Au théâtre du Rond-Point s’est tenu un rassemblement sur l’indépendance de la presse. Du beau linge était présent et les travées étaient pleines. A l’issue, cette réunion laisse sceptique.
Le théâtre est cossu. Les auditeurs bravent un froid polaire pour se retrouver aux pieds des Champs-Élysées. Le lieu est mal choisi. On vient là, comme on va au spectacle. Le déroulement de la soirée ne fera que conforter ce sentiment. Les organisateurs auraient pu (dû) choisir un lieu moins marqué symboliquement. Dans la perspective d’une résistance, un théâtre des quartiers somptuaires à une encablure de boutiques de luxe laisse circonspect. Les lieux populaires ouverts aux débats ne manquent pas dans la capitale.
L’entrée est balisée par des militants (SOS AFP, Acrimed, etc) qui distribuent des tracts. Quelques vendeurs de canards sont aussi de la partie dont Le Plan B, d’habitude acerbe (et sardonique) envers les puissants de la presse et les hôtes du soir.
Dans la coursive moquettée résonne la voie particulière de B.Stiegler. La soirée va donc être belle et intelligente. Malheureusement, il s’agit d’une projection d’avant-scène.
Un défilé de hautes volées
La soirée se déroule comme du papier à musique. Les invités prestigieux se succèdent au pupitre. Après l’autogestionnaire juppéiste P.Rosenvallon défilent des politiciens de tous les partis politiques (sauf Front National). D’abord N.Mamère qui mettra l’accent sur les rapports personnels entre le président de la République et les industriels. Ensuite P.Braouzec sur le même registre, mais moins emphatique.
B.Hamon du PS fera une démonstration intéressante sur la crise qui vient et le besoin d’une presse indépendante et libre, capable de relater les faits sans “apathie”.
Même la gauche radicale aura droit de citée en la personne de D.Bensaïd. Le moins consensuel malgré la présence du villepiniste H.Mariton, le philosophe du mouvement trotskiste déploie un argumentaire simple et efficace. Il n’oublie pas comme souvent le citoyen. L’accès à l’information n’est selon lui pas le seul garant de la démocratie, le temps consacré à l’information est crucial. La résonnance est assourdissante avec la pédagogie du travail martelée par le président de la République. Modèle où les espaces de réflexion et d’information s’amenuisent. D’autre part, le responsable du NPA met en évidence la précarité constante des plumitifs de la presse. Enfin, il soutient la presse partisane dont seul l’Humanité est encore un survivant. Clou du spectacle F.Bayrou. Il fait son show, citant Clémenceau, vilipendant B.Kouchner “Naufrage du boat people”, raillant A.Minc de sa vacuité et de son infatuation.
J.F.Khan continue sur la lancée avec une verve tonitruante poussant les analogies trop loin. C.Serillon convaincant admoneste les politiciens (présents) sur leur tentation de la télévision comme celle de Venise. F.Bayrou ne cille pas.
V.De Filippis visiblement encore choqué conte sa mésaventure policière, insiste sur sa chance de témoigner. Il dépeint aussi une ambiance nationale qui permet ces débordements. A la suite s’enchaineront des syndicalistes, la presse régionale, mettant des mots sur les carences de la presse en France à tous les niveaux.
Impression d’inachevé
Cette noria laisse pourtant une impression d’inachevé. Les instigateurs de ce rassemblement espèrent créer une osmose pour rendre le mouvement cohérent. Ce sont des singularités que l’on voit s’exprimer.
L’ordre de passage est un réel problème. Les têtes de gondoles passent d’abord, patientent trente minutes et disparaissent. Ensuite devant une assemblée clairsemée, les petits, les combattants et syndicalistes s’escriment à raconter leurs luttes. Mais le temps fort est passé. Il est impératif d’inverser l’ordre des écoutes. Les politiciens et les “puissants” doivent d’abord entendre les petits. En goujat la star du soir, F.Bayrou, s’esquive rapidement, et l’accompagne une partie du public. Spectaculaire. Consternant. Tant pis pour ceux qui s’expriment ensuite !
Ciblage trop sélectif
L’actualité a aussi phagocyté le débat. La nomination et la révocation des présidents des médias publics par le chef de l’état sont surreprésentées. Le fait est important, mais l’issue aux problèmes de la liberté de la presse est ailleurs.
Finalement, les journalistes dans leurs pratiques ne sont que très légèrement mis en cause. B.Hamon a besoin de s’excuser avant de remémorer l’attitude de la presse lors du referendum constitutionnel. Étrangement, F.Bayrou acquiesce. Plus largement, les us et coutumes de connivences sont survolés, les intervenants concentrent leurs attaques sur N.Sarkozy et son système. C’est un peu court.
Il n’est fait mention que trois fois des blogs. Pourtant en première ligne sur la liberté d’expression. Sûrement une question de noblesse de l’art.
Le grand absent est le peuple. Le lecteur potentiel, celui qui est caricaturé, au fin fond de la France comme un beauf ou une concubine. La presse (vraiment) démocratique ne peut faire l’économie du rapport à (toute) la population.
Au dire des organisateurs, E.Plenel et J.F.Julliard, ce n’est qu’un début. Les participants politiques ont apporté leur soutien pour des actions futures. Une pétition a recueilli cinq milles signatures. Et on lance des appels. Pourtant ce n’est rien. L’oligarchie médiatique se barricade dans ses tours vitrées. Les éditorialistes précepteurs de soumission fantasment leur carrière aux côtés des puissants. Les articliers et pigistes au SMIC n’osent pas remuer.
Les appels seront-ils entendus ?
Vogelsong – 16 décembre 2008 – Paris
Sources connexes :

P.Marini fait sa mijaurée. Le sénateur UMP voulait, de bonne foi, défiscaliser les pertes boursières de la crise. En d’autres termes, faire supporter au budget de l’état les pertes de jeux d’agioteurs cupides. Brillante idée, où en pleine débandade économique la droite libérale pousse la “décomplexion” jusqu’à faire peser les risques de la sacro-sainte responsabilité sur le contribuable. Cette mesure est idiote, à un point tel que l’on sait par avance qu’elle n’aboutira pas. L’hallebardier de service s’interroge sur son “lynchage”, et fait son benêt.
