Piratage(s)

janvier 31, 2009

Quantum de manifestants

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 1:07
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Enjeu crucial des mobilisations, la quantification. Chacun déverse ses chiffres, qui vont du grotesque au faramineux. Étant entendu que le succès d’une mobilisation est principalement dû à son poids.

42-16388771La spéculation culmine le jour du mouvement. La quantification est une science drolatique. Chaque partie annonce ses chiffres, les médias moutonniers publient sans se poser de questions. Jamais (oh grand jamais), la presse indépendante ne déploie un dispositif  de dénombrement. On peut même rêver d’une syndication de trois ou quatre grands médias pour couvrir l’événement. L’entreprise est certes rébarbative. Le comptage de petits-fours aux conférences de presse ministérielles est notablement plus valorisant. Néanmoins, une information de qualité oblige un chiffrage juste. Surtout quand la réussite et les conséquences d’un mouvement sont relatives à la masse et au nombre. Par exemple, des données farfelues sont publiées pour l’occupation des écoles par les parents et les enseignants le 14 janvier. Selon la presse via l’AFP via le rectorat, vingt établissements parisiens étaient occupés. Le collectif quant à lui recense par appels spécifiques, uniquement dans le 20e  dix-neuf écoles occupées, et dans le 13e quatorze.
Le comptage des cortèges est aussi une vaste pantalonnade. Le 29 janvier, la police annonçait 65 000 manifestants à Paris. Grotesque. Soit les agents astreints à l’inventoriage souffrent d’anomalies cognitives graves et nécessitent une prise en charge immédiate par des services spécialisés, soit les chiffres sont à dessein politique  sous-estimés  En réalité, les cortèges s’étiraient de la place de la Bastille à l’Opéra. Les derniers manifestants n’avaient pas quitté leurs points de départ à 17h30 alors que certains se réchauffaient déjà sur leur sofa. Le lendemain Libération titre sans ambiguïté, “entre un million et 2,5 millions de manifestants en France”. Une information claire et précise !
Un effet collatéral de la numération est le petit jeu des appréciations et du pesage. Le challenge pour les organisations syndicales à faire toujours mieux. Sans savoir à partir de quels chiffres les hurlements de la plèbe seront entendus.

Le 29 janvier au soir, le bras de fer et la désinformation n’ont duré que quelques heures, avant que tous, même les grincheux admettent que ce fut un raz-de-marée. Et qu’il était peut être plus sage de ne pas le quantifier.

Vogelsong – 31 janvier 2009 – Paris

janvier 30, 2009

On marche sur la tête

Classé dans : Médiatique — Vogelsong @ 7:53
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Les cénacles médiatico-politiques subodorent depuis plusieurs semaines le succès de la manifestation du 29 janvier 2009. Depuis, les précepteurs de soumission à usage collectif font ce qu’ils peuvent pour rendre la lisibilité du mouvement la plus nébuleuse possible.

bon_reve_greveLe terrain médiatique est fortement travaillé en amont. La semaine précédant les mouvements sociaux et grèves, un pilonnage en règle de poncifs s’abat sur les plateaux. On invite des syndicalistes plutôt coopérants (au hasard la CFDT)• pour deviser sur la modernité et le bon usage du débrayage. On truffe le débat de “caqueteurs” omniprésents pour donner corps et sérieux à la causerie. Très prisée dans cet exercice, la rédactrice en chef du périodique ornemental pour cadres “m’as-tu-vu”, Challenges. Infatigablement invitée par ses lecteurs, G.Ottenheimer jacte son couplet sur le manque de dialogue, le consensus et le nécessaire repositionnement des organisations syndicales. À droite, cela va sans dire. L’enfilage de perles se poursuit généralement par les modèles nordiques et la représentativité. On se gausse de l’incapacité des syndicats français à obtenir des accords, arcboutés qu’ils sont sur leurs privilèges. Des conservateurs patentés, affirme-t-on. Et seuls les fonctionnaires, ce corps aristocratique de la république peut se payer le luxe obscène de sacrifier une journée de sain(t) labeur pour brailler sur les boulevards°. Ensuite, chacun rentre chez soi, le sentiment du devoir accompli. F.Chérèque retourne à la réforme et la flexibilisation du marché du travail. G.Ottenheimer et ses semblables regagnent le confort des rédactions plus concernées par les records financiers que par la vie des gens.
La réalité est pourtant têtue. La CGT, syndicat crispé honni pour son archaïsme, signe 80% des accords négociés dans les entreprises. On “oublie” que le syndicalisme de masse est un engagement d’intérêts. Ce modèle d’organisation fait bénéficier ses adhérents des avantages d’accords signés, ou prodigue des assurances ou des cautions. À ses membres seulement. En France, 8% des salariés s’engagent, paient une cotisation sans en tirer une quelconque contrepartie “utile”. Combien des 80% de syndiqués scandinaves le resteraient dans les conditions de désintéressement de l’hexagone ? Les bavards se gardent bien de fournir des hypothèses.

