Piratage(s)

juillet 29, 2009

Manuel Valls, la fin des utopies

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 10:00
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Nouveau trublion du parti socialiste, M. Valls veut tout réinventer. En rupture de ban avec la direction de sa formation, il trouve refuge dans les médias où ses idées “modernes” font écho. Le félon défraie la chronique lors d’un pugilat épistolaire avec M. Aubry. Trop à droite dit-on. Sur des sujets cruciaux comme les institutions, l’économie, les valeurs, il entend porter un positionnement particulier et novateur. En y regardant de plus près, il n’y a peut-être pas grand-chose d’inédit.

UtopiaQuand il faut choisir entre l’homme et le projet, M. Valls ne s’embarrasse guère de circonvolutions. Il a compris que pour parvenir au faîte du pouvoir il faut un Homme qui porte un projet. Il donne quelque peu le change en faisant référence à la dynamique parti-militants-sympathisants et en dégageant une hypothétique synergie (démocratie participative). Mais il a compris les règles implacables des institutions. Dans cette optique, il fait acte de candidature aux primaires à gauche pour la présidence de la République de 2012. Les procédures institutionnelles modifiées par L. Jospin sont taillées sur mesure pour la droite. En l’occurrence l’émergence d’un chef derrière qui les cohortes muettes feront bloc dans un seul but, gagner. C’est inscrit “génétiquement” dans le profil politique des conservateurs. Les faits électoraux, ces dix dernières années, sont éloquents. La gauche va de minuscules succès en déroutes historiques. La machine à gagner de l’UMP malgré l’anachronisme de sa doxa fait merveille.
Dans ce registre M. Valls joue les pragmatiques en s’adaptant au système de l’adversaire. De là à le vaincre, sur son propre terrain, avec ses propres armes, est une autre histoire. À moins d’en faire partie ?

F. Fillon se gargarisait d’avoir gagné sur le terrain idéologique. Il se félicitait de l’état de l’opinion sur les 35 heures, perçues comme une régression. Ce même préposé à la conduite de la politique du gouvernement raille, comme bon nombre de ses alliés, le “surmoi marxiste” de la gauche de gouvernement. De son côté, M. Valls veut en finir avec la perpétuelle prise d’otage du parti socialiste par la gauche radicale. La libération viendra de la rupture avec ses alliés historiques, qui mettra à bas le stérilisant “surmoi marxiste”. Le maire d’Évry semble oublier que cela fait trente ans que le PS noue des “liens fort avec l’entreprise” et “ceux qui créent de la richesse”. Il a tellement tissé de liens qu’il en a finalement oublié les ouvriers, employés et même les fonctionnaires. Pourtant, le renégat socialiste appelle aujourd’hui de ses vœux un virage déjà pris depuis trois décennies. La radicalité au sein du PS est au mieux une posture au pire un épouvantail que l’on se plait à agiter. Lors des primaires pour les présidentielles, lequel des trois candidats (L. Fabius, D. Strauss-Khan, S. Royal) était peu ou prou (même marginalement) marxisant ? M. Aubry, maire de Lille et premier secrétaire, ralliée corps et âme à l’Europe de J. Delors et des lobbys libéraux a-t-elle un “surmoi marxiste” ? Ce “gimmick” inlassablement resservi donne tout loisir aux pédagogues “marchéïsant” d’activer ce commode repoussoir. Au XXIe les solutions marxistes ne concernent plus personne (ou presque). S’affranchir des solutions planificatrices et “déstructurantes” pour les individus ne doit pas occulter la puissante grille d’analyses sociales et économiques qui fournit cette théorie. M. Valls sert le discours improbable de la grande unité d’intérêts et de vues entre les salariés et les entrepreneurs. La réalité lui donne quotidiennement tort. Mais le perçoit-il ?

