Piratage(s)

mai 29, 2009

L’humiliation, la petite corvée de F.Lefebvre

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:50
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La droite décomplexée, à la sauce F.Lefebvre, innove de façon brutale dans le débat politique. Après la vulgarité, le mépris, il y ajoute l’humiliation. Dans une lignée très thatchérienne, les séides de l’UMP piétinent cyniquement le corps social et ses représentants. Diversions, lois sécuritaires et symbole fort, en proposant de travailler malade, le jour d’un fiasco syndical, la droite française va loin. Comme jamais.

42-21853134F.Lefebvre est en roue libre. Il se permet tout. Il a surpassé son image de porte-flingue cynique. Grisé par sa puissance, il ose sans limites et incontinent de morgue. Dernier prurit en date, le télétravail pour les salariés malades. Fidèle à son univers libéral loufoque, il s’appuie sur le prétexte habituel “de la base du volontariat” pour instiller sa purulente logorrhée droitière. Ainsi, il profère “C’est une idée qui correspond à un problème précis (…) c’est juste une faculté, juste une possibilité. Si cela apporte un avantage pour le salarié qui le souhaite…” Compte tenu des rapports de subordination entre employeurs et salariés, “la base du volontariat” est un conte de fées débile.
Le porte-parole du gouvernement envoie un message clair aux partenaires sociaux. Ces derniers ont contenu depuis plus de 6 mois la colère des salariés. Ils sont devenus spécialistes dans l’organisation de marches relaxantes anti crise. A.Minc les trouvent “formidables“. Grâce à la CGT, CFDT, le gouvernement va passer un été paisible. Ils accompagnaient les réformes en les négociant, ils se sont transformés en lénifiants sociaux.
Le  message du député des Haut de Seine qui arrive au même moment que la microscopique journée d’action syndicale du 26 mai. Message dont la teneur est sans ambigüité : en plus d’être discréditée par de stériles manifestations, en plus du soutien tacite utile à apaiser les colères ; en plus, symboliquement juste avant un mouvement, une proposition caricaturalement antisociale est proposée. Bien qu’inepte, elle ne changera rien à l’ampleur anecdotique de la journée d’action. Après avoir servi de soupapes de sécurité, c’est en crachoirs que sont traités les syndicats.
Le lobbyiste F.Lefevbre au lendemain du bide syndical, redéposera l’amendement sur le télétravail. Pour le  cas où le signal ne fut pas assez clair.
Personne n’est dupe, personne ne veut de cette loi. Dans sa grande mansuétude, le potentat UMP épargnera la plèbe d’un tel sacrifice. “Travailler malade, voyons !”.
Le symbole est puissant, violent. Dans la France au passé social combatif, aujourd’hui, c’est l’oligarchie libérale qui décide. Elle matraque des messages clairs, portés par des matamores sans scrupules. Dans une stratégie médiatique et politique qui associe ballon d’essai et missives humiliantes. Au petit jeu du mépris, c’est un chef-d’œuvre d’amoralité.
Cette grotesque diversion permet aussi au mâtin sarkoziste, X.Darcos, de déblayer le terrain sécuritaire. La violence scolaire accouche d’une proposition sur les portiques et la faculté donnée au directeur d’établissement de fouiller les élèves. Le sinistre A.Bauer avance encore. Et sur un terrain sensible, les enfants.

Chauffée à blanc à la sortie de l’hiver, la France chemine nonchalamment vers la fin de printemps. Le gouvernement préserve l’essentiel, son pouvoir. Total. Comme une cerise sur le gâteau, il enchaine avec l’écrasement impitoyable du calamiteux parti socialiste lors des élections européennes.
Dans la France d’après, le gouvernement le jour d’un mouvement syndical se permet impunement de proposer une loi sur le télétravail des malades. L’État UMP, par le mépris et l’humiliation, poursuit sa dessiccation sociale. Et rien ne semble pouvoir le stopper.

