Piratage(s)

mars 31, 2009

Un échange inégal avec A.Minc

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 8:00
Tags: , , ,

Vous avez combien de connexion jours ? Que je pèse votre poids“. C’est en faux béotien qu’A.Minc jauge une infime partie de la blogosphère dans les locaux de Vendredi Hebdo. Très décontracté et d’une extrême assurance, il a prodigué sa clairvoyance sur la France, le monde, l’Internet à des blogueurs citoyens manifestement pas à la hauteur dans “un échange inégal“.

A.Minc, marxiste
mincFaussement subversif, A.Minc se réfère souvent au marxisme. Le rapport de force est au centre de ses démonstrations. Il se présente sans complexe comme un membre de la classe dirigeante. Il aborde les problèmes en évaluant les partis par leur poids, leurs potentialités, leur valeur monétaire. Ensuite il déploie sa dialectique selon une grille idéologique très marquée à base de puissance et de servitude, “le propre du capitalisme est de transformer en argent le bénévolat” : très sarkozien finalement. La campagne présidentielle américaine laisse des traces.”L’Internet est un continent autre“, il vient alors se frotter à des ennemis jusque-là sans visage dont la force est difficilement mesurable. Mais il pressent la nuisance potentielle, le bruit de fond numérique critique du sarkozisme a atteint l’Elsysée. Quand il s’agit de pouvoir, en Sarkozie, on ne laisse rien au hasard.

Le populisme de la rue, la démocratie des sondages
La situation sociale de la France est délétère. Satisfait, le cosmocrate loue la qualité du travail des syndicats pour éteindre la colère en organisant une petite promenade mensuelle, dégourdissant pieds et esprits frondeurs. Qui fait de la CGT, CFDT les deux plus grands clubs de randonnée urbaine et pédestre de l’hexagone avec 2 et 3 millions de participants lors des derniers événements. Un vrai succès. Il célèbre l’action de N.Sarkozy pour favoriser les deux grandes centrales syndicales. Pour A.Minc, “ils sont formidables“. Manifestement elles le lui rendent bien. Comme tous les libéraux, il pointe le faible taux de syndicalisation et de représentativité des organisations pour assoir son discours. A.Minc se prononce très favorablement pour des syndicats plus fournis et (donc) plus conciliants (encore). Le conseiller spécial du Président raille les fonctionnaires qui ont un salaire indexé. Ils ne subissent pas l’appauvrissement du secteur privé. C’est l’antienne des conservateurs fustigeant les agents de l’état privilégiés qui n’ont qu’à se tenir tranquilles, car choyés. Il s’emporte, la rue ne gouverne pas, “c’est du populisme et on sait où cela mène“, tout en révélant, jovial, dans la foulée un sondage diligenté à l’hebdomadaire Marianne qui donne N.Sarkozy écrasant tous ses adversaires lors d’une présidentielle : Populisme dit-on !

L’art de la division
Manipulant parfaitement la division, il oppose le secteur privé et les autres, les “authentiques” victimes de la crise du capitalisme. La sarkozie en cette saison fait dans le compassionnel discriminant. Compartimenter, saucissonner, atomiser est la technique habituelle de la droite pour instaurer sa domination. Il oublie (ou feint d’oublier) que la société existe. Les acteurs interagissent au-delà de leurs classes, de leurs statuts. Les professeurs prennent de plein fouet l’appauvrissement de leurs élèves dont les parents sont précarisés. Les cheminots ont des enfants, de la famille, des amis qui peuvent vivre dans l’emploi intérimaire. Les maladies professionnelles ou la précarité dues au stress impacte le secteur de la santé. Mais il est bien plus profitable de fragmenter le corps social pour susciter des dissensions et manipuler les oppositions. Un extrait du guide de survie en temps de crise pour le pouvoir.