Vient le moment des interprétations. La tentation est bien trop forte, même pour les médias sérieux comme Marianne, de se lancer dans le décryptage des mots d’ordre et des plates-formes de revendications. À quelques détails près tous les éditoriaux convergent. Les foules ne sont pas contentes (voire très en colère). Pour Le Figaro naturellement elles grognent. Elles n’ont pas de message audible et clair. Conclusion, il faut donc continuer les “réformes”. “Le gouvernement n’est pas rejeté“, coutumier du ridicule ces dernières semaines, c’est ce que déclare (encore) l’ex d’Arthur Andersen•• E. Woerth, aujourd’hui ministre de l’austérité.
Paradoxalement, on est discernable lorsque l’on est une multitude. En même temps il faut s’exprimer d’une même voie. Strictement.
La multitude qui a donné les brides du pouvoir à l’UMP avait-elle la même aspiration ? Strictement ? Voulait-elle, et la rafle des enfants, et le paquet fiscal, et le redimensionnement des services publics ? On peut rétorquer que cela relève du sacro-saint suffrage universel. Néanmoins, quand il faut élire un candidat gâté des médias et des milieux d’affaires on ergote beaucoup moins sur la vox populi et ses objectifs. Il en va de même concernant les sondages. Soubassements solides issus d’un échantillon de 1 500 personnes sur lesquels le gouvernement s’appuie pour infliger ses impérities. Par contre, l’exaspération due à une politique économique inepte nécessite, elle, bien plus d’efforts, de sacrifices et de mobilisations. En substance, 2 000 000 de citoyens.

Dépolitiser la politique est l’objectif. Le pragmatisme, le bon sens et la “raffarinade” sont le pain quotidien de la gouvernance en France. L’inverse du syndicalisme. Un engagement au sens premier du terme. Concept qui échappe semble-t-il à certains précepteurs d’opinions et politiciens. Ils abordent les luttes sociales en les pliant à leurs propres désirs. Le manifestant doit être un réformateur citadin lisant une presse tiédasse et acceptant de se faire tondre sur la base d’un consensus asymétrique. On marche sur la tête.

•Yves Calvi qui invite un dirigeant ancien et un actuel de la CFDT lors du même plateau.

°La manifestation du 29 janvier comporte une forte proportion de travailleurs du privé. Voir les photos.
••Maison dont on connaît la légendaire fiabilité

Vogelsong – 30 janvier 2009 – Paris

janvier 27, 2009

Une mobilisation citoyenne pour l’école publique

Classé dans : Education — Vogelsong @ 8:58
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Vendredi 23 janvier 19h, école élémentaire des Amandiers, Paris 20e. Une trentaine de parents participe à “une nuit des écoles“. Objectif, s’informer des conséquences des lois Darcos.

img_7133aUn collectif est déjà constitué. Il comprend des enseignants et des parents d’élèves. Depuis des semaines, ils mènent des actions pour sensibiliser plus largement. “Quand on lit le programme de réformes du gouvernement, on trouve les syndicats un peu mous du genou” s’étonne une chef d’entreprise qui scolarise son fils aux Amandiers. Aucun de ces citoyens “désobéissants” n’est affilié à un syndicat ou un parti. “On pioche des infos sur le site de la FCPE ou d’autres, on fait connaître notre action aux médias, syndicats et partis politiques. Personne n’est encarté” déclare un membre du collectif.