Vogelsong – 28 mai 2009 – Paris

mai 23, 2009

Entretien avec Pierre Larrouturou – Des solutions à la crise

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 10:16
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À la fin de l’année, il y aura 800 000 chômeurs supplémentaires, il faut arrêter les conneries !“, P.Larrouturou tire la sonnette d’alarme à propos de la situation sociale du pays. “Il faut se mettre autour d’une table, deux ou trois mois, discuter et proposer“, il expose notamment des pistes pour sortir de l’ornière libérale, et prendre de vitesse la barbarie qui vient. Au total, un plan qui projette de créer 2 000 000 emplois. Figure atypique d’un PS “bunkerisé” et léthargique, il s’active avec l’”Appel du 2 mai“, démontre à l’aide de ses graphes et d’un ouvrage roboratif. L’entretien est dense, complexe, riche. Au menu, réduction du temps de travail, Europe sociale et régulation mondiale, logement et écologie.

Le parti Socialiste…
larrouturouLe PS est le trou rempli de serpents, selon les collègues de la gauche européenne“, c’est ainsi qu’est décrite la grande maison de la gauche française. P.Larrouturou n’est pas convaincu par la direction issue du congrès de Reims de novembre 2008. Les intentions de vote aux élections européennes de juin 2009 laissent penser qu’il n’est pas le seul. Il s’étonne “que les dirigeants du PS n’arrivent pas être bousculés par les problèmes de chômage et de précarité“. Le parti fonctionne en vase clos, et ne propose rien de plus que les autres, “comme tous les autres partis, il veut une “Europe qui protège…”“. Un parti petit bras qui dans son dernier plan de relance “ne proposait que 200 000 emplois“, alors que déjà plus de 3 000 000 chômeurs végètent et que point une année exécrable avec 800 000 de plus. La gauche de gouvernement porte aussi une lourde responsabilité dans le virage libéral de la France. Décrédibilisée, incapable de reconnaître ses erreurs, elle ne parvient pas à s’en remettre. Perdre les Européennes, puis les régionales pourrait provoquer l’extinction du parti.

Croissance, productivité et semaine de quatre jours
La croissance est définitivement passée, ceux qui promettent son retour s’en remettent aux oracles. Sur les trente dernières années, le taux moyen par tranche de cinq années est déclinant. Il n’y a aucune raison que cela s’inverse. Les USA, l’étalon, ne devait son point de croissance supplémentaire qu’à son endettement astronomique. Un endettement qui va conduire au fond du gouffre, avec la crise des “surprimes”.
Selon P.Larrouturou, la croissance sans emploi que nous connaissons depuis des décennies est due à la révolution de la productivité, “on a fait plus de productivité sur les 30 dernières années que sur les 3 siècles précédents”. Il y a trente ans la croissance donnait l’emploi, ce n’est plus vrai. Pour atteindre le même niveau, la production industrielle ne nécessite plus le même nombre d’heures de travail, “iI fallait 38 milliards d’heures de travail pour faire tourner l’économie en 1974, on fonctionne avec 34 milliards aujourd’hui, on produit beaucoup plus avec 4 milliards d’heures en moins. De 22 millions à vouloir travailler on est passé à 27 millions“. C’est dans cette optique que P.Larrouturou propose la semaine de quatre jours. Les réglementations vont à contresens depuis le début des années 70, où la productivité s’est fortement accrue, alors que le temps de travail, contrairement à ce qui est affirmé par la droite, a stagné. En France aujourd’hui, la durée hebdomadaire du travail est de… 41 heures.
En 1980, le rapport Giraudet initié par R.Barre et visant à lutter contre le chômage préconisait la baisse de 10% de la durée du travail. En 1993, F.Fillon travaillait (sa carrière) avec P.Seguin qui était favorable à la journée de quatre jours, aujourd’hui il clame la victoire idéologique de la droite en claironnant l’inanité des 35 heures, et est devenu un sinistre sarkozyste. M.Barnier en 1994 sous la plume de N.Dupont-Aignan se prononçait pour un référendum sur la semaine de 32 heures. En 1995 le Rapport Boissonnat proposait une baisse du temps de travail de 20 à 25%.