Continence ponctuelle
A.Minc joue sa partition en demandant de la continence à ses amis milliardaires, du moins jusqu’à ce que les choses reprennent leur cours normal. L’opinion prise en ciseaux devrait ainsi se montrer patiente, l’ordre maintenu, la paix conservée. Et sans l’once d’une remise en question des privilèges des nantis. Le mot d’ordre étant le statu quo fiscal quoiqu’il arrive. On ne lâche rien. Le bouclier fiscal bien que symbolique est l’exemple aveuglant sur lequel le pouvoir s’arcboute. À la fin des fins, l’objectif est de reprendre l’orgie au même point d’interruption. Comme H.Guaino, il ne voit aucun autre système que celui du marché en terme d’efficience et d’évolution. Une affirmation péremptoire qui déclencha de frénétiques hochements de tête parmi de cossus blogueurs parisiens “Un mauvais système, mais le moins pire“. Une randonnée dans les favelas d’enfants véreux devrait être au cursus des hommes de pouvoir des pays dits développés*. De plus, il ne distingue aucune limite psychologique ou physique à cette utopie dispendieuse.

“Dans tout écologiste sommeille un pétainiste”
A.Minc est manifestement hermétique à l’écologique. L’ordre immanent passe par une équation simple : la croissance infinie et l’énergie nucléaire, régulées par le protocole de Kyoto. Il a rencontré Y.Arthus-Bertrand qu’il prend pour un écologiste, en tire une maxime percutante, “dans tout écologiste sommeille un pétainiste !“. S’emportant contre la dictature verte, “Je préfère la démocratie des hommes à celle des petits oiseaux et des fleurs“. Un peu court sur toute la ligne. Le concept de décroissance l’horripile notoirement. Cohérent, A.minc ne veut rien partager. En effet, la pénurie chez les plus pauvres est telle que s’ils devaient consommer moins cela leur serait insupportable. Jamais le concept d’une décroissance avec redistribution du sommet vers le bas ne lui vient à l’esprit. Il est inconcevable de lâcher des miettes même lorsque l’équilibre global est en jeu. Mais malheureusement ces sujets ne seront pas approfondis. Penser que le protocole de Kyoto est suffisant, faire une confiance aveugle à Areva. Le faux nez de l’utopisme libéral et conservateur qui se veut pragmatique et gestionnaire.

La bonne parole sarkozyste
Stratège de la politique intérieure, il n’a pas de mots assez forts pour débiner F.Bayrou qu’il qualifie de “pétainiste soft”, et pour lui “Ségolène à côté […] est un stakhanoviste“. Il désigne aussi C.Estrosi et F.Lefevbre comme des poupées de son de la scène médiatique. Finalement pour A.Minc “la politique c’est avoir M.Hirsch et F.Lefevbre dans le gouvernement“. Une question de casting somme toute. L’empreinte Sarkozyste surement.
Les blogueurs peu prolixes sur N.Sarkozy n’ont pas permis à l’éminence grise de porter la bonne parole. Il le fera lors d’une ultime relance. Prétendant que N.Sarkozy est un OVNI détesté des bourgeois. Un trublion incontrôlable, un bon gars proche du peuple, qui en a les manières. Les bourgeois le détestent pour sa versatilité. Ils préfèrent l’austère triste F.Fillon. C’est (évidemment) un conte de fées pour blogueurs neurasthéniques et journalistes installés. A.Minc veut faire oublier les avantages fiscaux, la loi TEPA, la politique sécuritaire, la démagogie législative (un fait divers, une loi). Mais surtout il oublie que les bourgeois votent avec leur calculette. La rusticité culturelle, comportementale et linguistique du Président est plus probablement due à la paresse décadente d’une vie opulente.
De plus, affubler certains de ses opposants de “pétainisme” est sidérant dans la bouche d’un zélateur de celui qui : siphonne les voies du FN, pratique la politique de la gamelle, remplit les charters et organise les quotas d’immigrés de couleur, fait pression sur les médias, muselle internet, annonce une loi par fait divers, insulte ses concitoyens, etc…