La soirée commence par la diffusion d’une interview de P.Meyrieu. Il décrit dans le jargon les conséquences pédagogiques des réformes initiées à partir de mai 2007. Une vingtaine de minutes de mise en bouche, où l’universitaire met en garde contre les vieux réflexes de la droite au pouvoir : mettre à mal l’école publique, en commençant par la maternelle. Il expose par le menu les méthodes habituelles de destruction. Il fait l’analyse du discours “décliniste” dont abuse N.Sarkozy pour “réformer”. Les prétextes principaux sont l’illettrisme et une supposée baisse du niveau. Les jeunes français mutileraient la grammaire et l’école primaire en serait responsable. En réalité, c’est l’ensemble de la population qui lacère la langue de Molière, pas seulement de jeunes incultes. Les parangons de l’école d’antan (toujours meilleure) appuient lourdement sur la faible valeur que confèrent les diplômes et le niveau d’instruction des enfants aujourd’hui. Pour P.Meyrieu, il s’agit justement et simplement d’un conflit de générations. Les uns ne supportant pas le dépassement réel et symbolique des autres.

Deux jours plus tôt, sous les ors et devant les médias, dans une conférence de presse nombriliste, X.Darcos exhibe un nouveau hochet : l’absentéisme. Il propose cinq mille emplois pour parer à ce fléau. Après l’éradication (partielle) des RASED, pour lutter contre l’échec précoce, le mâtin de N.Sarkozy déploie des gardes-chiourmes. Toute l’ambition du gouvernement peut se résumer là : on remplace des professionnels bien formés et pérennes par des smicards précaires. L’inconstance et la duplicité deviennent la caractéristique principale dans la gestion de l’éducation nationale par les équipes de X.Darcos. Ont-ils un instant fait le lien entre échec scolaire et absentéisme ?

Au sous-sol de l’établissement des Amandiers, après l’échange de gâteaux, de thé et de sourires, on constitue deux groupes de paroles et un binôme. Les premiers comportent des professeurs, des parents d’élèves déjà mobilisés et “les nouveaux arrivants”. Et, un parent explique spécifiquement les réformes à un père malentendant.
Cela fait chaud au cœur de vous voir aussi nombreux” lance un professeur à l’assemblée. En effet, l’essentiel des parents présents est là pour la première fois. De multiples thèmes sont abordés, les RASED, les EPEP, la mise en concurrence des établissements, les évaluations. Mais principalement la vision de l’école d’un gouvernement qui n’a que faire d’une éducation de qualité et gratuite pour tous. Et qui  le montre ostensiblement.

L’auditoire est attentif. Mais aussi fataliste. “Sarkozy s’en fout de ce que l’on dit” lance le père d’un élève. “Darcos a reculé avant Noël” lui rétorque-t-on. La population du soir est loin des luttes, des immigrés africains en majorité. Le directeur confie : “ce soir ce sont des nouveaux, des gens que l’on n’a pas l’habitude de voir, les bobos, eux, ne sont pas là“.

Dans cette école, tous les mardis les parents organisent une occupation. Sans perturber les programmes. Le symbole est fort. Des citoyens se mobilisent pour défendre l’école publique et gratuite pour tous. “Nous (ndr : les enseignants) ne sommes pas beaucoup (ndr : 10), c’est grâce à vous que le mouvement prendra de l’ampleur” leur explique un professeur. Le corps enseignant savoure une autre victoire. Dans l’après-midi, seuls 2 des 26 élèves de CM2 étaient présents pour l’évaluation imposée par le gouvernement.

Avant de se séparer, on organise les suites du mouvement. L’occupation de l’établissement va être reconduite. De plus, lors de la prochaine manifestation nationale on marchera et on fera du bruit, beaucoup de bruit. On se motive : “Il ne faut pas écouter les médias qui pêchent les informations au rectorat. La semaine dernière, ils annonçaient 20 établissements occupés à Paris. En fait, il y en avait 19 dans les 20e et 14 dans le 13e…“.