Emploi et écologie : le levier du logement
Utiliser le fonds de réserve des retraites (F.R.R.) pour investir dans la construction de logements. Il est actuellement placé sur les marchés financiers (-16% les 6 derniers mois). En 2009, selon les statistiques officielles, 100 000 emplois seront détruits dans le secteur du bâtiment. Avec un plan de construction ambitieux, on peut “espérer 200 000 créations d’emplois“. Les Pays-Bas utilisent ce fonds. 50% de l’habitat est géré par des syndicats de coopérative. Les loyers y sont plus bas, les surfaces plus grandes, et il y a moins de mal-logés, “150 euros de loyers en moins, c’est 150 euros de plus pour consommer“.
Une autre voie consiste à être pionnier sur la crise énergétique. Au lieu des recommandations tiédasses du Grenelle de l’environnement sur l’isolation, P.Larrouturou propose, comme J.M.Jancovici, un bilan thermique obligatoire à chaque revente d’immeuble. A la clef, plus de 200 000 emplois.

Part des salaires et répartition : 30 années de régression
La part des salaires a fortement régressé dans le PIB. P.Larrouturou évalue cette baisse à 7% (et non 11% habituellement cité) qui représente “quand même 120 milliards par an qui devraient aller aux salaires, à la consommation et à la sécurité sociale et qui bénéficient aux 0,3% de la population qui ont déjà beaucoup“. L’économiste place le débat, et sur la dignité humaine et le partage des richesses, il s’emporte “vivre avec 500 euros par mois et avoir une vie de con“, et économiquement c’est une mauvaise stratégie macroéconomique, car sans débouché on ne vend pas les biens produits. Malgré le cynisme de certains dirigeants patronaux comme D.Kessler, qu’il cite : “il faut supprimer les SMIC et les assurances chômage, et on verra qui veut travailler !“, P.Larrouturou trouve aussi un écho politique parmi des entrepreneurs qui sont prêts à jouer le jeu, “tous les patrons ne sont pas des salauds. Certains de leurs proches sont aussi au chômage“.

Pour le moment, la mondialisation n’est pas coupable
Pondéré, P.Larrouturou affirme que “c’est une erreur de diagnostic que de dire que c’est à cause de la mondialisation que l’on a autant de chômage et de précarité“. Jusqu’au mois d’avril 2008, la production industrielle sur le territoire national ou européen continuait d’augmenter. De plus, la balance du commerce extérieur extracommunautaire est excédentaire. L’impact de la Chine est aussi à minimiser, puisque qu’elle est un acteur majeur du commerce international en quantité exportée depuis 2004 seulement. La stagnation moyenne des salaires, qui cache une amplitude croissante entre le plus haut et le plus bas de l’échelle, date du début des années 80. Pour P.Larrouturou, l’analyse d’E.Todd “est assez erronée“. Les effets dévastateurs de la mondialisation sont devant nous. Les différentes normes sociales vont amplifier la crise et la paupérisation. Cela peut aboutir à des tensions nationales et internationales extrêmes. Faire pression, “L’Europe doit imposer à la Chine de respecter les règles sociales au sens du BIT” en donnant le temps nécessaire, “trois ans par exemple” pour adapter des règles sociales progressistes et permettre d’éviter une catastrophe globale. La mondialisation n’est pas coupable, pour l’instant. Il faut “l’humaniser” avant qu’elle le devienne.

Processus de sortie de crise
“L’appel du 2 mai”, initié par P.Larrouturou propose une vaste concertation regroupant les politiques, les syndicats salariés et patronaux. À l’inverse de la méthode Sarkozy, “où il convoque trois heures et il parle, puis applique des rustines“. Cette conférence se réunirait pendant 3 mois pour dégager des solutions et des propositions venant de toutes les parties. Les partenaires seront à l’initiative d’un nouveau contrat social qui serait soumis à référendum. Très dubitatif sur la pratique politique du président, P.Larrouturou admet “une chance sur 1000, si cet automne le pays est à feu et à sang que Sarkozy s’oriente vers cette solution“. Néanmoins, même sans ce schéma gouvernemental, le travail de reconstruction sociale et de propositions économiques doit être mené à bien avec toutes les bonnes volontés.