A.Minc est indéniablement sympathique et dispose d’une bonne dose d’humour. Il consacre une heure de son capital temps à deviser avec des citoyens/internautes insignifiants (médiatiquement, il vaut mieux préciser avant de déclencher des ires égotiques). L’homme est ouvert et curieux. Il ne croit pas en un changement de paradigme avec blogs, “signifiants, mais pas significatifs“. A.Minc, c’est l’intelligence, la connaissance, l’esprit brillant et synthétique mis à disposition d’Ubu, le sarkozisme. Pour un libéral qui veut le “bien” de la cité, c’est un choix peu efficient.
Narcissique, individualiste et servile, le blogueur se révèle un interlocuteur facile. Les politiques saisissent rapidement le rapport de force. Ils comprennent que la déstabilisation n’est pas à l’ordre du jour. Le discours alors ronronne. Le blogueur se fane en acquiescements. Le prince n’a finalement pas tort de n’y voir aucune menace.

*Démagogie. Pour persister et juger de l’efficiente répartition des richesse du capitalisme, la vibrante description des favelas de J.Ziegler dans ‘l’empire de la honte” p.206

Vogelsong – Paris – 31 mars 2009

mars 27, 2009

L’Europe..l’Europe…l’Europe haaaaaaaaaa l’Europe

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 11:15
Tags: ,

Peuples passe le témoin sur l’Europe.

Si l’Europe était un animal : Chimère

Si l’Europe était une Fleur : Une rose jaune

Si l’Europe était une toile : Une croute

Si l’Europe était une ville : Luxembourg

Si l’Europe était un personnage : Jacques Delors

Si l’Europe était une chanson : Vienna

Le flambeau a Caréagit, ValérieCG, JPOAL.

mars 24, 2009

C.Autain, la gauche radicale et la politique pour les nuls

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:30
Tags: , ,

Portée par des figures médiocres, la gauche radicale censée incarner la parole des plus fragiles s’abîme en discours lénifiants, déconnectés du réel. C.Autain et F.Lefebvre débattaient dans l’excellente émission “Parlons net“, qui donne un avant-goût du nouveau paysage politique français. Où foisonnent le mensonge, les postures et la politique en goguette. Un festin pour L’UMP.