Qualifié de maillon faible par les stratèges politiques de la majorité, M. Valls a refusé le pont d’or que lui proposait le président. Le débauchage s’apparente à une stratégie de désorganisation du débat démocratique dont la seule fin est de garder le pouvoir. Symétriquement l’antisarkozysme mécanique est contre-productif, et ne permet pas une démocratie apaisée. Il considère que l’élection d’un homme d’État tel que N. Sarkozy est un phénomène normal de la démocratie en France. Dans ce schéma, ne tolère pas les remontrances qui peuvent lui être faites sur sa présupposée “sarkophilie”. Niant même férocement. Pourtant, la pratique, l’homme, l’état du pays, l’horizon donné à celui-ci devraient susciter chez M. Valls plus qu’une critique programmatique des folies budgétaires de la loi TEPA.
Une opposition raisonnée dans une démocratie apaisée ne s’organise pas autour d’un régime phagocytant. Dont la seule stratégie est la conservation du pouvoir par destruction et implosion de ses adversaires. En acceptant un rôle modéré d’opposant, on porte le flanc à une dissymétrie des pouvoirs et des contre-pouvoirs. Ne pas jouer le jeu des “garden-partys”, des flatteries, des satisfecit ponctuels consiste à marquer clairement son éloignement de l’ensemble d’une politique et de son projet globalisant. M. Valls n’est manifestement pas dans ce processus.

Reprendre le terrain perdu à la droite sur les valeurs de travail, de nation et de sécurité est un objectif louable. La direction du parti socialiste aurait dû y plancher depuis des lustres. Récupérer ces domaines en singeant les conservateurs (même à moitié) est sans issue. Comme les marxistes il tire des constats justes, mais applique des solutions caduques (bien que moins dramatiques). La quasi-totalité de ses propositions n’engendrerait aucune protestation des versatiles du gouvernement UMP. La sincérité en moins.
La pédagogie de la rigueur fait ses preuves depuis trente ans. Le miracle blairiste atteint ses limites en période de crise. Les virages rigoureux de la gauche française ont fortement (voire définitivement) installé le discrédit. Les sociaux-démocrates complexés en Europe sont en totale débâcle.
Il y a une route à ne pas suivre. M. Valls en a l’itinéraire.

Vogelsong – 28 juillet 2009 – Paris

juillet 25, 2009

Julien Dray entre distance et hargne

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 12:01
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Ils considèrent que je suis un bâtard, je ne suis pas un enfant naturel de ce parti“, amer et lucide sur ses “amis” du PS, J. Dray dépeint une année politique personnelle et collective cauchemardesque. Pendant près de deux heures, il joue, semble-t-il, ouvertement le jeu avec des blogueurs et des Chroniqueurs. Vieux guerrier de la politique française, il distille avec un étrange mélange de distance et de hargne son analyse de l’état de la gauche française. A la date de l’entrevue, J. Dray n’est pas mis en examen, l’affaire qui le concerne remplit les journaux nationaux, friands. Et dans ce contexte, le sujet ne sera qu’effleuré.

J. Dray décrit les dignitaires du PS, aujourd’hui aux manettes, comme “les enfants gâtés du Mitterrandisme“, M. Aubry, S. Royal, L. Fabius “n’ont aucune connaissance de l’histoire du mouvement ouvrier”. Une génération qui a tout eu, éloignée des réalités quotidiennes.
Il se considère comme un trublion qui les ennuie depuis des décennies. Aujourd’hui, la direction se réjouit de l’affaire Dray et de sa mise à l’écart. Dans ce contexte il se sent plus libre avec la direction du PS. Il déclare “je n’ai plus rien à perdre“, et ne se présente à aucune élection, ne brigue aucun poste. Il fustige et menace les indolents du parti tels que J.C. Cambadélis ou C. Bartolone. Pyromanes, flingueurs et paresseux.
Il aimerait se poser comme possible catalyseur d’un “réel” renouveau générationnel et idéologique, même s’il l’affirme, “il y a de jeunes cons et des vieux très bien“.
Il y a des idées à gauche. Énormément. Le député de l’Essonne rappelle à juste titre le foisonnement d’ouvrages d’analyses sérieuses sur la situation économique. Mais la machine politique socialiste est “imperméable” à ce mouvement critique, incapable de réactiver une dynamique de réflexion. Il observe la banalité, la pauvreté du discours que propose la formation dirigée par M. Aubry.

Dans le cloaque qu’est devenu le parti, J. Dray propose la théorie du pire. L’annihilation, la disparition des gens qui sont à la tête de la formation sclérosée. “Ils doivent partir !” lance-t-il. Ce qui attend les nostalgiques, les conservateurs enkystés et épuisés, c’est “1969” et “5% aux élections“. Une perspective torride.