Son modèle P.Mendès-France, prémonitoire en 1930, écrivait qu’une course de vitesse est engagée. Le chaos économique était là, la barbarie pas encore. Pour les “États unis d’Europe”, sa vision était une monnaie unique avec un gouvernement politique qui met toutes les marges de manœuvre sur un projet social. Nous sommes en 1930.

Vogelsong – 22 mai 2009 – Paris

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Comptes rendus connexes

ITW Pierre Larrouturou

mai 19, 2009

À droite, “il y a une alternative” : Sabine Herold

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 10:50
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Un univers sépare la réalité des projets d’Alternative Libérale. S.Herold, égérie diaphane du parti libertarien français, dans une entrevue accordée aux blogueurs accueillis par l’hebdomadaire Vendredi, brosse les contours de ce qui serait une société idéale. Celle de l’Homme libre, enfin affranchi des contraintes stérilisantes de l’État, s’épanouissant dans un environnement régit par deux concepts forts : liberté et responsabilité. Rien que ça.

ALLe discours est rôdé, les concepts subtilement assénés. En tête de gondole la liberté, élément fédérateur de la doctrine libérale, qui sert aux disciples de F.v.Hayek d’argument principal dans la vente d’un projet de “société” hyper individualisée. Ils en mettent partout, tout le temps. Par principe voire habitude. Souvent pour camoufler l’essentiel.
L’argument de la liberté n’est pas frais. L’UMP sert ce laïus à chaque réforme partisane. La première mesure de N.Sarkozy fut de supprimer la carte scolaire. Qui, selon le chef de l’État est une garantie de liberté pour les parents de scolariser leurs enfants dans l’école de leur choix. S.Herold dans le même esprit propose des “vouchers” pour financer l’éducation. Ces bons d’États de valeur égale permettent aux parents de choisir l’école dans laquelle ils inscrivent leurs enfants. En théorie, il faut que “l’argent suive l’enfant et non pas l’inverse. Aujourd’hui l’enfant suit l’argent…“. Le dispositif transformerait les chefs d’établissements en véritables “patrons de PME“, avec perspectives managériales telles qu’il pourrait “devenir des chefs d’équipe (…) recruter les équipes d’enseignement qu’il souhaite et (…) accueillir des enfants afin de s’organiser un peu comme ils le veulent”. Caricature typique de l’artifice de communication, dans lequel la liberté est le cheval de Troie de la “concurrence“. En d’autres termes, poser la question de l’éducation sous l’angle : “voulez-vous que les parents aient la liberté de choisir l’établissement de leur choix ?” ; qui équivaut à : “est-ce qu’il faut organiser la concurrence entre les établissements scolaires et considérer ceux-ci comme des business units ?”. De toute évidence, moins vendeur…

Le spectre étatique est responsable de toutes les afflictions. L’État doit être “moins interventionniste et paternaliste, qui serait moins ce que l’on appelle le nanny state, c’est-à-dire un État qui va nous expliquer au quotidien ce que l’on va faire pour notre bien“. La doxa libérale impose un État à minimum circonscrit à la justice et la sécurité. Les prérogatives cantonnées au respect de la propriété privée et des règles de sécurité. Le reste, organisé par contrat privé ou libre association. Le reste, n’est pas une société. M.Thatcher adepte de Chicago boys le pérorerait “there is no such thing as society. There are individual men and women, and there are families“. Dans cette optique par exemple, l’État ou le gouvernement n’est plus garant de la santé des citoyens. La sécurité sociale, une entité monopolistique tentaculaire doit disparaître et laisser place à la concurrence des officines privées de santé. Chacun doit prendre en charge par un arbitrage risque versus dépense, la qualité de son assurance de santé. S.Herold tempère et précise que l’État impose une couverture “de soin minimale“. Néanmoins, elle propose clairement d’assumer une santé à plusieurs vitesses. À la loterie des affections malignes, il vaudra mieux avoir souscrit un contrat premium.

