novembre 28, 2008
novembre 21, 2008
novembre 18, 2008
La salle plénière de Reims livrée au fanatisme des supporters
Les travées du congrès sont telles une tribune de stade de football. Les virages éloignés et pentus pour les populeux et les criards, les zones plates et ouatées pour le notable, l’apparatchik. Dans tous les cas, on y vient pour soutenir ses champions et voir du beau jeu. L’auditoire se compose en grande partie de délégués (élus). Un statut qui devrait leur conférer l’assurance et la retenue lors de moments cruciaux. Mais ce cénacle se transforme rapidement en horde. Pris individuellement et hors du chaudron, la parole est mesurée, sensée, responsable quant à l’unité du parti (que chacun sent en perdition). Collectivement ou lors d’une prestation, c’est une autre histoire. La haine surgit de tous côtés, des hommes en complets lancent des anathèmes, des mères de famille s’emportent sans retenue. Le climax est l’apparition de S.Royal le dimanche après-midi. Un moment pénible pour tous (même pour les hurleurs ?). À chaque référence christique de la dame, des lazzis fusent de la plèbe, pour se transformer en huées puis grondements. Une foule qui ne se contrôle plus; les individus sont seulement habités par la haine : “salope !”. Choc émotionnel, la honte, la fuite. D’un autre côté, certains, les yeux embués acquiescent chaque fin de phrase de leur cicérone, d’un “oui” illuminé, d’un convaincu “elle a raison”, d’un évident “voilà”. Consternant, immature et fatigant.
Il y a quelques gestes parfaits, qui mettent la salle plénière en transe, rend l’instant unique. L.Fabius lors de sa magnifique intervention trouve le beau mot, le verbe juste, le ton combatif.
Mais finalement, cette ambiance, c’est celle d’un “kop” de supporters chauvins, bouffis de certitudes, de haine de l’autre, “psychonombriliste” jusqu’à en perde le sens du collectif.
La situation de la formation socialiste est dramatique. L’orientation politique et la désignation de son dirigeant peut susciter de l’enthousiasme grave et des débats sérieux. Ce n’est point le cas. Sur les estrades, en guise de discussions montent des cris, au lieu d’inspiration déferle du fanatisme. Affligeante ambiance.
Piratage(s) à Reims lors du 75e congrès du Parti Socialiste
Vogelsong – Paris – 16/11/2008
novembre 12, 2008
S’appuyer sur du mesurable pour valider une régression humaine
“Il fut un temps où un homme de gauche jugeait naturel de rejeter certains moyens qu’ils soient efficaces ou non en terme de croissance ou d’emploi pour la seule raison qu’ils portaient atteinte à l’égalité, la solidarité, à la dignité, c’est-à-dire à une certaine idée de l’Humanité.“
J.Généreux
Les partis de gauche ont intériorisé les concepts libéraux (et marxistes) de l’efficience économique, en oubliant le cœur de leurs luttes, le progrès. Ils combattent sur un terrain choisi par l’adversaire (cf. l’élément trois de l’élaboration de la stratégie selon Sun Tzu). Contraints par une telle analyse, ils s’exposent à d’innombrables défaites.
Les libre-échangistes et planificateurs prêchent pour une société de l’efficience. Pensant combler le néant des frustrations, les uns prônent la maximisation de la consommation, les autres la gestion scientifique de la production. Leurs conclusions sont strictement identiques, seuls les biens produits et consommés dans des proportions pharaoniques permettent d’atteindre la plénitude. Ils sont les faces d’une même pièce. Les “progressistes” donnent malheureusement eux aussi dans ce type d’”efficacité”. Une manière de penser qui se conforme à l’idéologie à la mode, le libéralisme économique. Chaque projet dans la société est abordé sous l’angle économétrique, ne mettant en avant le progrès que sous des formes accessoires. La pensée de marché (celle qui subsiste après l’effondrement du modèle hypersocial) a finalement colonisé tous les esprits.
À court d’argument face à l’offensive réactionnaire sur la durée du travail, J.Lang (aux dernières nouvelles : socialiste) déclarait que la réforme des 35 heures avait généré deux millions d’emplois. Propos fantasmatiques*. Ce politicien se borne à argumenter une question sociétale, dont les conséquences (en l’occurrence la baisse sensible de la durée du labeur) sont un progrès humain, en martelant le nombre d’emplois que cette politique a créés. Symptomatique, il place la valeur chiffrée, concrète, au premier plan de son déploiement argumentaire au lieu de louer l’acquis principal. Les progressistes ont désormais peur de leur ombre et pour se justifier, se placent dans la grille d’évaluation des libéraux, la rentabilité “objective” et statistiquement calculable. Ils donnent l’apparence du modèle hégémonique, mais sont à sa remorque.
Le même raisonnement s’applique à l’éloignement de l’âge de la retraite. Les “sarkoziens” espèrent vivement faire trimer des vieux jusqu’à 70 ans. Et ce, sur les bases néo-libérales du “volontariat”, car ce système est basé (tout le monde le sait) sur la liberté de chacun de faire ce que bon lui semble, sans aucune contrainte (bien sûr). Pour certains illuminés, il est pénible d’admettre qu’à 70 ans on est vieux**et même repus de journées d’atelier, de bureau, de comptoir, mais c’est une indiscutable réalité. Pourtant, les progressistes avant même de parler de dignité ou de justice, servent l’argument compassé du nombre de débouchés, de l’entrée des jeunes sur le marché du travail, ou de la risible transmission du savoir par nos anciens***. En oubliant (à dessein ?) que ce système les pousse aux rebus dès 50 ans (voire même 45 ans dans de prestigieuses enseignes). Conséquences de la “marchéisation” généralisée, et même des êtres humains (âgés). Pourtant, dans ce cas de figure devrait prévaloir la dignité pour un Homme, dans une civilisation (dite) “avancée”, de finir sa vie honorablement et paisiblement après 40 ans de turbin. On préfère bizarrement toujours commencer par l’approche numéraire.
Les hommes politiques de tous bords sont les grands promoteurs de ce type de pensée. Peu surprenant pour des conservateurs, les progressistes s’y sont aussi convertis. Les programmes électoraux du PS sont truffés de remèdes miracles pour relancer la croissance (du PIB) et pratiquer le fumeux “gagnant-gagnant”. Le petit monde médiatique bat aussi vivement le tempo de la maximisation utilitariste. Il suffit de lire les éditoriaux avisés et commentaires lumineux des grands penseurs (L.Joffrin, O.Duhamel, etc…) de la presse française pour s’en rendre compte. Les formules à l’emporte-pièce sur la logique indépassable de l’allongement de la durée de la vie et donc du temps passé au travail y foisonnent.
Finalement, on retrouve ces idées bien implantées chez l’électeur (même de gauche qui selon des sources “sondagières” adore D.Strauss-Khan). Il ne prend plus conscience de l’inanité des projets qui lui sont imposés. Dans l’horizon étroit du productivisme libéral, toute avancée qualitative doit avoir une répercussion positive chiffrée, calculable en terme de coût/produit. Noyé dans une telle idéologie qui ne promet plus aucun progrès, sauf dans le nombre de produits par étal, il est rassurant de s’appuyer sur du “mesurable”, pour valider une régression humaine. Le citoyen, finalement, intériorise ses contraintes, en se disant que “cela pourrait être pire”. Mission accomplie.
*Tout le monde convient que la mesure a créé des emplois. Pas deux millions.
**”Vieux” n’est pas une insulte
***Argument non chiffré mais si savoureux
Vogelsong – Paris – 10 octobre 2008