Faussement prémonitoire et narquois, il annonce la tactique pour les régionales en singeant le discours des instances du PS : “Aux Européennes les gens se sont défoulés, aux régionales ce sera la bataille pour sauver les régions sur la peur de Sarkozy“. La stratégie consternante des mêmes équipes qui faillirent en 2002, en 2007 et reconduites pour 2010.

Le député de gauche propose de sortir de l’ornière par l’organisation de primaires ouvertes dans la ligne d’un congrès extraordinaire. Malgré les forces qui s’opposent à ce projet, “il y a assez de gens qui veulent le faire“, même en parallèle hors des structures du parti. L’ouverture à toute la gauche est indispensable dans la perspective d’un rassemblement arc-en-ciel : “Tenir les deux bouts“, du MODEM de F. Bayrou à la gauche radicale, malgré les différences. Face à la droite et N. Sarkozy qui dézinguent la politique, c’est la seule voie de salut pour les progressistes. Pour J. Dray, le leader centriste a pris un billet sans retour vers la gauche. Prisonnier d’une logique de radicalité face à ses ex-alliés exterminateurs, il n’a plus d’autres choix que de rejoindre le camp réformiste, à gauche.
J. Dray est dans la recherche d’un compromis historique.  Sortir du culte de l’avant garde de 1981 et de la pureté de la gauche. Utopie qui a donné les résultats que l’on connaît. Garder son identité, mais rassembler pour gagner et changer la société.

Il se profile aussi une défaite en rase campagne en 2012, notamment grâce aux ficelles sarkozystes de l’ouverture (ou du débauchage). Comme exemple récent, M. Rocard consternant prestataire de la communication anxiogène de l’UMP à propos de la nouvelle taxe écologique, “c’est lui qui annonce les mauvaises nouvelles“. Choisi parmi un cheptel d’hommes politiques en position de faiblesse ou marginalisés ; ainsi l’UMP désarticule durablement le débat politique.
L’erreur à gauche fut de ne pas imposer de règles claires au PS dès le début. Il citera le cas de J. Lang qui votera la modification constitutionnelle sans réprimande. Les deux poids, deux mesures au PS pour les caciques de la famille. Une logique qui se confirme plus tard avec la lettre de M. Aubry envoyée à M. Valls. Alors que J. Lang, encore lui, soutient bec et ongles la loi HADOPI, sans réprimande encore. La famille socialiste a ses fils préférés.
N. Sarkozy n’est pas un “facho”. Pour J. Dray, c’est une caricature. Ce qui lui permet de se poser en victime, en martyr insulté. Le président met sur pied une démocratie plébiscitaire, loin des oripeaux totalitaires. Un point de vue discutable, peu discuté faute de volonté.

Le mal, ce sont les institutions de la Vème république où ils pensent tous qu’ils sont les sauveurs“. Un système pervers qui hypertrophie les égos (déjà volumineux). Que la gauche au pouvoir n’a pas voulu changer (1981 et 1997). Pour J. Dray, il faut rompre définitivement avec ce mode de fonctionnement, c’est une question de survie. La constitution met naturellement en exergue le moteur principal de la droite : le chef. Les progressistes ne pourront s’en sortir durablement qu’en rompant s’ils accèdent au pouvoir. Pour y parvenir, il se pose en éducateur du peuple, “Il faudrait un candidat qui se présente en disant qu’il supprimera l’élection au suffrage universel du président de la République“. Malgré le danger électoral, et quitte à perdre encore en 2012.

Presque à terre, la bête politique semble se livrer avec beaucoup de franchise. J. Dray parle de son avenir personnel et politique avec un étonnant détachement. Généreux dans l’emportement, avide de questions quel que soit son interlocuteur.
Les chiens sont lâchés, la machine journalistique est lancée. Jamais repue.
Quoi qu’il arrive, J. Dray est une figure de la gauche. Un politique avisé. Quoi qu’il arrive.

