Piratage(s)

décembre 17, 2008

Inquiétude sur l’indépendance des médias

Classé dans : Médiatique — Vogelsong @ 9:00
Tags: , ,

Au théâtre du Rond-Point s’est tenu un rassemblement sur l’indépendance de la presse. Du beau linge était présent et les travées étaient pleines. A l’issue, cette réunion laisse  sceptique.

dsc_01991Le théâtre est cossu. Les auditeurs bravent un froid polaire pour se retrouver aux pieds des Champs-Élysées. Le lieu est mal choisi. On vient là, comme on va au spectacle. Le déroulement de  la soirée ne fera que conforter ce sentiment. Les organisateurs auraient pu (dû) choisir un lieu moins marqué symboliquement. Dans la perspective d’une résistance, un théâtre des quartiers somptuaires à une encablure de boutiques de luxe laisse circonspect. Les lieux populaires ouverts aux débats ne manquent pas dans la capitale.

L’entrée est balisée par des militants (SOS AFP, Acrimed, etc) qui distribuent des tracts. Quelques vendeurs de canards sont aussi de la partie dont Le Plan B, d’habitude acerbe (et sardonique) envers les puissants de la presse et les hôtes du soir.

Dans la coursive moquettée résonne la voie particulière de B.Stiegler. La soirée va donc être belle et intelligente. Malheureusement, il s’agit d’une projection d’avant-scène.

Un défilé de hautes volées
La soirée se déroule comme du papier à musique. Les invités prestigieux se succèdent au pupitre. Après l’autogestionnaire juppéiste P.Rosenvallon défilent des politiciens de tous les partis politiques (sauf Front National). D’abord N.Mamère qui mettra l’accent sur les rapports personnels entre le président de la République et les industriels. Ensuite P.Braouzec sur le même registre, mais moins emphatique.
B.Hamon du PS fera une démonstration intéressante sur la crise qui vient et le besoin d’une presse indépendante et libre, capable de relater les faits sans “apathie”.
Même la gauche radicale aura droit de citée en la personne de D.Bensaïd. Le moins consensuel malgré la présence du villepiniste H.Mariton, le philosophe du mouvement trotskiste déploie un argumentaire simple et efficace. Il n’oublie pas comme souvent le citoyen. L’accès à l’information n’est selon lui pas le seul garant de la démocratie, le temps consacré à l’information est crucial. La résonnance est assourdissante avec la pédagogie du travail martelée par le président de la République. Modèle où les espaces de réflexion et d’information s’amenuisent. D’autre part, le responsable du NPA met en évidence la précarité constante des plumitifs de la presse. Enfin, il soutient la presse partisane dont seul l’Humanité est encore un survivant. Clou du spectacle F.Bayrou. Il fait son show, citant Clémenceau, vilipendant B.Kouchner “Naufrage du boat people”, raillant A.Minc de sa vacuité et de son infatuation.
J.F.Khan continue sur la lancée avec une verve tonitruante poussant les analogies trop loin. C.Serillon convaincant admoneste les politiciens (présents) sur leur tentation de la télévision comme celle de Venise. F.Bayrou ne cille pas.
V.De Filippis visiblement encore choqué conte sa mésaventure policière, insiste sur sa chance de témoigner. Il dépeint aussi une ambiance nationale qui permet ces débordements. A la suite s’enchaineront des syndicalistes, la presse régionale, mettant des mots sur les carences de la presse en France à tous les niveaux.

Impression d’inachevé
Cette noria laisse pourtant une impression d’inachevé. Les instigateurs de ce rassemblement espèrent créer une osmose pour rendre le mouvement cohérent. Ce sont des singularités que l’on voit s’exprimer.
L’ordre de passage est un réel problème. Les têtes de gondoles passent d’abord, patientent trente minutes et disparaissent. Ensuite devant une assemblée clairsemée, les petits, les combattants et syndicalistes s’escriment à raconter leurs luttes. Mais le temps fort est passé. Il est impératif d’inverser l’ordre des écoutes. Les politiciens et les “puissants” doivent d’abord entendre les petits. En goujat la star du soir, F.Bayrou, s’esquive rapidement, et l’accompagne une partie du public. Spectaculaire. Consternant. Tant pis pour ceux qui s’expriment ensuite !

