Bonne nouvelle, les banques flambent (encore)

Moins d’un an après la débâcle financière, les traders se goinfrent encore. La banque BNP-Paribas provisionne un milliard d’euros de bonus. "Je suis particulièrement choqué que Le Figaro trouve que ce soit une bonne chose et s’en réjouisse, je trouve que c’est très dangereux […] un certain nombre de gens dans la presse disent que tout va très bien", mauvais coucheur, P. Jorion ne mesure pas l’importance d’une telle nouvelle. En effet, la finance retrouve du souffle, le monde va mieux. Et cela, grâce aux réformes qui furent adoptées lorsque les grands de la planète décidèrent de réguler le capitalisme. Conscients que l’économie était au bord du collapsus final. L’ironie a ses limites, le sérieux aussi. En la matière, le journal conservateur les franchit sans cesse. Rien n’a été fait lors du G20 du printemps. Rien n’a changé dans le comportement des financiers. Rien n’a changé dans l’aveuglement médiatique qui fait croire, quoi qu’il en coûte, en un système usé, vicieux, mortifère.

IcebergIl aura suffi de quelques minutes à l’antenne d’une radio publique (avec l’amphigourique J. Attali) pour comprendre toute la vacuité et l’aveuglement d’un système économique qui part à vau-l’eau, hors du temps, de l’espace et du réel. Les sommes destinées aux traders sont détournées des revenus des ménages pour financer les banques. On a beaucoup palabré lors des G20 au mois de septembre et d’avril 2008. Ce fut à celui qui sauverait le plus le monde. Lors de cette compétition freudienne, le président français est sorti largement vainqueur. La presse nationale de concert a loué sa pugnacité pour arracher contre "vents et marrés" : "la moralisation du capitalisme". Rien que ça. Seuls quelques plumitifs confinés à l’Internet purent faire entendre une voix discordante. Un filet d’eau noyé dans le flux médiatique monotone. Aujourd’hui, Y. Thréard rouvre les vannes.
Dans un éditorial oublieux dont lui seul à la recette*, il se félicite de la provision d’un milliard d’euros pour le versement de bonus aux traders de BNP-Paribas. Pour le journal sarkozyste, les pisse-vinaigres qui s’offusquent de telles pratiques sont frappés d’un mal bien français qui culpabilise la réussite, le gain, le fric. Un exemple. Le milliard d’euros représente 25 % des besoins annuels de financement du déficit du système des retraites. Il équivaut à combien d’écoles, à combien de milliers de professeurs ?
L’État a réinjecté 10,5 milliards d’euros dans le système bancaire. 7 mois plus tard, l’équivalent de 10% est recyclé par une seule banque pour rémunérer le risque pris avec l’argent des ménages. Un risque, loué à longueur de colonnes dans le quotidien du vendeur de Mirages. Comme le précise P. Jorion, "la finance joue un rôle de parasite par rapport à l’économie…". Les bonus versés aux traders ne sont pas une contre partie positive des effets du système spéculatif dans le monde sensible, "cet argent est pris quelque part, l’argent gagné par les banques est pris à d’autres endroits. Il y a des gens qui travaillent quelque part et c’est leur travail qui n’est pas récompensé, ces sommes qui sont partagées entre autres traders".
Dans une estimation basse, L. Wauquiez et X. Darcos susurrent qu’il pourrait y avoir 800 000 chômeurs supplémentaires en 2009. Mais pour les troubadours du capitalisme, aujourd’hui appelé pudiquement libéralisme, une bonne nouvelle pour les traders est en soi une excellente nouvelle.

P. Jorion dans un ouvrage écrit en 2004 " Vers la crise du capitalisme américain" annonce  avec minutie la crise des subprimes qui s’abattra 3 années plus tard. Depuis 2009, il affirme à qui veut l’entendre que la seconde vague sera encore plus dévastatrice. Une courbe en W descendant illustre parfaitement le scénario de crise qui se noue. Avec une question fondamentale, fatidique, restera-t-il quelque chose de récupérable à la fin de la seconde hécatombe (au bas du second V) ? Après le premier plongeon de l’automne 2008, les places financières se ressourcent. Factice, car cela ne correspond à rien de tangible, la croissance est négative pour paraphraser le ministère de l’Économie et de "la dette", l’emploi au plus mal. Aux USA, les ménages ne sont plus solvables, lessivés. L’économie du crédit est arrivée à son terme, laminé. Les banques encaissent de moins en moins les paiements d’une population qui n’a plus de moyens. Un second coup de tabac point. Plus violent, et se surajoutant à un système déjà ébranlé et vérolé. P. Jorion prévoit des banqueroutes, des nationalisations massives et des souffrances réelles. Dans ce processus unilatéral, l’impact sera puissant. Les perdants sont toujours du même côté. La majorité des citoyens qui vivent de leur travail. Pour les banques, c’est le lucre, le stupre ou l’apocalypse.

Sombre, F. Fillon convoque les banquiers. Non pas qu’il soit en colère contre la finalité de leurs pratiques. Il se targue (à raison) de la victoire idéologique des valeurs du marché, du fric. Mais il se soucie de l’image que son système hégémonique diffuse dans l’opinion.
Au creux de l’été, le fidèle du journal Le Figaro se rassérène sur la pertinence de ses valeurs. Il y aura toujours un Y. Thréard pour lui affirmer qu’il a raison de penser comme il pense : pognon, spéculation. Il pourra alors chandail marin sur les épaules, canard sous le bras reprendre ses activités de yachting en se disant qu’il ne risque pas le naufrage.