Vogelsong – 24 juillet 2009 – Paris

juillet 16, 2009

La mémoire courte des censeurs

Classé dans : Général — Vogelsong @ 3:58
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Voilà que les réactionnaires se font chantres de la liberté d’expression. Les mêmes qui musellent les médias, l’Internet, et qui verrouillent le pays, prennent fait et cause pour le droit à tout dire. Même des inepties. Cela rappelle les ligues de vertu américaines qui s’en prenaient au rock. Une sous-culture jugée à l’époque, dégradante, voire satanique. En France trente années plus tard, c’est à front renversé qu’éclate une polémique sur la liberté d’expression. Où les féministes progressistes interdisent, où les conservateurs se posent en libérateur.

csrAu début des années 80, Lars Ulrich et sa bande soumettent aux tympans pubères le très pacifique “Kill’em all”, d’où sera tiré l’hymne au riff dévastateur “Seek and destroy“. Metallica ne fait pas dans la dentelle, ni la guimauve, mais dans l’étendard guerrier et brutal. Presque trente années plus tard cette formation est révérée. Chaque tournée est un triomphe. Le plus grand groupe de métal du monde qui bâtit sa réputation sur des titres, des rythmes et une esthétique outrageusement violents. Et, on ne trouve plus rien à redire.

Aboutissement d’une carrière musicale pour les Rolling Stones. Pris dans la mire de M.Scorcese, ils sont sublimés malgré un vieillissement qu’ils ont de plus en plus de mal à cacher. Avec un standard comme “Under my thumb” que le groupe rejoue systématiquement et dont le monde a oublié qu’il est foncièrement, grossièrement misogyne. Le labial M.Jagger y dépeint le plaisir que procure la mise sous la férule de sa vicieuse compagne. À l’époque les féministes crient au scandale. Depuis M.Jagger est l’ami des présidents, les lionnes d’hier s’extasient lors de dantesques concerts.

L’homme à la tête de choux fait miauler sa fille dans une chansonnette sur le thème de l’inceste. Ce morceau vingt ans plus tard continue de rapporter chaque année son pesant de royalties aux descendants de l’artiste grâce à ses innombrables passages à la radio. S.Gainsbourg connut son heure de censure. La Marseillaise passée aux rythmes du chanvre a contrarié les fiers défenseurs de la nation française. Cette frange politique descendant en droite ligne des conservateurs actuellement au pouvoir en France.

C’est bien le problème de la censure. Quel que soit le bord, la tendance, on trouve toujours une excellente mauvaise raison de l’exercer. Les conservateurs d’hier scandalisés par l’atteinte portée à la nation font beaucoup moins de manières quand la femme est atteinte dans son intégrité, sa chair. Inversement, ceux qui trouvaient la Marseillaise de Gainsbar décapante s’éventent à l’écoute de quelques rimes sanglantes.

Il faut par avance écarter la censure pour qualité. Engoncer la création dans un système normatif est improductif. Mais si, par une utopie ultime, des canons artistiques étaient établis pour passer à la toise les œuvres, il est fort probable que l’industrie de l’entertainment vivrait une apocalypse financière.

N.Chomsky pose un principe politique simple : “L’État ne devrait pas pouvoir déterminer la vérité, même s’il a raison”. Il devrait aussi s’appliquer dans le domaine de la création. Laisser l’artiste, le créateur assumer ses miasmes. Dans la censure, il y a la peur de la vérité. La peur du constat d’échec d’une société qui n’a pas correctement instruit ses semblables. Dont les armes intellectuelles, le sens critique confine à l’indigence. On a peur alors qu’elle rencontre un obscur troubadour, aussi minable qu’il puisse être, et qu’elle y trouve un écho. Une collectivité qui n’a pas peur ni de son ombre, ni du débat devrait accueillir sereinement toute création. La prendre pour ce qu’elle est. La laisser pourrir si besoin.

Une nuée de femmes de toutes générations se précipitent et se pâment aux concerts d’un artiste d’état exhalant la testostérone, ruisselant, dans un bénard lui sculptant les gonades, braillant approximativement, les jambes bien écartées. C’est souvent dans un état orgasmique que cette foule hurle sa joie. Plutôt que de jouer la censure pour de piètres inconnus, les féministes, les progressistes devraient raisonnablement se poser la question, face à ce type de comportement reptilien, de la réussite de leur mission civilisatrice.