Ciblage trop sélectif
L’actualité a aussi phagocyté le débat. La nomination et la révocation des présidents des médias publics par le chef de l’état sont surreprésentées. Le fait est important, mais l’issue aux problèmes de la liberté de la presse est ailleurs.
Finalement, les journalistes dans leurs pratiques ne sont que très légèrement mis en cause. B.Hamon a besoin de s’excuser avant de remémorer l’attitude de la presse lors du referendum constitutionnel. Étrangement, F.Bayrou acquiesce. Plus largement, les us et coutumes de connivences sont survolés, les intervenants concentrent leurs attaques sur N.Sarkozy et son système. C’est un peu court.
Il n’est fait mention que trois fois des blogs. Pourtant en première ligne sur la liberté d’expression. Sûrement une question de noblesse de l’art.
Le grand absent est le peuple. Le lecteur potentiel, celui qui est caricaturé, au fin fond de la France comme un beauf ou une concubine. La presse (vraiment) démocratique ne peut faire l’économie du rapport à (toute) la population.

Au dire des organisateurs, E.Plenel et J.F.Julliard, ce n’est qu’un début. Les participants politiques ont apporté leur soutien pour des actions futures. Une pétition a recueilli cinq milles signatures. Et on lance des appels. Pourtant ce n’est rien. L’oligarchie médiatique se barricade dans ses tours vitrées. Les éditorialistes précepteurs de soumission fantasment leur carrière aux côtés des puissants. Les articliers et pigistes au SMIC n’osent pas remuer.

Les appels seront-ils entendus ?

Vogelsong – 16 décembre 2008 – Paris

Sources connexes :

Intox2007

Crise dans les médias

Médiapart

décembre 13, 2008

Tousser trois fois

Classé dans : Médiatique — Vogelsong @ 10:02
Tags: , , ,

La presse française est malade et prend le bouillon. Au théâtre de la Colline, les journalistes émettent des poussées stridulantes concernant leurs conditions.

42-17770243R.Ménard, le pitre de RSF affirmait en 2007 que “N.Sarkozy n’était pas un problème pour la presse”. C’est donc une profession frappée d’amnésie qui feint de se serrer les coudes. En 2007, quasi unanimement, elle présente la candidature de N.Sarkozy comme une option de droite. En effet, les grands quotidiens fustigent la diabolisation du chef de l’UMP. Entre S.Royal et le gesticulant ministre de l’intérieur, ce n’est rien d’autre qu’un bon vieux débat centro-bipolaire. Quand Marianne, la feuille de chou bayrouiste, publie un numéro assassin sur le surexcité du ministère de la police, on affuble l’hebdomadaire de subjectivité caricaturale. La volée de bois vert arrive de toutes parts, de tous bords. La presse dans son ensemble tient son duel Royal/Sarkozy et ne veut pas le lâcher. Libération, tiédasse tâcheron de la presse bobo sponsorisé par Armani et Channel, entretien ce voluptueux débat. Soutenant la candidate de gauche du bout des colonnes, critiquant le spasmodique poulain de TF1 avec une fine modération. Le Monde tire à boulets rouges sur F.Bayrou le prétendu centriste alors qu’il est le vrai candidat de la droite classique. Il est clair que derrière le discours mielleux du béarnais s’embusque une politique économique clairement à droite. L’approche sociétale est juste libérale, on ne peut lui demander moins. Le positionnement du Figaro ne mérite sûrement pas que l’on s’y attarde. En manque de journalistes car tous recasés dans la publi-information ou la retouche photographique, le quotidien à la botte du vendeur d’armes S.Dassault joue les pom-pom girls de la réaction depuis déjà quelques années et n’est plus à proprement parlé un journal d’information.
Économiquement, N.Sarkozy est le parfait bourrin. Le tirage papier en témoigne. Pas question de ronger les marges d’une presse déjà largement sinistrée. Tout le monde va bon gré mal gré à la gamelle.

Un cycle et deux fouilles rectales plus tard, des couinements aigus montent du théâtre de la Colline. Les amblyopes d’hier ont eu la révélation. La presse serait au bord du collapsus. La liberté d’écrire et de diffuser serait en danger en France. Diantre ! Étreinte par l’État UMP. Vaste blague et coups de bambous mérités.
Le happening de pleureuses se tiendra sous la houlette de J.M.Ribes. Ce même clown qui servit de monsieur loyal à la présentation de l’apocalyptique rapport Attali offert à N.Sarkozy pour “libérer” la croissance. Certains ont une mémoire de poisson rouge.
Participeront à ce cocktail d’initiés une brochette de zélateurs de la pensée molle capables de dire tout et son contraire, dont P.Rosenvallon phare de la gauche “moderne” est un digne représentant. Le grand instigateur est E.Plenel qui a découvert il y a peu la presse alternative et la posture d’opposant. Pour lui le réveil est brutal car sous F.Mitterrand, ce n’était sûrement pas facile mais plus simple. Viendront se joindre aux  gémissements des hommes politiques plutôt de gauche (B.Hamon, P.Braouzec), et la droite classique et Villepiniste (F.Bayrou, H.Mariton). Étrange attelage de ceux qui ne réussissent plus à convaincre, et de ceux qui se sentent muselés au sein de leur potentat.