La responsabilité détermine les enjeux écologiques. S.Herold propose de faire payer jusqu’aux derniers euros les pollueurs. Après A.Minc qui voyait “en tout écologiste sommeiller un pétainiste“, S.Herold nous apprend, suite à une interpellation sur le productivisme, que “…péter pollue“. Optimistes, les libéraux ont confiance en la responsabilité des individus et en la magie de l’autorégulation pour surmonter ce défi planétaire. Impossible d’entraîner S.Herold sur le terrain d’un développement non productiviste ou vers la décroissance. Une idéologie pétrie d’esprit d’entreprise, de gains infinis, d’équilibres généraux optimaux n’abdique pas face à la réalité d’une planète à l’agonie. Il faut un monde commun pour dialoguer, échanger. S.Herold  souvent lévite, s’échappe.

Sur le même rythme, S.Herold présentera son ouvrage “Le bouffon du roi”. N.Sarkozy et O.Besancenot y sont des duettistes du spectacle politique et étatique de la France. Le président de la République a besoin des extravagances du leader du NPA pour rendre ses réformes acceptables. Quand la gauche radicale demande la nationalisation des banques, N.Sarkozy en profite pour seulement accorder une poignée de milliards. Cela lui permet d’étendre son emprise sur l’état. Lui qui s’était présenté à l’élection de 2007 comme libéral n’est qu’un “bonapartiste, interventionniste… À chaque fois que Sarkozy ouvre la bouche, il en sort un milliard donc ce n’est pas très libéral“.

Alternative Libérale prend une posture ni droite, ni gauche. Elle triangule le paysage politique selon trois pôles : les conservateurs, les socialistes et les libéraux. S.Herold se défend d’être de droite. Elle signale même l’existence des libéraux de gauche au sein de son parti. Symptomatiquement elle oublie d’évoquer d’hypothétiques libéraux de droite…

La doctrine politique se caractérise par un maximalisme dans l’interprétation de l’interventionnisme. Comportement type d’une organisation radicale. Il n’y a pas de marge de manœuvre entre le libéralisme et le socialisme. Surtout quand on part du principe que le parti socialiste (PS) par exemple, dans sa forme actuelle est planificateur de type crypto marxiste. Une approche puriste qui confine cette pensée, dans le réel, aux franges extrêmes du possible, du vivable. Les libéraux étayent une bonne partie de leurs projets sur des constats ressassés (par la droite UMP) comme le déficit de la sécurité sociale, un taux de 16 % d’illettrisme en fin de primaire, etc… Mais, peut-on créer le Far West du XXIe siècle ? Y vivrait-on mieux, plus longtemps, mieux éduqué, en meilleure santé, plus en sécurité ?

Plutôt laboratoire d’idée que parti de gouvernement, Alternative Libérale souhaite banaliser le projet individualiste néolibéral qui sévit depuis presque 40 ans. Dans le même schéma symétrique que la thèse du livre “le bouffon du roi“, avec S.Herold dans le rôle du facteur**. À la manière de l’ancien communiste converti au libéralisme forcené, J.Marseille qui admoneste le gouvernement UMP pour les atermoiements dans les réformes libérales. Mais qui ne manque jamais de délivrer son satisfecit à N.Sarkozy pour le sens de celles-ci.
Ni de droite, ni de gauche, mais tellement de droite…

(N.B. Le titre s’inspire d’une citation Thatcherienne pour infliger sa politique néo-libérale -”there is no alternative (TINA)”, “il n’y a pas d’alternative”)

*La société n’existe pas, il n’y a que des individus et des familles
** Mais bien moins célèbre