Autour les enfants chahutent.

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Vogelsong – 27 janvier 2009 – Paris

Photos : S.Reuno

Album photos

janvier 17, 2009

Triomphe du cynisme et de la gouvernance : qu’est ce que ça change ? (partie 2)

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 10:25
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Qu’est-ce qui a réellement changé en vingt mois ? Un monde. L’avènement de N.Sarkozy est le point d’orgue de la décomposition politique de la France et le triomphe de la gouvernance. Plus qu’une rupture, c’est un plongeon dans le néant, le vide politique, le silence culturel. Aucune disposition légale ne peut être mise en exergue pour caractériser le régime sarkozien. Sa portée est plus subtile, insaisissable, elle s’attaque aux esprits, à la manière d’aborder le monde, l’autre. Les dégâts sont immenses.

La gouvernance comme méthode
Le sarkozysme est bien le triomphe de la gouvernance. Il existe autant de définitions que d’emplois pour ce terme valise. D’abord utilisé dans les grandes instances internationales, il fait son chemin dans les exécutifs, les partis politiques pour s’échouer finalement dans les entreprises. Les managers en raffolent. La gouvernance, c’est le pouvoir, sans élections, sans démocratie, sans responsabilité. C’est une nouvelle pratique de décision très prisée par les dirigeants “modernes” qui veulent s’affranchir d’une plèbe récalcitrante. La gouvernance se drape des atours de pouvoir démocratiquement élu, mais elle est une pathologie de la démocratie. C’est dans ce brouet que s’égaye le sarkozysme. La nomination des directeurs de chaînes, la survivance symbolique du gouvernement Fillon, le copinage à peine voilé au sommet de l’État, le détournement du suffrage universel en potentat sourd et illimité sont les symptômes inquiétants d’une république à la dérive.

La traîtrise comme moteur
Élevée au rang de valeur cardinale, la trahison est consubstantielle au régime. Le prince de Neuilly a victorieusement lancé un raid hostile sur le bastion gaullien. Il détourne à son profit dès son arrivée à la tête de l’UMP tout l’héritage du birbe Général. Il s’appuie sur une base militante crédule et avide de succès sur le “surmoi marxiste” jugé trop enraciné dans ce pauvre pays. Il met rapidement les idées gaullistes à la corbeille. Finis la nation, l’intérêt supérieur de l’état, la continence vis-à-vis du fric. Tout est à l’encan, il livre (encore) la France au libéralisme bruxellois (traité de Lisbonne)*, se comporte en jet-seteur endimanché, se fiche comme d’une guigne de ses concitoyens, le “casse-toi pauvre con” est caractéristique. Tout ceci sans que “l’encarté” RPR sorte de sa torpeur conservatrice. Et ce ne sont pas les vains N.Dupont-Aignan ou D.de Villepin qui y changent quoi que ce soit. Dans ses relations personnelles, le traître balladurien s’entoure de perfides de tous calibres. E.Besson bien sûr, en traître étalon. Il est le symbole ultime d’une réussite due à la puissance labiale et au piétinement de ses propres fondements. Cet homme de l’ombre, dénué de charisme, minable orateur et technocrate hideux du Parti Socialiste, fait sa mue réactionnaire pour finir au sinistre ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Beaucoup accourent au tintement des croquettes sur le fond clinquant de l’écuelle élyséenne. Jouant sur la fascination des ors, le sarkozysme impose la politique de la gamelle dans la mise en place de son casting gouvernemental. Et ça marche. Ce n’est pas nouveau, mais à cette échelle, c’est prodigieux (F.Amara, J.P.Jouyet, M.Hirsch, et tous ceux qui fantasment). Et c’est en France.