Les observateurs étrangers en témoignent, la presse française c’est le stade médiéval de l’information. Par sa structure, la plupart des journaux sont aux griffes de puissants industriels (armements, BTP, finance). Par ses pratiques de connivences. Par la teneur de ses analyses (voir par exemple toute l’œuvre de J.M.Colombani) et surtout par sa paresse (information circulaire).

Une once de clairvoyance aurait permis d’anticiper le mélange détonnant de l’après mai 2007. Aujourd’hui la profession et surtout ses dirigeants jouent les ébahis, les catastrophés. Mais ils savaient, pertinemment. S.Royal ou N.Sarkozy n’étaient pas des options équivalentes pour les libertés. Cette presse fondue dans le sarkozysme donne la France de 2008 (et d’après). Celle qui penchée la tête en bas, les fondements aux vents doit tousser trois fois sous l’œil inquisiteur et amusé de la maréchaussée.

Vogelsong – 12 décembre 2008 – Paris

décembre 9, 2008

Euphémisez, il en restera toujours quelque chose !

Classé dans : Politique — Vogelsong @ 9:00
Tags: , ,

Un parlementaire trié sur le volet propose un concept confondant dans sa symbolique et ses effets. Et l’exécutif dans sa grande sagesse tempère.

euphP.Marini fait sa mijaurée. Le sénateur UMP voulait, de bonne foi, défiscaliser les pertes boursières de la crise. En d’autres termes, faire supporter au budget de l’état les pertes de jeux d’agioteurs cupides. Brillante idée, où en pleine débandade économique la droite libérale pousse la “décomplexion” jusqu’à faire peser les risques de la sacro-sainte responsabilité sur le contribuable. Cette mesure est idiote, à un point tel que l’on sait par avance qu’elle n’aboutira pas. L’hallebardier de service s’interroge sur son “lynchage”, et fait son benêt.
Comment un sénateur de la majorité UMP seul peut dans son coin pondre ce type de balourdise et la proposer? Le bonhomme est conscient de l’énormité de la chose. Les charrettes de licenciements (boursiers) sont annoncées, tranquillement il propose de rembourser les dettes des actionnaires perdants. Personne à l’UMP, que l’on sait pas du tout caporaliste n’a tapé sur l’épaule du gusse pour lui confier que, peut être ce projet (bien que complètement en accord avec l’idéologie du parti) serait  (compte tenu de la délicate situation du peuple français) un tantinet superflu. Foutaise et manipulation.
C’est un attrape journalistes (et crétins). La nouvelle fait d’abord le tour des rédactions et est infirmée le soir par le gouvernement. En l’occurrence la brillante avocate d’affaires C.Lagarde. Qui trouve ça :  “injuste”. On sait que la “comtesse” s’y connaît en injustice…
Ce n’est pas un coup d’essai. La majorité fait de cette stratégie une méthode gestion. Faire passer l’idée que le gouvernement est garant de l’équité et garde une saine pondération. Il tient ses chiens fous en laisse. Une poignée de parlementaires extrémistes qu’il faut canaliser. Qui se soucie de cet inconnu P.Marini ? Qui veut aller jusqu’au bout des réformes antisociales ? L’un fait disjoncteur. L’autre, à l’Élysée, garde la main.

Ce processus a connu une curieuse variante ces dernières semaines. Canasson boiteux du gouvernement, R.Dati déclara esbaudie que le bon sens conduisait à l’embastillement de mineurs de 12 ans. Le soir même, le sinistre F.Fillon s’acquittait de sa besogne en assurant que rien de tout cela n’arriverait. Délivrant un cinglant démenti à Cosette. Quel seigneur, quel esprit de modération !
Selon le même précepte (UMP), dans une (imminente) prochaine étape, le président va se décharger de son premier ministre. Car N.Sarkozy est garant de l’unité nationale et sa tempérance est légendaire.

Vogelsong – Paris – 08/12/2008

Publié sur WordPress.