Vogelsong – 18 mai 2009 – Paris

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ITW Sabine Herold

mai 15, 2009

Quand on n’a pas ce que l’on aime, on aime ce que l’on a : le Sarkozysme par défaut

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:50
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Dans Le Figaro, mais aussi dans l’opinion, il est une idée largement partagée. J.d’Ormesson, le ravi sénile de l’Académie française l’énonce ainsiIl est pourtant permis de se demander – à gauche et à droite – où le pays en serait aujourd’hui si S.Royal avait été élue, il y a deux ans à la place de N.Sarkozy“. F.Lefevbre n’aurait pas dit mieux, le sourire niais en moins. Les thuriféraires du résultat et de la politique du chiffre sont incapables de présenter un bilan acceptable après deux années de débâcle et de mensonges. La communication de l’UMP  s’en remet alors à la logique du pire : N.Sarkozy est notoirement incompétent, S.Royal l’aurait été bien plus. C’est avec ça que la vie politique prospère dans l’hexagone en 2009.

CYB052Au petit jeu des pronostics, les réactionnaires du Figaro jouent sur du velours. Ce petit monde ventru qui bénéficie des largesses du palais délivre une sentence impitoyable à l’encontre de S.Royale sur des présupposés et des conjectures.
Le pire n’est jamais sûr, et N.Sarkozy garde encore une petite marge pour toucher le fond, définitivement. Quels éléments raisonnables, factuels (et non rhétoriques) démontrent que S.Royal aurait été la risée comme l’est aujourd’hui le psychotique de l’Élysée ? La “bravitude” et quelques approximations ont fait les gorges chaudes des journaux de toutes tendances. S.Royal s’est taillé une réputation de bécasse par ces quelques bévues. C’est oublier commodément que depuis deux ans, le résident de l’Élysée utilise un exécrable sabir pour s’exprimer publiquement. Qu’il l’agrémente d’insultes envers les Français et les chefs d’État étrangers. Qu’il fait croire à son pays, pas l’entremise de journalistes serpillières qu’il sauve le monde du capitalisme sauvage.
Sur le plan institutionnel, les commentateurs font une erreur récurrente. Si S.Royal avait été élue, il y a fort à parier que F.Bayrou aurait été chef du gouvernement tel que le prévoit la cinquième république. F.Fillon est une ombre fugace, N.Sarkozy a transformé le premier ministre en une figure protocolaire momifiée. Et le “chef” du gouvernement tient ce rôle à merveille. Le président, en médiocre assumé, a organisé une équipe de collaborateurs incompétents* qui le valorisent. A-t-on la certitude qu’une équipe composée par F.Bayrou et S.Royal aurait été faite dans le même esprit égotique ?
Faire un catalogue des inepties de deux années de sarkozysme est une gageure. Des sources très informées le font talentueusement au fil de l’eau. Mais il faut rappeler que certaines mesures n’auraient jamais été mise en œuvre.
Aurait-on supprimé l’ISF, dans un pays où le 10e décile des revenus voit ses subsides baisser de 10% alors que l’on observe l’inverse pour le 1er décile ? C’est une certitude : non.
Aurait-on privatisé l’université et la recherche, appliqué des critères de sélection à l’école primaire, supprimé la carte scolaire pour de simples raisons idéologiques ? C’est aussi une certitude.
Aurait-on intégré l’OTAN parce que le président, par choix personnel et unilatéral, veut avoir des liens forts (de subordination) avec les USA ? Certainement pas.
Aurait-on donné des objectifs chiffrés d’expulsion d’étrangers, enfermé des nourrissons, prononcé les paroles de Dakar ? La gauche s’est sévèrement droitisée sous prétexte de modernité (le zélé converti E.Besson est issu de la technocratie du parti socialiste), mais n’aurait jamais été aussi loin dans l’aberration. Le sombre ministère de l’Immigration et de l’identité nationale ne serait resté qu’une cynique stratégie de l’UMP pour charmer les électeurs frontistes.
Aurait-on vu l’immixtion de l’Exécutif dans les médias publics, l’enfermement sur la base de délit de conscience, le bourrage des prisons et de nouvelles lois sécuritaires ponctuelles pour remplacer des précédentes jamais appliquées ? Probablement pas.
Aurait-on donné l’assurance aux salariés de Gandrange de la pérennisation de leur site industriel ? Un mensonge assumé et clinique de celui qui veut survivre au prix de n’importe quelle immoralité.