La médiocrité comme exemple
Dans la lignée des hommes d’État tels que G.W.Bush ou S.Berlusconi, l’ami de C.Clavier est parfaitement dénué de sens esthétique. Les ministres qui l’accompagnent dans ses voyages en ont eu pour leurs (pauvres) tympans. Ils supportent en boucle et à intensité sonore à peine tolérable, “les lacs du Connemara” du très engagé M.Sardou. En plus d’indigence culturelle, le compulsif de l’Élysée souffre de sérieux retards. Il découvre en 2008 par exemple, le cinéaste S.Kubrik et son chef-d’oeuvre “2001 l’odyssée de l’espace” réalisé en 1971. Ahurissant, qu’a-t-il fait pendant 37 ans ? Pour couronner le tout, son engouement pour une chansonnière figée et aphone n’est que la confirmation que l’inculture crasse est au faîte de l’état. C’est un changement historique en France. Profond, dans un pays de Culture.

La presse comme révélation
Évolution majeure, la France sous N.Sarkozy découvre sa presse. Le milieu depuis longtemps sclérosé passe au révélateur de la “république bananière”. Pour nombre de médias, c’est l’incontinence éditoriale. LCI, TF1, Le figaro, Europe1, Le JDD (et bien d’autres) donnent tour à tour dans l’orgasme présidentiel. À Libération, au Monde, on rase les murs. Le moindre toussotement fait une dépêche à l’AFP. Tous sans exception se font les porte-voix de la désinformation comme dans l’affaire de Tarnac. La pseudo critique n’y change rien, elle cible surtout l’accessoire. De toute façon, l’élection est passée. Ils sont la courroie de transmission de la politique anxiogène à usage politique. En France, la presse était “panurgique” et paresseuse. En sarkozie, elle est en plus pleutre et inutile (pour la démocratie).

Les politiques n’ont plus prise sur l’économie. Les décisions se prennent ailleurs. La loi TEPA est finalement un hochet qui ne résistera pas au capitalisme. Aucune législation ne change radicalement la vie des Français. La France glisse inexorablement dans la non-politique économique. Amputé de ses prérogatives, le gouvernement se retranche dans la gesticulation et la communication. N.Sarkozy appartient à cette classe d’élus qui veut faire de l’argent (en pantouflant) dans les grandes multinationales après leur carrière politique. Il est précédé en cela par G.Schroeder, T.Blair, B.Clinton. Cela en dit long sur ce qui anime ces élus : cynisme et gouvernance. On comprend alors que la rupture est violente, que ce n’est pas spécifiquement l’économie, le droit, la santé, l’éducation qui sont menacés. Par la promotion incessante de la médiocrité, de l’inconstance, du pouvoir narcissique, de la simulation, le sarkozysme menace d’implosion le corps social complet. Plus qu’une politique d’austérité, sociétale ou sécuritaire, c’est le ravage du rapport à soi et donc à l’autre.

*L’acte institutionnel le plus fort du début de quinquennat

Vogelsong – 15 janvier 2009 – Paris

janvier 14, 2009

Le sarkozysme en pente douce : qu’est ce que ça change ? (Partie 1).

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:00
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Observateur circonspect, Éric Mainville se pose légitimement la question : qu’est-ce qui a réellement changé depuis que N.Sarkozy est président de la République ? Quelles lois ou dispositions légales ont modifié la vie des Français ? Nombre d’avis sont tranchés. La blogosphère bruisse à chaque frasque. La presse classique joue la chambre d’échos à la moindre gesticulation du hiérarque. Y a-t-il du neuf derrière le vacarme et les simagrées ?

