse qui n’a pas su et ne saura jamais se passer du superflu. De chaque côté des Alpes, le discours est invariable. Derrière les rengaines libératrices se cache la manne privée du marketing. Derrière les affres de l’intellectuel de gauche sérieux se terre invariablement le manque de ressources dont il s’est lui-même privé. Le modèle de la presse publicitaire a créé lui-même sa dépendance. Et, quémande à la fin des fins (aussi) à l’État des subsides pour survivre. Libération (aussi de centre gauche), virulent journal d’opposition au sarkozysme reçoit 2 000 000 d’euros d’aides publiques. Au lieu de gagner leur indépendance par la pratique (et par là même un lectorat nombreux et fidèle), ils se sont adonnés à des reportages complaisants, des révélations “pipole”, des dossiers de surface. La presse italienne comme française s’est pendue avec deux cordes, une façonnée par l’intérêt particulier des industriels, l’autre manipulée par la démence du pouvoir politique.

La télévision occupe un espace central dans l’abrutissement généralisé des démocraties. Les sociétés marchéisées vivent aux rythmes des flux synchronisés qui permettent aux publicitaires le déploiement d’une force de frappe décuplée. Le coming-out de P. Le Lay directeur de TF1 qui affirmait vendre du temps de cerveau disponible n’est qu’une transcription vulgaire et cynique d’une pratique codifiée, planifiée par les groupes transnationaux et leurs prestataires de communication commerciale. L’Italie a poussé l’achalandage du temps devenu presque interstitiel entre les publicités jusqu’à son stade ultime. Un freak-show permanent peuplé d’individus/produits narcissiques et exhibitionnistes. On ne lésine sur rien dans le monde merveilleux du petit écran, tout y est hypertrophié, les seins, les lèvres, les égos. Plus qu’une image déplorable de l’Homme, de la femme, ces comportements conditionnent tous ceux qui y participent à ne plus se respecter. Ni la jeune postpubère exposant ses atours, ni le téléspectateur/consommateur hypnotisé guidé par ses seules pulsions.

C’est à une population massivement zombifiée que doit faire face l’intellectuel. Une population amputée d’estime de soi juste bonne à voter, à travailler et consommer à intervalles réguliers.

Aujourd’hui, les insiders effarés poussent des complaintes stridentes en qualifiant le régime Berlusconien. De surcroît en France et sur une chaîne d’État. La France se vit comme un sanctuaire démocratique. Aucun parallélisme n’existerait entre le Berlusconisme et le Sarkozysme. Pas même l’évocation d’une probable dérive amenant à penser que l’hexagone emprunterait (avec un peu de retard) ce chemin mortifère.

En aphasie totale, les animateurs des médias oublient que les Français aussi ne tiennent plus rigueur à un ministre de bidonner une sortie dans un supermarché, ni à un président qui sélectionne les travailleurs qu’il va rencontrer en fonction de leur taille. Un chef de l’Etat qui nomme à la tête de France Inter l’ami de son épouse. Une radio où viennent pleurer des Italiens contre la bête politique Berlusconi.

La condescendance des Français envers leurs cousins transalpins est coutumière. L’aveuglement quant à la situation du régime Berlusconien sidère les commentateurs, à tel point que lorsqu’on l’évoque, les Français s’oublient. La pente que prend le régime sarkozien, un salmigondis mâtiné de libéralisme économique, de poujadisme, d’autocratie et de pipole rappelle étrangement l’Italie. J. Cocteau disait des Italiens qu’ils étaient des Français de bonne humeur. Aujourd’hui, ce sont des Italiens souffrants qui viennent parler de leur pays.

Vogelsong – 10 septembre 2009 – Paris

septembre 7, 2009

Nicolas Sarkozy un libéral, frustré

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:40
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Le projet politique de la droite française s’organise autour de l’accaparement pour une minorité des instruments de pouvoirs qu’ils soient symboliques ou pécuniaires. Le Sarkozysme sert de pivot à une idéologie de bazar lourdement chargée de pratiques marchéisées, poussant à son paroxysme les rapports de puissance, de pouvoirs, de pressions. Réfuter l’hypothèse libérale du régime sarkozien confine, au moins pour une grande part de ce qu’il advient, à se fourvoyer.

frustrationLe virage “social-démocrate” de la droite UMP permet à une génération de chroniqueurs de se refaire une virginité sur le dos du pragmatisme. Une ahurissante célébration du retour de l’État dans le discours sur l’interventionnisme et les abus du capitalisme. Surtout quand on se souvient comment, sous l’effet de la vulgate libérale, Le Monde, Le Figaro ou Libération (et bien d’autres) jouaient les majorettes de l’enrichissement individuel et la libre entreprise.