Le candidat N.Sarkozy a bâti son discours sur le réarmement de la politique. Par son volontarisme affiché, il a séduit les Français. Notamment avec une fausse évidence “lepeniste” (dans sa construction), “travailler plus pour gagner plus”.
Deux ans de règne, deux ans d’annonces, deux ans de storytelling. Cela fait deux années qu’il s’agite, qu’il mouline avec son sabre en bois. Plus que deux années perdues, deux années régressives.
À court d’argument, on s’en remet à des artifices de communication et finalement, à ce que l’on peut : une prétendue incompétence de la candidate de 2007, un manque d’idées de l’opposition de gauche. Les médias complaisants relaient. L’idée fait son chemin. Dans sa grande expérience de dissonance cognitive politique, la France, deux années après les faits, se persuade qu’elle n’a pas encore fait le plus mauvais choix possible de son histoire.

* B.Hortefeux, R.Dati, M.Alliot-Marie, C.Lagarde, H.Morin, C.Albanel, F.Amarra… La brochette de “bras cassés” la plus télégénique de la cinquième république

Vogelsong – 11 mai 2009 – Port-de-Bouc

mai 11, 2009

Les pleureuses de la démocratie

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:50
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Les électeurs français déserteraient le scrutin européen du 7 juin 2009. Les chroniqueurs plus ou moins influents sortent casseroles et cymbales. Juchés sur leurs certitudes, ils amorcent un tintamarre pour pousser le citoyen jusqu’à l’isoloir. Peu avare de péroraisons pontifiantes, les “sachants” informent que le vote est un droit, mais surtout un devoir. Les nouveaux gardiens du temple s’emparent d’une mission sacrée, la démocratie en dépend. L’objectif est que l’urne soit pleine jusqu’au débord s’il faut. Il y a bien longtemps que le train Européen est lancé sans qu’il puisse ni s’arrête, ni même changer de rail. Une pantalonnade pour “baltringues” qui n’a que trop durée.