42-21521704C’est la nouvelle distribution des débats politique depuis la crise. L’opposition franche de la gauche radicale et de la droite décomplexée. D.Abiker excellent journaliste au demeurant tombe dans cet écueil. Penser animer un débat enrichissant en invitant C.Autain et F.Lefebvre relève essentiellement du casting médiatique. Une tendance lourde depuis que Le Figaro en 2008 impose le chérubin O.Besancenot comme leader de toute la gauche. Une tendance pesante qui fait le jeu d’un seul parti, l’UMP. Qui fait l’intérêt d’une nébuleuse, la gauche radicale, vierge de trahisons, mais aussi de projets valables, de pensées, de “concrets”.
Et c’est alors que C.Autain, féline, fait les plateaux. Emblématique et convaincante militante féministe. Elle est un VRP de la politique hexagonale. Comme S.Pocrain, J.L.Benhamias, tous disciples du positionnement, ils posent leurs bagages toujours à l’affût de places éligibles. Sans aucun scrupule vis-à-vis des militants. La célèbre chienne de garde bascule dans la politique sous les couleurs du PCF, élue à Paris. Parachutage raté à Montreuil, elle furète du côté du NPA. Puis s’amourache du front de gauche à l’horizon des élections européennes. C.Autain n’a pas l’épaisseur, ni le bagage d’un leader politique pour la gauche. Elle croit passer les cordes du ring médiatique en pensant être épargnée. C’est mal connaître un fauve comme F.Lefebvre. Contrairement à F.Hollande qui choya R.Dati lors de ses premières télévisions, le lobbyiste de l’UMP a abominablement massacré le moineau. Si copieusement que cela en fut presque gênant. D’emblée présentée comme leader de la gauche, elle se suicide en enfilant “…ch’uis en phase avec beaucoup de choses que raconte O.Besancenot…”. “Raconte…” O.Besancenot appréciera… Face à un technicien de la communication c’est une catastrophe. F.Lefebvre n’en attendait pas tant. Atteint d’un étrange syndrome depuis quelque mois ; un tic nerveux des babines supérieures précédant une démonstration argumentaire. L’animal en devient fascinant, il pousse l’incarnation de la bête politique jusqu’à en avoir les stigmates. C’est le petit minois de C.Autain qui en fait les frais. Dévorée. Impitoyablement. Toute crue.
Dans l’incapacité de déployer une réponse objective et percutante sur les ravages de la politique de N.Sarkozy. Elle prend la pose, geint, “incante”, bafouille. En pleine lévitation. Faire de la politique sans fondements mène aux abîmes. Pour C.Autain, ce n’est pas grave (au contraire), la France peut s’en passer. Pour ceux qu’elle est censée représenter, c’est une immense déroute. Une de plus.
À la convention nationale du PS, un militant CGT de l’entreprise Magnetto France témoigne d’une lutte collective âpre, pleine de douleurs et de sacrifices. Mais aussi d’une victoire où il scande avec la fierté de l’Homme resté debout “la solution, c’est nous ! La crise c’est eux !“. Deux mondes. Où l’un parasite l’autre. Trombine médiatique versus sacrifice dans le monde réel. Les responsables de gauche oublient qu’ils tiennent politiquement le destin de millions de français en souffrance, en attente. Par paresse ou inconséquence, ils délèguent des faire-valoir friables et creux. La parole sociale n’a décidément pas besoin de ça.
Face à l’hypercommunication de l’UMP, on ne peut se contenter d’une contestation sous forme de témoignages. Les dégâts du sarkozysme sont là, aveuglants, facilement démontrables pour un esprit un tant soit peu cohérent. D.Abiker et les autres journalistes sont garants de leurs castings. Ce sont des professionnels, parait-il ? Inviter P.Larrouturou par exemple eut été plus idoine. L’esprit clair, l’argumentation limpide aurait pu apporter un éclairage informatif sur l’état de la France aujourd’hui. De même que quelques propositions sociales. La seule information qui émerge d’un débat du type Lefebvre-Autain est que l’amateurisme en politique est coûteux pour les citoyens, et profitable à la droite. La malheureuse Clémentine n’est qu’un symptôme d’un mal général de la gauche radicale : figuration, posture, sans l’ombre d’une proposition. Dans ce néant, le dense D.Bensaïd doit se sentir bien seul.

La présidentielle de 2012 va être dantesque. La droite aura un bilan apocalyptique et pourrait bien s’en sortir malgré tout. Avec le même. En grande partie parce que la gauche pratique le tourisme politique. Pour l’UMP le coup parfait serait, en s’aidant de malentendus, la promotion d’O.Besancenot jusqu’au second tour. Alors à l’image du carnage dont fut victime C.Autain face au colosse F.Lefebvre, la France sera encore écrasée sous la marmule*, jusqu’en 2017 !

*B.Belin – Le colosse

Vogelsong – 23 mars 2009 – Paris

mars 12, 2009

Le mandat électif consenti par le peuple n’est pas un chèque en blanc

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:00
Tags: , ,

Comme les patelles soudées à leur rocher à marée basse, les hommes politiques s’accrochent à leurs prérogatives. Promesses trahies, mensonges permanents, abus de pouvoir, ils brûlent leurs mandats politiques jusqu’à la dernière cendre. Souvent, ils sont réélus. Après deux ans d’exercice inédit du pouvoir, le potentat sarkozien est ouvertement rejeté par les Français. Aujourd’hui, l’oligarque de l’Élysée, hermétique à son environnement, se comporte comme s’il avait été élu la semaine précédente. Ainsi, la France est livrée à la férule d’usufruitiers incontinents. Dans un système où tout le monde joue sa partition sans bousculer les conventions.