100608-149La rupture était annoncée. Le menu était copieux lors de la campagne de 2007. Pourtant, quelle décision majeure le gouvernement, à la botte du souverain de l’Élysée, a-t-il pris en plus de vingt mois d’exercice, qui fasse que la France n’est plus la même ? La promise France d’après… Pour le peuple, les décisions quotidiennes d’un politicien hyperactif ont-elles eu un impact sur le réel ?
Instinctivement, un citoyen (de gauche) citera les atteintes aux droits de l’homme, l’approche sécuritaire, la mise en pièces de l’éducation, la santé, le social. Il faut malheureusement se rendre à l’évidence. Dans aucun de ces domaines, les dégâts infligés ne sont supérieurs à ce qui fut fait auparavant. Concernant les atteintes aux droits de l’homme, les écarts aux principes de bases ne datent pas d’hier. L’accostage de l’ami de toujours, B.Hortefeux, au ministère des rafles et du repli identitaire (héritage idoine pour le traitre E.Besson) ne fait que révéler et amplifier une situation déjà existante. L’approche “ethnicosociale” a toujours prévalu. La droite n’a pas le monopole de la cruauté ou du cynisme. La gauche somptuaire aux affaires fit preuve d’une hypocrisie insupportable sur le sujet. Les reconduites aux frontières ne sont pas une invention du moment. À son heure, M.Rocard dans son immense sagesse déclarait “La France ne peut accueillir toute la misère du monde…”*. Tropisme réactionnaire devenu aphorisme. On ne l’en remerciera jamais assez**.
L’éducation nationale n’a pas attendu le sinistre X.Darcos pour être la cible de politiciens. Le premier budget de l’état fait l’objet de convoitise en ces temps de fortes restrictions budgétaires. La responsabilité est collective. Tous ont suivi servilement les prérogatives de libéralisation prônée par les organisations internationales telles que le FMI ou la banque mondiale via le consensus de Washington. En pratique, la droite surfe sur la haine du fonctionnaire (par l’argument de la pression fiscale et d’une hypothétique langueur). La gauche considère le corps enseignant comme un public captif et acquis dont il n’y a plus à s’occuper. Depuis l’avènement du monarque élyséen, les attaques se poursuivent. En continuité. La suppression de la carte scolaire fut l’une des premières mesures. Fâcheux, mais seulement emblématique. Ensuite, la nomination d’un mâtin à l’éducation nationale pour se charger de l’équarrissage du système n’a rien de prodigieux. On hurle à la privatisation rampante et à l’avènement d’une école à plusieurs vitesses. Les dirigeants français n’ont pas attendu N.Sarkozy pour mettre en pièce l’éducation publique et gratuite pour tous. Cela fait belle lurette que les digues ont cédé. Les officines éducatives fleurissent, les écoles privées, les jardins d’enfants et crèches de luxe prospèrent sur le marasme social et la peur du l’avenir. Rien de bien neuf donc.
Sur le plan social, on serait bien en peine de citer une mesure phare qui fait que la France depuis deux ans est un enfer des travailleurs. Elle ne l’est pas. La descente au purgatoire ne date pas d’hier. Le sarkozysme apporte sa participation à un projet initié il y a plus de 30 ans. Le parti socialiste y prend pleinement sa place. La pédagogie de la crise du milieu des années 80, le ralliement complet et sans résistance aux préceptes libéraux (flexibilité, rendement, intérim…), les privatisations jospiniennes sont entre autres des souvenirs douloureux. Les éléments de la loi TEPA, la mise en place de nouveau code du travail issu de l’ère Chirac-Villepin ne sont pas une révolution, ni même une rupture. Juste un lent glissement.
L’ère sarkozienne se caractérise par une kyrielle de “mesurettes”. Quotidiennement en ce qui concerne les annonces. Plus, certains jours bénis, grâce aux faits divers dont le régime se délecte d’en épouser les émotions. Toutes les déclarations restent souvent lettre morte, d’autres se transforment en loi. Le tout, mis en musique par une gesticulation incessante. Au fond, rien de révolutionnaire ou digne d’une rupture sociétale. Bien ancré dans l’antienne conservatrice qui veut que “tout change pour que rien ne change”. Le sarkozysme est un décorum de la réalité. Aura-t-il l’audace, un jour, de faire une réforme aussi profonde que celle des trente-cinq heures ?

* Citation tronquée à dessein. Aujourd’hui avantageusement utilisée telle quelle.
** George Frèche était membre du PS lors de ces sorties hasardeuses. L.Fabius, dignitaire du parti a aussi sa part sur le front national. Les exemples sont multiples (D.Vaillant, etc..)
Vogelsong – 13 janvier 2009 – Paris

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