La pensée libérale se gave de vieilles lunes sur l’affectation efficiente des ressources par le jeu maximisateur des agents économiques. Sous les effets de la concurrence, tout (absolument tout) s’équilibre pour le meilleur et la félicité. Le libéralisme se rêve immanent, naturel, constitutif essentiellement d’un ordre spontané. Ce positionnement chimérique s’apparente dans son caractère utopique à la miraculeuse société communiste. Depuis quelques décennies, l’hypothèse hypersociale semble caduque. Néanmoins, personne ne se risque à une excursion dans le libéralisme pur, celui des délires fumeux de la Trilatérale. Pour la simple raison que cette possibilité s’avère physiquement, psychologiquement impossible. Ce n’est qu’une alternative, un monde autorégulé fantasmé par une poignée de penseurs critiques et marginaux d’après-guerre réfractaires au keynésianisme triomphant. Un quarteron de milliardaires en lévitation qui pensaient découvrir la pierre philosophale, le mouvement perpétuel ou (et surtout) le meilleur moyen de tirer parti de positions économiques et sociales avantageuses. À part le Far West rien ne s’approche du libéralisme livresque.

Le libéralisme (du) réel triomphe bel et bien. La France de N. Sarkozy endure son dogme quotidiennement. Quoi qu’en pensent les pinailleurs et les puristes. Le projet de libéralisation de la société s’étend avec flux intenses et reflux mineurs.

Dans le possible et le réel, l’offensive se déploie depuis les années 70. Le mécanisme de monopolisation minoritaire fonctionne selon une même logique depuis. On prétexte une Étatisation trop pesante. Déresponsabilisante, infantilisante, cette pieuvre collectiviste bride le développement, l’épanouissement, la croissance. Tout est assertion pour l’effacement de la force publique, laissant aux marchands la gestion du bonheur des consommateurs. Paradoxalement, l’État (le même) se charge de son propre désarmement au profit des commerçants. Le libéralisme ne serait rien sans les structures publiques légalisant sa domination.

Le projet politique de la droite consiste en l’accaparement des leviers publics pour mettre en place une redistribution inégalitaire, issue d’une situation préexistante déjà stratifiée. Dans l’hypothèse farfelue d’un basculement intégral dans le libéralisme pur, la “société” sombrerait rapidement dans la sauvagerie. L’exacerbation des positions dominantes transformerait le monde inégalitaire et vivable en maelström spencerien et apocalyptique. L’alternative réelle (et supportable) consiste plutôt à conduire un glissement graduel (mais inexorable) vers la société de marché par l’entremise du jeu démocratique. Dans ce contexte, un secteur public représentant 53% du PIB (comme se plaisent à geindre les Friedamniens) n’a pas de réelle signification. Sauf de permettre aux libéraux, jamais à satiété, de prétexter un collectivisme rampant. D’autant plus que l’administration réaffecte dans une logique de plus en plus inégalitaire ses subsides au profit des plus fortunés et du secteur privé. Les libre-échangistes gagnent à tous coups. Somptuairement servit par l’ennemi étatiste tout en pleurnichant contre ce dernier. En l’espace de deux années, le gouvernement mu par des doctrines tels que le ruissellement ou autres balivernes du supply-side se déleste d’une partie de ses recettes provenant des plus riches (bouclier fiscal, droits de succession…), renforce la subordination des salariés face aux directions actionnariales (travail le dimanche, rupture conventionnelle…), débite méthodiquement les services publics (santé, éducation…).

Curieusement, il en va de même pour les structures supranationales. L’OMC, le FMI, sont l’émanation des états qui les composent. Elles ont organisé globalement l’impuissance des actions publiques de régulation. Les gesticulations postcrise camouflent seulement, simplement un revirement de circonstance.

J. F. Sirinelli a beau cogiter sur l’existence de droites plurielles, dont certaines ne seraient pas libérales, la tendance globale est têtue, invariable. C’est au profit d’une minorité de plus en plus restreinte que s’articulent, et le désengagement de la puissance publique, et l’engagement de ce qu’il reste de celle-ci. Un paradoxe qui permet toujours aux mêmes de gagner et de se plaindre. N. Sarkozy, C. Lagarde, H. Novelli et toute la clique UMP aux commandes de la France vivent sous le dogme onirique de la concurrence partout, tout le temps. Seul bémol : c’est pratiquement impossible. Alors, contre fortune contrariée, ils se muent en libéraux frustrés, mais pragmatiques.

Vogelsong – 6 septembre 2009 – Paris

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