*Le Figaro p.19 du 6 août 2009

Vogelsong – 6 août 2009 – Paris

18 réflexions sur “Bonne nouvelle, les banques flambent (encore)

  1. Vogelsong, fait un peu de google sur FAS-157 et là tu verra que ces bastards ont même obtenus du congrès US de changer les normes comptables, et que ce mouvement s’est prolongé vers l’UE.

    La vraie question est de savoir comment se débarrasser de ce parasitisme de la finance.

    On peut envisager de commencer par séparer les métiers de banquiers personnels et entreprises ( dépot, prêts) de tout ce qui est "finance" et "bourse". Ainsi comme je l’ai écrit chez moi, les traders pourront galoper en toute liberté et brouter l’herbe qu’ils auront financé avec leurs fonds propres.

    Et cloisonner les deux métiers. Ce qui conduit à revenir sur des décisions prises dans les années 80 dont on mesure désormais la connerie. Et aussi de punir très fortement tout mélange des genres.

    On me dira que c’est une entrave à la libre entreprise : oui, je lui chie dessus.Ici on parle de droit et de loi, opposés au contrats pourris.

    On me dira que c’est une entrave à la créativité des traders : bah non, ils seront libres dans leur bulle auto-financée a durée de vie très limitée.

  2. Ce qui est pénible, c’est de se dire qu’ils jouent avec notre avenir… Qu’ils touchent des bonus, c’est une chose, qu’ils bénéficient d’une impunité totale face aux faillites, c’en est une autre. C’est cela le vrai scandale selon moi. On devrait leur demander de payer des indemnités aux personnes lésées (actionnaires ayant tout perdu, personnes licenciées, etc…).

  3. Nous sommes un certain nombre à nous demander comment moraliser et encadrer des institutions qui n’ont qu’un seul objectif : se faire un max de pognon, qu’importe sur le dos de qui… Ils se foutent de la morale, c’est un sujet entendu.

    C’est pourquoi, en ce qui me concerne, j’ai simplement décidé de migrer de la caisse d’épargne, tristement célèbre (à l’époque, elle était novatrice dans sa dimension sociale et solidaire) vers le crédit coopératif. En attendant mieux.

    • Pareil. Le problème est que ce sont des comportements micro individuels. Certes louables. Mais ne modifiant que très peu le réél.

  4. La même semaine, deux informations concernant les banques françaises.

    1- Première information :

    Surendettement : le nombre de dossiers explose en France.

    La crise continue de mettre les emprunteurs en difficulté. Les dernières statistiques publiées par l’ASF (Association française des Sociétés Financières) sont pour le moins alarmantes.
    Rien qu’au moins de juin 2009, 19.236 dossiers de surendettement ont été déposés par des emprunteurs ne parvenant plus à rembourser leurs crédits. Soit une hausse de 18,5 % par rapport au mois précédent et de 17,5 % sur un an.
    Parmi ces dossiers, 18.039 ont été jugés recevable, ce qui représente cette fois une augmentation d’un tiers par rapport au mois de mai, et de 21,4 % sur un an.

    http://www.latribune.fr/patrimoine/banque-assurance/20090806trib000407881/surendettement-le-nombre-de-dossiers-explose-en-france.html

    2- Deuxième information :

    Un milliard d’euros de plus provisionné pour les traders de BNP Paribas en 2009.

    http://cordonsbourse.blogs.liberation.fr/cori/2009/08/un-milliard-deuros-provisionn%C3%A9-pour-les-traders-de-bnp-paribas.html

  5. Ce billet ne se veut pas technique. Je met simplement en exergue des comportements et des discours ineptes. En l’occurrence les banquiers et des journalistes couchés.

  6. Pourquoi les banques ne remboursent elles pas d’abord l’argent prêté par l’Etat et donc par les français avant de recommencer à rémunérer ses traders qui continuent de spéculer ?

    Le gouvernement devrait exiger qu’une analyse soit faite concernant les promesses faites d’aider les PME à investir pour embaucher. A moins qu’il s’en moque ?

  7. Le SNCH est le Syndicat National des Cadres Hospitaliers.

    Mercredi 12 août 2009, le SNCH interpelle le ministre de l’Education Nationale : si les écoles, collèges, lycées sont fermés en septembre, qui va garder les écoliers, les collégiens, les lycéens ?

    http://www.snch.fr/lactu/communiques-de-presse/en-cas-depidemie.html

    Conclusion : en septembre et octobre 2009, la France va vivre un bordel généralisé.

    Je n’ose imaginer l’état de désorganisation de la France cet automne.

  8. les traiders sont une armée de parasites et de morpions à la solde des dirigeants des banques dont le seul souci est de remplir leur cagnotte pour la plaisir du jeu tout comme au casino sauf que la la casino leur appartient, c’est en quelque sorte une association de malfaiteurs organisée en col blanc .

  9. The response to national disaster is noble but it’s a real shame that so many citizens take advantage of the sad situations.

    I mean everytime there is an earthquake, a flood, an oil spill – there’s always a group of heartless people who rip off tax payers.

    This is in response to reading that 4 of Oprah Winfreys "angels" got busted ripping off the system. Shame on them!
    http://www.cbsnews.com/blogs/2009/08/19/crimesider/entry5251471.shtml

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