europe_drapeauLe scrutin européen sera un bide. Les Français de toute évidence ne se bousculeront pas pour ces élections. L’UMP va une fois de plus virer en tête, pour l’immense bonheur de l’Élysée qui clamera “victoire”. Les partis institutionnels vont se partager les sièges, les députés mal élus vont pantoufler grassement. Faut-il pour autant se précipiter vers l’isoloir ? Quelles sont les alternatives ? Pour l’UMP, l’inapte courtisane R.Dati est au diapason de la campagne : en gaudriole et amateurisme. Mais tout le monde s’en moque, ce parti qui démontre régulièrement son incompétence dans la gestion des affaires est invariablement élu. Alors… Alors, Le PS (et la gauche européenne) rédige un “manifesto” contenant quelques mesures sociales que bien des socio(-libéraux)-démocrates souhaitent (en silence) voir jeter aux oubliettes. En France, le parti socialiste traîne depuis 30 ans le boulet de sa soumission à l’Europe libérale. Il n’a plus aucune crédibilité pour porter la voix des plus modestes et des laissés pour compte. Cette formation n’est plus qu’un témoignage social en Europe, une promesse infinie de progrès et de répartition juste. Il permet depuis le traité de Maastricht (1992) d’appliquer des programmes économiques de droite libérale, en toute impunité et en ajournant les hypothétiques avancées sociales. L’agence de communication orange, le MODEM fonde l’essentiel de son “programme” sur deux concepts aussi flous que vaseux, l’humanisme et l’Europe. Le centre de F.Bayrou récolte des voix sur du vide et de la frustration. Mais vote de concert avec la droite, comme toujours. Reste des contestataires stériles et bien marginalisés aux extrêmes ; gentils “sparing partners” de la démocratie.
Cela fait trente années que les zélateurs bruxellois vendent des symboles lénifiants et infligent par la bande la concurrence et la dérégulation aux populations européennes. C’est sous prétexte de paix, d’un hymne grandiloquent et de fausses valeurs confraternelles, que la technocratie européenne a organisé la désindustrialisation des états membres, a encouragé le dumping fiscal et social. La CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) de 1951 est l’acte fondateur de la coopération continentale. Cinquante ans plus tard, les “métallos ” de Gandrange peuvent juger sur pièces, sur les mesures de “L’ode à la joie”, des prouesses de leur secteur industriel.
D.Cohn-Bendit, europhile peu convaincant, développe la relativité démocratique de l’Europe aux futurs (non) électeurs lors d’un débat à la Maison de la Chimie le 30 avril 2009. L’ancien libertaire, aujourd’hui libéral, défend l’idée d’une démocratie européenne équilibrée prenant en compte toutes les spécificités internes à chacun des membres. En réalité, un moins-disant représentatif comme consensus. Tout en gouaille, il veut convaincre que la machine technocrate est la “moins mauvaise possible”. Aussi, il oublie scrupuleusement de mentionner les très influents lobbys libéraux enkystés à Bruxelles. Ce système technocratique fantasme une démocratie. De fait, elle n’existe pas. Les cabris illuminés comme B.Guetta ou J.Quatremer euphémisent en évoquant une démocratie “lointaine”.
Le marketing électoral organise une vaste farce truffée de communication et promesses dont la finalité est de ramasser une majorité minimum pour imposer, écoutilles fermées, un programme (aussi inepte et destructeur qu’il puisse être) ; “Démocratiquement”. Le président français pérore “l’important dans la démocratie c’est d’être regardez Berlusconi il a été réélu trois fois”. En France, les députés et sénateurs réunis en congrès ont infligé le traité de Lisbonne aux Français. Le président plastronne en sauveur de l’Europe en refourguant ce fadasse ersatz de TCE. Dans les démocraties occidentales modernes, que ce soit sur des lois nationales (HADOPI, OGM…) ou sur des traités internationaux (TCE, refus Danois et Irlandais…), soit on réitère le vote jusqu’à l’obtention du résultat souhaité, soit on confie la validation à une “représentativité” plus serviable.

Les catéchistes du scrutin bien planqués derrière leurs certitudes (et souvent leurs statuts) peuvent tranquillement exhorter les bonifaces à se déplacer “pour-remplir-leur-devoir-de-citoyens”. À ceux qui objecteraient, les cyniques comme A.Minc vocifèrent contre l’antiparlementarisme et le populisme. D’autres, plus misérables encore et  pas à une contradiction près, invoquent le sang versé pour l’obtention de ce droit. Alors, il faut voter, pour le PS, l’UMP voire le MODEM. Vote témoignage dont les conséquences n’ont aucune incidence visible et positive sur la vie quotidienne de ceux qui ramassent les miettes. Vote qui n’a d’intérêt que dans l’importance du taux de participation. Ce fondement de la démocratie est transformé en thermomètre plébiscitaire. L’alternative est alléchante, donc : ne pas voter c’est faillir à ses devoirs et laisser les autres décider ; voter c’est donner son assentiment à des réformes déjà programmées. C’est dans ce contexte que les précepteurs de vérités intangibles inculquent leurs morales “démocratiques” au troupeau égaré de renâcleurs. Le peuple ira ou n’ira pas, et c’est son droit, son choix. Les recalés de la mondialisation heureuse n’ont pas besoin de la pathétique danse du ventre des moralisateurs “concernés” qui se fourvoient si régulièrement, si largement.

Vogelsong – 6 mai 2009 – Paris

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