42-20907826Les faits sont têtus. L’élection présidentielle de 2007 s’est bâtie sur des promesses de croissance, de plein emploi, d’augmentation du pouvoir d’achat et de mise aux normes de la société française à la mondialisation. Depuis la crise financière et économique a frappé. Lourdement. On a beau jeu une fois élu, de prétendre que les conditions initiales ont changées, que les promesses ne seront pas tenues. La sphère économico-politique ne pouvait ignorer, en 2007, la bourrasque à venir. Les hiérarques de l’UMP confortablement installés aux commandes n’envisagent aucunement de rendre au peuple une décision prise dans une configuration fondamentalement différente. Un “dol” politique.
Les voyants sont au rouge. Un corps social au bord du collapsus. Il montre sa défiance dans des manifestations dont l’ampleur surprend même les organisateurs. Une atmosphère délétère règne dans l’hexagone et outre-mer. Chaque décision jugée autocratique est contestée, la confiance s’est évaporée. Et manifestement N.Sarkozy, en apnée dans les enquêtes d’opinion, n’en a cure.

Tiédir l’opinion et baliser le débat pour éviter d’aborder les questions fâcheuses. Ce rôle est magnifiquement rempli par les médias dominants. Concentrer l’attention sur les sujets quotidiens au lieu de prendre le problème dans sa globalité. Circonscrire la critique permet d’éviter l’incendie. Exemple symptomatique dans la presse web/papier, Sylvie Pierre-Brossolette, vieille toupie réactionnaire et invitée hebdomadaire de Libération pour débattre avec un blairiste sur le retour, L.Joffrin. Au menu, une “réforme gouvernementale” quelconque qui fait “controverse”. Palabres molles et lancinantes pendant une heure entre un social-démocrate défroqué et une sarkozyste zélée. La dialectique est scolaire dans l’esprit hégélien ; thèse antithèse, synthèse. La sacro-sainte “objectivité” journalistique est honorée. Ce motif médiatique se répète à l’infini pour produire un flux d’information tempéré et convenu. Autre exemple, Le Monde en pénurie chronique de journalistes titrait début mars “N.Sarkozy se résout à l’impopularité”. Le quotidien de référence fait ainsi de la pédagogie. Car bien que la majorité du pays désapprouve voire exècre l’exécutif, le traitement de cheval, intégral, sera appliqué jusqu’à son terme. En cas de velléités, circulez.
Ce n’est pas la réforme des lycées, ou de la santé, ou de la poste qui est au cœur du problème, mais la politique et l’orientation dans sa globalité. Le gouvernement traîne de force le pays dans une direction qui est manifestement contraire à ses désirs. On vend de l’info par appartement sans se poser la problématique sérieuse et fondamentale d’un pouvoir rigide ivre de lui-même.
Les études d’opinions s’abattent par salves. Aucune d’entre elles ne pose la problématique d’une législative anticipée. Étrange. Dans la presse dite de gauche ou pas.

La communication est la clef de voûte du dispositif de survie politique. Le président a menti deux fois en moins d’un mois, dans la nomination des directeurs de chaînes publiques et l’affaire Pérol. Il sait qu’un mensonge asséné cliniquement vaut mille vérités dans la France carlabruniste. Quotidiennement F.Lefevbre abreuve l’AFP de communiqués de presse. L’agence sous le joug depuis 2008 s’est transformée en chambre d’enregistrement, le petit écho du gouvernement qui docilement distille tout. Même la dialectique qui relève souvent du ridicule. Le ministère des Finances déclare, par exemple, une “contraction de la croissance”. Une niaiserie prénatale. Mais plus c’est gros plus ça passe !
Clou, le storytelling s’invite dans le monde politique. Une idylle présidentielle ou une ministre cosette permet au pouvoir de s’inventer une légitimité émotionnelle. Face à un corps électoral qui ne se respecte pas, les gouvernants n’ont aucun scrupule à servir de la mièvrerie conditionnée.