Vogelsong – Port-Man – 16 juillet 2009

juillet 11, 2009

EDF électrise ses tarifs pour financer son business

Classé dans : Economie — Vogelsong @ 11:00
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L’affaire fait sourire. Le président de la S.A.EDF, “entreprise préférée des Français”, veut augmenter les tarifs de 30 à 40%. La ministre de l’Économie C.Lagarde qui défie encore les lois de la méritocratie s’épanche, molle et contradictoire. Pourtant, les joutes omettent les problématiques principales, celles des services publics et de l’abandon des objectifs fondamentaux.

imagesPour Bruxelles, tout doit passer sous la toise libérale. Avec l’assentiment plus ou moins vibrant des gouvernements. Pour faire passer la pilule, les ministres de l’Économie rivalisent en dithyrambes sur “le nouvel essor” que prendra l’entreprise “grâce à sa réactivité dans le contexte international“. Depuis peu, on y adjoint une pincée d’écologie en évoquant les “défis de demain“. Un “wording” énergiquement distillé dont l’unique objectif consiste à transposer les directives d’inspiration libérale de l’Union européenne. L’axiome classique gravé dans le marbre stipule que les secteurs libéralisés, par la magie du marché, fonctionnent mieux. Les prix sous les effets de la concurrence s’orientent à la baisse et les acteurs économiques rivalisent d’innovation et de créativité, au bénéfice des consommateurs. Quand P.Gadonneix déclare qu’il va largement augmenter les tarifs pour réaliser de nouveaux investissements, la plupart des commentateurs prennent leurs airs courroucés. Paresse intellectuelle ou naïveté pour certains, cynisme libéral pour la plupart. Mais le scénario aurait-il pu être différent ? Le président d’EDF évoque une inadéquation des tarifs (trop bas) pratiqués en France. Ce businessman n’a pas compris que c’était justement pour cela que cette entreprise était appréciée. Un service performant et des tarifs démocratiques.

Les dirigeants d’EDF ont fait “main basse” sur un fleuron des services publics en France. Issu des projets du CNR, il confère au secteur-clef de l’énergie un rôle crucial dans la cohésion nationale. Pour que chaque citoyen puisse avoir un accès à l’électricité à un tarif unique et raisonnable. Un passé révolu.

EDF est aujourd’hui une entreprise boursière dont l’objectif n’est plus la satisfaction des citoyens. On pourra arguer que l’État détient encore 84% des actions. Après trente ans de dérégulation dont les dix dernières à grande vitesse, cet état est-il encore garant du bien public ?

Le moteur du groupe est aujourd’hui l’expansion internationale, le rachat de concurrents, la performance financière. L’entreprise est présente dans 19 pays, du Viêt-nam à la Côte D’Ivoire. Elle fait une OPA sur British Energy pour 15 milliards.

Cynique, et surfant sur la bonne image du groupe, P.Gadonneix parvient à lever plus de 3,2 milliards d’euros. Une réputation détournée, fondée sur le passé d’une illustre société nationale. C’est une fois l’emprunt bouclé qu’intervient l’annonce tarifaire. De l’image nationale, EDF n’en a désormais cure. Le statut de transnationale presque acquis, l’essentiel de son chiffre d’affaires se situe potentiellement hors des frontières nationales.

La libéralisation des services préconisée par l’OMC, diligentée par l’Union européenne ne profite pas aux citoyens. Le gaz, les trains, la poste, l’eau sont des exemples in vivo qui aboutissent inéluctablement à une inflation des coûts, une hypertrophie des projets, une explosion des tarifs.

B.Hamon feint l’incompréhension évoquant “l’hypocrisie“, J.M.Ayrault parle d’investissements structurels nécessaires. Ils en oublient l’essence du débat, celui du bien public, du progrès pour tous. Revenir à l’essentiel, l’électricité pour tous à un prix égal et démocratique. Dans ce dossier épineux, l’opposition fantoche qui a bien accompagné la libéralisation des services se trouve bien démunie pour peser sur le débat. Alors comme d’habitude, elle larmoie faussement.

Vogelsong – Port-Man – 10 juillet 2009

juillet 4, 2009

D.Olivennes, du tout à l’égout au lieu d’aisance

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 6:45
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Le Nouvel Observateur est un journal de gauche. Il paraît. Probablement la gauche de 2009, celle de J.Lang, de M.Valls, de M.Hirsch ou de D.Olivennes. La gauche du champ de ruines, du paysage de guerre où quelques factions continuent sporadiquement le combat, claquemurées dans des édifices croulants. Le sarkozysme se paye de trophées, comme Persée exhibant la méduse, il veut tétaniser ses contemplateurs. Bien aidé par la presse hexagonale, exsangue, qui perpétue sa longue dévotion aux dominants. Là où les précepteurs de droite font de la propagande, ceux de gauche font de la pédagogie.

42-21523584D.Olivennes n’en est pas à sa première révérence. Alors président de la FNAC, missionné par le président N.Sarkozy, il est à l’initiative du rapport qui a permis l’adoption de la loi HADOPI. Le type d’expert qui en toute neutralité, loin des forces du marché, tranche avec objectivité sur la problématique des droits d’auteurs et de la copie numérique. Aux bénéfices de P.Nègre et du lobby de l’”entertainment”, contre les utilisateurs lambda. Le sarkozysme fait irruption dans les chambres de “teenagers” criminalisés. Mais D.Olivennes est de gauche.

Il est aussi le boutiquier d’un canard qui clame sa foi en la sociale démocratie. Celle qui faillit depuis plus de 30 ans face au néo-libéralisme triomphant, dont le sarkozysme est un énième ersatz. Stérile dans le combat des idées, le fanzine de Perdriel rallie les causes gagnées. En interviewant N.Sarkozy pendant deux heures, en lui posant des questions perches tiédasses, le kapo du net accompagne le travail de communication de l’Élysée.

Le président de la France est un inculte notoire. Une opération “vernissage” est montée depuis des semaines pour donner un cachet culturel à ce mandat plus karaoké que Vivaldi. La presse hebdomadaire sort sa brosse à reluire. L’Express se fend d’un numéro spécial “cirage de pompes” dont l’objectif ne laisse aucun doute. On y découvre l’ami de C.Clavier contempler des chefs-d’œuvre du Louvre (un G.Courbet). 500 000 exemplaires seront disséminés en France. Il paraîtrait que le Président lit E.Zola. Il s’avère qu’il consulte seulement des fiches. Qu’il assimile mal. Clou, il nommera, pour remplacer l’abyssale C.Albanelle, le neveu d’un président de gauche érudit. La séquence est limpide. Dans la perspective d’une réélection en 2012, il veut endosser le costume du cumulard lettré, qui cette fois, sera à la hauteur de la charge.

Il devra pour cela, faire avec les moins récalcitrants du camp d’en face : la gauche symbolique. Celle qui abandonne le terrain social pour se concentrer sur les colifichets et l’apparat. Une frange qui, si elle était colonisée pourrait définitivement faire basculer l’élection. Combler l’écart culturel, au moins en apparence, permet au sarkozysme de muter, de survivre. Le Nouvel Observateur et D.Olivennes constituent le vecteur idéal pour ce type d’opération. L’hebdomadaire de J.Daniel, c’est la critique doucereuse de la droite, le “oui” à la constitution européenne et à l’Europe des marchés, la sociale démocratie bienveillante, les marques “porno-chic”, le spécial immobilier haut de gamme.

Contrairement à ce que prétend D.Olivennes sur les plateaux de télévision (France 2, LCI), les questions n’étaient pas d’une crue insolence, mais juste assez fadasses pour “faire comme si”. L’autocrate de l’Élysée y déroule son plan communication convenu avec aisance. Du billard. On notera quand même sa désopilante allusion à la charge “inhumaine” que revêt la présidence de la république. Fonction qu’il a lui-même alourdie en concentrant davantage de pouvoirs, et en voulant même y retourner pour un second mandat afin d’y soupeser les nouvelles prérogatives. Grandiloquent et ridicule. D.Olivennes se défend en arguant que les lecteurs feront le distinguo entre la posture et le réel. La propagande ouvertement de droite (TF1, LCI, Le Figaro) ne prend pas autant de distance. Elle bombarde systématiquement avec du gros calibre hagiographique. D.Olivennes fait dans le subtil.

La mandature Sarkozy brille par l’inaptitude à s’occuper des problèmes sociaux des Français les plus pauvres. Pour durer, il se borne à laminer l’opposition. L’opération touche à son terme. Le PS est donné pour mort, pétrifié. Reste alors à annexer son électorat, rogner sur une frange aisée et symbolique du “centre-gauche”, qui dispose de ressources “de droite”, et qui lit le Nouvel Observateur en croyant tout ce qui s’y passe. Son directeur de publication déclare que “l’Internet est le tout-à-l’égout de la démocratie”. Voilà sûrement comment on pense quand on fréquente trop les lieux d’aisances à l’Élysée.

Vogelsong – 01 juillet 2009 – Port-de-Bouc

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