Finalement, le monde politique s’accommode aussi très bien de son nouveau chefaillon. Les godillots UMP feignent l’outrage à chaque saillie élyséenne. On donne gentiment le change sur des sujets secondaires ou qui ont d’emblée du plomb dans l’aile. Quelques députés de la majorité se sont insurgés contre le travail le dimanche, le fantomatique Nouveau Centre a poussé des cris stridents lors de l’affaire EDVIGE. C’est une simulation. De débats il n’y a, au sein d’une majorité hypertrophiée et gavée de pouvoir. N.Sarkozy s’appuie pesammant sur un automatisme verbal, l’implacable tirade : “j’ai était élu…”. Ressassé ad nauseam, il rappelle cette réalité (incontestable) comme pour (se) prouver chaque jour que ce n’est pas un conte fantastique. Mais surtout, il appuie tous ses oukases du sceau universel de la démocratie. Jusqu’à en faire oublier que le mandat électif consenti par le peuple n’est pas un chèque en blanc. La présidence et ses conseillers, appuyés par un législatif apathique, pratiquent un gouvernement au sens maximaliste (voire terminal) du terme.
Dans ce contexte, l’opposition se complait parfaitement dans son rôle de martyr impuissant. Après une victoire écrasante lors des municipales, le principal parti de gauche est retourné à ses querelles internes. Consterné, B.Hamon notait avec sagacité lors du congrès de Reims “qu’il y a toujours au sein du parti quelqu’un pour être d’accord avec Sarkozy*”. Le PS s’est trouvé une direction. Mais n’a toujours aucun sens politique. Il publie un contre-plan de relance qui s’abîme avant le début d’une discussion sur la communication de l’embaumeur F.Lefevbre. Le reste est à l’avenant, il s’oppose sur le principe, manifeste, mais jamais la question de la pratique du pouvoir et de l’orientation générale de la politique du pays n’est posée, sérieusement. Comme s’ils espéraient, dans le cas improbable d’une accession aux affaires, la même latitude dans les excès.

Le président actuel a été bien élu (53%), redonner au peuple le chemin des urnes par une législative lui est indiscutablement discrétionnaire. La démocratie impose de respecter la règle de désignation jusqu’à son terme. J.Chirac raillé, pour sa décision de dissoudre en 1997, avait eu selon le landerneau, un moment la folie politique. On peut aussi lui concéder la conscience et le panache d’avoir remis le pays face à ses réalités alors que rien ne le forçait.
Servir l’État, la France, les citoyens, ce n’est pas se goinfrer jusque n’en plus pouvoir. Dans le tourment de la France sakozyste, le temps s’allonge. À ce rythme que restera-t-il du corps social au bout du supplice ? Brisé ou en feu ?

* M.Valls, J.Lang, G.Gorce, D.Strauss-Khan, P.Moscovici, liste non exhaustive

Vogelsong – 08 mars 2009 – Paris

mars 7, 2009

Tous sont déjà morts, sauf Bashung !

Classé dans : Médiatique — Vogelsong @ 10:00
Tags: , ,

C’est une industrie en coma avancé qui s’est auto-encenser le 28 février 2009 à l’occasion des victoires de la musique. La rémanence d’un modèle culturel anachronique qui s’accroche à ses strasses, ses paillettes et ses privilèges. Une petite clique appuyée par un nouvel arsenal législatif qui veut survivre. Elle est déjà morte et ne le sait pas.

hadopi2Les “artistes” réclament leur fric. HADOPI est mis en place. Ce dispositif vise à criminaliser les utilisateurs d’Internet. Mandaté par la ministre de la Culture, D.Olivennes, alors patron de la FNAC, a planché en toute neutralité sur une loi en accord avec la Constitution qui vise à réguler les droits d’auteurs sur le web. Car la situation est critique, les majors voient leurs résultats s’effondrer. P.Nègre pleurniche. En effet les internautes utilisent la toile pour s’échanger des fichiers. Ils ‘affranchissent ainsi du guichet imposé par les majors du divertissement. Ces conglomérats voient d’un très mauvais œil toute perte de contrôle sur la diffusion. Ils se sont tant démenés pour éradiquer les disquaires. Ces échoppes où il y a encore quinze ans on pouvait deviser une heure et demie avec un passionné sur l’opportunité d’acheter le dernier Metallica. Objectif atteint pour P.Nègre et ses complices, le boutiquier est finalement remplacé par la tête de gondole. Moins onéreux et plus docile. Mais les carnassiers d’hier sont les proies d’aujourd’hui. Bien que disposant d’immenses ressources, ils n’arrivent pas à échapper à la nuée qui va les engloutir. À court d’idées, les majors en appellent à l’État pour préserver leurs gains.

Jouant d’abord sur la corde émotionnelle grâce à une batterie de communicants. En effet, on prétend préserver les œuvres artistiques, les créateurs et autres balivernes crétinisantes. Il y a belle lurette que la fonction de directeur artistique a trépassé. Ne gardant que le titre, une légion de diplômés issus d’écoles de commerce usurpe les postes. On vend de la musique ou du cinéma comme on vend des yaourts. Les conséquences sont dramatiques pour le contenu. Le bon goût n’a jamais été universel dans le secteur, toutes les époques sont marquées par des niaiseries plus ou moins profonde. Il faut tout de même convenir que le format Star’Ac et ses clones relève de la production en série de produits acculturés. C’est ce modèle que défendent les majors et le ministère de la Culture. Loin de se poser la question de la dévalorisation symbolique, puis pécuniaire de l’”œuvre”, les professionnels du divertissement commencent par ériger des digues pour préserver leurs  trains de vie somptuaire. Sans remettre en cause leur propre modèle de pompe à fric inepte et bêtifiant. Un adolescent qui écoute un fichier numérique d’une star préfabriquée n’accorde à cette chose que la valeur : Zéro. Non pas par conscience politique, culturelle ou militante, mais naturellement, il pressent que cela ne vaut rien et coûte cher.

La question de la rémunération des artistes semble aussi fossilisée. Il est indiscutable pour ce milieu qu’un artiste dit majeur doit jouir éternellement de mirifiques revenus. L’argent doit couler à flot dans ce microcosme. Pour sa propre crédibilité. Il suffit d’écouter un de ces parvenus parler de son activité et l’entendre bêler : “Que c’est un dur métier”. M.Mastroianni lucide lui, déclarait “On est là comme au centre du monde. Tous les gens ont beaucoup d’attentions pour vous, on vous apporte un café et un fauteuil, on vous demande si vous n’êtes pas fatigué – mais de quoi ? Vous vous apprêtez à tenir dans vos bras une femme superbe… Comment dire après ça que c’est un métier“. En réalité, ce n’est pas plus dur que la plupart des professions, mais il faut bien se justifier de cachets astronomiques.

Les robinets financiers se ferment inexorablement avec la fuite des recettes. Artistes et parasites en pâtissent. Difficile alors de continuer à étaler ses ostentations.
Le milieu du divertissement industriel vit en apesanteur. C’est sa raison d’être, faire croire au rêve. Le partage gratuit de fichiers ouvre une nouvelle ère que les analystes de flux financiers n’ont pas  voulu anticiper. Un système qui vit sur des fondements archaïque et mercatique. Les internautes ont donné une valeur au don. C’est déplaisant. HADOPI ne fera que ralentir l’implosion. Et cela, au prix d’un nouveau tour de vis sécuritaire.

Il suffisait de subir la soirée des victoires de la musique sur France 2 pour percevoir la décadence d’un secteur industriel en complète reconversion. Images surannées, montage stroboscopique, lumières éblouissantes, monsieur loyal inculte, artistes jeunes déjà vieux. Tout ce microcosme est déjà mort, sauf A.Bashung.

Vogelsong – 6 mars 2009 – Paris

Page suivante »

Publié sur WordPress.